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Full text of "Villes et tribus du Maroc; documents et renseignements. Publiés sous les auspices de la Résidence générale"

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RÉSIDENCE  GÉNÉRALE  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE  AU  MAROC 


Villes  et  Tribus  du  Maroc 


DOCUMENTS    ET    RENSEIGNEMENTS 


PUBLIES    PAR    LA 


DIRECTION  DES  AFFAIRES  LTOÈNES  ET  DD  SERVICE  DES  RENSEIGNEMENTS 

(SECTION    sociologique) 


VOLUME   VII 


TANGER  ET  SA  ZONE 


PARIS 

EDITIONS    ERNEST    LEROUX 

28,      RUE     BONA'pARTE      (vI«) 
I92I 


u 


Presented  to  the 

UBRARYofthe 

UNIVERSITY  OF  TORONTO 

PROF.    ANDREW  WATSON 


Villes  et  Tribus  du  Maroc 


VOLUME    SEPTIÈME 


TANGER  ET  SA  ZONE 


RÉSIDENCE  GÉNÉRALE  DE  LA  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE  AU  MAROC 


Villes  et  Tribus  du  Maroc 


DOCUMENTS    ET    RENSEIGNEMENTS 


PUBLIES    PAR    LA 


DIRECTION  DES  AFFAIRES  INDIGENES  ET  DU  SERVICE  DES  RENSEIGNEMENTS 

(SECTION     sociologique) 


VOLUME   VII 


TANGER  ET  SA  ZONE 


PARIS 

EDITIONS     ERNEST     LEROUX 

28,      RUE     BONAPARTE      (VI') 
I921 


lA  ZOA/S  DE  TAA'GSff  BT  LE   MAfiOC 

d^g    ZONE    ESPAGNOLE 


TANGER  ET  SA  ZONE 


AVANT-PROPOS 


Les  six  premiers  volumes  de  la  collection  de  Villes  et 
Tribus  du  Maroc  jyarws  de  igi5  à  ig2o  (/)  ont  été  publiés 
sous  les  auspices  de  la  Résidence  générale  par  la  Mission 
scientifique  du  Maroc. 

Les  documents four7xis  par  la  Direction  des  Af aires 
indigènes  et  du  Service  des  Renseignements  ont  été  large- 
ment mis  à  contribution  pour  la  rédaction  de  ces  volumes. 

La  publication  de  Villes  et  Tribus  est  continuée  par  la 
Section  sociologique  des  Affaires  indigènes,  qui  n'est  autre 
chose  que  Vancienne  Section  marocaine  de  la  Mission 
scientifique.,  rattachée  complètement  au  Protectorat . 

Le  septième  volume ^  «  Tanger  et  sa  Zone  »,  est  le  pre- 
mier que  fait  paraître  la  Section  sociologique  :  en  le  pu- 
bliant^ il  est  nécessaire  de  rappeler  brièvement  l'origine 
de  cette  publication,  afin  de  conserver  à  son  inventeur  le 
mérite  et  la  propriété  de  ridée  dont  elle  est  la  réalisation. 

Après  rétablissement  du  Protectorat,  en  igi3,  M.  A. 
Le  Chatelier,  professeur  au  Collège  de  France,  Délégué 


(i)  Volumes  I  et  II  :  Casablanca   et  les  Châouia.  —  Volumes  III  à  VI 
Rabat  et  sa  région  (E.  Leroux,  Paris;. 


II  TANGER    ET   SA   ZONE 

général  de  la  Mission  scientifique  du  MaroCy  avait  été 
frappé  de  V intérêt  que  devait  présenter  pour  notre  poli- 
tique indigène  l'étude  méthodique  et  documentée  de  la  so- 
ciologie du  pays  que  nous  étions  appelés  à  administrer. 

Déjà  en  jgo2,  M.  Le  Chatelier  avait  publié  sous  le  titre 
^eNotessur  les  Villes  et  les  Tribus  du  Maroc  les  documents 
recueillis  par  lui  dans  un  voyage  accompli  en  i88g- 
i8go{i). 

Dans  sa  pensée,  ces  notes  n'étaient,  comyne  il  le  disait 
lui-même,  quun  «  débrouillage»  destiné  à  faciliter  le  tra- 
vail qu'il  envisageait. 

Débrouillage  précieux,  en  tout  cas,  qui  dénombrait  les 
tribus,  leurs  fractions  et  leurs  principaux  centres,  les 
Zâouias,  les  confréries,  les  influences  religieuses  et  mara- 
boutiques.  C'était,  en  un  mot,  un  premier  classement  mé- 
thodique, d'après  des  «  renseignements  indigènes  »  pris 
sur  le  terrain,  dans  le  chaos  marocain  dont  on  connaissait 
à  peine  la  surface,  c'est-à-dire  ce  que  les  Sultans  et  le 
Makh^en  avaient  bien  voulu  nous  laisser  voir  d'eux- 
mêmes. 

D'autre  part,  les  Archives  marocaines,  publication  de 
la  Mission  scientifique  du  Maroc,  dirigée  par  M.  Le  Cha- 
telier, avaient,  sous  son  impulsion,  fait  paraître  plusieurs 
études  de  villes  et  de  tribus,  conçues  dans  cette  même  idée 
de  politique  indigène  :  en  1904,  les  Fahciya,  la  Qaçbade 
Tanger.  De  i go 5  à  igio:  Confréries  et  Zâouias  de  Tan- 
ger ;  Essai  sur  l'histoire  politique  du  Nord  marocain.  — 
El-Qçar  el-Kebir. —  Tétouan.  —  Les  tribus  arabes  de  la 
vallée  du  Lekkous.  —  Notes  sur  Rabat  et  Chella.  —  L'ad- 
ministration de  Rabat.  —  L'organisation  des  finances  au 
Maroc.  —  Description  de  Fès. 

En  igii  :  Quelques  tribus  de  montagnes  de  la  région 


(i)  Notes  sur  les  Villes  et  les  Tribus  du  Maroc  en  i8go,  par  A.  Le  Cha- 
telier. Angers,  1902. 


AVANT-PROPOS  III 

du  Habt.  En  ig  12  :  Le  Raïs  El-Khadir  Ghaïlan.  Les  Me- 
drasas  de  Fès  :  En  igi3  :  Le  Gharb. 

De  semblables  résultats  autorisaient  M.  Le  Chatelier  à 
mettre  à  la  disposition  du  Résident  général  sa  propre  ex- 
périence et  l'instrument  de  travail  qu'il  avait  créé  par  V ap- 
plication de  ses  méthodes. 

C'est  ainsi  que,  par  un  accord  intervenu  en  igi3  entre 
le  général  Lyautey  et  lui,  la  publication  de  Villes  et  Tri^ 
bus  du  Maroc  a  été  entreprise  par  la  Mission  scientifique. 

Le  Service  des  Renseignements  a  apporté  à  cette  publi- 
cation le  concours  de  la  documentation  réunie  dans  les 
différents  postes  ;  la  Direction  des  Affaires  civiles  y  a  con- 
tribué également  dans  les  régions  administrées  par  des 
contrôleurs  civils. 

L'œuvre  actuelle  est  toujours  celle  entreprise  et  mise  en 
marche  par  M.  Le  Chatelier,  dont  les  méthodes  précises 
et  sûres  continueront  à  être  appliquées  par  ceux  qui  ont 
profité  de  ses  directives  et  de  ses  conseils. 

Il  semble  que  l'étude  de  Tanger  aurait  dû  être  entre 
prise  dès  la  création  de  la  Mission  scientifique,  il  y  après 
de  dix -sept  ans.  Son  premier  chef ,  Georges  S  almon,  y  avait 
certainement  pensé  lorsqu'il  publiait,  dans  les  premiers 
volumes  des  Archives  marocaines,  d'importants  travaux 
sur  Tanger  et  sur  sa  région. 

Il  paraissait  d'autre  part  inutile  d'étudier  au  point  de 
vue  politique  indigène  la  ville  la  plus  européenne  du 
Maroc,  sa  capitale  diplomatique.  Le  point  de  vue  s'est 
modifié  depuis  quelques  années  et  la  pénétration  plus 
complète  du  reste  du  Maroc  fait  considérer  aujourd'hui 
Tanger  comme  une  ville  beaucoup  plus  marocaine  qu'elle 
ne  le  paraissait  autrefois. 

Il  fallait  profiter  de  ce  léger  retour  en  arrière,  qui  n'est 
que  transitoire,  pour  étudier  Tanger  avec  ses  institutions 
locales  et  ce  caractère  spécial  qui  doit  être  la  base  de  sa 
constitution  future. 


IV  TANGER    ET    SA    ZONE 

Le  volume  ^e  Tanger  et  sa  Zone  a  été  commencé  vers  la 
fin  de  la  guerre,  à  la  Mission  scientifique,  par  le  lieutenant 
de  réserve  J,  \allantin,  qui,  après  avoir  gagné  la  croix 
de  guerre  au  front  de  France,  avait  été  envoyé  comme  ins- 
tructeur d'infanterie  au  Tabor  de  Police  Chérifienne  n"  i,à 
Tanger  (/). 

La  description  du  territoire  [limites,  géographie,  oro- 
graphie, hydrographie)  a  été  rédigée  par  lui,  ainsi  que  ce 
qui  a  trait  à  la  structure  du  sol,  la  géologie,  la  faune,  etc. 
Ces  derniers  chapitres  ont  été  r^evus  et  complétés  par 
M.  Charrier,  professeur  de  sciences  au  Collège  Regnault, 
qui  a  bien  voulu  faire  profiter  le  volume  de  Tanger  de 
ses  recherches  scientifiques  personnelles. 

M.  Vallantin  a  contribué  également  à  la  rédaction  de 
la  partie  historique  et  à  celle  d'une  partie  du  chapitre  sur 
la  tribu  du  Fahç  ;  il  a  dressé  notamment  la  liste  des  vil- 
lages . 

Toutes  les  Administrations  de  Tanger  ont  très  aimable- 
ment répondu  aux  demandes  de  renseignemejits  qui  leur 
ont  été  adressées  et  qui  ont  permis,  tout  en  s'occupant  plus 
spécialement  de  la  politique  indigène,  de  donner  un  aperçu 
suffisamment  complet  de  l'organisation  européenne  de 
Tanger. 

Les  recherches  historiques,  la  description  de  la  ville,  le 
groupement  de  la  documentation  recueillie,  tout  cet  im- 
portant travail  est  dû  à  M.  A.  Graulle,drogman, premier 
adjoint  au  chef  de  la  Section  sociologique. 

Tanger,  octobre  1920. 

Ed.  Michaux-Bellaire. 


(1)  M.  Vallantin  est  aujourd'hui  Vice-Consul  de  France  à  Cologne. 


LE    PAYS 


LE   PAYS 


La  ville  de  Tanger  est  située  sur  le  détroit  de  Gibraltar, 
à  l'endroit  où,  s'élargissant,  il  s'ouvre  sur  l'océan  Atlan- 
tique. Elle  est  située  à  l'extrémité  N.-O.  du  continent  afri- 
cain. 

Tanger  se  trouve  entre  les  parallèles  39,5o  et  40  N.  et 
les  méridiens  9  et  9,5o  O.  (Greenwich). 


Situation. 


La  zone  de  Tanger  se  compose,  outre  la  ville,  de  la  plus 
grande  partie  de  la  tribu  du  Fahç  et  de  quelques  villages  de 
l'Andjera  bâtis  sur  le  versant  des  collines  à  l'E.  de  la  baie. 

Elle  est  limitée  :  au  N.  par  cette  baie,  qui  s'ouvre  sur  le 
détroit  de  Gibraltar,  à  l'O.  par  l'Océan  ;  au  S.  et  à  l'E.,  par 
la  zone  d'influence  espagnole  (i). 


Limites. 


(1)  Art.  7  de  la  Convention  signée  à  Madrid  le  27  novembre  1912  entre  la 
France  et  l'Espagne  : 

«  Art.  7.  —  La  ville  de  Tanger  et  sa  banlieue...  formeront  une  zone 
comprise  dans  les  limites  décrites  ci-après  : 

«  Partant  de  Punta  Altares  sur  la  Côte  sud  du  Détroit  de  Gibraltar,  la 
frontière  se  dirigera  en  ligne  droite  sur  la  crête  du  Djebel  Béni  Meyimel, 
laissant  à  l'ouest  le  dchar  appelé  Dchar-Ez-Zeitoun  et  suivra  ensuite  La  ligne 
des  limites  entre  le  Fahç  d'un  côté  et  les  tribus  de  l'Andjera  et  de  TOued 
Ras  de  Tautre  côté.  De  là,  la  frontière  suivra  le  thalweg  de  l'Oued  Es- 
Seghir,  puis  ceux  des  Oued  M'harhar  et  Tzahadartz  jusqu'à  la  mer. 

«  Le  tout  conformément  au  tracé  indiqué  sur  la  carte  de  l'État-Major 
Espagnol  qui  a  pour  titre  :  Croquis  del  Imperio  de  Marruecos,  à  l'échelle 
de  i/ioo.ooo,  édition  1906.  » 


4  TANGER    ET   SA   ZONE 

Son  territoire  présente  un  développement  périphérique 
de  io3  kilomètres,  dont  48  de  littoral  et  55  de  limite  ter- 
restre. La  superficie  est  de  SyS  kilomètres  carrés. 

La  côte.  Sur  les  48  kilomètres  de   littoral,  24  environ   se  déve- 

loppent le  long  du  Détroit,  de  la  Punta  Altares  au  cap  Spar- 
tel,  et  24  le  long  de  l'Atlantique,  du  cap  Spartel  à  l'embou- 
chure de  l'oued  Tahaddart. 

La  côte  du  détroit  est  formée  de  falaises,  interrompues 
vers  TE.  par  une  plage  de  3  kilomètres.  En  partant  de  l'E. 
elle  forme  d'abord  les  deux  promontoires  de  Punta  Altares 
et  du  cap  Malabata,  puis  elle  se  creuse  vers  le  S.  pour 
former  la  baie  de  Tanger. 

Celle-ci,  qui  est  comprise  entre  la  pointe  Malabata  (Ras 
El-Menar)  à  l'E.  et  la  pointe  de  Tanger  à  TO.,  a  peu  de 
profondeur.  Elle  semble,  du  large,  beaucoup  plus  creuse 
qu'elle  ne  l'est  en  réalité  et  présente  une  belle  plage  de 
qable  au  delà  de  laquelle  on  voit  quelques  collines  de 
moyenne  élévation.  Parmi  ces  collines,  on  remarque  le 
Gharf(i),  mont  de  direction  de  la  marine,  qui  sert  de 
point  de  repère  aux  navires  pour  entrer  dans  la  rade. 

Les  fonds  offrent  une  assez  bonne  tenue  ;  sable  et  gra- 
vier, mêlés  de  quelques  plateaux  de  roches. 

La  baie  est  ouverte  aux  vents  du  N.-O.  et  du  N.-E.  Les 
vents  du  N.-O.  sont  les  plus  à  craindre;  venant  de  l'Océan, 
ils  soulèvent  dans  la  rade  une  assez  grosse  houle  que  Ton 
ressent  également  par  vent  de  S.-O.  Ceux  du  N.  et  du  N.-E. 
durent  peu  et  soulèvent  moins  de  houle.  A  3oo  mètres  au 
S.  du  plateau  de  roches  de  la  pointe  de  Tanger,  il  y  a  un 
groupe  de  rochers  réunis  à  la  plage  par  un  autre  plateau 
ne  découvrant  qu'en  partie,  même  dans  les  grandes  marées. 

:  l'éminence,  la  hauteur. 


LE    PAYS  5 

Entre  ces  deux  plateaux  est  une  petite  anse  naturelle  où 
l'on  trouve  2  mètres  d'eau  environ  jusqu'à  200  mètres 
delà  plage.  Un  môle  en  pierre,  partant  de  Bordj-el-Baroud, 
s'étend  d'abord  vers  l'E.  sur  environ  200  mètres,  puis  vers 
le  S.-E.  sur  la  même  distance.  Des  quais  et  des  magasins 
relient  le  môle  à  un  wharf  en  bois  situé  à  200  mètres  plus 
bas. 

De  la  pointe  de  Tanger  au  cap  Spartel  la  direction  géné- 
rale de  la  côte  est  E.-O.  La  côte  présente  une  suite  ininter- 
rompue de  falaises  assez  élevées,  formant  plusieurs  caps 
et  anses  dont  les  principaux  sont  :  la  petite  plage  de  Remel 
Qala^  à  l'embouchure  de  la  rivière  des  Juifs,  où  finissent 
les  rochers  du  Marchan,  entre  la  pointe  de  Tanger  et  cette 
rivière;  la  pointe  «  Frailecito  »  ou  du  Petit-Moine,  à  un 
mille  un  quart  au  N.-E.  du  cap  Spartel. 

Le  cap  Spartel  (i)  se  termine  par  un  massif  rocheux  de 
forme  conique,  qui,  vu  du  N.  ou  du  S.  apparaît  comme 
un  îlot  détaché.  A  100  mètres  au  N.-E.  de  ce  cap  se  dres- 
sent quelques  pointes  rocheuses,  qui  ressemblent  à  des  ai- 
guilles. C'est  au  cap  Spartel  que  se  trouve  le  phare  de  ce 
nom;  une  station'de  signaux  du  Lloyd  anglais  est  établie 
à  3oo  mètres  environ  au  S.-O. 

A  partir  du  cap  Spartel,  la  côte  prend  une  direction 
nettement  S.  ;  elle  offre  d'abord,  à  un  demi-mille  du  cap, 
une  petite  anse  sablonneuse  appelée  anse  de  Spartel.  Au 
S.  de  cette  anse,  de  petites  dunes  de  sable  blanc  s'étendent 
jusqu'à  Ras  Achaqqar,  appelé  par  les  Européens  :  promon- 
toire des  grottes  d'Hercule  ou  cap  de  la  Roche  Percée.  On  y 
remarque  des  falaises  à  pic  se  détachant  nettement  sur  la 
plage.  Au  S.  de  la  Roche  Percée,  le  fond  est  généralement 
de  sable  ou  de  gravier,  et,  à  un  mille  de  terre,  on  a  une 

(i)  Du  terme  berbère  Ichbartil. 

VILLES   ET   TRIBUS.  —   VII.  2 


0  TANGER    ET    SA   ZONE 

profondeur  régulière  de  3ô  mètres.  C'est  à  ce  mouillage, 
appelé  Mouillage  de  Jeremias  ou  encore  Mouillage  des 
grottes,  que  les  navires  à  voiles  qui  ne  peuvent  pas  franchir 
le  détroit  viennent  s'abriter  contre  les  vents  d'Est. 

Au  S.  de  Ras  Achaqqar,  une  longue  plage  de  sable 
s'étend  sur  une  vingtaine  de  kilomètres  jusqu'à  l'embou- 
chure de  rOuedTahaddart.  De  la  mer  on  aperçoit  à  l'inté- 
rieur une  plaine  au  milieu  de  laquelle  se  dresse  la  hauteur 
de  Djebila  «  la  Petite  Montagne»,  le  mont  Nipple  des  cartes 
marines  ;  elle  est  remarquable  par  son  isolement  et  sa 
furme  conique. 

L*2ntérieur.  L'ensemble  de  la  région  se  compose  de  mamelons  de  peu 

Le  relief.  de  hauteur,  séparés  par  des  petites  vallées. 

A  rO.  de  la  ville,  commence  le  massif  du  Djebel  elKe- 
bir  (Grande  Montagne),  le  plus  important  du  Fahç.  Il  est 
séparé  du  plateau  du  Marchan  par  l'étroite  vallée  de  l'Oued 
El-Yhoud,  et  se  termine  à  TO.  par  le  cap  Spartel,  où  il  at- 
teint une  altitude  de  3i5  mètres.  Au  S.-O.  du  cap  il  s'en 
détache  un  saillant  appelé  Djebel  Mediouna. 

Le  versant  N.  du  Djebel  el-Kebir  est  peu  habité,  sauf 
dans  sa  partie  orientale  qui  est  boisée  et  parsemée  de  mai- 
sons de  campagne  entourées  de  jardins.  Par  contre,  son 
versant  méridional  porte  plusieurs  villages  :  Djama*  El- 
Moqra,  Mesnana,  Ez-Ziaten,  Mediouna,  etc. 

Au  S.  de  ce  massif  s'étend  la  plaine  de  Boukhalf.  Elle 
est  dominée  par  la  hauteur  isolée  de  Djebila. 

Au  centre  du  territoire,  s'étend  une  petite  chaîne  du 
S.-E.  vers  le  N.-O.  Elle  commence  vers  le  village  de  Goua- 
ret,  à  l'E.,  pour  se  terminer  sur  la  côte  de  l'Atlantique,  et 
se  compose  de  plusieurs  collines:  Djebel  Aïn-Dalia,  Djebel 
Sidi  Hoseïn,  Djebel  Dar  Z'hirO;,  Djebel  Bougdour  et  le 
Djebel  Agadir,  qui  vient  mourir  en  pentes  douces  sur  la 


LE   PAYS  7 

côte,  au  S.  de  isidaya  de  Sidi  Qâsem.  La  hauteur  moyenne 
de  ces  collines  est  de  200  mètres. 

Al'E.,  s'étend,  dans  une  orientation  générale  N.-S.,  la 
ligne  des  collines  du  Djebel  Béni  Medjimel,  dont  les  crêtes 
servent  de  limites  à  la  zone.  Ces  collines  sont  le  prolonge- 
ment des  montagnes  de  l'Andjera,  derniers  contreforts  de 
la  chaîne  rifeine.  Elles  se  terminent  sur  le  détroit  par  des 
falaises  qui  forment  le  cap  Malabata,  et  la  Punta  Altares 
d'où  part  la  frontière  officielle  de  la  zone.  Leur  plus  haute 
altitude  atteint  400  mètres. 

Enfin  entre  le  Djebel  Béni  Medjimel  et  les  collines  d'Aïn 
Ed-Dalia  s'élèvent  quelques  hauteurs  isolées,  d'une  hauteur 
de  60  à  100  mètres  :  le  Charf,  Béni  Makada  et  Bahreïn 
(les  Deux  Mers). 

La  zone  de  Tanger  se  partage  en  versant  du  Détroit  et     Hydrographie. 
versant  de  l'Atlantique. 

L'Oued  Chatt,  l'Oued  El-Halq  et  l'Oued  El-Yhoud  se 
jettent  dans  le  détroit  ;  l'Oued  Mediouna,  l'Oued  Boukhalf, 
l'Oued  Boughadou  et  TOued  Tahaddart,  dans  l'Atlantique. 

L'Oued  Chatt  est  un  torrent  qui  tombe  dans  la  baie  à 
environ  3  kilomètres  au  S.  du  cap  Malabata. 

L'Oued  El'Halq^  plus  important  et  jamais  à  sec,  est  formé 
de  la  réunion  de  l'Oued  El-Melalah,  de  l'Oued  Es-Souani 
et  de  l'Oued  Mghoura,  à  quelques  centaines  de  mètres  de 
son  embouchure  au  fond  de  la  baie. 

L'Oued  El-Melalah,  ou  rivière  des  Salines,  prend  sa  source 
dans  le  Djebel  Et-Touati,  près  du  village  des  Chadjirât  :  des 
salines  sont  établies  dans  la  partie  inférieure  de  son  cours. 

L'Oued  Mghoura  descend  des  collines  qui   limitent  la  . 
zone  près  du  village  de  Monbar  ;  son  cours  est  d'une  di- 
zaine de  kilomètres  avec  un  débit  assez  restreint. 


8  TANGER   ET    SA    ZONE 

L'Oued  des  Souani  vient  du  S. -G.  des  Çfacef,  près  de 
Mers-Tarkouch  ;  il  traverse  sur  2  ou  3  kilomètres  les 
jardins  de  la  périphérie  de  Tanger,  où  se  trouvent  de  nom- 
breuses norias,  d'où  son  nom  [Souani  (les  norias),  sing. 
Sania]. 

Le  cours  supérieur  de  l'Oued  Mghoura  arrose  la  plaine 
de  Mghoura  et  de  Tandja  El-Balia. 

UOued  El-Yhoud,  ou  rivière  des  Juifs,  sort  du  versant 
S.-O.  du  Djebel  El-Kebir  ;  dans  son  cours  supérieur,  il  s'ap- 
pelle Oued  Boubana  et  traverse  la  vallée  du  même  nom  : 
il  reçoit  sur  sa  rive  droite  le  petit  torrent  de  Bahreïn  et 
prend  bientôt  après  le  nom  de  Oued  El-Yhoud  entre  les 
pentes  du  Marchan  et  du  Djebel  Kebir  (i).  Son  parcours 
est  d'environ  5  kilomètres. 

L'Oued  Chatt  et  l'Oued  El-Yhoud  ont  un  régime  torren- 
tiel ;  ils  grossissent  et  débordent  pendant  la  saison  des 
pluies,  et  restent  à  sec  pendant  les  mois  d'été. 

Il  en  est  de  même  pour  les  Oueds  du  versant  de  l'Atlan- 
tique qui  descendent  du  Djebel  El-Kebir,  l'Oued  Mediouna 
et  rOued  Boukhalf,  alors  que  l'Oued  Boughadou  et  l'Oued 
Tahaddart  ont  un  régime  régulier. 

UOued  Mediouna  se  jette  dans  l'Océan  après  un  cours 
de  peu  de  longueur  ;  il  descend  du  village  du  même  nom. 

L'Oued  Boukhalf  est  formé  de  la  réunion  de  plusieurs 
petits  ruisseaux  descendant  du  versant  méridional  du  Djebel 
El-Kebir  ;  il  traverse  la  plaine  de  Boukhalf  et  va  se  perdre 
dans  la  lagune  de  Sidi  Qasem. 

A  quelques  kilomètres  plus  au  S.  se  trouve  l'embouchure 
de  VOued  Boughadou,  YQnu  du  massif  de  Sidi  Hoseïn  qu'il 
longe  du  côté  N. 

(  I  )  On  raconte  que  des  Juifs  auraient  fait  naufrage  à  l'embouchure  de  cette 
rivière,  qui,  depuis,  porte  le  nom  de  rivière  des  Juifs. 


LE   PAYS  9 

Plus  au  s.  et  servant  de  limite  à  la  zone  de  Tanger,  coule 
VOued  Mharhar  ou  Amharhar.  Cette  rivière,  à  partir  de 
sa  source,  prend  successivement  les  noms  d'Oued  El-Kebir, 
Oued  Mharhar  et  enfin  de  Tahaddart  après  avoir  reçu  l'Oued 
El-Kharroub,  vulgairement  appelé  Mechrâ  El-Hachaf.  C'est 
le  cours  d'eau  le  plus  important  de  la  zone. 

Il  prend  sa  source  en  zone  d'influence  espagnole,  dans 
les  environs  du  Fondaq  d'Aïn  Djedida  (Ouadras),  à  une 
vingtaine  de  kilomètres  de  Tétouan.  Son  cours  est  d'envi- 
ron 5o  kilomètres.  Dans  la  zone  de  Tanger,  il  reçoit 
quelques  affluents  sur  la  rive  droite.  Ce  sont  :  l'Oued 
Eç-Ceghir,  grossi  de  l'Oued  Qlaïa,  dont  les  thalv^egs  for- 
ment la  limite  de  la  zone  jusqu'au  confluent  de  l'Oued  El- 
Kebir  et  de  l'Oued  Sammar  appelé  aussi  Oued  El-Djaj,  et 
qui  est  issu  des  hauteurs  de  Bahreïn.  Le  débit  de  l'Oued 
Mharhar,  quoique  de  caractère  torrentiel  comme  tous  les 
oueds  de  cette  région  montagneuse,  est  cependant  un  peu 
plus  régulier  que  celui  des  autres  rivières  de  la  zone  de 
Tanger.  Les  principaux  gués  sont  celui  des  Slaouiin  dans 
la  direction  de  Tétouan,  celui  de  Seguedla  et  celui  de  Had- 
jrat  en-Nahal  dans  la  direction  d'Arzila.  Près  des  deux 
derniers,  des  ponts  ont  été  construits  l'un  en  bois,  par  le 
Génie  espagnol,  près  de  Seguedla,  l'autre  en  béton  armé, 
par  le  service  des  Travaux  Publics,  sur  la  route  de  Tanger- 
Fès,  entre  le  Charf  El-Aqab  et  l'Aqbat  El-Hamra. 

L'Oued  M'harhar,  devenu  l'Oued  Tahaddart,  se  jette  dans 
l'Océan  à  environ  24  kilomètres  au  S.  du  cap  Spartel  et  à 
12  kilomètres  au  N.  d'Arzila. 

Nos  connaissances  sur  la  géologie  de  la  région  de  Tanger     Structure  (i) 
sont  encore  rudimentaires  malgré  les  travaux  de  Desguin 
(1870),  Bleicher  (1874),  Brives  (1902)  et  Gentil  (1910). 

(i)  L'étude  de  la  structure,  du  sous-sol  et  de  la  faune  marine  est  due  à 
l'obligeance  de  M.  Charrier,  professeur  de  Sciences  au  Collège  Regnault,  à 
Tanger. 


10  TANGER   ET   SA   ZONE 

Les  formations  géologiques  dominantes  appartiennent  à 
l'éocène  supérieur,  sans  que  Ton  puisse  préciser  davantage. 
Elles  sont  représentées  surtout  par  des  grès  et  des  argiles. 

11  faut  y  joindre  des  calcaires  marneux  où  Bleicher  a  signalé 
de  nombreuses  empreintes  de  Fucoïdes.  Cet  ensemble 
affleure  dans  presque  tout  le  pays,  de  Tanger  au  Spartel, 
du  détroit  de  Gibraltar  à  Aïn  Daliàv^Toutefois  ce  «  flysch» 
cocène  n'a  pas  la  simplicité  structurale  que  lui  attribue 
Brives  (i).  Si,  au  premier  abord,  par  exemple,  la  bordure 
côtière  du  détroit  ainsi  que  le  massif  du  Djebel  El-Kebir 
qui  la  domine  apparaissent  formés  de  grès,  souvent  ferru- 
gineux d'ailleurs,  tandis  que  les  argiles  se  remarquent 
surtout  dans  les  vallées  et  les  dépressions  voisines,  un  exa- 
men plus  attentif  ne  tarde  pas  à  révéler  une  disposition  plus 
complexe.  En  effet,  toute  la  côte,  de  Tanger  au  cap  Spartel, 
se  montre  constituée  par  des  bancs  alternants  de  grès  et 
d'argiles  souvent  bariolées,  bancs  dont  l'épaisseur  est  extrê- 
mement variable.  Certaines  couches,  en  effet,  forment  de 
très  minces  feuillets,  tandis  que  d'autres  au  contraire  at- 
teignent plusieurs  mètres.  Tous  les  intermédiaires  se  ren- 
contrent entre  ces  deux  extrêmes. 

Nous  retrouvons  cette  constitution  dans  presque  tout 
l'éocène  supérieur  du  pays,  compliquée  assez  souvent  par 
l'apparition  des  calcaires  marneux  qui  en  forment  la  base. 

A  partir  de  Aïn  Dalia  jusqu'à  l'Oued  Mharhar,  l'éocène 
supérieur  fait  place  à  l'éocène  inférieur  représenté  par  des 
calcaires  à  silex  et  des  argiles  schisteuses.  Ces  dépôts  s'éten- 
dent même,  comme  l'a  constaté  Brives,  de  l'autre  côté  de 
l'Oued  où  ils  forment  le  soubassement  de  la  montagne 
Rouge  (Aqbat  El-Hamra),  ainsi  nommée  des  grès  rouges 
miocènes  qui  la  constituent  avec  despouddingues  du  même 
âge. 

(i)  Brives,  Voyages  au  Maroc,  1901-1907. 


LE    PAYS  I  I 

Enfin  tout  le  long  de  la  côte  atlantique  existe  une  bande 
de  grès  pliocènes  où  l'érosion  a  creusé  des  grottes  d'impor- 
tance variable. 

Les  terrains  tertiaires  ne  sont  point  les  seuls  entrant 
dans  la  constitution  du  pays.  Il  convient  de  signaler  aussi 
par  ordre  d'importance  les  formations  secondaires,  quater- 
naires et  les  dunes  récentes. 

Le  secondaire  est  représenté  par  le  crétacé  supérieur. 
Brives  l'a  signalé  de  Bahreïn  à  l'Oued  Mharhar  qu'il  dé- 
borde au  S.  Desguin  et  Bleicher,  qui  en  avaient  reconnu 
antérieurement  Texistence,  le  font  commencer  peu  après 
l'Oued  Souani.  Il  est  formé  par  des  schistes  bruns  avec  in- 
tercalationsde  calcaires  marneux  et  de  calculs  durs  à  Ostrea 
Scyphax  et  Ostrea  Mermeii^  ce  qui  permet  d'attribuer  ces 
couches  au  Cénomanien. 

Toutefois  on  y  a  signalé  aussi  Hemiaster  Fourneti, 
Ostrea  Nicaisi.  Il  faut  donc  admettre  que  leSénonien  y  est 
aussi  représenté. 

Quant  au  quaternaire,  il  convient  de  lui  attribuer  les 
pouddingues  rencontrés  autrefois  près  du  feu  ûxq  rouge, 
actuellement  masqués,  et  par  les  argiles  bleues  du  fond  de 
la  baie  à  Cardium  eduleel  Ostrea  edulis,  argiles  que  recou- 
vrent les  dunes. 

Celles-ci  ont  pris  en  ce  point  une  importance  qui  les  a 
rendues  gênantes.  Il  en  existe  bien  le  long  de  l'Atlantique, 
mais  c'est  surtout  dans  la  baie  de  Tanger  qu'elles  ont  ac- 
quis un  développement  notable. 

En  effet,  tout  le  long  de  cette  baie,  de  la  pointe  de  Tanger 
à  l'embouchure  de  l'Oued  El-Halq,  et  vers  l'intérieur  jus- 
qu'à rOued  Souani,  s'étend  un  réseau  de  dunes  ne  dépas- 
sant pas  40  à  45  mètres.  Elles  forment  une  série  de  rides 
irrégulières  se  déplaçant  sous  les  vents  violents  d'E.  et 
d'O.  Mais  par  suite  de  la  dominance  des  premiers  elles  ten- 


12  TANGER   ET   SA   ZONE 

dent  à  cheminer  vers  l'Ouest.  Cependant  leur  mobilité 
est  maintenant  atténuée  par  les  travaux  en  cours  et  les 
constructions  récentes. 

Au  point  de  vue  tectonique  le  Fahç  n'a  point  la  monoto- 
nie de  certaines  autres  régions  du  Maroc,  la  plaine  des 
Rhamma  par  exemple  où  les  couches  géologiques  se  pour- 
suivent horizontalement  durant  des  dizaines  de  kilomè- 
tres (i).  Malgré  son  apparence  peu  tourmentée,  son  relief 
peu  accidenté,  ce  pays  a  subi  fortement  le  contre-coup  des 
mouvements  orogéniques  dont  la  chaîne  du  Rif  est  issue. 

Est-ce  à  dire,  comme  le  déclare  Goulven  (2),  que  la  ré- 
gion de  Tanger  se  trouve  sur  une  ramification  de  la 
chaîne  alpine  qui,  traversant  primitivement  remplace- 
ment actuel  du  détroit  de  Gibraltar,  unissait  le  Rif  à  la 
Cordillère  bétique  ?  Il  conviendrait,  semble-t-il,  de  réser- 
ver ce  terme  de  ramification  alpine  à  la  chaîne  du  Rif, 
d'autant  plus  que  nous  ne  trouvons  point  ici  les  caractères 
d'une  ancienne  chaîne  de  montagne  arasée,  mais  tout 
simplement  les  plissements  plus  ou  moins  accentués  trou- 
blant l'ordonnance  des  dépôts  laissés  par  les  mers  ter- 
tiaires. 

Ces  plissements  se  montrent  nettement  même  dans  les 
environs  immédiats  de  Tanger,  que  l'on  suive  les  falaises 
du  Marchan  ou  les  routes  nouvellement  tracées.  Certains 
de  ces  plis  atteignent  une  grande  envergure,  tel  celui  qui 
constitue  le  sommet  du  Djebel  el-Kebir,  et  surtout  l'anti- 
clinal qui  fait  affleurer  le  Crétacé  supérieur  parmi  les  dé- 
pôts néogènes. 

La  constitution  géologique  du  pays,  sa  tectonique,  per- 
mettent de  comprendre  facilement  son  aspect  et  les  par- 
ticularités qu'il  peut  présenter. 

(i)  Gentil,  le  Maroc  physique,  p.  56. 
(2)  GouLVEK,  le  Maroc,  p.  52. 


LE   PAYS  l3 

Dans  les  hauteurs  dominent  les  formations  gréseuses. 
Celles-ci  se  désagrégeant  en  surface  sous  l'influence  des 
agents  atmosphériques  forment  des  plateaux  où  des  blocs 
plus  ou  moins  volumineux  abondent  au  milieu  des  gra- 
viers et  de  sables  grossiers.  C'est  la  lande  parsemée  de 
palmiers  nains  avec  çà  et  là  quelques  bois  d'oliviers. 

Quant  aux  flancs  de  ces  plateaux,  ils  ont  naturellement 
les  caractéristiques  qu'imprime  l'érosion  aux  roches  per- 
méables et  peu  résistantes  :  falaises  escarpées,  aspects 
ruiniformes,  grottes,  etc. 

Par  contre,  là  où  abondent  les  terrains  argileux,  nous 
avons  un  paysage  aux  lignes  indécises,  au  modelé  flou,  un 
assemblage  de  buttes,  de  mamelons  parmi  lesquels  au 
moment  des  pluies  les  eaux  de  ruissellement  courent  en 
tous  sens,  dessinant  sur  les  pentes  adoucies  une  multitude 
de  petites  rigoles,  de  petits  ravins  dont  les  flancs  s'ébou- 
lent sans  cesse. 

Dans  les  bas-fonds,  dans  les  plaines  argileuses,  les  maré- 
cages abondent  en  hiver.  C'est  surtout  dans  la  partie  sud 
de  la  région  de  Tanger  que  cette  zone  marécageuse  ac- 
quiert son  plus  grand  développenient.  Elle  s'étend  tout 
le  long  de  l'Oued  Mharhar  et  de  l'Oued  Tahaddart,  qui 
l'alimentent  ainsi  que  les  sources  issues  des  plateaux  gré- 
seux d'Aïn  Dalia  et  de  Charf  el-Aqab. 

Sources  et  niveaux  d'eau  sont  en  effet  assez  bien  déve- 
loppés dans  toute  la  région  de  Tanger,"^ce  qui  se  comprend 
aisément  quand  on  se  reporte  aux  formations  géologiques 
que  nous  avons  indiquées  et  à  leur  répartition.  Les  grès 
couvrent  une  grande  partie  du  pays,  les  couches  sous-ja- 
centes  sont  de  nature  argileuse,  c'est-à-dire  imperméables; 
il  en  résulte  par  suite  de  nombreuses  nappes,  des  sources 
persistantes  telles  que  celles  que  nous  avons  citées  plus 
haut. 

Toutefois  par  suite  de  la  tectonique  du  pays,  de  l'alter- 


14  TANGER    ET    SA    ZONE 

nance  des  terrains  gréseux  et  argileux  une  partie  au  moins 
de  ces  eaux  sont  relativement  superficielles.  Il  en  résulte 
qu'elles  laissent  à  désirer  comme  fraîcheur,  que  leur  con- 
tamination est  facile  ;  aussi  doivent-elles  être  soigneuse- 
ment surveillées  quand  elles  doivent  servir  à  l'alimen- 
tation. 

Dans  les  environs  immédiats  de  Tanger,  entre  la  ville 
etl'Oued  El-Halq,  il  y  a  plusieurs  nappes  aquifères  dont 
l'origine  est  un  peu  différente.  Ce  sont  en  effet  les  sables 
dunaires  qui  forment  la  couche  perméable.  Aussi  la  plu- 
part d'entre  elles  sont-elles  destinées  à  disparaître  avec  l'ex- 
tension de  la  ville.  Déjà,  d'ailleurs,  de  nombreux  puits  se 
sont  taris  à  la  suite  des  travaux  exécutés. 

Le  sol.  On  peut  diviser  le  territoire  du  Fahç  en  terrains  de  cul- 

ture et  terres  de  pâture,  suivant  la  nature  du  sol. 

Les  terres  de  culture  sont  généralement  de  nature  mar- 
neuse ;  elles  se  divisent  en  terres  blanches  (sablonneuses;, 
terres  rouges  fortement  chargées  de  carbonate  de  chaux, 
terres  noires,  les  plus  propices  à  la  culture  comme  étant 
les  plus  riches  en  humus,  et  les  terres  grises  ou  argileuses. 
Cependant  la  présence  de  Targile  est  un  obstacle  à  la  ferti- 
lité régulière  du  sol  qu'elle  rend  tributaire  de  la  quantité 
plus  ou  moins  grande  d'eau  tombée  dans  la  saison  ;  les 
pluies  trop  abondantes,  comme  la  sécheresse,  nuisent  à  la 
fertilité  des  terrains  du  Fahç. 

Les  meilleures  terres  sont  les  tirs^  qui  peuvent  être  de 
teintes  différentes,  mais  dont  les  plus  fertiles  sont  les  noirs. 
La  fertilité  des  tirs  est  bien  connue  dans  tout  le  Maroc;  la 
terre  noire  est  supérieure  à  la  terre  rouge-hamri^  à  la 
terre  blanche  et  sablonneuse,  m'remla,  et  à  la  terre  argi- 
leuse. 

Dans  la  zone  de  Tanger,  la  terre  noire  se  rencontre  prin- 
cipalement dans  la  région  des  Souani  et  des  Béni  Makada, 
dans  les  vallées  de  Boubana  et  de  l'Oued  Boukhalf;  elle 


LE   PAYS  13 

contient  gSS  p.  looo  de  terre  fine  et  42  p.  1000  de  cailloux. 
Riche  en  humus,  en  azote  et  en  potasse,  elle  convient  à  la 
grande  culture.  Le  hamri  est  peu  riche  en  azote  et  en 
humus,  mais  contient  du  calcaire,  de  l'acide  phosphorique 
et  de  la  potasse.  Sa  fertilité,  quoique  moindre  que  celle 
des  tirs,  est  grande  ;  elle  convient  également  à  la  grande 
culture  avec  des  pluies  peu  abondantes. 

La  terre  blanche  ou  sablonneuse,  mVem/a,  est  siliceuse, 
pauvre  en  azote  et  en  humus  ;  cependant  elle  convient  à 
la  culture  maraîchère. 

Dans  le  voisinage  des  oueds,  on  trouve  le  D'haç,  terre 
tendre,  de  couleur  rougeâtre,  qui  n'est  ni  sablonneuse  ni 
argileuse  et  qui  provient  des  dépôts  effectués  par  les  débor- 
dements des  Oueds.  Elle  convient  à  toutes  les  cultures. 

Enfin,  peuvent  se  classer  comme  terres  de  pâture  les 
terres  forestières,  les  terres  caillouteuses,  les  pentes  des 
collines,  les  terrains  de  culture  non  labourés  ou  les  vallées 
marécageuses  et  les  adir  (prairies  naturelles). 


On  est  encore  mal  fixé  ^ur  les  ressources  du  sous-sol. 

Des  argiles  assez  pures  sont  exploitées  pour  la  fabrica- 
tion des  tuiles  et  des  poteries.  Des  calcaires  à  chaux  et  à 
ciments  commencent  à  être  exploités.  En  plusieurs  points, 
des  gisements  gréseux  ou  calcaires  fourniront  des  car- 
rières dont  le  développement  sera  surtout  fonction  de 
celui  des  routes.  Certains  de  ces  grès,  ceux  de  la  pointe 
d'Achaqqar  en  particulier,  fournissent  des  meules  très  ap- 
préciées (i). 


Le  sous-sol. 


Le  climat  de  la  zone  de  Tanger  est  soumis  aux  échanges 
atmosphériques  violents  qui  s'eff"ectuent   entre  les   deux 


Le  ditnat. 


(i)  On  venait  autrefois  en  chercher  depuis  le  Gharb.  Elles  ont  l'avantage 
de  ne  pas  s'effriter  et  de  ne  pas  laisser  de  gravier  dans  la  mouture. 


l6  TANGER   ET   SA    ZONE 

mers  à  travers  l'étroit  couloir  du  détroit.  C'est  donc  un 
climat  essentiellement  maritime,  influencé  à  la  fois  par 
l'Atlantique  et  la  Méditerranée. 

Des  observations  des  phénomènes  atmosphériques  ont 
été  enregistrés  par  Sir  H.  White,  ministre  d'Angleterre  à 
Tanger,  MM.  Weber  et  GolTart,  et  plus  tard  par  les  sta- 
tions météorologiques  des  Pères  Franciscains  de  la  Mis- 
sion espagnole,  du  Cap  Spartel  et  du  Collège  Français. 

La  température  de  Tanger  est  assez  basse,  principale- 
ment dans  la  région  occidentale,  sur  la  côte  de  l'Atlan- 
tique ;  il  y  a  en  effet  des  différences  assez  notables  entre 
les  températures  moyennes  prises  au  Cap  Spartel  (  12^,4  en 
janvier,  23", 3  en  août)  et  celles  enregistrées  à  Tanger  pour 
les  mêmes  mois  :  13*^,9  et  24^,2.  La  température  estivale 
s'élève  rarement  au-dessus  de  25*^,  tandis  qu'en  hiver,  elle 
ne  descend  que  très  rarement  à  o^  Les  températures 
moyennes  de  1897  à  1906  ont  été  les  suivantes  : 

Janvier,  février,  mars     .     .     .  i2<',67 

Avril,  mai,  juin 18^,27 

Juillet,  août,  septembre.     .     .  23^,34 

Octobre,  novembre,  décembre  16", o3 

Soit  une  température  moyenne  annuelle  de  170,58.  Les 
mois  les  plus  froids  sont  décembre  et  janvier  ;  le  plus 
chaud,  août. 

Une  variation  assez  brusque  de  la  température  se  pro- 
duit généralement  à  la  tombée  de  la  nuit. 

Le  régime  des  pluies  est  bien  caractérisé  à  Tanger. 
D'après  les  observations  recueillies  de  1879  à  19 18,  tant 
par  Sir  H.  Withe  que  par  MM.  Weber,  Goffart  et  Irwin, 
la  sécheresse  est  presque  absolue  dans  les  quatre  mois 
d'été  et  la  pluie  très  abondante  de  décembre  (124  mm.  9)  à 
avril  (76  mm.)  avec  un  maximum  en  mars  (127  mm.  3). 


LE   PAYS 


17 


D'après  Goffart,  la  colonne  d'eau  recueillie  à  Tanger  est 
de  825  mm.  8  en  moyenne  par  an. 

«  Le  Nord  du  Maroc,  dit  L.  Gentil  (i),  est  soumis  aux 
échanges  atmosphériques  fréquents  et  parfois  violents  qui 
se  font  par  le  Détroit  de  Gibraltar.  Les  différences  de  pres- 
sions atmosphériques  ou  d'échauffement  sur  les  deux  mers 
favorisent  la  formation  de  courants  aériens  fréquents. 
Tanger,  est  de  ce  fait,  très  ventilé  ;  c'est  tantôt  le  vent  d'Est, 
tantôt  le  vent  d'Ouest.  »  Le  vent  d'Est  (charqi)  souffle 
en  moyenne  71  jours  par  an. 

Le  vent  chaud  (siqal)  vient  du  S.-O.  ;  il  souffle  en  été, 
mais  assez  rarement  à  Tanger,  et  encore  est-il  moins  sen- 
sible sur  la  côte  que  dans  l'intérieur  de  la  zone,  où  il  est 
combattu  par  la  fraîcheur  de  la  mer.  Ce  vent,  qui  échauffe 
parfois  l'atmosphère  dans  des  proportions  considérables,  a 
été  observé  par  MM.  White  et  Goflart  ;  ils  ont  noté  comme 
températures  extrêmes  39^,4  (White,  11  septembre  1899)  et 
40*^,9  (Goffart,  8  août  1902)  sur  la  période  1879-1918. 

/     La  présence  de  courants  marins  froids  dans  le  voisinage 

;  du  littoral  contribue  à  maintenir  dans  la  région  de  Tanger 

j  une  certaine  égalité  de  température.  Alors  que  la  surface 

de  la  mer  présente  environ  19^  dans  le  détroit,  de  juillet  à 

septembre,  elle  est,  à  la  même  latitude,  de  20  à  22^  dans 

l'Océan  et  de  21  à  23«  dans  la  Méditerranée, 'De  Tarifa  à 

/  la    baie  de  Tanger  le  thermomètre  accuse  en  surface  à 

travers  le  détroit  successivement  :  i3",9,  1 6*^,7  et  i5'%5,  soit 

la  température  d'août  sur  la  côte  d'Irlande.^  D'après  les 

calculs  effectués  sur  la  côte,  ainsi  qu'au  large  entre  Spartel 

et  Arzila,  il  a  été  établi  que  ces  courants  froids  n'occupent 

sur  le  littoral  qu'une  bande  de  12  kilomètres  (2). 

(i)  Le  Maroc  physique,  pp.  255  et  seq. 
(2)  Gentil,  le  Maroc  physique,  p.  253. 


l8  TANGER   ET   SA    ZONE 

De  mai  à  septembre,  on  constate  quelquefois  la  présence 
d'une  épaisse  bande  de  brouillard  en  flocons  compacts, 
voyageant  de  l'E.  à  l'O.  et  qui,  voilant  le  soleil  jusque  vers 
le  milieu  de  la  journée,  rafraîchit  en  été  la  température;  il 
en  résulte  une  humidité  considérable  avec  une  rosée  abon- 
dante qui  peut  donner  de  l'eau  au  pluviomètre  (o  mm.  2 
à  o  mm.  3). 

En  dehors  de  ces  cas  spéciaux,  l'humidité  est  habituelle- 
ment grande  dans  la  région:  86,3  p.  100  en  janvier, 
77,6  p.  100  en  juillet  (i).  Ces  chiffres  ne  concordent  pas 
avec  ceux  de  M.  Goffart,  basés  sur  une  triple  observation 
journalière.  Il  donne  comme  moyenne  80,8  en  janvier 
et  77,7  en  juillet. 

Végétation.  Le  territoire  de  Tanger  semble  avoir  été  beaucoup  plus 

boisé  qu'il  ne  l'est  actuellement.  Le  déboisement  peut  être 
attribué  à  plusieurs  causes,  dont  les  principales  sont  : 
l'extension  croissante  des  constructions,  le  défrichement, 
la  fabrication  du  charbon,  et  le  besoin  de  bois  de  chauf- 
fage pour  les  hammams  et  pour  les  fours.  Ces  causes 
expliquent  la  nudité  relative  du  pays  ;  seules  sont  boisées 
les  pentes  septentrionales  du  Djebel  el-Kebir,  les  deux  ver- 
sants des  massifs  de  Sidi  Hoseïn  (2)  et  d'Aïn  Dalia,  les  hau- 
teurs de  Charf  El-Aqab  et  de  grands  jardins  dans  les  envi- 
rons immédiats  de  Tanger. 

Partout  où  des  soins  ont  été  apportés  à  l'entretien  et  à  la 
conservation  de  la  végétation  arborifère,  les  essences 
d'arbres  et  de  plantes  les  plus  diverses  y  croissent  facile- 
ment, même  les  plantes  tropicales.  Il  s'est  même  formé 
une  flore  spéciale  d'un  aspect  très  curieux,  qui  semble  due 
au  climat  extrêmement  tempéré  de  Tanger.  La  flore  indi- 
gène et  même  les  essences  importées  prennent  en    effet 

(1)  Gentil,  op.  cit.,  p.  aSg. 

(2)  Les  arbres  sont  respectés  autour  des  marabouts  parce  qu'ils  bénéfi- 
cient de  leur  horm. 


LE   PAYS  19 

dans  cette  région  une  forme  plus  svelte,  plus  gracieuse  que 
sous  le  climat  méditerranéen  ;  les  végétaux  tangérois  sont 
nettement  «  Canariensis  ». 

C'est  au  bord  de  la  mer,  dans  les  propriétés  qui  sont 
situées  sur  le  Djebel  el-Kebir,  que  l'on  trouve  les  plus  beaux 
jardins  :  les  eucalyptus,  les  variétés  les  plus  diverses  de 
mimosas,  les  cocotiers,  les  palmiers,  les  bambous,  les 
pins,  etc.,  atteignent  un  développement  remarquable  dans 
ces  endroits  favorisés. 

Partout  ailleurs  la  végétation  est  moins  florissante. 
Quelques  oliviers,  figuiers,  cactus,  dans  les  vergers  entou- 
rant les  villages,  et,  au  bord  de  la  côte,  des  fourrés  de 
lentisques,  de  tamarins  et  de  palmiers  nains. 

La  faune  terrestre  de  la  région  de  Tanger  n'a  jusqu'à  Faune. 

présent  été  l'objet  d'aucune  étude  scientifique. 

Quelques  recherches  malacologiques  ont  été  faites  par 
Morelet  (1880),  Kobelt  (1880),  Péchaud  (i883),  Ponsonby 
(1880-1889),  Buchet  (1904-1909),  auxquelles  il  faut  ajouter 
les  travaux  plus  récents  de  Pallary  et  de  Charrier. 

Faune  terrestre.  —  Elle  ne  semble  présenter  aucun 
caractère  spécial  et  est  à  peu  près  semblable  à  celle  du 
Sud  de  la  France.  On  peut  citer  comme  gibier  sédentaire  : 
le  sanglier,  qui  se  trouve  exclusivement  au  Charf  el-Aqab 
et  aux  Haouara;  le  lièvre,  le  lapin,  la  perdrix  rouge, 
l'alouette  huppée,  le  merle  et  les  vanneaux  ;  comme  gibier 
de  passage:  la  caille,  le  canard  sauvage,  la  bécasse,  la  bé- 
cassine, l'étourneau,  les  ramiers. 

En  dehors  du  gibier,  on  trouve  :  le  hérisson,  qui  est 
mangé  par  les  indigènes;  le  chacal  (rare),  des  aigles  au 
Charf  el-Aqab  (Colline  des  Aigles)  et  dans  les  rochers 
du  Djebel  El-Kebîr,  des  faucons,  des  éperviers,  des  émou- 
chets,  des  corbeaux,  des  ibis-pique-bœufs  ou  fausses  ai- 
grettes, etc. 


20  TANGER   ET   SA    ZONE 

Dans  les  jardins  vivent  des  rossignols,  des  mésanges,  des 
chardonnerets,  etc. 

Les  oiseaux  migrateurs  qui  nichent  à  Tanger  sont  les 
cigognes  et  les  hirondelles. 

Les  reptiles  sont  représentés  par  les  lézards,  les  sala- 
mandres, les  couleuvres,  etc.  ;  les  vipères  seraient  très 
rares.  Enfin  les  scorpions  se  rencontrent  assez  fréquem- 
ment hors  de  la  ville. 

Faune  marine.  —  Les  eaux  baignant  les  côtes  de  la  ré- 
gion sont  très  poissonneuses.  On  y  trouve  une  grande 
variété  d'espèces:  sardines,  soles,  raies,  rougets,  maque- 
reaux, limandes,  pageaux,  loups,  thons,  etc. 

Mais  la  faune  marine,  comme  la  faune  terrestre,  est 
encore  à  étudier  systématiquement.  Les  derniers  essais  ont 
été  tentés,  Tun  par  Pallary  (i),  l'autre  par  Charrier  (2). 
Le  premier  a  trait  aux  mollusques,  le  second  aux  anné- 
lides  polychètes. 

Trois  cent  cinquante  espèces  de  mollusques  ont  été 
signalées  ou  décrites.  Les  plus  fréquentes  appartiennent 
aux  genres  Siphonaria,  Aphysia,  Gibberula,  Turricula, 
Nassa^  Cerithium,  Turritella,  Cardiwn,  Tapes,  etc.  Les 
Pholas  et  Gastrochoena  abondent  dans  les  calcaires  argi- 
leux. 

Quant  aux  Annélides  Polychètes,  les  types  les  plus 
abondants  sont  l'AM^OMinia  ientaculata,  Perinereis  culiri- 
fera,  Arenicola  branchialis.  Les  Euniciens  sont  aussi  bien 
représentés,  notamment  par  les  genres  Marphysa,  Lumbri- 
conereis  et  Maclovia. 

Il  y  a  accord  entre  les  deux  auteurs  pour  reconnaître  que 
les  sables  de  la  baie  sont  d'une  très  grande  pauvreté,  et 
que  les  zones  les  plus  riches  sont  d'une  part  celle  qui  va 

(i)  Pallary,  Liste  des  Mollusques  tesiacés  de  la  baie  de  Tanger. 
(2)  Charrier,   Contribution  à  la  faune   marine  de  la  baie   de    Tanger. 
Notes  sur  les  Annélides  Polychètes.  Tanger,  1919. 


LE    PAYS  21 

du  feu  fixe  à  la  plage,  et  d'autre  part  la  plate-forme  côtière 
du  Marchan. 

Un  autre  fait,  intéressant  à  signaler,  résulte  des  recherches 
indiquées.  Si  cette  forme  de  mollusques  et  -d'annélides 
présente  à  la  fois  des  caractères  atlantiques  et  méditerra- 
néens, ce  qui  est  inévitable  par  suite  de  la  position  géogra- 
phique de  Tanger,  ce  sont  toutefois  les  types  atlantiques 
qui  y  dominent. 


VILLES    ET   TRIBUS. 


HISTORIQUE 


DE  LA  PREHISTOIRE  A  L'ISLAM 


L'histoire  de  Tanger  englobe  naturellement  celle  de  sa       Archéologie 
Zone  et  il  serait  difficile  de  les  séparer  ;  la  Zone  de  Tanger,      préhistorique. 
en  raison  de  ses  dimensions  très  restreintes,  n'a  pas  en 
effet  de  vie  propre  :  économiquement  et  politiquement  elle 
relève  de  la  ville  dont  elle  constitue  la  banlieue,  et  qui  est 
pour  elle  l'unique  centre  d'attraction. 

Les  recherches  palethnologiques  effectuées  dans  la  région 
de  Tanger  depuis  un  demi-siècle  environ  ont  fait  découvrir 
un  certain  nombre  de  témoins  des  civilisations  primitives, 
dont  l'inventaire  semble  encore  loin  d'être  terminé. 

La  présence  de  dolmens  ou  monuments  funéraires  mé- 
galithiques a  été  pour  la  première  fois  signalée  par  C.  Tis- 
sot.  En  1876  il  réussit  à  en  identifier  plusieurs  groupes, 
répartis  dans  le  Fahç,  généralement  au  sommet  de  collines  : 

Dans  le  bassin  de  l'Oued  Bou  Khalf ,  sur  les  monticules 
d'El-Mers  et  de  Dâr  Ghoulman ; 

Près  de  l'embouchure  du  même  oued,  sur  la  colline  ô!El- 
Mriès,  qui  domine  la  lagune  de  Sidi  Qâsem; 

Sur  le  col  qui  sépare  les  vallées  de  l'Oued  Bou  Khalf  et 
rOued  Boughadou  ; 

Sur  le  versant  méridional  de  la  colline  d'Aïn  Dalla. 


26  TANGER   ET   SA   ZONE  * 

Ces  nionuments  sont  établis  d'après  un  même  plan. 

Les  dolmens  du  Maroc  présenient  la  même  construction  que  ceux 
de  l'Algérie;  quatre  dalles  brutes  plantées  de  champ  forment  le  coffre 
funéraire,  que  recouvre  une  cinquième  dalle.  Le  coffre  affecte  toujours 
la  forme  d'un  trapèze;  sa  largeur  et  sa  profondeur  sont  d'un  mètre.  Le 
cadavre  ne  pouvait  y  être  placé  que  replié  sur  lui-même.  Tous  les 
dolmens  que  j'ai  observés  sont  enterrés  dans  le  sol;  la  dalle  supérieure 
apparaît  seule  (i). 

Les  tombes  dont  parle  Tissot  avaient  été  pour  la  plupart 
ouvertes  et  fouillées  par  les  indigènes  de  la  région  à  la  re- 
cherche de  trésors,  ce  qui  explique  l'indigence  de  leur  mo- 
bilier funéraire.  La  seule  qu'il  ait  explorée  minutieusement 
ne  contenait  plus  que  des  restes  décalcifiés. 

Un  autre  type  de  sépultures  a  été  identifié  en  1904  par 
G.  Salmon  et  Buchet  dans  le  groupe  d'El-Mriès.  Il  se  com- 
posait d'une  simple  fosse  creusée  dans  le  sol  sans  aucun 
appareil  de  soutènement  des  terres  et  recouverte  d'une  pe- 
tite dalle  brute.  Le  squelette  y  était  allongé,  les  pieds 
tournés  vers  l'Est,  les  bras  ramenés  contre  le  corps,  la 
tête  infléchie  sur  la  poitrine.  D'après  le  mobilier  funéraire 
qui  s'y  trouvait,  Buchet  croyait  pouvoir  attribuer  ces  mo- 
numents à  l'âge  de  bronze,  en  donnant  à  ce  terme  une  va- 
leur très  relative  (2). 

Les  restes  d'un  petit  dolmen  constitué  par  sept  dalles  de 
calcaire  ont  été  retrouvés  par  M.  Pallary  à  Aïn  Sahila,  au 
bord  des  marais  du  Charf  el-Aqab  (3). 

(i)  Ch.  Tissot,  les  Monuments  mégalithiques  et  la  population  blonde  au 
Maroc,  1B76;  —  Recherches  sur  la  Géographie  comparée  de  la  Maurétanie 
Tingitane,  1878. 

(2)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  I,  pp.  290-297:  Note  sur  les  dolmens 
d'El-Mriès,  par  G.  Salmon.  —  Bulletin  de  Géographie  historique  et  des- 
criptive, 1907,  pp.  396-399  :  Note  préliminaire  sur  quelques  sépultures 
antiques  du  N.-O.  du  Maroc,  par  Buchet.  —Bulletin  du  Comité  de  l'Afrique 
française,  190  Supt.,  p.  229  :  Rapport  sommaire,  parle  même. 

(3)  P.  Pallary,  Recherches  palethnologiques  dans  le  Nord  du  Maroc. 
Congrès  de  Montauban,  1902. 


DE    LA    PREHISTOIRE   A    LISLAM  27 

La  région  de  Tanger  contient  un  certain  nombre  de 
grottes  et  abris  préhistoriques:  la  présence  de  quelques- 
unes  de  ces  grottes  dans  les  falaises  du  Gap  Spartel  a  été 
signalée  dès  1875  par  le  docteur  Bleicher. 

Dans  les  environs  du  village  de  Médiouna,  Tissot  a  re- 
trouvé presque  à  fleur  de  sol  des  fragments  de  silex  et  des 
pointes  de  flèches  régulièrement  taillées;  une  hache  datant 
de  l'époque  de  la  pierre  polie  avait  été  trouvée  par  des  in- 
digènes quelque  temps  auparavant  dans  les  mêmes  pa- 
rages. 

Entre  le  massif  de  Spartel  et  celui  d'Achaqqar,  des  fouilles 
pratiquées  par  Buchet  dans  une  série  de  petites  grottes  ont 
donné  une  collection  de  silex  taillés,  d'os  façonnés,  des  dé- 
bris de  poteries  néolithiques  et  des  vestiges  de  foyers. 
L'une  de  ces  grottes  contenait  de  petits  objets  en  terre 
cuite  façonnés  sur  un  môme  type,  qu'on  put  identifier  avec 
de  grossières  images  religieuses  ou  des  ex-votos  phalliques 
ofl'erts  à  quelque  divinité  de  la  génération  :  Buchet  lui 
donna  le  nom  de  Caverne  des  Idoles.  Cette  caverne  a  été 
retrouvée  en  1909,  non  loin  de  Ziâten,  sur  la  route  des 
Grottes  d'Hercule,  dans  une  anfractuosité  de  la  falaise 
d'Achaqqar  qui  surplombe  la  mer  (i). 

Depuis  la  plus  haute  antiquité  jusqu'à  nos  jours,  la  ville         Légendes; 
de  Tanger  est  désignée  chez  les  auteurs  sous  les  noms  de 
Tingis,  Tingi,  Tingê,  Titga  et  Tandja;   ces  termes  sem- 
blent être  d'origine  berbère  ou  libyenne;  leur  sens   nous 
échappe  entièrement  aujourd'hui. 

La  situation  de  Tanger  à  la  limite  du  monde  connu  des 
anciens  a  donné  naissance  à  des  légendes  fameuses.  De 
Ceuta,  que  domine  le  Djebel  Moûsa,  jusqu'à  Larache,  où 

(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XVIII,  pp.  Sgi  et  seq.  —  Recherches 
archéologiques  au  Maroc,  III  :  La  Caverne  des  Idoles  au  sud  du  cap 
Spartel.  La  reproduction  photographique  des  ex-voto  et  des  autres  pièces 
archéologiques  y  est  donnée  en  appendice,  planches  XIV  à  XVIII. 


28  TANGER   ET   SA    ZONE 

l'on  situe  le  Jardin  des  Hespérides,  on  peut,  en  suivant  la 
côte,  évoquer  les  exploits  d'Hercule  et  d'Antée  et  les  aven- 
tures d'Ulysse;  près  du  Cap  Spartel  on  remarque  encore  des 
grottes  qui  auraient  été  habitées  par  Hercule  et  qui  portent 
son  nom. 

C'est  dans  les  parages  de  Tanger  en  effet  que  passe  pour 
avoir  vécu  le  roi  du  Nord-Ouest  africain,  Atlas  ou  Antée, 
fils  de  Neptune  et  de  la  Terre;  muni  d'un  énorme  bouclier 
en  peau  d'éléphant,  il  parcourait  la  région,  forçant  ceux 
qu'il  rencontrait  à  se  battre  avec  lui  ;  il  avait  élevé  un  temple 
à  son  père  avec  les  crânes  de  ses  victimes  quand  Hercule, 
fils  de  Jupiter,  se  présenta  pour  le  combattre,  mais  le  géant 
Antée  reprenait  des  forces  chaque  fois  qu'il  touchait  des 
pieds  la  Terre,  sa  mère;  Hercule  réussit  à  l'étouffer  en 
1«  tenant  soulevé  dans  ses  bras.  Son  tombeau  se  trouverait 
soit  à  Djebila,  au  Sud  du  Cap  Spartel,  près  des  Grottes 
d'Hercule,  soit  au  Charf,  au  fond  de  la  baie  de  Tanger. 
Hercule  se  saisit  ensuite  de  la  fille  d'Antée,  Tingé,  pour  la 
donner  en  mariage  à  son  fils  Sophax. 

Une  variante  dit  que  Tingé  était  la  femme  d'Antée  ;  Her- 
cule l'épousa  et  eut  d'elle  un  fils,  Sophax,  qui  fonda  une 
ville  à  laquelle  il  donna  le  nom  de  Tingé,  en  l'honneur  de 
sa  mère. 

Le  tombeau  d'Antée  aurait  été  ouvert  par  Sertorius  dans 
les  premiers  temps  de  l'occupation  romaine  :  on  y  aurait 
trouvé  un  squelette  de  soixante  coudées  de  longueur 
(33  mètres). 

Une  autre  légende  veut  que  le  Maroc  et  l'Espagne  aient 
formé  anciennement  un  même  territoire,  fait  d'ailleurs 
admis  comme  exact  par  la  science  contemporaine.  Les 
Marocains  ayant  à  supporter  des  attaques  continuelles  de 
leurs  voisins  se  plaignirent  à  Hercule,  de  passage  chez  eux. 
Hercule  éleva  une  digue  du  côté  de  Tanger  ou  d'El-Qçar 


DE    LA   PREHISTOIRE   A   L  ISLAM  2^ 

eç-Ceghîr,  une  autre  du  côté  de  Tarifa,  puis  il  ouvrit  un 
canal  entre  les  deux  digues  :  les  eaux  de  l'Atlantique,  plus 
hautes  que  celles  de  la  Méditerranée,  se  précipitèrent  dans 
cette  mer,  qui  s'éleva  au  même  niveau.  Le  Maroc  se  trouva 
dès  lors  séparé  de  l'Espagne  (i). 

Une  variante  de  cette  légende  dit  qu'Hercule  ouvrit  le 
détroit  en  coupant  en  deux  une  montagne  reliant  l'Espagne 
au  Maroc  :   la  partie  restée  en  Espagne  serait  Calpé  (Gi 
braltar),  l'autre  enterre  d'Afrique  Abîla  (Djelbel  Moûsa) 
Ces  deux  tronçons  de  la  montagne  constitueraient  les  Co- 
lonnes d'Hercule. 

D'après  une  autre  légende,  rapportée  par  Léon  l'Afri- 
cain, Tanger  aurait  été  fondée  par  «  un  Seigneur  appelé 
Sedded,  fils  de  Had,  qui,  comme  ils  disent,  dompta  etgou- 
verna  tout  l'univers.  Au  moyen  de  quoi,  il  luyprint  envie  de 
faire  bâtir  une  cité  conforme  et  ressemblante  au  paradis 
terrestre.  Et  persistant  en  son  opinion,  feit  ériger  les  mu- 
railles, et  couvrir  les  maisons  d'or  et  d'argent,  expédiant 
en  toutes  parts  des  Commissaires  pour  recevoir  les  tribuz». 

En-fin  les  indigènes  actuels  racontent  que  les  gens  du 
Sous  auraient  autrefois  bâti  dans  la  région  de  Tanger  une 
ville  merveilleuse,  avec  des  palais  ornés  de  colonnes  de 
pierres  précieuses.  Nous  ne  reviendrons  pas  ici  sur  la  pré- 
sence des  Sousis  dans  le  Nord  marocain  depuis  des  temps 
reculés,  pas  plus  que  sur  la  signification  du  terme  Sous, 
qui  s'appliquait  autrefois  à  tout  le  Maroc  (2).  On  peut  se 
demander  toutefois  si  la  tradition  ci-dessus  s'applique  à  la 
fondation  de  Tanger  par  des  tribus  berbères  venues  du  Sud 
ou  si  elle  fait  allusion  à  la  ville  de  Cotta,  signalée  par 
Pline  et  située  par  Tissot  soit  à  Agla,  soit  à  Médiouna.  On 

(i)  Cet  exploit  est  quelquefois  attribué  à  Alexandre  le  Grand  par  la  légende 
marocaine. 
(2)  Cf.  Villes  et  Tribus  du  Maroc,  Rabat  et  sa  région,  t.  III,  pp.  45  et  46. 


3o 


TANGER    ET   SA   ZONE 


ne  peut  affirmer  là-dessus  rien  de  précis,  non  plus  que  pour 
la  ville  de  Pontion,  que  Tissot  place  aux  villages  actuels 
des  Hadjrïin  et  d'El-Mriès. 

Les  premiers  On  peut  rappeler  encore  qu'aux  temps  bibliques  le  sol  de 

habitants.  l'Afrique  aurait  été  peuplé  entièrement  par  des  nègres  des- 
cendant de  Cham  ;  ces  nègres  auraient  été  postérieurement 
refoulés  du  nord  vers  le  centre  par  une  invasion  de  blancs. 
Sans  remonter  à  des  temps  aussi  lointains  on  peut  se 
demander  avec  Boissière,  qui  se  base  sur  Salluste,  si  les 
premiers  habitants  de  l'Afrique  n'ont  pas  été  les  Gétules  et 
les  Libyens. 

Ce  sont  là  les  aiitochthones,  affirme  cet  auteur,  ceux  dont, les  hiéro- 
glyphes font  mention  sous  le  nom  de  Lebous,  ceux  dont  un  papyrus 
plus  récent  désigne  le  pays  sous  le  nom  de  Tamahou;  ce  sont  les  in- 
digènes bruns...  les  antiques  fabricateurs  de  ces  instruments  en  silex, 
de  ces  pierres  taillées  qui  sortent  du  sol  africain  plus  nombreux  chaque 
jour  ;  c'est,  en  un  mot,  la  race  berbère  qui  vit  aujourdliui  près  de 
nous,  et  dont  les  purs  échantillons,  échappant  à  toute  conquête,  se 
sont  réfugiés  dans  les  inaccessibles  retraites  du  plateau  central.  Mais 
voici  que  l'armée  d'Hercule  se  débande  en  Espagne;  les  Mèdes,  les 
Perses  et  les  Arméniens  (i)  qui  en  faisaient  partie,  traversent  le  détroit 
de  Gibraltar,  passent  en  Afrique,  se  mêlent  par  mariages,  les  uns  aux 
Gétules,  les  autres  aux  Libyens,  et  s'absorbent  petit  à  petit  dans  le 
courant  de  la  race  indigène.  Or,  vers  1600  avant  Jésus-Christ,  se  pro- 
duit, dans  l'Europe  occidentale,  un  grand  mouvementde  populations:  les 
Kymris,  venant  du  Nord  refoulent  certains  groupes  de  Celtes  jusqu'en 
Espagne,  et  les  habitants  de  cette  contrée,  poussés  eux-mêmes  par 
l'invasion,  s'échappent  en  directions  diverses,  les  uns  par  les  Pyrénées 
vers  l'Italie,  sous  le  nom  de  Ligures,  les  autres  par  le  détroit  de  Gi- 
braltar. 

N'est-ce  pas  là  l'armée  d'Hercule  ?  Les  Mèdes,  les  Arméniens  de 
Salluste,  c'est-à-dire,  sous  un  nom  hasardeux,  des  peuples  d'origine 
aryenne,  ne  sont-ils  pas  ces  hommes  blonds  aux  yeux  bleus,  venus  du 
Nord  par  les  îles  delà  Méditerranée  et  la  Péninsule  Ibérique,  et  qui  cou- 
vrirent la  Tunisie,  surtout  l'Algérie  et  le  Maroc,   d'une  traînée  inin- 


(1)  Cf.  injra,  lignes  3i  et  Sa. 


DE    LA   PRÉHISTOIRE   A    l'iSLAxM  3i 

terrompue  de  monuments  mégalithiques  de  toutes  sortes,  de  dolmens  et 
de  sépultures  où  nous  ne  retrouvons  pas  seulement  leurs  ossements, 
mais  leurs  instruments  et  leurs  armes,  tantôt  de  pierre  polie,  tantôt  de 
bronze  et  de  fer  (i)  ?... 

Ainsi,  d'après  Boissière,  les  Gétules  et  les  Libyens,  pre- 
miers habitants  du  N.  de  l'Afrique,  seraient  les  hommes 
de  la  pierre  taillée,  la  race  «  de  nos  indigènes  actuels,  qui 
en  majorité  sont  bruns,  la  race  berbère  »  ;  les  Aryens, 
blonds  et  aux  yeux  bleus,  qui  auraient  envahi  leur  pays, 
constitueraient  les  hommes  de  la  pierre  polie  et  des  monu- 
ments mégalithiques.  Relativement  peu  nombreux,  ceux-ci 
auraient  à  la  longue  été  absorbés  par  les  autochtones,  dont 
la  race  aurait  repris  le  dessus  avec  ses  traits  physiques  et 
autres  :  ce  seraient  les  représentants  des  deux  races  fu- 
sionnées que  trouvèrent  dans  le  pays  les  conquérants  suc- 
cessifs. 

Les  Gétules,  terme  dans  lequel  on  reconnaît  assez  faci- 
lement les  Gzoûla,  occupaient  le  Sahara  et  ses  abords,  de 
l'E.  à  rO.  de  l'Afrique.  A  un  point  de  vue  plus  local,  au 
Maroc  ils  avaient  pour  voisins  les  Maçmoûda,  qui  leur 
étaient  apparentés  et  constituaient  peut-être  une  de  leurs 
fractions.  A  la  famille  des  Maçmoûda  appartiennent  les 
Ghomara,  leurs  représentants  dans  le  N.-O.  du  Maroc.  Or 
les  Ghomara  sont  signalés  dans  la  région  de  Tanger  de- 
puis les  premiers  temps  connus  de  l'histoire  berbère  (2)  ; 
la  population  actuelle  de  la  région  comprend  des  types 
bruns  et  des  types  blonds  aux  yeux  bleus. 

On  peut  rappeler  que  des  auteurs  anciens  placent  dans 
la  même  région  un  peuple  qu'ils  appellent  les  Métagonitaï: 

(i)  Esquisse  d'une  histoire  de  la  conquête  et  de  l'administration  dans  le 
Nord  de  l'Afrique,  par  Gustave  Boissière,  pp.  97-99.  Paris,  Hachette,  1878. 

(2)  Cf.  Villes  et  Tribus  du  Maroc,  vol.  V  :  Rabat  et  sa  région,  t.  III, 
pp.  45  et  46. 


32 


TANGER    ET   SA   ZONE 


il  est  inutile  d'essayer  d'identifier  cette  appellation  avec 
celle  des  habitants  actuels,  les  noms  propres  ayant  été  en- 
tièrement déformés  par  ces  auteurs,  qui  ne  connaissaient  le 
pays  que  par  des  traditions  mal  transmises  ou  des  rensei- 
gnements indirects  et  ignoraient  la  langue  qu'on  y  parlait. 
De  plus,  admettre  cette  hypothèse  ce  serait  admettre  que 
les  populations  du  Maroc  sont  toujours  restées  sédentaires; 
or  le  fait  contraire  est  indiscutablement  établi  par  l'étude 
des  déplacements  formidables  des  tribus,  dont  on  a  vu  des 
exemples  si  frappants  dans  la  «  Châouia  »  et  dans  la  région 
de  Rabat  et  dont  plusieurs  remontent  à  peine  à  moins  de 
trois  siècles.  A  cela  s'ajoute  que  la  région  de  Tanger  a  été 
de  tous  temps  un  lieu  de  passage  pour  les  invasions  venues 
d'Espagne  et  d'Afrique  et  que  les  représentants  des  races 
primitives  s'y  sont  raréfiés. 

La  carte  de  Tissot  porte,  à  côté  des  Métagonitaï,  les 
Abrida;  c'est  là  un  terme  berbère  qui  s'applique  à  ceux  qui 
habitent  les  bords  d'un  détroit,  tels  les  Rouafa  (Rifains) 
actuels;  ce  n'est  pas  un  nom  de  peuple. 

De  tout  ce  qui  précède  nous  retiendrons  que  la  fusion 
des  Aryens,  constituant  la  prétendue  armée  d'Hercule,  et 
des  Maçmouda  Ghomara,  habitants  primitifs  du  pays, 
semblerait  s'être  opérée  à  partir  de  1600  avant  Jésus-Christ. 

Nous  dirons  également  que,  d'après  les  auteurs  indi- 
gènes, Tanger  était  anciennement  la  capitale  du  Soûs  Ei- 
Adna  (i). 

Les  Les  Phéniciens.  —  Une  tradition  obscure  place  la  venue 

Phéniciens.  de  Phéniciens  à  Tanger  vers  1460  avant  Jésus-Christ,  à 
l'époque  où,  refoulée  vers  la  mer  par  les  Hébreux,  la  popu- 
lation de  la  Palestine  «  s'embarqua  sur  les  vaisseaux  de 

(i)  Cf.  supra,  p.  29. 


DE   LA   PREHISTOIRE  A   L  ISLAM 

Tyr  et  de  Sidon  et  alla  fonder  des  colonies  jusqu'aux  extré- 
mités occidentales  de  la  Méditerranée  (i)  »• 

Dans  rétat  actuel  de  la  documentation  il  est  impossible 
d'affirmer  que  les  Phéniciens  ont  été  les  fondateurs  de 
Tanger.  Il  est  probable  qu'ils  y  trouvèrent  quelque  agglo- 
mération indigène,  l'une  de  ces  innombrables  bourgades 
ou  villes  berbères  actuellement  disparues  et  dont  les  au- 
teurs indigènes  signalent  la  présence  sur  tout  le  sol  du 
Maroc  ancien.  Visant  dans  leurs  entreprises  des  buts  sur- 
tout commerciaux  (2),  les  Phéniciens  se  bornèrent  sans 
doute  à  fonder  à  Tanger  un  comptoir  de  commerce  ana- 
logue à  ceux  qu'ils  possédaient  dans  les  autres  parties  du 
littoral  africain,  sans  chercher  à  pénétrer  à  l'intérieur  des 
terres  ni  à  soumettre  les  populations  indigènes. 

L'emplacement  sur  lequel  s'élevait  la  ville  à  cette  époque 
reculée  n'a  pas  encore  été  identifié  avec  certitude. 

Une  hypothèse  d'ordre  général  veut  que,  le  long  des 
côtes,  les  indigènes  s'établissent  de  préférence  au  fond  des 
baies,  n'ayant  rien  à  craindre  des  populations  de  l'inté- 
rieur, tandis  que  les  conquérants  au  contraire  s'installent 
sur  les  pointes,  le  plus  loin  possible  de  ces  mêmes  popula- 
tions, naturellement  hostiles. 

Il  est  difficile  d'établir  le  bien-fondé  de  cette  hypothèse. 
Néanmoins  il  semble  qu'il  n'y  ait  pas  lieu  de  s'arrêter  à 
l'opinion  de  certains  auteurs,  qui  situent  Tingis  sur  l'em- 
placement des  ruines  de  Tandja  El-Balia,  à  3  kilomètres  au 
S.-E.  de  la  ville  actuelle;  Graberg  di  Hemso  prétend  à  tort 
que  ces  ruines  datent  d'une  époque  antérieure  aux  Phéni- 
ciens: elles  remontent  tout  au  plus  au  moyen  âge  ber- 
bère (3).  Du  temps  de  Procope,  vers  53o  après  Jésus-Christ, 


(i)  Les  Villes  maritimes  du  Maroc,  par  Élie  de  la  Primaudaie,  in  Revue 
africaine,  1872,  p.  3io. 

(2)  Gustave  BoissiÈRE,  loc.  cit.,  pp.  3  et  4. 

(3)  TissoT,  loc.  cit.,  p.  45. 


54  TANGER   ET   SA   ZONE 

il  y  avait  à  Tanger  deux  colonnes  portant  l'inscription 
phénicienne  suivante:  Nous  sojnmes  ceux  qui  avons  fui 
devant  le  brigand  Josué,  fils  de  Navé{i).  Castellanos  pré- 
tend de  nos  jours  que  ces  deux  colonnes  se  trouvaient  au 
milieu  des  ruines  de  Tandja  El-Balia(2). 

Pour  d'autres  auteurs,  tels  que  Renou  et  Tissot,  la  situa- 
tion du  mouillage  suffirait  à  elle  seule  à  établir  que  Tingis 
occupait  l'emplacement  de  la  ville  indigène  actuelle,  empla- 
cement qui  d'ailleurs  n'aurait  jamais  varié  avec  les  occu- 
pants successifs.  La  présence  de  nombreuses  tombes  d'ap- 
parence liby-phéniciennes  creusées  dans  le  roc,  sur  le 
plateau  du  Marchan,  semble  confirmer  entièrement  cette 
opinion  (3).  D'autre  part,  le  Marchan  paraît  avoir  consti- 
tué de  tout  temps  une  vaste  nécropole. 

Les  tombes  du  plateau  du  Marchan  sont  les  seuls  vestiges 
actuels  de  l'époque  liby-phénicienne  ;  il  faut  y  ajouter  peut- 
être  une  stèle  grossière,  taillée  dans  une  pierre  meulière 
provenant  des  carrières  du  Cap  Spartel  et  découverte  par 
Tissot  près  de  l'ancienne  légation  de  France.  Enfin,  dans 
un  couloir  souterrain  partant  de  la  Qaçba,  J.  Buffa  aurait 
découvert  des  chambres  mortuaires  contenant  des  débris 
d'urnes  funéraires  avec  des  caractères  puniques  (4). 

Les  Les  Carthaginois.  —  Aux  Phéniciens  vinrent  se  super- 

Carthaginois,      poser  les  Carthaginois  vers  l'an  53o  avant  Jésus-Christ. 

On  ne  sait  rien  de  cette  nouvelle  période  de  l'histoire, 
sinon  que  l'amiral  Hannon  franchit  à  cette  date  approxi- 
mative les  Colonnes  d'Hercule  et  qu'il  fonda  une  station  à 

(i)  D'après  Élie  de  la  Primaudaie,  loc.  cit.,  p.  3 10. 

(2)  Castellanos,  Historia  de  Marruecos,  p.  46. 

(3)  Cf.  Tissot,  loc.  cit.,  p.  46.  —  Cf.  également  Archives  marocaines, 
vol.  XVIII,  p.  375:  Recherches  archéologiques  au  Maroc;  les  Sépultures 
antiques  du  plateau  du  Marchan. 

(4)  Travels  through  the  empire  of  Morocco,  p.  «4.  Buffa  aurait  visité  ce 
souterrain  en  i8o5. 


DE   LA    PRÉHISTOIRE    A    l'iSLAM  35 

Tingis;  après  lui  Himilcon  dépassa  également  ces  mômes 
Colonnes.  Tingis  est  citée  dans  le  Périple  de  Hannon  ;  de 
la  relation  de  Himilcon  il  ne  reste  malheureusement  que 
quelques  fragments. 

On  a  déjà  vu  que  les  Phéniciens  se  livraient  au  com- 
merce sans  aucune  apparence  d'occupation  politique  ou 
militaire  du  pays.  Les  Carthaginois  au  contraire  nous 
sont  donnés  par  Thistoire  comme  cherchant  à  appuyer  sur 
la  force  leur  monopole  du  négoce  ;  il  est  peu  probable 
qu'ils  aient  eu  à  imposer  leur  domination  commerciale  à 
Tanger  :  elle  leur  était  acquise  de  fait  par  la  présence  des 
Phéniciens,  leurs  frères  de  race  et  leurs  prédécesseurs  de 
longue  date  ;  leurs  guerres  avec  les  Romains  absorbèrent 
d'ailleurs  la  plus  grande  partie  de  leur  activité. 

Après  la  chute  de  Carthage,  Phéniciens  et  Carthaginois 
restèrent  dans  le  pays,  où  ils  furent  absorbés  lentement 
par  le  milieu  indigène;  aucun  auteur,  aucune  tradition  ni 
légende  ne  fait  mention  de  leur  départ. 

Bokkar.  —  Au  début  du  troisième  siècle  avant  Jésus-  Les  rois 

Christ,  le  Maroc  obéissait  à  Bokkar,  qui  résidait  à  Tanger,         indigènes. 
capitale  du  royaume,  et  qui  était  un  lieutenant  du  roi  de 
Numidie  Syphax.  En  202  avant  Jésus-Christ,  après  la  cap- 
ture de  Syphax,  il  devint  le  vassal  de  Massinissa. 

Bokkus  /"^  —  Vers  io5  avant  Jésus-Christ,  le  Maroc  est 
sous  la  domination  du  roi  Bokkus,  qui  réside  également  à 
Tanger.  Le  règne  de  ce  souverain  fut  marqué  au  début  par  la 
lutte  contre  l'influence  romaine,  qui  se  manifestait  par  un 
appui  occulte  prêté  à  des  chefs  d'opposition. 

Bokkus  I"*"  entra  en  lutte  avec  les  Romains  aux  côtés  de 
son  gendre  Jugurtha,  mais  ne  le  jugeant  pas  de  taille  à 
leur  résister  et  cédant  aux  intrigues  de  Sylla,  lieutenant 
de  Marius,  il  le  trahit  presque  aussitôt  et  le  livra  à  ses 


36  TANGER    ET    SA    ZONE  , 

ennemis  (io5  av.  J.-C.)  ;  son  royaume  s'agrandit  alors 
jusqu'au  delà  de  la  Moulouia.  Il  resta  depuis  constamment 
fidèle  à  Sylla,  même  aux  temps  de  la  rivalité  avec  Marius. 

La  fin  du  règne  de  Bokkus  fut  marquée  par  des  revers 
de  fortune.  Ce  fut  d'abord  une  tentative  de  main  mise  sur 
Tanger  par  Sertorius  fuyant  devant  Sylla,  puis  la  révolte 
d'Ascalis,  fils  de  Iphta,  qui  chassa  Bokkus  de  la  capitale  et 
se  posa  en  prétendant;  ce  fut  ensuite  le  siège  de  Tanger  par 
Sertorius.  Bokkus  fut  alors  abandonné  par  Sylla,  qui  se 
tourna  du  côté  d'Ascalis  et  envoya  des  troupes  à  son 
secours  ;  mais  Sertorius  battit  ces  troupes  et  enleva  d'assaut 
Tanger,  où  il  captura  le  prétendant  et  sa  famille  (82  avant 
J.-C). 

Sertorius  étant  repassé  en  Espagne  quelque  temps  après, 
Tanger  se  trouva  incorporée  de  nouveau  au  royaume  du 
Maroc. 

Bogud  /'"'.  —  Sur  ces  entrefaites  Bokkus  était  mort  et 
son  royaume  avait  été  partagé  entre  ses  deux  fils,  Bogud 
et  Bokkus.  La  partie  occidentale,  avec  Tanger  pour  capi- 
tale, échut  à  Bogud  et  prit,  d'après  les  auteurs  latins,  le 
nom  de  Bogudiana;  la  partie  orientale  revint  à  Bokkus 
(Bokkus  II). 

Alors  commence  une  période  obscure  d'une  quarantaine 
d'années,  sur  laquelle  les  auteurs  ne  nous  ont  transmis 
aucun  renseignement  précis.  En  outre,  une  confusion 
extrême  règne  sur  les  noms  de  Bokkus  et  Bogud,  qu'on  n'a 
jamais  pu  identifier. 

Un  Bogud,  sans  doute  Bogud  P^  est  donné  comme 
ayant  soutenu  Pompée  contre  le  roi  de  Numidie,  Yarbas. 
Un  personnage  du  même  nom  se  serait  déclaré  partisan 
de  César  ;  il  serait  même  passé  en  Espagne  en  48  et  45 
avant  Jésus-Christ  pour  l'aider  à  écraser  le  parti  pompéien, 
et,  en  récompense  de  ses  services,  aurait  reçu  la  Maurétanie 
Sétifîenne,  qu'il  auraitajoutée  à  son  royaume  (46  av.  J.-C). 


DE    LA   PREHISTOIRE   A    L  ISLAM  ^7 

Un  Bokkus  perd  la  Sétifîenne  en  44,  l'année  même  de  son 
arrivée  au  pouvoir.  En  l'an  ^o,  un  Bogud,  fils  de  Bokkus, 
est  donné  comme  ayant  hérité  du  royaume  de  la  Tingi- 
tane,  tandis  qu'à  la  même  époque  un  Bokkus  (Bokkus  III) 
gouvernait  la  Sétilienne. 

Bogud  II.  —  Bogud,  fils  de  Bokkus,  régnait  à  Tanger; 
il  est  représenté  par  les  historiens  comme  héritier  de  la 
haine  de  son  père  envers  Octave.  Passé  en  Espagne  en  38 
avant  Jésus-Christ  pour  combattre  en  faveur  d'Antoine  les 
partisans  du  triumvir,  il  fut  attaqué  sur  ses  derrières  par 
le  roi  de  la  Sétifienne,  Bokkus  III,  qui  s'empara  de  ses 
États  :  Tanger  se  révolta  et  se  constitua  en  république. 
Bogud  s'enfuit  à  Alexandrie  auprès  d'Antoine  :  fait  prison- 
nier à  Méthone  par  Agrippa,  il  devait  être  décapité  en 
l'anSi. 

Bokkus  III.  —  Bokkus  III  devint  alors  roi  de  toute  la 
Maurétanie,  à  l'exclusion  de  Tanger,  devenue  un  État  in- 
dépendant. La  même  année  (38  av.  J.-C),  il  se  déclara 
vassal  de  Rome;  à  sa  mort,  cinq  ans  après,  il  ne  lui  fut 
pas  donné  de  successeur. 

Tanger  cité  romaine.  —  On  vient  de  voir  que  Tanger       L'occupation 
s'était  révoltée  en  38,  qu'elle  avait  refusé  de  recevoir  le  romaine. 

roi  de  la  Tingitane  Bogud  II  et  l'usurpateur  Bokkus  III 
et  qu'elle  s'était  constituée  en  république. 

Cet  état  de  choses  fut  maintenu  par  Octave  :  Tanger  fut 
exclue  des  possessions  de  Bokkus  III  et  déclarée  cité  libre  ; 
elle  conserva  la  forme  du  gouvernement  qu'elle  s'était 
donnée. 

On  sait  que  le  Maroc  participa  à  la  révolte  générale  de 
l'Afrique  du  Nord  consécutive  à  l'assassinat  à  Rome  du 
roi  berbère  Ptoiémée,  qu'il  fut  vaincu  en  41  après  Jésus- 
Christ  par  le  préteur  Suetonius  Paulinus,et  définitivement 

VILLES   ET  TRIBUS. —  VII.  4 


38  TANGER   ET   SA   ZONE 

conquis  par  Hasidius  Geta.  Vers  l'an  42  il  fut  réduit  en 
province  romaine  par  l'empereur  Claude  :  Tanger  fut 
élevée  au  rang  de  colonie  (i)  et  devint  la  capitale  adminis- 
trative et  militaire  de  la  Maurétanie  Tingitane  ;  ses  habi- 
tants, considérés  comme  citoyens  romains,  jouirent  de 
toutes  les  prérogatives  attachées  à  ce  titre  :  ils  étaient 
notamment  exemptés  du  tribut. 

En  dehors  de  cette  particularité,  l'histoire  de  la  ville 
se  confond  avec  celle  du  pays  tout  entier.  On  rappellera  ici 
que  la  Tingitane,  de  même  que  la  Césarienne,  étaient 
régies  par  des  Procurateurs  choisis  pour  un  an,  qui  rele- 
vaient de  l'Empereur  et  exerçaient  tous  les  pouvoirs,  aussi 
bien  militaires  que  judiciaires  et  administratifs. 


(i)  Pline  déclare  que  Tingis  (Tanger)  reçut  dès  lors  le  nom  de  Julia  Tra- 
ducta;  c'est  le  seul  auteur  latin  qui  le  dise. 

Une  ville  du  nom  de  Julia  Transducta,  ou  encore  Julia  Jos^a,  a  été  fondée 
anciennement  sur  la  côte  méditerranéenne  de  l'Espagne  par  des  Africains 
d'origine  phénicienne  ;  d'après  Strabon  (début  du  premier  siècle  après  J.-C), 
ces  Africains  seraient  des  habitants  de  Tanger  et  d'Arzila  qui  y  auraient  été 
transplantés  par  les  Romains  ;  d'autre  part,  Mêla,  qui  écrivait  quelques 
années  à  peine  après  Strabon  (40  après  J.-C),  parle  des  colons  phéniciens 
transportés  d'Afrique,  mais  il  ne  dit  pas  qu'ils  l'aient  été  par  l'ordre  des 
Romains.  Julia  Joza,  en  Espagne,  aurait  été  fondée  au  temps  d'Annibal.  Il 
est  possible  qu'une  partie  de  la  population  de  Julia  Transducta  ait  été 
ramenée  à  Tanger,  ce  qui  expliquerait  le  nom  donné  à  la  ville  par  Pline. 

Telle  est  l'opinion  de  Mannert  {Géographie  ancienne  des  Etats  barba- 
rexques,  d'après  l'Allemand  de  Mannert,  par  M.  L.  Marcus  et  Duesberg, 
avec  des  additions  et  des  notes  par  M.  L.  Marcus,  Paris,  1842,  pp.  545-547). 
Marcus  se  range  à  la  version  de  Pline  {ibid.,  p.  729),  César  aurait  forcé  une 
partie  des  habitants  de  Tanger  à  aller  s'établir  en  Espagne,  parce  que  le 
roi  de  la  Tingitane  Bokkus  avait  envoyé  ses  fils  au  secours  des  Pom- 
péiens (cf.,  p.  454)  ;  par  la  suite,  l'empereur  Claude  aurait  laissé  ces  habi- 
tants revenir  à  Tanger,  qui  aurait  pris  dès  lors  le  nom  de  Julia  Traducta. 
Marcus  semble  oublier  que  si  les  fils  de  Bokkus  combattirent  pour  Pompée, 
Bokkus  lui-même  lutta  contre  lui. 

A  une  date  plus  récente  (1877)  Tissot  admet  également  la  version  de  Pline 
et  apporte  à  l'appui  une  inscription  latine  {loc.  cit.,  pp.  49-5i).  Un  simple 
examen  de  cette  inscription,  dont  il  ne  reste  d'ailleurs  que  des  fragments  et 
dont  une  interprétation  différente  de  celle  de  Tissot  a  déjà  été  donnée  par 
Besnier  {Archives  marocaines,  vol.  I,  p.  "ijZ,  Paris,  1904)  suffit  à  montrer 
qu'elle  est  trop  incomplète  pour  servir  de  base  à  quelque  hypothèse  que  ce 
soit. 


DE   LA   PRÉHISTOIRE  A    l'iSLÂM  89 

Plus  tard,  en  291,  sous  le  règne  de  Dioclétien,  la  Tingitane  fut  ratta- 
chée au  diocèse  d'Espagne  et  placée  sous  les  ordres  d'un  Cornes  Tingi- 
tanœ,  relevant  du  Magister  Pediium  de  Rome  ;  l'administration  civile 
fut  confiée  à  un  Praeses  obéissant  au  vicaire  d'Espagne. 

En  323,  elle  fut  décrétée  par  Constantin  dépendance  de  la  Préfec- 
ture des  Gaules  ;  un  Praeses  y  représentait  le  préfet  du  prétoire  ;  un 
comte  relevant  encore  du  Magister  Peditum,  y  exerçait  les  pouvoirs 
militaires  avec,  sous  son  commandement,  un  préfet  de  cavalerie,  cinq 
tribus  de  cohortes  et  des  corps  mobiles;  les  finances  et  les  domaines 
étaient  gérés  par  des  délégués  spéciaux  (i). 

Le  port  principal  de  la  Tingitane  était  Tanger.  C'est  par 
là  que  s'écoulaient  la  plus  grande  partie  des  produits  ex- 
portés du  Maroc  à  destination  de  Rome  en  passant  par 
l'Espagne  :  blé,  huile,  thuya,  peaux,  bêtes  fauves,  che- 
vaux, etc.  La  région  de  Tanger  était  couverte  d'olivettes 
et  de  nombreuses  fermes  s'y  élevaient. 

L'occupation  romaine  dura  près  de  cinq  cents  ans  ;  elle 
n'alla  pas  sans  résistance  de  la  part  des  autochtones,  qui 
firent  même  une  descente  en  Espagne  vers  170;  une  nou- 
velle révolte  de  la  Tingitane  se  produisit  vers  225,  sur  la- 
quelle nous  ne  possédons  aucun  renseignement. 

On  ne  sait  à  peu  près  rien  de  l'introduction  du  Christias- 
nisme  à  Tanger,  pas  plus  que  dans  le  reste  de  la  Tingi- 
tane. Les  actes  de  saint  Marcellus,  centurion  de  la  légion 
trajane,  et  de  saint  Cassanius,  qui  furent  martyrisés  à 
Tanger  vers  298,  sont  les  plus  anciens  textes  qui  existent  à 
ce  sujet.  D'autre  part,  Tanger  n'est  pas  énumérée  dans  la 
nomenclature  donnée  par  Morcelli  des  évêchés  d'Afrique 
et  de  la  Tingitane  aux  quatrième  et  cinquième  siècles. 

Voies  romaines.  —  Tanger  communiquait  avec  le  Sud 
du  Maroc,  d'après  Tissot,  par  une  simple  piste  peu  ou  pas 

(i)  Villes  et  Tribus  du  Maroc,  vol.  Y,  Rabat  et  sa  région,  1. 111,  p.  48. 


40  TANGER    ET   SA    ZONE 

entretenue,  la  seule  d'ailleurs  qui  existe  encore  entre  Tan- 
ger et  Arzila,  par  Aïn  Dalia  et  Dchar  Djedîd  {Ad  Mercuri) 
d'où  partaient  d'autres  routes.  Des  ruines  jalonnent  ce 
tracé  :  les  restes  d'un  pont  à  hauteur  de  Bou  Amar  etceux 
[Soueïar)  d'un  poste  militaire  qui  commandait  un  défilé 
entre  Aïn  Dalia  et  l'Oued  M'harhar. 

Une  autre  voie  reliait  Tanger  àTemuda  (Tétouan)  :  elle 
était  jalonnée  par  des  postes,  dont  celui  de  Duga  ;  les 
ruines  de  ce  poste,  appelées  actuellement  El-Bouniân  (les 
Constructions)  se  trouvent  au  S. -S. -E.de  Saïoufa(Ouadras), 
entre  Soueïar  et  Tétouan. 

Vestiges  de  Vépoque  romaine.  —  On  ne  connaît,  dans  la 
région  de  Tanger,  que  de  rares  vestiges  de  l'époque  romaine. 

Au  onzième  siècle,  les  restes  apparents  étaient  encore 
nombreux,  au  dire  d'El-Bekri  (i),  et  les  fouilles  pratiquées 
dans  les  tombeaux  donnaient  souvent  des. résultats  fruc- 
tueux ;  cette  particularité  a  même  donné  naissance  à  la  lé- 
gende populaire  de  trésors  enfouis  dans  le  sol  de  Tanger. 

De  ces  vestiges,  il  ne  reste  plus  aujourd'hui  que  les 
ruines  d'un  aqueduc,  dont  on  aperçoit  encore  les  derniers 
débris  sur  la  rive  gauche  de  la  rivière  des  Juifs,  près  de 
l'embouchure,  et  qui  amenait  dans  la  ville  les  eaux  de  la 
Montagne,  et  les  ruines  de  thermes  à  Aïn  el-Hammâm,au 
pied  du  Charf  El-Aqab{2). 

Il  faudrait  y  ajouter  semble-t-il,  quelques-uns  des  chapi- 
teaux et  colonnes  qui,  à  la  Qaçba  ornent  le  Palais  du  Sul- 
tan et  le  tribunal  des  Khalifas  du  Pacha,  au  milieu  de  chapi- 
teaux et  colonnes  de  construction  moderne  ;  sur  l'empla- 
cement de  la  Qaçba  doivent  s'être  élevées,  en  effet,  au  temps 
de  l'occupation  romaine,  de  nombreuses  constructions  dont 


(0  Description  de  C Afrique  septentrionale,  trad.  De  Slane.  Paris,  Alger, 
igiS,  p.  214. 

(2)  Cf.  Archives  marocaines^  vol.  XVIII,  pp.  SSi-Sgo  :  les  Thermes 
d'Aïn  el-Hammdm,  par  Péretié. 


DE    LA    PREHISTOIRE   A    L  ISLAM 


les  restes  ont  été  utilisés  par  les  musulmans  ;  la  légende^ 
veut  même  qu'il  y  ait  eu  un  temple  consacré  à  Hercule. 

Le  sous-sol  paraît  moins  pauvre  que  la  superficie  :  «  Les 
fouilles  pratiquées  pour  creuser  des  puits  ou  établir  des 
fondations,  déclare  Tissot,  ont  toujours  traversé  des  subs- 
tructions  romaines.  » 

Des  pièces  archéologiques  isolées  ont  été  trouvées  en  di- 
vers endroits  au  hasard  des  travaux  de  substruction.  Parmi 
les  plus  curieuses,  on  peut  citer  une  mosaïque  découverte 
en  i88i  dans  les  fondations  de  l'église  espagnole  en  cons- 
truction et  représentant  Orphée  jouant  de  la  lyre,  au  mi- 
lieu d'animaux  reproduits  chacun  dans  un  encadrement  ;  — 
un  fragment  de  colonnette  de  marbre  et  un  petit  autel  en 
pierre  schisteuse,  près  du  rempart  sud  de  la  ville,  à  la  partie 
basse  du  cimetière  juif;  —  les  ruines  d'une  ferme  romaine 
avec  une  meule  en  grès  d'un  moulin  àhuile,  des  jarres,  etc., 
—  enfin,  un  grand  nombre  de  pièces  de  monnaie. 

Des  travaux  de  démolition  entrepris  en  1906  sur  l'em- 
placement de  l'hôtel  de  l'ancienne  légation  de  France  ont 
mis  à  jour,  à  une  assez  grande  profondeur,  une  chambre 
sépulcrale  à  coupole,  à  laquelle  on  accédait  par  un  puits 
débouchant  dans  une  galerie.  La  chambre  principale  con- 
tenait un  assez  grand  nombre  de  vases  en  terre,  d'époques 
différentes;  elle  était  flanquée  d'une  annexe  sans  mobilier 
funéraire,  mais  présentant  des  restes  d'ossements  humains 
calcinés  ;  quelque  temps  auparavant,  on  avait  déouvert  au 
même  endroit,  une  inscription  latine  sur  marbre  et  deux 
grandes  urnes  cinéraires. 

Un  abri  funéraire  dissimulé  sous  un  tumulus  a  été  dé- 
couvert en  1908  par  la  Mission  scientifique  du  Maroc  au 
S.-O.  de  Tandja  El-Balia,  près  de  Meghoura  Eç-Ceghîra  ; 
il  était  constitué  par  de  gros  blocs  de  pierre  et  l'entrée  en 
était  fermée  par  une  dalle  de  i  m.  10  x  o  m.  45.  A  l'inté- 
rieur, on  remarquait  deux  chambres  'trapézoïdales  d'iné- 


42  TANGER    ET   SA    ZONE 

gale  grandeur,  communiquant  entre  elles  par  une  porte 
formée  de  trois  dalles,  dont  celle  du  sommet  était  cintrée  ; 
trois  des  faces  de  chaque  chambre  comportaient  des  niches. 
Le  mobilier  funéraire  comprenait  plusieurs  vases  de  terre 
vernie.  Ce  tombeau  pourrait  faire  croire  à  la  présence  en 
cet  endroit  d'une  nécropole  berbère  remontant  au  temps  de 
l'occupation  romaine  (i). 

Les  résultats  d'ensemble  les  plus  importants  ont  été  ac- 
quis par  la  Mission  scientifique  du  Maroc  dans  les  dunes 
de  Bou  Khach  khach,  entre  l'actuel  boulevard  de  la  Dette, 
le  collège  Regnault  et  les  immeubles  de  la  Société  Immobi- 
lière. Des  travaux  de  lotissement  firent  apparaître  une  né- 
cropole romaine,  enfouie  sous  les  sables,  dont  une  tren- 
taine de  tombes  ont  été  identifiées  et  étudiées  d'octobre  1908 
à  avril  1909  (2). 

La  plupart  de  ces  tombes  portaient  des  peintures  poly- 
chromes, représentant  soit  des  motifs  d'ornementation  de 
fleurs  ou  de  feuillages,  soit  des  scènes  inspirées  sans  doute 
par  le  rang  du  défunt  ou  les  fonctions  qu'il  exerçait  avant  sa 
mort,  soit  des  animaux  divers  (oiseaux,  paons,  etc.)  dont  la 
figuration  répondait  peut-être  à  un  symbole  dont  le  sens  nous 
échappe.  L'une  de  ces  fresques  représente  un  soldat  entre 
deux  chevaux  de  profil,  avec  un  bouclier  au  bras  gauche  et 
une  cravache  à  la  main  droite;  sur  une  autre  on  remarque, 
dans  un  encadrement  de  colonnes,  des  attributs  divers  :  un 
écran  ou  éventail,  des  sandales,  des  traces  de  pas. 

Ces  échantillons  d'un  art  pictural  africain  de  l'époque 
romaine  sont  les  seuls  qu'on  ait  encore  découverts  au  Ma- 
roc ;  on  n'en  connaît  d'ailleurs  qu'un  petit  nombre  dans  le 
reste  de  l'Afrique  du  Nord. 

(i)  Les  vases  trouvés  dans  cet  abri  funéraire  sont  conservés  au  musée  de 
la  Mission  scientifique  du  Maroc,  à  Tanger. 

(2)  Sur  le  détail  de  ces  fouilles,  cf.  Repue  du  Monde  musulman^  t.  VI, 
pp.  410-432.  On  y  trouvera  la  reproduction  photographique  des  tombes  et  les 
fac-similés  en  couleur  des  principaux  motifs  d'ornementation.  Cf.  Appendice  l- 


DE    LA    PRÉHISTOIRE   A    l'iSLAM  48 

Le  mobilier  funéraire  était  malheureusement  assez 
pauvre,  les  sépultures  ayant  été  violées  à  une  époque  anté- 
rieure :  quelques  pièces  de  monnaie,  des  vases  et  des 
lampes  en  argile,  des  lacrymatoires  en  verre  irisé,  des 
bijoux  en  ambre  ou  en  pâte  de  verre.  En  outre,  trois  ins- 
criptions funéraires  permirent  de  fixer,  sans  risque  d'er- 
reur, l'époque  à  laquelle  appartient  cette  nécropole. 

Au  point  de  vue  épigraphique,  on  n'avait  encore  relevé 
â  Tanger  qu'une  douzaine  d'inscriptions  latines  :  deux  dé- 
dicaces religieuses,  une  dédicace  impériale,  deux  dédicaces 
honorifiques,  quatre  épitaphes  païennes,  deux  épitaphes 
chrétiennes  et  une  estampille  de  tuiles  et  briques  prove- 
nant des  ateliers  impériaux. 

A  cette  liste,  les  travaux  de  la  Mission  scientifique  du 
Maroc  ont  permis  d'ajouter  des  fragments  d'inscriptions 
et  quatre  inscriptions  entières  :  trois  épitaphes  romaines 
païennes  et  une  épitaphe  romaine  chrétienne  ;  cette  der- 
nière date  de  3^5  et  le  texte  en  est  donné  dans  les  Archives 
marocaines^  volume  XVIII,  page  876  (i).  Voici  le  texte  des 
inscriptions  qui  n'ont  pas  encore  été  reproduites;  on  y 
a  ajouté  celui  d'un  très  beau  fragment  d'inscription  sur 
marbre  : 

D.    M.   s.  D.   M. 

AURELIAMA  C.  AUREL.    HERMA 

XIMA.  VIXIT.  AUR.    NATALIS 

ANNIS.  L.  LIB.  VIX.    AN  IV 

H.   S.  E.    S.  T.   T.  L.  H.    S.   E.  S.  T.   T.  L. 

S.    MANIBUS 

H.   ROHAVI.    VET.    AN.    LXX 

CADAMI.   VET.   AN.    LXXX 

H.    S.  S.  I.    T.  L. 


(i)  Sur  l'archéologie  romaine  à  Tanger,  cf. 
TissoT,  loc.  cit.,  pp.  44-5i.  (Suite  p.  44). 


44  TANGER    LT    SA    ZONE 

Un  résumé  des  recherches  archéologiques  effectuées  par 
la  Mission  scientifique  du  Maroc  est  donné  en  appendice  à 
la  fin  de  cet  ouvrage. 

Les  Vandales.  On  a  vu  dans  Rabat  et  sa  Région  (i)  que  la  domination 
romaine  au  Maroc  fléchit  brusquement  en  429,  qu'elle  se 
releva  en  442  et  qu'elle  tomba  définitivement  en  476.  Fran- 
chissant le  détroit  de  Gibraltar  en  mai  429  sous  les  ordres 
de  Genséric  pour  se  porter  au  secours  du  gouverneur  Boni- 
face,  les  Vandales  passèrent  en  Tingitane  et  envahirent 
l'Afrique  du  Nord  en  direction  d'Hippone  (Bône). 

En  l'absence  de  documents,  il  est  permis  de  se  demander 
si  la  région  de  Tanger  fut  occupée  efTectivement  et  en  per- 
manence ou  si,  plus  probablement,  les  Vandales  ne  firent 
qu'y  passer  :  la  première  opinion  paraît  peu  vraisemblable, 
en  raison  même  de  la  faiblesse  numérique  des  envahisseurs, 
dont  Tefîectif  n'atteignait  pas  le  chiffre  de  80.000,  en  y 
comprenant  les  femmes,  les  enfants,  les  vieillards  et  les 
esclaves  (2).  Il  est  normal  cependant  de  supposer  que  l'ar- 
mée de  Genséric  se  soit  préoccupée  d'assurer  ses  derrières 
en  cas  d'échec  ;  mais  elle  trouva  immédiatement  des  auxi- 
liaires dans  les  indigènes  marocains,  sur  qui  pesaient  lour- 


M.  Besnier,  Recueil  des  Inscriptions  antiques  du  Maroc,  in  Archives  ma- 
rocaines, vol.  I,  pp.  372-425. 

BiARNAY  et  Pkretié,  les  Sépultures  antiques  du  plateau  du  Marchan,  ib.., 
pp.  373-380. 

Péretié,  les  Thermes  d\Aïn  el-Hammâm,  ib.,  pp.  381-387. 

M.  Besnier,  Découverte  d'une  nécropole  romaine  de  Tanger,  in  Revue  du 
Monde  Musulman,  vol.  VI,  pp.  410-418. 

Ed.  Michaux-Bellaire,  Fouilles  dans  la  nécropole  romaine  de  Tanger^ 
ib.,  pp.  419-432. 

G.  BucHET  et  Ed.  Michaux-Bellaire,  Nouvelles  fouilles  dans  la  nécropole 
de  Tanger,  ib.,  vol".  VII,  pp.  433-436. 

Jb.,  vol.  X,  pp.  297-312. 

Bulletin  du  Comité  de  l'Afrique  française,  1906,  Sup.  :  pp.  23 1  et  seq.  : 
Mission  Buchet,  rapport  sommaire  d'ensemble. 

(1)  Villes  et  Tribus  du  Maroc,  vol.  V,  pp.  48  et  seq. 

{2)  Histoire  de  la  domination  des  Vandales  en  Afrique,  par  M.  Jean 
Yanoski.  Paris,  i883,  p,  10. 


DE    LA    PREHISTOIRE   A    L  ISLAM 


45 


dément  les  rigueurs  de  la  discipline  romaine  et  les  exi- 
gences d'une  fiscalité  impitoyable.  Ces  ennemis  de  Rome 
furent  considérés  comme  des  «  libérateurs  »  et,  de  fait,  on 
ne  leur  offrit  au  Maroc  aucune  résistance  :  Tanger  et  Ceuta 
seraient  même  devenues  leurs  tributaires  (i). 

En  458,  à  la  suite  de  la  rupture  du  traité  de  Carthage  (442) 
les  Vandales  reparurent  peut-être  dans  la  région  pour  s'op- 
poser au  débarquement  d'une  armée  romaine  massée  à 
Carthagène  et  prête  à  passer  en  Tin  gitane. 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'histoire  de  Tanger  et  de  sa  région 
demeure  confuse  et  se  perd  dans  l'histoire  générale  des 
événements  qui  se  déroulent  en  Afrique  du  Nord  jus- 
qu'après la  chute  de  l'Empire  romain  d'Occident,  en  476. 
On  peut  dire  néanmoins  que  la  Tingitane  ne  semble  pas 
avoir  été  évacuée  par  les  Romains,  aucun  texte  ne  faisant 
mention  de  leur  départ. 

L'Empire  vandale  s'écroula  en  533,  sous  les  coups  du 
général  byzantin  Bélisaire. 


La  domination  byzantine  au  Maroc  ne  fut  jamais  que 
nominale  ;  elle  ne  fut  marquée  effectivement  que  par  l'oc- 
cupation de  quelques  points,  dont  le  plus  important  fut 
Ceuta,  où  fut  installée  une  garnison  et  où  vint  mouiller 
une  escadre  (534). 

A  la  fin  du  septième  siècle  et  au  commencement  du  hui- 
tième, Ceuta  et  les  Ghomara  étaient  gouvernés  au  nom  de 
l'empereur  de  Byzance  par  un  personnage  de  religion  chré- 
tienne, Yliân  (Julien)  leGhomâri,  qui  entretenait  des  rela- 
tions suivies  avec  les  Wisigoths  d'Espagne. 


Les 
Byzantins. 


A  la  même  époque,  dit  Ibn  El-Qoutbiya  (2),  «  la  ville  de 
Tanger  appartenait  aux  chrétiens.  Un  négociant  étranger, 


Les 
Wisigoths. 


(i)  The  Moorisch  Empire,  by  Budgett  Meakin,  p.  17. 
(2)  Histoire  de  la  conquête  de  l'Espagne,  trad.  Cherboxneau,  in  Journal 
asiatique. 


4^  TANGER   ET   SA   ZONE 

appelé  Julien,  s'y  rendait  fréquemment  pour  acheter  des 
faucons  et  des  chevaux  de  luxe  ». 

La  présence  d'une  population  chrétienne  à  Tanger  dès  le 
commencement  du  septième  siècle  (i)  laisse  supposer  qu'il 
y  avait  dans  la  ville  des  éléments  étrangers  assez  nombreux  : 
il  est  en  effet  difficile  d'admettre  que  cette  population  chré- 
tienne ne  comprenait  exclusivement  que  des  Berbères  con- 
vertis, dont  la  foi  peu  profonde  changeait  rapidement  avec 
les  circonstances.  Peut-être  même  ces  chrétiens  étaient-ils 
des  ariens,  ce  qui  dénoterait  une  influence  des  Wisigoths 
d'Espagne,  qui  pratiquaient  l'arianisme,  comme  d'ailleurs 
leurs  prédécesseurs  les  Vandales. 

D'après  plusieurs  auteurs,  Tanger  aurait  appartenu  aux 
Goths  au  septième  siècle,  avant  l'introduction  de  l'isla- 
misme ;  d'autres  précisent  que  l'occupation  de  la  ville  par 
les  Goths  aurait  eu  lieu  en  même  temps  que  celle  de  Ceuta 
sous  le  règne  d'Héraclius  (610-641)  :  en  621  le  roi  Sicebut 
aurait  pris  et  pillé  Tanger.  Léon  l'Africain  déclare  qu'après 
la  prise  de  possession  de  Tanger  par  les  Goths,  «  cette  cité 
fut  ajoutée  au  domaine  de  Sebta  »  (Ceuta)  (2). 

Apparition  Au  moment  où  l'islamisme  essaie  de  pénétrer  au  Maroc 

de  rislam.  avec  Oqba  ben  Nâfi,  en  682,  Tanger  semble  encore  dé- 
pendre de  Ceuta,  au  moins  nominalement  :  «  Le  roi  de  Tan- 
ger, un  chrétien  du  nom  de  Yliân  le  Ghomari...  »,  dit  l'au- 
teur du  Djoummân  (3).  On  sait  qu'à  cette  époque  le  comte 
Julien  était  également  gouverneur  de  Ceuta. 

D'autre  part,  il  ressort  de  l'étude  des  auteurs  indigènes 
qu'en  l'an  707,  à  l'arrivée  du  général  arabe  Mousa  ben 
Noceïr,  le  comte  Julien  n'était  gouverneur  que  de  Ceuta  et 

(i)  Cf.  l'Afrique  byzantine,  par  Diehl,  p.  266. 

(2)  Cf.  Histoire  des  Berbères,  par  Ibn  Khaldoun,  trad.  De  Slane,  t.  I, 
p.  209.  —  Description  de  l'Afrique^  par  Léon  l'Africain,  Paris,  1897,  t.  II» 
p.  245. 

(3)  D'après  VIstiqçâ,  op.  cit.,  t.  1,  p.  38. 


DE   LA   PREHISTOIRE   A    L  ISLAM  47 

des  Ghomara  :  il  n'est  pas  fait  mention  que  Tanger  fût 
placée  sous  son  autorité. 

A  son  arrivée  au  Maroc  l'Islam  se  heurta  immédiatement 
à  la  population  berbère,  qui  professait  le  paganisme,  le 
judaïsme  ou  le  christianisme.  Dans  la  région  du  N.-O. 
l'élément  chrétien  dominait  presque  entièrement,  bien  que 
mélangé  sans  doute  à  un  élément  juif. 

Le  conquérant  arabe  Oqba  ben  Nâfi  se  serait  présenté 
devant  Tanger  en  682  ;  d'après  El-Bekri,  il  aurait  emporté 
la  ville  d'assaut  et  en  aurait  massacré  la  population  mâle  : 
selon  l'auteur  du  Djoummân,  la  ville  aurait  capitulé  sous 
conditions  ;  enfin,  suivant  Ibn  Khaldoun,  Oqba  ne  serait 
même  pas  venu  à  Tanger. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  comte  Julien  aurait  versé  un  tribut 
au  conquérant  arabe  ;  celui-ci  abandonna  immédiatement 
le  Nord-Ouest  marocain  et  se  porta  vers  le  Sud  contre  les 
«  Berbères  impies  (i)  ». 

Aucune  conversion  à  l'islam  ne  semble  avoir  été  obtenue 
dans  la  région  par  Oqba  ben  Nâfi. 

{\)Istiqçà,  op.  cit.,  t.  I,  p.  38. 


L'OCCUPATION   MUSULMANE 

(707-1470) 


L'islamisation.  L'islamisation  de  la  région  de  Tanger  remonte  au  début 
du  huitième  siècle,  sous  le  gouvernement  de  Mousa  ben 
Noceïr,  qui  s'empara  de  tout  le  Maroc.  Il  commença  par 
imposer  la  capitation  au  comte  Julien ,  à  Ceuta,  se  fit  donner 
des  otages  et  vint  s'emparer  de  Tanger  vers  l'an  707  :  il 
donna  le  gouvernement  de  la  ville  à  un  Berbère  converti, 
Tarîq  ben  Ziyâd  El-Leïthi,  à  qui  il  confia  la  garde  des 
otages  livrés  à  Ceuta  et  chez  les  Maçmoûda.  D'après  une 
autre  version,  il  n'aurait  pas  réussi  à  s'emparer  de  Ceuta. 

Mousa  ben  Noceïr  fit  une  propagande  très  active  en 
faveur  de  l'islam  ;  il  efifaça  peu  à  peu  le  christianisme  en 
faisant  enseigner  le  Qoran  par  un  groupe  de  vingt-sept 
Arabes  et  en  instaurant  la  loi  musulmane  sur  les  territoires 
qu'il  occupait. 

Mais  la  foi  des  néophytes  berbères  n'était  pas  solide:  les 
conquêtes  en  Espagne  auréolèrent  les  nouveaux  convertis 
du  prestige  de  la  victoire  et  firent  plus  pour  l'islam  que 
tout  le  zèle  des  prédicateurs. 

La  première  expédition  en  Espagne  fut  dirigée  par  le  gou- 
verneur de  Tanger,  Tarîq  ben  Ziyâd,  avec  une  petite  armée 
de  7.000  Berbères  et  3oo  Arabes  qui  avait  été  concentrée 


L  OCCUPATION   MUSULMANE 


49 


près  de  la  ville  (avril-mai  711).  Cette  armée  alla  s'embar- 
quer à  Geuta,  sur  des  bateaux  fournis  par  le  comte  Julien  ; 
elle  était  divisée  en  deux  corps  :  l'un,  sous  le  commande- 
ment direct  de  Tarîq,  alla  débarquer  au  pied  du  rocher 
connu  depuis  sous  le  nom  de  Djebel  Tarîq  (Gibraltar)  ; 
l'autre,  sous  les  ordres  de  Tarif  ben  Malek  En-Nakha*ï, 
alla  dresser  le  camp  sur  l'emplacement  de  la  ville  à  laquelle 
ce  chef  a  donné  son  nom  (Tarifa).  Cette  armée  battit  les 
Wisigoths  près  de  Xérès  et  non  loin  d'Ecija.  Ce  fut  le  début 
des  conquêtes  arabes  en  Espagne,  sur  lesquelles  il  n'y  a 
pas  lieu  de  s'étendre  ici. 


En  ^"^2^  le  Maroc  reçut  pour  gouverneur  Omar  ben  Obeïd 
Allah  El-Mouradi,  avec  résidence  à  Tanger  ;  le  Sous  fut 
administré  en  sous-ordre  par  Ismaïl  ben  Obeïd  Allah.  Omar 
ben  Obeïd  Allah  adopta  à  l'égard  des  Berbères  une  poli- 
tique impopulaire;  l'une  de  ses  mesures  les  plus  vexatoires 
fut  l'établissement  d'un  impôt  du  quint  sur  la  population. 

A  la  même  époque  le  mouvement  kharédjite  se  dessinait 
en  Afrique  du  Nord.  Meïsara  profita  du  mécontentement 
général  contre  les  Arabes  pour  se  révolter  dans  la  banlieue 
de  Tanger  et  entraîner  rapidement  dans  la  révolte  l'Afrique 
du  Nord  tout  entière.  Ce  personnage,  surnommé  El-Khafîr, 
appartenait  à  la  tribu  des  Madghara,  qui  était  inféodée  aux 
doctrines  çof rites  et  l'avait  pris  pour  Chaikh.  Mais  le  kha- 
redjisme  n'était  pour  lui  qu'un  prétexte  :  il  cherchait  moins 
à  faire  triompher  une  doctrine  religieuse  qu'à  soustraire 
son  pays  à  la  domination  arabe. 

Meïsara  se  porta  contre  Tanger  en  740  ;  il  s'en  empara, 
tua  le  gouverneur  Omar  ben  Obeïd  Allah  et  donna  la  ville 
à  l'un  de  ses  partisans,  Abd  El-Alâ  ben  Djoreïj  El-Afrîqi, 
premier  imam  des  Çofrites.  Le  mouvement  de  révolte  gagna 
rapidement  le  Maroc  tout  entier  ;  répudiant  la  souveraineté 
des  khalifes  d'Orient,  les  Berbères  proclamèrent  Meïsara  et 
lui  décernèrent  le  titre  d'Émir  des  Croyants. 


Réaction  ber- 
bère : 
Meïsara. 


50  TANGER   ET    SA    ZONE  , 

Le  gouverneur  de  l'Afrique,  Ibn  El-Hajjâb,  dirigea  contre 
lui  une  armée  sous  les  ordres  de  Khâled  ben  Habib  El- 
Fahri.  Une  bataille  indécise  se  livra  dans  la  banlieue  de 
Tanger,  à  la  suite  de  laquelle  les  deux  armées  auraient 
simultanément  battu  en  retraite  :  Meïsara  serait  rentré  à 
Tanger,  où  il  aurait  été  tué  par  ses  partisans  quelque  temps 
après  et  remplacé  par  Khâled  ben  Hamîd  Ez-Zenati.  Ibn  El- 
Hajjâb  fut  destitué. 

Une  autre  version  place  la  mort  de  Meïsara  un  peu  plus 
tard  :  le  successeur  d'ibn  El-Hajjâb,  Keltoûm  ben  Ayyâdh, 
marcha  en  personne  contre  Meïsara  à  la  tête  d'une  armée 
forte,  dit-on,  de  70.000  hommes  et  le  rencontra  sur  les 
bords  du  Sebou.  Une  grande  bataille  s'engagea  :  Keltoûm 
fut  tué  et  son  armée  décimée  et  coupée  en  deux  ;  l'un  des 
tronçons  se  replia  sur  Ceuta,  l'autre  recula  vers  l'Est. 

Meïsara  serait  alors  devenu  le  maître  incontesté  du 
Maroc  ;  à  sa  mort  il  aurait  eu  pour  successeur  Yahya  ben 
Harith,  de  la  même  tribu  des  Madghara. 

Certains  auteurs  prétendent  que  la  bataille  du  Sebou 
aurait  été  livrée  contre  Khâled  ben  Hamîd  Ez-Zenati  (i). 

Le  mouvement  kharedjite  déclanché  par  Meïsara  se  ré- 
percuta jusqu'en  Tripolitaine  ;  il  ne  devait  s'arrêter,  hors 
du  Maroc,  que  vers  l'an  785,  sous  les  coups  de  Yezîd  ben 
Hâtem,  gouverneur  du  khalife  Haroun  er-Rechîd.  Il  eut 
pour  résultats  la  dislocation  politique  de  l'Afrique  du  Nord 
et  sa  constitution  en  trois  royaumes  indépendants. 

Au  Maroc  même  il  provoqua,  au  sud  du  Bou  Regreg, 
l'hérésie  des  Berghouata  à  la  voix  de  Çaleh,  dont  le  père 
Tarif  avait  été  un  chef  de  guerre  de  Meïsara  et  qui  avait  par- 
ticipé lui-même  aux  campagnes  de  ce  dernier  ;  plus  près  de 

(i)  Cf.  Istiqçâ,  op.  cit.,  t.  I,  p.  49. 


L  OCCUPATION    MUSLLMANE 


5l 


Tanger,  le  faux  prophète  Hamîm  se  leva  chez  les  Ghomara. 
Si  l'hérésie  de  Hamîm  fut  de  courte  durée,  celle  des  Ber- 
ghouata  devait  persister  plusieurs  siècles  ;  on  trouvera 
même  à  la  fin  du  onzième  siècle  un  gouverneur  berghouati 
à  Tanger,  où  il  se  maintiendra  jusqu'en  1084  (i). 

On  vient  de  voir  qu'à  la  suite  de  la  révolte  de  Meïsara  Sous  les 

le  Maroc  avait  rejeté  la  souveraineté  des  khalifes  d'Orient;  Idrisites. 

les  Abbasides  cherchaient  à  rétablir  leur  autorité  dans  ce 
pays  quand,  en  788,  un  descendant  du  Prophète,  Idrîs  ben 
Abdallah,  fuyant  devant  eux,  arriva  à  Tanger,  d'où  il 
gagna  Volubilis. 

A  Tanger,  disent  les  auteurs  arabes,  Moulay  Idrîs  «  ne 
trouva  pas  ce  qu'il  cherchait  »  :  il  s'y  heurta  sans  doute 
à  un  milieu  peu  propice  à  ses  entreprises,  à  une  population 
relativement  civilisée,  tière  de  son  indépendance,  pleine 
encore  du  souvenir  de  Meïsara,  à  l'esprit  ouvert  par  les 
relations  traditionnelles  avec  l'Espagne  et  rendu  circon- 
spect par  les  exigences  des  conquérants  étrangers.  Moulay 
^Idris  ne  pouvait  trouver  «  ce  qu'il  cherchait  »  que  chez 
les  populations  simplistes  de  l'intérieur.  L'histoire,  ou  la 
légende  qui  en  tient  lieu,  ne  mentionne  pas  qu'il  soit  jamais 
revenu  à  Tanger  ;  il  en  est  de  même  pour  son  fils  Idrîs  IL 

Ce  silence  n'est  rompu  qu'en  829,  sous  le  règne  de  son 
petit-fils  Mohammed  ben  Idrîs,  lors  du  partage  de  l'empire. 
Il  peut  faire  supposer  que  Tanger,  avec  une  banlieue  plus 
ou  moins  vaste,  vivait  dans  l'indépendance  sous  les  ordres 
d'un  chef  local,  le  successeur  probable  de  Khâled  ben 
Hamid  Ez-Zenati  ou  de  Yahya  ben  Harith  El-Madghari, 
qui,  ainsi  qu'on  l'a  déjà  vu,  passent  tous  les  deux  pour 
avoir  pris  la  suite  de  Meïsara. 

La  légende  historique  veut  que  la  ville  et  la  région  de 

(i)  Sur  la  résistance  opposée  à  l'islamisation  par  les  autochtones  du  Maroc, 
cf.  Villes  et  Tribus  du  Maroc,  vol.  V,  pp.  54-57. 


52  TANGER    ET    SA    ZONE  • 

Tanger,  jusqu'à  Tétouan  et  Hadjar  eii-Nasr,  aient  été 
données  en  82g  à  Qâsem,  petit-fîls  d'Idrîs  I*'^  Qâsem  ayant 
refusé  de  marcher  contre  son  frère  Aïsa,  qui  s'était  révolté 
à  Chella,  l'Imâni  Mohammed  envoya  contre  eux  un  autre 
frère,  Omar,  qui  les  battit  successivement  et  s'empara  de 
leurs  États. 

Qâsem  s'était  enfui  de  Tanger  ;  il  alla  fonder  un  ermi- 
tage sur  les  bords  de  l'Oued  Tahaddart,  où  il  passa  le  reste 
de  sa  vie  ;  son  tombeau,  appelé  encore  Sidi  Qâsem,  se 
trouve  sur  la  côte  Atlantique,  à  7  kilomètres  au  S.  du 
Cap  Spartel  :  un  grand  moûsem  s'y  tient  chaque  année  à 
la  fin  de  juin. 

Omar  mourut  en  835.  Son  vaste  commandement  devint 
un  véritable  fief,  que  ses  descendants  se  transmirent  de 
père  en  fils  pendant  plus  d'un  siècle.  Arzila  et  Chella  sem- 
blent en  avoir  été  détachés  en  92g  par  Mousa  ben  Abîl- 
Afiya  ;  vingt  ans  plus  tard,  en  94g,  Tanger  tombait  aux 
mains  des  Omeyyades  d'Espagne. 

En  958,  le  gouvernement  de  Tanger  fut  donné  au  ber- 
bère Ya'la  ben  Mohammed  El-lfreni  par  Abderrahman  En- 
Nâcer,  qui  le  nomma  en  même  temps  son  khalîfa  au  Maroc. 
Ya'la  amena  ses  tribus  autour  de  la  ville;  il  fut  vaincu  et 
tué  la  même  année  par  les  troupes  obéïdites  du  qâïd 
Djaouhar.  Quelque  temps  après,  les  Béni  Ifren  étaient 
refoulés  sur  Chella  par  les  Maghraoua. 

Les  Avec  les  Berbères  qui  passèrent  en  Espagne  au  service 

Hammoudites.  des  Omeyyades  se  trouvaient  deux  descendants  de  Moulay 
Idrîs,  Ali  et  Ki-Qâsem  :  ils  étaient  tous  les  deux  fils  de 
Hammoûd  (ben  Mimoûn  ben  Ahmed  ben  Ali  ben  Obeïd 
Allah  ben  Omar  ben  Idrîs)  et  descendaient  en  ligne  directe 
d'Omar,  qui  avait  été  gouverneur  de  Tanger. 

L'omeyyade  Souleïman  El-Mousta'ïn  Billah  donna  à 
Ali  ben  Hammoud  le  gouvernement  de  Tanger  et  des  Gho- 


l'occupation  musulmane  53 

mara.  Il  se  souleva  plus  tard  contre  les  Omeyyades,  rentra 
en  Espagne  et  fut  proclamé  calife  à  Cordoue  en  l'an  1016 
sous  le  nom  d'El-Moutaouakkil  li-Dîn  Allah.  A  sa  mort,  en 
1018,  il  fut  remplacé  par  son  fils  Yahya,  qui  fut  également 
proclamé  calife  et  remplacé  à  Tanger  par  son  frère  Idrîs 
ben  Ali,  à  qui  succéda  El-Hasan  ben  Yahya,  puis  son  frère 
Idrîs  ben  Yahya. 

Celui-ci,  qui  avait  été  proclamé  calife  à  Malaga,  où  ré- 
gnaient les  Hammoudites,  fut  détrôné  par  son  cousin 
Mohammed  ben  Idrîs  ben  Ali.  Les  Berbères,  pour  ne  pas 
le  livrera  ce  dernier,  le  firent  passer  en  Afrique,  où  gou- 
vernaient deux  affranchis  berbères,  Saqqout  El-Berghouati 
à  Ceuta  et  Rizq  Allah  à  Tanger,  dévoués  aux  Idrisites.  Ces 
deux  gouverneurs  décidèrent  plus  tard  de  renvoyer  en 
Espagne  Idrîs  ben  Yahya,  qui  mourut  à  Comarès  d'après 
Ibn  Khaldoûn,  à  Ronda  d'après  El-Homeïdi. 

De  ces  événements,  Tun  des  plus  intéressants  au  point  de 
vue  local  est  la  présence  de  gouverneurs  berghouata  dans 
la  région  de  Tanger.  C'est  l'époque  de  l'invasion  almora- 
vide:  une  coalition  générale  des  autochtones  se  forme, 
dont  les  Maçmoûda  Berghouata,  au  centre,  constituent 
l'élément  principal  ;  les  Maçmoûda  Ghomara  forment, 
dans  le  Nord,  les  éléments  extrêmes  de  la  résistance,  et  c'est 
un  Berghouati  qui  se  trouve  à  leur  tête. 

La  prière  du  vendredi  était  cependant  faite  à  Tanger  au 
nom  des  Idrisites  Hammoudites. 

La  ville  fut  emportée  par  les  Almoravides  en  1077 
(H.  470),  après  une  bataille  qui  coûta  la  vie  à  Saqqout.  Son 
fils,  Dia  ed-Daoula,  s'enfuit  de  Tanger  à  Ceuta,  qui  fut 
emportée  à  son  tour  en  io83  (H.  476).  Le  règne  des  Ham- 
moudites à  Tanger  était  terminé  :  il  avait  duré  une  soixan- 
taine d'années. 

VILLES   ET  TRIBUS. —  Vil]  5 


D4  TANGER    ET   SA   ZONE 

Les  En  dehors   de  ces  événements,  aucun    fait  saillant  ne 

Almoravides       s'est  produit  à  Tanger  pendant  la  dynastie  des  Almora- 

(1077-1148).        vides.  Les  nombreux  passages  de  Yoûsef  ben   Tachfîn  en 

Andalousie  avec  ses  troupes  et  la  grande   victoire  de  Zal- 

laka  sur  les  chrétiens  en    1086   (H.  479)    affermirent  leur 

autorité  dans  toute  la  région. 

Le  seul  événement  local  que  l'on  puisse  citer  est  l'arri- 
vée à  Tanger,  en  1090,  d'Aboû'l-Qâsem  Mohammed  ben 
Abbâd  EUMou'tamid,  émir  de  Séville,  fait  prisonnier  par 
Yoûsef  ben  Tachfin  lors  de  la  prise  de  cette  ville.  Il  arriva 
chargé  de  fers,  et  un  poète  qui  habitait  Tanger,  El-Hoçri, 
lui  adressa  une  pièce  de  vers.  De  Tanger  il  fut  transféré  à 
Meknès,  puis  à  Aghmat,  où  il  mourut  en  1095. 

Les  Sous  les  Almohades  l'histoire  locale  de  Tanger  se  perd 

Almohades        complètement  dans  l'histoire  générale   d'un  empire    im- 

(1148-1273).        mense.  C'est  en  1 148  que  la  ville  tomba  au  pouvoir  d'Ab- 

delmoumen  ben  Ali.  En  1 196  on  y  signale  la  concentration 

de  la  grande  armée    de  Ya'qoûb  El-iMançoûr,  qui  partait 

pour  la  campagne  d'Alarcos. 

A  cette  époque  Tanger  était,  avec  Rabat,  le  principal 
port  du  Maroc  ;  il  s'y  faisait  un  grand  commerce  d'expor- 
tation de  laines,  de  peaux,  de  fruits  secs,  de  miel  et  de 
cire  ;  l'importation  était  également  considérable  et  portait 
sur  les  étoffes,  la  quincaillerie  et  les  armes. 

De  plus,  Tanger  était  un  arsenal  maritime  :  il  put  four- 
nir une  soixantaine  de  vaisseaux  équipés  pour  le  transport 
des  troupes  en  Espagne  et  en  Tunisie. 

Sous  les  Ibn  El'Amir-El-Hamdâni  (i).  —  On  sait  que  TEmpire 

Mérinides.        almohade  fut  renversé  par  les  Mérinides.  Au    milieu  des 

convulsions  qui    en  marquèrent   la    fin,    le   Nord-Ouest 

marocain  se  tint  à  l'écart  des  luttes  dynastiques  et  vécut 

dans  une  indépendance  complète. 


(i)  Cf.  Istiqçây  op.  cit.,  t.  II,  p.  17. 


l'occupation  musulmane  55 

A  Ceuta  règne  Aboû'l-Qâsem  ben  Abî'l-Abbâs  El-*Azafi, 
qui  envoie  sa  flotte  attaquer  et  démolir  Arzila  pour  la  sous- 
traire à  une  occupation  possible  (i265). 

Tanger  obéit  à  In  El-'Amîr  Ei-Hamdâni,  de  son  vrai 
nom  Aboû'l-Hadjadj  Yoûsouf  ben  Mohammed.  Celui-ci, 
après  avoir  reconnu  pendant  une  année  la  souveraineté 
d'El-Azafi,  la  répudia  pour  se  ranger  du  côté  des  Hafsides, 
ensuite  du  côté  des  Abbasides  de  Bagdad.  Enfin  il  préten- 
dit régner  en  son  nom. 

Il  fut  traîtreusement  assassiné  en  1266- 1267  (H.  665)  par 
un  groupe  de  Mérinides  qui  avaient  pénétré  dans  Tanger 
en  dissimulant  leurs  armes.  La  population  prit  fait  et 
cause  pour  sa  famille  ;  elle  tua  les  assassins  d'Ibn  El-Amîr 
et  proclama  son  fils,  qui  ne  régna  que  cinq  mois.  Assiégé 
par  El-Azafi  à  la  fois  par  terre  et  par  mer,  celui-ci  réussit 
à  s'échapper  et  s'enfuit  à  Tunis  auprès  des  Hafsides. 

El-Azafî  nomma  à  Tanger  un  gouverneur,  assisté  d'un 
conseil  de  notables. 

Prise  de  Tanger  par  les  Mérinides.  —  Telle  était  la 
situation  de  la  ville  quand  le  sultan  mérinide  Ya'qoûb 
ben  Abd  El-Haqq  décida  de  s'en  emparer  ;  il  ne  réussit  à 
s'en  rendre  maître  qu'après  un  siège  de  trois  mois. 

L'émir  des  musulmans,  voyant  que  le  siège  se  prolongeait  indéfini- 
ment, s'était  décidé  à  l'abandonner  ;  mais  la  veille  de  son  départ,  un 
nouveau  combat  s'engagea  entre  les  assiégeants  et  les  assiégés,  et, 
vers  le  soir,  une  troupe  d'arbalétriers  apparaissant  tout  à  coup  sur  les 
forts  de  la  ville  avec  les  principaux  chefs,  appelèrent  à  eux  les  soldats 
du  camp  en  agitant  un  drapeau  blanc.  Ceux-ci,  accourant,  s'emparè- 
rent aussitôt  du  fort,  et,  de  là,  ils  battirent  les  habitants  durant  toute 
la  nuit.  Le  matin,  quelques  renforts  d'arbalétriers  et  autres  s'étant 
joints  à  eux,  ils  redoublèrent  l'attaque  et  les  assiégés,  ayant  fait  une 
brèche  dans  leurs  murs,  prirent  la  fuite  pendant  que  les  assiégeants 
entraient  d'assaut.  L'émir  des  musulmans  usant  de  clémence  envers 
la  population  fit  aussitôt  publier  l'aman.  Il  ne  mourut  qu'un  très 
petit  nombre  de   personnes,  celles  qui  faisaient  résistance  aux  troupes 


56 


TANGER    ET   SA    ZONE 


au  momeni  où  elles  entraient  dans  la  place.  Cette  prise  de  Tanger  et 
rentrée  de  l'émir  des  musulmans  à  l'assaut  eut  lieu  dans  le  mois  de 
Choual  672  (J.-C.  1274)  (1). 

Comme  sous  les  Almohades,  Tanger  servait  toujours  de 
lieu  de  concentration  des  troupes  en  partance  pour  l'Es- 
pagne ;  ces  troupes  allaient  le  plus  souvent  s'embarquer  à 
El-Qçar  eç-Ceghîr  sur  les  bateaux  venus  des  ports  de 
Ceuta,  Tanger,  Rabat...  ;  on  signale  toutefois  un  embar- 
quement à  Tanger  d'une  armée  destinée  à  débloquer  Aigé- 
siras  le  19  juillet  1279  (H.  8  Rebî  I  678). 

A  partir  de  cette  date  commence  une  période  obscure, 
sur  laquelle  les  renseignements  manquent  complètement 
au  point  de  vue  local.  On  note  la  révolte  de  la  ùmille  d'El- 
Azafî  dans  la  région  de  Ceuta  en  i3i6,  mais  on  ne  sait  pas 
si  cette  révolte  s'étendit  à  Tanger  ;  elle  fut  étouffée  ;  une 
nouvelle  et  dernière  révolte  de  cette  famille  fut  écrasée 
en  i33o. 

Révolutions  au  Maroc.  —  En  i359,  c'est  la  prise  do 
Tanger  par  le  frère  d'Abou  Inân,  Abou  Salem,  venu  d'Es- 
pagne au  Maroc,  où  il  s'empara  du  trône.  Quelque  temps 
après,  le  fils  d'Abou  Salem,  Ahmed,  est  emprisonné  à 
Tanger. 

A  partir  de  i373,  le  roi  de  Grenade  suscite  au  Maroc  une 
série  de  prétendants  :  Ahmed  ben  Abî  Sâlem  est  tiré  de  sa 
prison  par  le  gouverneur  de  Ceuta,  Mohammed  ben 
Othman,  et  proclamé  sultan  :  il  s'empare  de  Fès  en 
juin  1374  et  prend  Mohammed  ben  Othman  pour  vizir. 
Mais  deux  ans  après,  un  nouveau  prétendant  surgit, 
Moûsâ  ben  Abî  Inân  :  Ahmed  ben  Alî  Sâlem  est  envoyé  à 
Grenade,  Mohammed  ben  Othman  meurt  dans  les  tor- 
tures. 

(1)  Roudh  el-Qartâs,  trad.  Beaumier,  p.  446. 


l'occupation  musulmane  57 

En  i387,  Ahmed  ben  Abî  Sâlem  reparaît  :  débarqué  à 
Ceuta,  il  vient  mettre  le  siège  devant  Tanger,  défendue 
par  un  corps  d'archers  andalous  ;  après  des  alternatives 
diverses  il  remonte  sur  le  trône  de  Fès  :  le  sultan  dé- 
trôné, El-Ouathiq,  est  emprisonné  à  Tanger  et  meurt  en 
prison.  Ahmed  ben  Abî  Sâlem  meurt  en  iSgS,  laissant  pour 
successeur  son  fils  Aboû  Fâris. 

Désastre    des  Portugais   à    Tanger:  148 y.  —  L'anar-        Apparition 
chie  ne  tarde  pas  à  se  déclarer    au   Maroc,  qui  se  frac-     des  Portugais. 
tionneen  trois  royaumes  indépendants;  le  détroit  de  Gi- 
braltar et  le  littoral  sont  infestés  de  pirates. 

En  141 5,  les  Portugais,  traversant  le  détroit,  viennent 
s'emparer  de  Ceuta.  Rêvant  alors  de  développer  leur  con- 
quête, ils  décident  en  1437  Toccupation  de  Tanger. 

Le  roi  de  Portugal,  Edouard  ^%  donna  à  cette  expédi- 
tion le  caractère  d'une  croisade  ;  une  bulle  dite  de  Cru- 
^ada  fut  demandée  à  Rome  qui  attachait  des  indulgences 
à  l'aumône  en  vue  de  la  guerre  sainte.  Le  corps  expédi- 
tionnaire, embarqué  à  Lisbonne  le  12  août  1487  (H.  841), 
débarqua  à  Ceuta  le  26  ;  il  était  sous  le  commandement 
de  D.  Henri  et  de  l'infant  Ferdinand. 

Le  23  septembre  (i),  Tanger  fut  attaquée  par  terre  et  par 
mer;  la  place  était  défendue  par  Çâleh  Ibn  Çâleh,  le  même 
qui  avait  défendu  Ceuta  ou  son  fils. 

Après  deux  assauts  malheureux,  les  Portugais  se  virent 
attaqués  par  une  nuée  de  Moudjahidin  (2)  accourus  de 
toutes  les  régions  du  Maroc.  Pris  entre  les  troupes  de  la 
garnison  et  les  Moudjâhidîn,  ils  furent  refoulés  jusque  sur 
le  plateau  du  Marchanet  durent  capituler. 

Ils  obtinrent  de  se  rembarquer,  après  avoir  livré  leurs 
armes,  contre  la  promesse  d'évacuation  de  Ceuta  :  en  garan- 

(i)  Le  i5  septembre,    d'après   Chénier,  Recherches  historiques  sur   les 
Maures  et  Histoire  de  l'Empire  du  Maroc,  t.  II,  p.  410. 
(2)  Combattants  de  la  guerre  sainte. 


58  TANGER   ET   SA   ZONE  * 

tie  de  leur  engagement,   ils  laissèrent  Tinfant  Ferdinand 
en  otage. 

Cette  convention  ne  fut  pas  approuvée  par  les  Cortès  de 
Portugal  :  Ceuta  ne  fut  pas  évacué  et  l'Infant  Ferdinand, 
dont  on  offrit  inutilement  une  rançon,  fut  chargé  de  fers 
et  emmené  à  Fès,  où  il  mourut  en  prison  le  5  juin  1448  (i). 

Nouvelles  tentatives  d'occupations  :  1458  et  1464.  — 
En  1458  le  roi  Alphonse  V  entreprit  une  nouvelle  expédi- 
tion sur  la  côte  Nord  du  Maroc  avec  une  flotte  de  80 
vaisseaux  portant  17.000  hommes  de  troupes  ;  passant 
devant  Tanger  le  6  octobre,  il  n'osa  pas  l'attaquer  et 
préféra  aller  s'emparer  d'El-Qçar  eç-Çeghîr  (2). 

Six  ans  plus  tard  (1464  )la  ville  fut  attaquée  une  deuxième 
fois  par  terre  et  par  mer;  ce  siège  ne  fut  pas  plus  heureux 
que  le  premier  et  les  Portugais  durent  se  retirer,  attribuant 
leur  insuccès  au  mauvais  temps. 

Occupation  de  la  ville:  1471,  —  Les  Portugais  réussi- 
rent à  occuper  Anfa  (Casablanca)  en  1468;  en  1471  Arzila 
tombait  à  son  tour  entre  leurs  mains. 

Tanger  fut  occupée  sans  combat  le  28  août  1471. 

A  la  nouvelle  de  la  prise  d'Arzila  les  habitants  de  Tanger  furent 
effrayés  et  ils  appréhendèrent  que  le  roi  Alphonse  «  n'eust  envie,  dit 
Marmol,  de  venger  sur  eux,  comme  c'esloit  sa  résolution,  tant  de 
pertes,  de  morts  et  de  captivitez  que  les  Portugais  avaient  souffertes  par 
leur  moyen,  outre  celle  de  l'Infant  qui  estoit  son  oncle.  Ils  voyoientque 
Muley  Chec  où  consistoit  toute  leur  espérance,  estoit  retourné  à  la 
guerre  de  Fez  ;  de  sorte  que  dépourveus  de  tout  secours,  ils  résolurent 
d'abandonner  la  ville,  et  emportant  tout  ce  qu'ils  purent,  brisèrent  le 

(i)  L'auteur  de  la  Mir'at  el-Mahâsin  dit  à  tort  que  la  prise  de  Tanger  par 
les  Portugais  date  de  841  (J.-C.  1437). 

(2)  Cf.  El-Qçar  eç-Çeghîr,  par  Ed.  Michaux-Bellaire  et  Péretié,  in  Revue 
du  Monde  musulman,  vol.  XVI,  décembre  191 1. 


l'occupation  musulmane  59 

Teste  pour  en  oster  l'usage  à  l'ennemi,  et  se  retirèrent  sans  oser  mettre 
le  feu  de  peur  d'estre  découverts.  Mais  le  roy  Alfonse,  assuré  de  leur 
résolution  qu'il  ne  vouloit  pas  croire  d'abord,  envoya  le  fils  du  duc  de 
Bragance  avec  des  troupes  pour  s'en  saisir,  et  s'y  transporta  ensuite 
pour  voir  sa  nouvelle  conqueste,  qu'il  eust  été  plus  aise  d'avoir  faite 
l'épée  à  la  main  pour  venger  toutes  les  injures  que  nous  avons  dites; 
mais  Dieu  voulut  que  ce  qu'on  n'avoit  pu  faire  en  tant  d'années  et  avec 
tant  de  travail  et  de  peine  s'obtinst  en  un  instant  par  la  bonne  fortune 
de  ce  prince  et  le  gouvernement  en  fut  aussi-tost  donné  à  Ruy  de  Mêla 
qui  fut  depuis  comte  d'Olivença.  Les  rois  de  Portugal  prirent  depuis 
en  leurs  titres,  rois  de  deçà  et  delà  la  mer.  Alfonse  écrivit  mesme  au 
pape  et  aux  rois  chrestiens,  aussi  bien  qu'à  toutes  les  villes  de  son 
royaume  la  victoire  que  Dieu  luy  avoit  donnée,  et  retournant  à  Arzille 
s'embarqua  pour  le  Portugal,  où  il  arriva  trente-cinq  jours  après  qu'il 
en  estoit  parti.  On  fit  des  processions  pour  cette  conqueste  par  toute 
l'Andalousie  et  le  royaume  de  Grenade,  et  ensuite  par  toute  la  Castille 
aussi  bien  qu'en  Portugal  (i)  >. 

Don  Ruis  de  Melo  (2)  reçut  le  commandement  de 
la  place  ;  le  prieur  de  Saint-Vincent  de  Lisbonne  y  fut 
nommé  évêque. 

Cette  conquête  valut  à  Alphonse  V  les  surnoms  d' «Afri- 
cain et  de  Rédempteur  des  captifs  »  (3). 

(i)  L'Afrique,  par  Marmol,  in  Appendice  de  la  Description  de  V Afi'ique , 
par  Léon  l'Africain.  Éd.  Ch.  Schefer,  Paris,  1897. 

{2)  Alias  Ruy  de  Mello.  Cf.  Historia  de  Tangere,  par  D.  F.  de  Menezes, 
p.  35. 

(3)  Cf.  Aperçu  de  Voccupation  portugaise  au  Maroc,  par  Péretié,  in 
Revue  du  Monde  musulman,  vol.  Xll,  pp.  233-256. 


L'OCCUPATION   PORTUGAISE 

(1471-1661) 


De  1471  à  1581.  Une  fois  installés  à  Tanger,  les  Portugais  ne  purent  s'y 

maintenir  pacifiquement  malgré  une  trêve  de  vingt  ans 
passée  avec  le  Sultan.  Ils  durent  exécuter  plusieurs  opéra- 
tions contre  les  tribus  environnantes  et  se  défendre  contre 
les  entreprises  du  Qâïd  de  Tétouan.  En  i5o2  leurs  garni- 
sons de  Tanger  et  d'Arzila  furent  même  battues  par  le 
Sultan  de  Fès.  En  i565  Tanger  aurait  eu  à  supporter  une 
attaque  du  Saadien  Moulay  Abdallah  El-Kebîr  ben  Mo- 
hammed Ech-Chaikh  El-Akbar  (i). 

On  sait  que  les  Portugais  furent  chassés  de  Tintérieur 
du  Maroc  en  iSyS,  à  la  suite  de  leur  défaite  sur  les  bords 
de  rOued  El-Mkhâzen  ;  au  point  de  vue  local  on  peut  si- 
gnaler que  c'était  de  Tanger,  où  s'était  réfugié  Mohammed 
Ech-Chaikh  (El-Mesloûkh),  qu'était  partie  la  demande 
d'appel  aux  Portugais  et  c'était  là  que  le  roi  Sébastien  était 
venu  rejoindre  son  protégé. 


Réunion  du 

Portugal 

à  TEspagne 

(1581). 


En  i58i,  lors  de  la  réunion  du  Portugal  à  la  couronne 
d'Espagne,  les  possessions  portugaises  du  Maroc  (Tanger, 
Ceuta,  Mazagan  et  Arzila)  passèrent  nominalement  à  l'Es- 

(i)  D'après  Becker,  Historia  de  Marruecos,  p.  99. 


l'occupation  portugaise 


6i 


pagne.  De  fait  elles  ne  subirent  aucun  changement,  Phi- 
lippe II  ayant  juré  aux  Cortès  de  Thomar  de  respecter  les 
droits,  coutumes  et  privilèges  de  ses  vassaux;  les  villes  oc- 
cupées par  les  Portugais  conservèrent  donc  leur  adminis- 
tration et  même  leurs  garnisons  portugaises.  Les  auteurs 
indigènes  parlant  de  Tanger  à  cette  époque  citent  toujours 
les  Portugais,  jamais  les  Espagnols. 

Sous  le  règne  de  Philippe  II  et  de  ses  successeurs  il  n'y 
eut  aucune  tentative  d'agrandissement  au  xMaroc  ;  les  éta- 
blissements portugais  perdirent  peu  à  peu  tout  caractère 
décentres  commerciaux  pour  devenir  de  simples  forte- 
resses tenues  par  des  garnisons  qui  y  vivaient  dans  un 
perpétuel  q'ui-vive  et  qui  s'y  considéraient  comme 
exilées  (i). 

Cet  état  de  choses  se  maintint  jusqu'en  1643,  date  à 
laquelle  Tanger  était  gouvernée  par  le  comte  de  Sarcedas. 

Dès  1640,  le  Portugal  s'était  affranchi  de  la  domination  Révolution  à 
espagnole  en  plaçant  sur  le  trône  Jean  IV,  de  la  famille  de  Tanger; 

Bragance.  Trois  ans  après  cet  événement,  une  révolution        retour  de  la 

éclata  à  Tanger  et  la  ville  redevint  portugaise.  ville  aux  Por- 

Élie  de  la  Primaudaie  rapporte  de  cette  révolution  une  tugais  (1643). 
relation  intéressante,  découverte  dans  les  archives  du  Se- 
crétariat Général  du  gouvernement  de  l'Algérie  : 

Un  certain  nombre  des  principaux  habitants  de  Tanger,  nobles  ei 
autres,  avaient  résolu  de  s'emparer  de  la  kasba  par  surprise  et  de  faire 
prisonnier  le  comte  de  Sarcedas  qui  commandait  la  place  pour  le  roi 
Philippe  IV.  Le  complot  existait  depuis  plus  de  deux  ans,  et  il  parais- 
sait à  tous  miraculeux  que  le  gouverneur  n'eût  été  prévenu  de  rien  ; 
mais  le  projet  s'étant  ébruité,  et  des  femmes  et  des  enfants  ayant  été 
mis  imprudemment  dans  le  secret,  les  conjurés  qui  craignaient  une 
indiscrétion  pensèrent  qu'un  plus  long  retard  pouvait  tout  perdre. 


(i)  En  janvier  i63o,  on  signale  la  présence  devant  la  ville  du  célèbre  émir 
de  guerre  sainte  El-'Ayyâchi,  qui  déclanche  contre  «  les  Portugais  »  une 
attaque  sans  résultat  (10  janvier). 


62  TANGER    ET    SA    ZONE  • 

Le  23  août  1643,  veille  de  la  Saint-Barthélémy,  les  chefs  de  la 
conspiration  donnèrent  rendez-vous  aux  autres  conjurés  dans  le  cou- 
vent où  ils  se  réunissaient  habituellement.  Chacun  étant  convaincu  de 
la  nécessité  d'agir  sans  plus  attendre,  il  fut  décidé  que  la  nuit  suivante 
on  tenterait  l'entreprise.  Un  capitaine  de  la  garnison  qui  était  du  complot 
se  trouvait  de  garde  cette  nuit  même  à  la  kasba.  Il  se  tint  prêt  à  rece- 
voir les  conjurés  lorsqu'ils  se  présenteraient.  La  nuit  venue,  trois  heures 
avant  le  jour,  ceux-ci  gravirent  en  silence  et  sans  être  aperçus  des  sen- 
tinelles, le  sentier  qui  conduit  au  château.  La  porte  leur  fut  ouverte 
par  Manoël  Diaz  de  Villalobos,  que  le  capitaine  de  garde  avait  prévenu 
et  qui  s'empressa  de  la  refermer  derrière  eux.  Dans  le  même  temps,  les 
conjurés  demeurés  dans  la  ville  occupaient  sans  bruit  les  principaux 
postes:  le  couvent  des  chanoinesses,  le  chouriso  (i)  et  la  porte  de  la 
Ferronnerie. 

Jusqu'alors  tout  s'était  bien  passé,  et  il  ne  restait  plus  qu'à  procéder 
à  l'arrestation  du  comte  de  Sarcedas.  L'Archidiacre  d'Arzilla,  deux  re- 
ligieux et  un  autre  conjuré  se  rendirent  au  palais  du  Gouverneur.  Ayant 
appelé  la  garde  et  demandé  à  voir  à  Tinstant  le  comte  de  Sarcedas,  les 
soldats  sans  même  venir  reconnaître  ceux  qui  se  présentaient,  ouvri- 
rent la  porte  et  les  laissèrent  entrer.  Le  gouverneur  ne  se  doutant  de 
rien  reposait  fort  tranquillement.  Réveillé  en  sursaut  par  les  coups  que 
l'on  frappait  à  la  porte  de  son  appartement,  il  demanda  ce  qu'on  lui 
voulait.  L'archidiacre  lui  dit  que  le  peuple  s'était  soulevé  et  venait  d'ac- 
clamer le  roi  Jean  de  Portugal.  Perdant  la  tête  à  cette  nouvelle  et 
s'imaginant  qu'on  venait  pour  l'assassiner,  le  comte  s'empressa  de 
répondre  qu'il  était  prêt  à  reconnaître  pour  roi  le  duc  de  Bragance  et 
qu'il  ferait  tout  ce  que  voudrait  le  peuple.  En  même  temps  il  ouvrit  la 
porte  et  se  jeta  tout  épouvanté  dans  les  bras  de  l'archidiacre.  Ce  der- 
nier le  rassura,  ainsi  que  la  comtesse  qui  venait  d'arriver. 

Pendant  que  ceci  se  passait,  d'autres  conjurés  avaient  pénétré  dans 
le  palais.  Quelques-uns  étaient  armés  de  haches  qui  devaient  leur  ser- 
vir à  enfoncer  les  portes,  si  on  refusait  de  les  ouvrir.  A  leur  vue,  la 
comtesse,  à  demi-morte  de  peur,  croyant  qu'ils  venaient  pour  tuer  son 
mari,  les  supplia  de  la  frapper  elle-même,  mais  d'épargner  le  comte. 
L'archidiacre  parvint  à  la  calmer,  non  sans  peine,  en  lui  répétant  que 
la  vie  du  gouverneur  et  la  sienne  seraient  respectées,  puis  il  lui  demanda 
les  clés  de  la  ville  et  celles  des  archives,  qu'elle  fit  donner  aussitôt.  On 
la  conduisit  ensuite  au  palais  de  l'évêque,  avec  le  comte  qui  paraissait 
anéanti  et  tous  les  gens  de  leur  maison. 

C'est  ainsi  que  se   fit  la  révolution  de   Tanger,  sans   effusion  de 

(i)  A  granja  do  chouriso,  note  de  l'auteur. 


L  OCCUPATION   PORTUGAISE 

sang  et  sans  qu'il  en  résultât  aucun  dommage  pour  personne.  Deux 
heures  après  tout  était  fini  et  le  peuple  fort  tranquille;  à  l'exception  de 
quelques  visages  renfrognés,  mais  qui  se  déridèrent  plus  tard, 
toutes  les  physionomies  étaient  joyeuses  et  chacun  se  félicitait. 

Le  même  jour,  on  nomma  un  gouverneur,  et  Andres  Diaz  da  França 
fut  élu  par  le  peuple.  Le  lendemain,  25  août,  Francisco  Banha  et  Diego 
Vaz  Machado  s'embarquèrent  sur  une  frégate  pour  porter  au  gouver- 
neur la  nouvelle  de  l'acclamation  de  Tanger,  ainsi  que  les  serments  de 
fidélité  du  peuple.  Quand  ils  se  présenrèrent  dans  le  port  de  Tavira,  on 
refusa  d'abord  de  les  laisser  descendre  à  terre  :  on  les  prenait  pour  des 
Castillans.  Mais  lorsque  l'on  connut  ce  qui  venait  de  se  passer  de 
l'autre  côté  du  détroit  toute  la  population,  le  gouverneur  en  tête,  vint 
en  procession  au-devant  d'eux,  avec  des  palmes  dans  la  main,  comme 
s'il  se  fût  agi  de  recevoir  Sa  Majesté  elle-même. 

On  raconte  que  le  roi  Jean  donna  trois  mille  cruzades  au  messager 
qui  lui  apprit  que  Tanger  était  redevenu  une  dépendance  de  sa  cou- 
ronne. Il  fut  si  joyeux  qu'il  ordonna  une  grande  fête  dans  tout  le 
royaume  pour  célébrer  cet  heureux  événement,  et  il  dit  aussi  que  cette 
bonne  nouvelle  lui  avait  fait  plus  de  plaisir  que  la  naissance  d'un  fils, 
le  prince  Edouard,  qu'on  lui  avait  annoncée  le  même  jour   (i). 

Ses  débuts.  —  Tanger  resta  aux  mains  des  Portiigais  jus-  Qhaïlân. 

qu'en  1661.  La  période  finale  de  l'occupation  correspond  à 
une  époque  d'anarchie  et  de  troubles  généraux  qui  précipi- 
tent la  décadence  des  Saadiens  et  préparent  l'avènement 
des  Alaouites  ;  de  tous  côtés  surgissent  des  agitateurs  qui, 
sous  le  prétexte  de  guerre  sainte,  cherchent  à  s'emparer  du 
pouvoir. 

Dans  le  Nord-Ouest  marocain  le  mouvement  de  révolte  était 
mené  par  un  homme  des  Béni  Gorfet,  le  Reïs  El-Khadir 
Ghaïlân,  dont  le  père  Ali  avait  été,  pour  la  région  du  Habt, 
moqaddem  de  guerre  sainte  de  l'Émir  Mohammed  El-Ay- 
yâchi  (2)  et  avait  été  tué  dans  une  attaque  contre  les  Portu- 
gais de  Tanger. 

Ghaïlân  entreprit  de  suivre  à  sonprofitdans  leNord-Ouest 

(i)  Répue  africaine,  année  1872,  pp.  3i3-3i5. 

(2)  Sur  El-Ayyâchi,  cf.    Villes  et  Tribus  du  Maroc,  vol.  III,  pp.  68-76; 
vol.  V,  pp.  74-89. 


64  TANGER    ET   SA    ZONE         • 

du  Maroc,  la  politique  de  son  maître  El-Ayyâchi  dans  le 
centre  ;  en  tant  que  Moudjâhid,  son  principal  objectif  devait 
être  la  conquête  de  Tanger  sur  les  infidèles  (Portugais  et 
Anglais)  :  d'autre  part,  comme  il  cherchait  à  se  créer  un 
royaume  indépendant,  il  avait  à  défendre  son  territoire  au 
Sud  contre  les  entreprises  des  Dilaïtes  d'abord,  des  Filâla 
ensuite. 

Les  chroniqueurs  de  l'époque  font  de  Ghaïlân  un  portrait 
peu  flatteur  (i). 

Son  rei;ard  est  perçant  et  franc,  mais  sa  nature  fermée  et  réservée  ; 
il  est  hardi,  mais  mélancolique  ;  vaillant,  mais  sachant  fuir  au  besoin; 
turbulent,  mais  peu  bavard;  vigilant  et  sensuel;  soigné  et  désordonné; 
une  contradiction  en  nature.  Il  avait  naturellement  cette  tristesse  qui 
convient  à  un  «prêtre  »  car,  à  l'exemple  de  son  père,  il  affectait  une 
très  grande  piété,  mais  aussi  il  avait  acquis  les  allures  condescendantes 
d'un  prince.  Ses  deux  grands  défauts  étaient  la  perfidie  et  la  cruauté  ; 
ses  serments  lui  servaient  à  mieux  tromper  et  ses  flatteries  cachaient 
toujours  quelque  méchanceté-  Ses  pensées,  il  ne  les  exprimait  jamais 
clairement,  de  façon  à  pouvoir  les  retourner  au  mieux  de  ses  intérêts, 
selon  les  circonstances,  sans  que  ses  amis  puissent  se  tromper  sur  ses 
intentions,  ni  ses  ennemis  surprendre  ses  projets;  quant  à  ces  derniers 
il  ne  traitait  jamais  avec  eux  que  s'ils  étaient  trop  forts  pour  pouvoir 
être  vaincus  ;  il  disait  en  parlant  de  l'un  d'eux  :  «  //  est  pain  pour  lui 
de  songer  à  la  paix,tant  qu'il  ne  sera  pas  devenu  lui-mêine  terrible-^ 
Ses  ambitions  primaient  toutes  les  autres  considérations  et,  en  dehors 
de  ses  intérêts,  honneur,  foi  et  conscience  n'étaient  que  de  vains 
mots  (2). 

Ghaïlân  commença  par  se  procurer  l'appui  de  person- 
nages puissants  en  épousant  leurs  filles;  de  ce  nombre  on 
peut  citer  les  gouverneurs  d'El-Qçar  El-Kebîret  deTétouan 
et  le   chef  de  guerre  sainte  des  Andjera,  Qâsem  Chat   El- 


(i)  On  remarquera  une  ressemblance  assez  frappante  entre  Ghaïlân  et  le 
moderne  ChérifReïsoûli. 

(2)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XVIII,  p.  23.  —  Le  Raïs  El-Khadir 
Ghaïlân,  par  Péretié. 


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Inscription   portugaise  de   la  grande  mosquée. 


Ph^t.  Buchet. 


l'occupation  portugaise  65 

Andalousi.  Il  réussit  à  disposer  d'environ  17.000   piétons 
et  cavaliers. 

Ce  serait  dépasser  le  cadre  de  cette  monographie  que 
d'étudier  entièrement  Thistoire  de  ce  personnage  ;  il  n'en 
sera  donné  que  ce  quia  trait  à  la  région  de  Tanger  (i). 

Luttes  contre  les  Portugais.  —  C'est  en  i65i  que  Ghaïlân 
entreprit  la  lutte  contre  les  Portugais.  Il  vint  dresser  son 
camp  près  d^  la  rivière  des  Juifs.  Cette  première  tentative 
ayant  été  malheureuse,  il  abandonna  le  siège  de  la  ville, 
pour  le  reprendre  deux  ans  plus  tard.  Dans  l'intervalle  il 
employa  son  activité  à  consolider  son  autorité  dans  le 
Fahç. 

En  juillet  i653  il  entra  en  négociations  avec  le  gouver- 
neur de  Tanger,  D.  Rodrigo  de  Lancastre,  qui  lui  «  en- 
voya en  cadeau  des  confitures  et  un  harnais  brodé,  ainsi 
que  d'autres  présents  pour  les  moqaddems,  qui  s'en  retour- 
nèrent très  contents  (2)  ».  Mais,  malgré  ces  démonstrations 
amicales,  la  paix  n'était  pas  assurée  et  Ghaïlân  ne  renon- 
çait pas  à  son  projet  de  s'emparer  de  la  ville:  en  no- 
vembre i653  et  au  début  de  1654  les  attaques  se  renouve- 
lèrent, sans  résultat  d'ailleurs. 

En  mars  i656  le  nouveaugouverneur  de  Tanger,  D.  Fer- 
nando de  Menezes,  informé  de  l'imminence  d'un  assaut  en 
forces,  s'y  prépara  en  organisant  tout  un  système  d'obs- 
tacles; il  fit  encombrer  de  ronces  les  chemins  et  les  pistes 
et  placer  des  boîtes  à  mitraille  dans  certaines  tranchées. 
Le  24  mars,  2.5oo  cavaliers  et  de  nombreux  fantassins  at- 
taquèrent les  positions  portugaises  :  gênés  par  les  obstacles, 
décimés  par  la  mitraille  et  par  des  feux  d'artillerie  et  de 
mousqueterie,  ils  furent  repoussés  avec  de  fortes  pertes. 

Quelques  jours  après,  Ghaïlân  fit  reprendre  les  négocia- 

(i)  On  trouvera  dans  le  volume  XVIIl  des  A.  M.  une  étude  détaillée  sur 
Ghaïlân. 
(2)  Cf.  PÉRETiÉ,  loc.  cit. y  p.  3i. 


66  TANGER   ET  SA  ZONE  * 

tions  avec  les  Portugais  en  envoyant  ses  moqaddems  auprès 
du  général  comte  de  Menezes,  sous  la  conduite  de  son  se- 
crétaire Abdelqâder  Ceron,  qui  était  d'origine  andalouse  et 
parlait  la  langue  espagnole  (i). 

La  trêve  ne  dura  qu'un  an.  En  i657,  Ghaïlân  rassembla, 
dit-on,  25. ooo  hommes  devant  la  ville,  pendant  les  fêtes  de 
Pâques.  Il  livra  assaut  sur  assaut,  fit  creuser  des  tranchées 
pour  protéger  ses  hommes  du  feu  de  l'artillerie  et  coupa 
l'aqueduc  romain  de  la  rivière  des  Juifs  qui  amenait  l'eau  à 
la  ville  (2).  La  place  était  tellement  pressée  que  le  général 
portugais  demanda  des  renforts  à  Lisbonne,  mais  les  ca- 
ravelles qui  les  lui  amenaient  furent  capturées  en  route  par 
des  corsaires.  Le  siège  dura  une  vingtaine  de  jours;  décou- 
ragés par  la  résistance,  les  assiégeants  brûlèrent  leur  camp 
et  se  retirèrent. 

Ils  revinrent  quelque  temps  après,  en  mai,  renforcés  de 
nouvelles  troupes  envoyées  par  le  gouverneur  de  Tétouan; 
cette  fois  encore  Ghaïlân  essaya  de  faire  démolir  plus  com- 
plètement l'aqueduc  de  la  rivière  des  Juifs,  mais  il  fut  gêné 
par  le  tir  d'un  petit  bateau  embossé  à  l'embouchure  de  la 
rivière  et  ses  hommes  durent  élever  des  bastions  déterre 
pour  se  protéger.  Tous  ses  efforts  furent  vains  ;  il  leva  le 
siège  au  bout  de  huit  jours. 

Il  n'y  eut  désormais  que  des  escarmouches  sans  impor- 
tance. En  i658  on  note  des  négociations  entre  Ghaïlân  et 
les  Portugais,  négociations  qui  traînèrent  en  longueur  et  à 
la  suite  desquelles  il  s'établit  un  état  de  paix  relatif. 

L'activité  de  Ghaïlân  avait  d'ailleurs  à  se  porter  vers  le 
Sud,  où  son  territoire  était  menacé  par  les  Dilaïtes. 

(i)  Abdelqâder  Ceron  est  vraisemblablement  le  même  personnage  dont  il  a 
été  parlé  dans  le  volume  III  de  Villes  et  Tribus  du  Maroc,  pp.  67  et  82,  et 
qui  a  été  chef  de  l'État  communal  de  Rabat  en  162g. 

{2)  D'autres  canalisations  desservaient  Tanger,  mais  les  assiégeants 
oublièrent  de  les  couper;  quelques  puits  d'ailleurs  se  trouvaient  dans  la 
ville. 


L  OCCUPATION    PORTUGAISE 


67 


L'occupation  portugaise  prit  fin  en  166 1  parla  cession 
de  Tanger  aux  Anglais  ;  la  ville  faisait  partie  de  la  dot 
de  Catherine  de  Bragance,  épouse  du  roi  d'Angleterre 
Charles  II. 

Le  gouverneur  D.  Menezes,  ne  pouvant  consentir  à  livrer 
à  des  étrangers  une  ville  qu'il  avait  longtemps  défendue,  se 
désista  de  ses  fonctions  et  fut  remplacé  par  D.  Luiz  de  Al- 
meida.  Celui-ci  se  montra  d'abord  aussi  récalcitrant  que 
son  prédécesseur,  mais  finit  par  se  soumettre  devant  l'arri- 
vée d'une  escadre  anglaise,  venue  prendre  possession  de 
la  ville.  Il  laissa  l'amiral  anglais,  comte  de  Sandwich,  dé- 
barquer 5oo  marins  pour  occuper  les  principaux  points;  ce 
débarquement  eut  lieu  le  16  janvier  1662  ;  les  troupes  d'oc- 
cupation, sous  les  ordres  du  comte  de  Peterborough,  arri- 
vèrent le  29  et  prirent  possession  de  Tanger  et  de  laQaçba 
le  lendemain  3o  (i). 

D.  Luiz  de  Almeida  s'embarqua  aussitôt  après  pour  le 
Portugal,  emmenant  ses  hommes  et  la  presque  totalité  de 
la  population  portugaise  (2);  ils  faillirent  être  écharpés  à 
leur  arrivée  à  Lisbonne. 

L'occupation  portugaise  avait  duré  effectivement  près  de 
deux  siècles. 


Pin  de 

roccupatiott 

portugaise 

(1661). 


(i)  Les  historiens  placent  à  des  dates  différentes  l'entrée  des  Anglais  à 
Tanger:  Berbrugger,  milieu  de  1661  {Revue  africaine,  1861,  pp.  337-349); 
Mercier,  août  1661  (Histoire  de  l'Afrique  septentrionale,  t.  III,  p.  256)  ; 
BuDGETT  Meakin,  1662  (loc.  cit.,  p.  i2o)  ;  Cholmley,  16  janvier  i6ôi  pour  la 
prise  de  possession  de  la  ville,  29  janvier  suivant  pour  l'occupation  [An 
Account  of  Tangier,  p.  16).  Nous  avons  adopté  la  relation  de  Menezes. 

(2)  Telle  est,  du  moins,  la  relation  de  D.  Fernando  de  Menezes,  dans  son 
Historia  de  Tangere  (éd. de  Lisbonne,  1732,  p.  277)  :  «  embarcouse  O  General 
D.  Lui^  de  Almeida  com  a  sua  familia...  »  Certains  auteurs  prétendent  à 
tort  qu'il  fut  tué  avec  presque  tous  ses  soldats  dans  un  engagement  avec  les 
Maures,  ce  qui  aurait  facilité  l'établissement  des  Anglais  à  Tanger.  Il  y  a  là 
une  confusion  probable  entre  le  nom  du  Gouverneur  et  celui  du  dernier 
«  Adail  »  (commandant  du  corps  de  cavalerie  légère)  Simào  Lopes  de  Men- 
donça,  qui  périt  avec  62  cavaliers  dans  un  combat  malheureux  contre  les 
Marocains,  peu  de  temps  avant  l'arrivée  des  Anglais. 

La  relation  de  Menezes  a  été  rédigée  après  l'évacuation  de  la  ville  et  son 
auteur  est  l'ancien  gouverneur  portugais. 


68  TANGER    ET   SA    ZONE  • 

La  ville  SOUS  Les  villes  occupées  par  les  Portugais  étaient  en  général 

les  Portugais,  des  sortes  de  presidios  où  l'activité  commerciale  était 
presque  nulle.  Tanger,  cependant,  en  raison  de  sa  position 
géographique,  n'avait  pas  tardé  à  devenir  une  ville  com- 
merciale de  premier  ordre,  en  même  temps  que  le  principal 
établissement  portugais  du  N.-O.  de  l'Afrique. 


La  population  européenne  y  était  nombreuse  et  le  port  fréquenté 
par  de  nombreux  bâtiments.  Des  rochers  que  l'on  voit  à  fleur  d'eau 
en  avant  de  la  Porte  de  la  marine  (Bâb  el-Mersâ)  formaient  comme  un 
brise-lames  en  avant  du  môle,  armé  de  deux  batteries,  l'une  au  musoir, 
l'autre  à  quelque  distance  sur  la  gauche,  de  manière  à  répondre  à  la 
ligne  d'embossage  qui,  en  cas  d'attaque,  se  développait  naturellement 
sur  le  N.  La  jetée,  qui  formait  le  port  du  côté  de  la  baie,  avait  aussi 
une  batterie  à  son  musoir.  Des  ouvrages  extérieurs  protégeaient  les 
abords  de  la  place  sur  le  plateau  maintenant  sans  défense  et  qui 
s'étend  au  S.-O.  de  la  Casbah.  La  ville  s'était  rapidement  embellie. 
Outre  la  cathédrale,  on  voyait  à  la  partie  basse  de  la  marine,  plusieurs 
églises  et  monastères  ;  Saint-Dominique,  le  Saint-Esprit,  Notre-Dame- 
du-Carmel,  Saint-Roch,  Saint-Jean,  et  dans  la  partie  supérieure,  au  S., 
un  hôpital  (i).  A  côté  des  habitations  mauresques  se  trouvaient  de 
belles  maisons  qui  servaient  de  résidences  aux  marchands  portugais  et 
espagnols.  Le  mouvement  commercial  s'était  en  partie  concentré  au 
bord  de  la  mer.  L'on  y  trouvait  une  foule  de  nègres  occupés  à  charger 
et  à  décharger  les  navires;  l'on  y  rencontrait  des  négociants,  des  capi- 
taines qui  réglaient  leurs  comptes  et  faisaient  des  achats.  Si  l'on  pé- 
nétrait dans  l'intérieur  de  la  ville,  l'on  rencontrait  des  bazars  qui  ne 
donnaient  que  l'embarras  du  choix,  et  des  boutiques  qui  suffisaient  à 
peine  au  besoin  de  la  consommation  locale.  Le  marché  de  comestibles 
était  toujours  bien  approvisionné,  et  l'on  y  trouvait  de  la  viande,  des 
poulets,  du  poisson  et  des  légumes  aussi  bien  qu'en  Europe.  Un  autre 
marché  occupait  la  place  principale  qui  aujourd'hui  porte  le  nom  de 
Zocco.  C'était  là  où  se  rencontraient  les  marchands  venus  du  dehors 
avec  leurs  chameaux  ;  c'était  là  où  l'on  pouvait  choisir  entre  les 
produits  de  tout  genre  et  de  toute  sorte.  Le  spectacle  qui  se  déroulait 
alors  était  des  plus  curieux  à  voir  :  Portugais,  Espagnols,  Maures, 
Arabes,  Berbères,  nègres  et  Juifs  circulaient  et  formaient  des  groupes 


(i)  Les  Portugais  élevèrent  à  Tanger  17  églises  et  chapelles. 


l'occupation  portugaise  69 

et  l'animation  qui  y  régnait  indiquait  que  les  transactions  y  étaient 
nombreuses.  Si,  par  certains  côtés,  Tanger  avait  conservé  sa  couleur 
orientale,  cependant  l'on  sentait  que  Ton  se  trouvait  dans  une  cité  eu- 
ropéenne et  dans  un  centre  qui  prenait  une  importance  de  plus  en  plus 
grande  (i). 

(i)  Castônnet  des  Fosses, /e5  Portugais  au  Maroc.  Paris,  1886,  pp.  17  et  18. 


VILLES  ET  TRIBUS.  —  VII. 


L'OCCUPATION  ANGLAISE 

(1662-1684) 


Débuts  de  Dès  leur  prise  de  possession  de  la  ville,  les  Anglais  la 

l'occupation.  mirent  au  pillage,  brisant  les  images  religieuses  et  les 
vases  sacrés  dans  les  couvents  et  les  églises.  Des  dix-sept 
églises  et  chapelles  élevées  par  les  Portugais,  ils  n'en  lais- 
sèrent qu'une  seule,  avec  un  couvent,  à  Tusage  des  quel- 
ques catholiques  restés  dans  la  ville  ;  la  principale  de  ces 
églises  fut  désaffectée  de  son  culte  primitif  et  affectée  au 
culte  protestant  sous  l'invocation  de«  Charles-le-AIartyr»  ; 
elle  paraît  avoir  occupé  l'emplacement  actuel  de  la  grande 
mosquée. 

Cependant,  Tanger  ne  tarda  pas  à  devenir  le  refuge  des 
catholiques  et  à  être  considérée  de  ce  fait  comme  «  un  nid 
de  papistes  (i)  ». 

L'amiral  comte  de  Sandwich  laissa  le  gouvernement  de 
Tanger  au  comte  de  Peterborough  avec  une  forte  garnison 
estimée  par  Menezes  à  «  plus  de  4.000  Anglais  et  de  nom- 
breux chevaux». 

L'occupation  anglaise  était  un  fait  accompli  ;  depuis  plu- 
sieurs années  déjà  l'Angleterre  convoitait  la  possession  de 

(i)  BuDGETT  Meakin,  loc .  cit.,  pp.  123  ct  seq. 


L  OCCUPATION   ANGLAISE  7 1 

cette  place,  merveilleusement  située  sur  le  Détroit  ;  en  i656, 
à  la  suite  du  meurtre  de  quelques  marins  anglais  débar 
qués  sur  le  rivage  de  Tanger,  on  avait  attiré  sur  elle  l'at- 
tention deCromvvell  :  «  Il  y  a  là,  lui  disait-on,  à  la  sortie  du 
détroit,  un  château  que  les  Portugais  ont  appelé  Tangar, 
sur  la  côte  de  Barbarie,  qui,  si  on  s'en  emparait,  nous  se- 
rait très  utile  (i).  » 

La  réalisation  de  ces  desseins  quelques  années  plus  tard 
souleva  l'enthousiasme  de  l'Angleterre  ;  le  roi  Charles  put 
déclarer  au  Parlement  que  «  la  nouvelle  acquisition  de  Tan- 
ger devait  être  regardée  comme  un  joyau  d'une  immense 
valeur  dans  le  diadème  royal  »,  et  Pepys,  historien  anglais 
contemporain  de  Charles  II,  résuma  l'opinion  populaire 
en  écrivant  que  «  Tanger  devait  vraisemblablement  deve- 
nir la  place  la  plus  importante  du  roi  dans  le  monde  (2)  ». 

Siège  de  Tanger,  —  Les  nouveaux  occupants  de  Tanger 
s'y  trouvèrent  en  butte  aux  mêmes  difficultés  que  leurs  pré- 
décesseurs. Le  gouverneur  comte  de-  Peterborough  com- 
mença par  distribuer  400  livres  sterling  aux  qâïdsetchaikhs 
des  environs  de  la  ville.  Inaugurant  la  politique  qui  devait 
être  suivie  plus  tard  par  l'Angleterre,  il  essaya  de  se  rap- 
procher de  Ghaïlân  et  de  se  servir  de  cet  «  empereur  ou 
prince  de  la  Barbarie  occidentale  »  pour  combattre  l'in- 
tiuence  de  plus  en  plus  marquée  des  Alaouites,  soutenus 
par  la  France  et  dont  Téloile  commençait  à  monter. 

Le  22  mars  1662,  Ghaïlân  ayant  rassemblé  10.000  hom- 
mesà  une  lieue  de  la  ville,  il  s'empressa  de  conclure  avec 
lui  une  trêve  de  six  mois,  qui  ne  fut  guère  observée  :  moins 
de  deux  mois  après  la  conclusion  de  cette  trêve,  le  3  mai, 
le  colonel  Fines  était,  avec  400  hommes,  attiré  dans  une  em- 
buscade et  perdait  presque  toute  sa  troupe;  des  soldats  an- 


(1)  BUDGETT   MeAKIN,   loC.    cit.,  p.    IIQ. 

(2)  Id.,  p.   123. 


Ghaïlân. 


72  TANGER   ET   SA    ZONE 

glais,  isolés  ou    en    petits  groupes,   étaient  souvent  tués 
jusque  sous  les  murs  de  la  place. 

Devant  ces  difficultés  croissantes,  le  comte  de  Peterbo- 
rough  se  rendit  en  Angleterre  et  demanda  à  être  relevé  de 
ses  fonctions.  Il  reçut  pour  successeur  lord  Rutherford, 
comte  de  Teviot  (mai  i663). 

Le  nouveau  gouverneur  trouva  la  garnison  démoralisée 
par  les  attaques  continuelles  et  les  pertes  qu'elle  subissait  ; 
les  troupes  n'osaient  plus  sortir  hors  des  remparts  et  te- 
naient les  portes  toujours  fermées. 

Voulant  donner  de  l'air  à  la  place,  il  entreprit  la  cons- 
truction entre  Bâb  el-Fahç  et  le  haut  des  Ciaghîn  d'une 
forte  redoute  flanquée  de  deux  bastions  à  laquelle  il  donna, 
en  l'honneur  de  la  reine,  de  nom  de  Fort  Catherine  (i).  Il 
fit  faire  en  outre  quelques  retranchements  avancés  pour 
protéger  l'espace  nécessaire  à  l'entretien  d'un  troupeau. 

Ces  préparatifs  éveillèrent  l'attention  de  Ghaïlân  qui  ré- 
solut de  les  arrêter;  le  14  juin,  il  déclancha  subitement  une 
attaque  contre  la  ville  ;  ses  troupes,  d'abord  victorieuses, 
vinrent  s'embarrasser  dans  des  chausses-trappes  et  finirent 
par  être  refoulées  avec  de  grosses  pertes. 

Trêve  avec  Ghaïlân  :  1663-1664.  —  A  la  suite  de  cet 
échec  Ghaïlân  entama  des  pourparlers  avec  le  comte  de 
Teviot  et,  le  2Z  août  i663,  il  signa  une  trêve  de  six  mois. 
«  Libre  commerce  fut  ouvert  avec  les  Maures,  qui  ame- 
naient quotidiennement  leurs  chameaux  chargés  de  mar- 
chandises et  en  retour  recevaient  de  l'argent  et  autres 
choses  (2)  »  ;  de  leur  côté,  les  Anglais  s'engagèrent  à  ne 
pas  élever  de  nouvelles  fortifications. 

Cette  trêve  fut  bien  observée  de  part  et  d'autre.  Elle  per- 


(i)  Cf.  infra,  p.  iSj. 

{2)  Cannon's  History  of  the  2 nd  Régiment  o/Foot,  p.  6. 


l'occupation  anglaise  73 

mit  au  comte  de  Teviot  de  se  rendre  en  Angleterre,  où  il 
remit  au  roi  une  lettre  de  Ghaïlân  l'assurant  de  ses  bonnes 
intentions  et  lui  demandant  le  prompt  retour  du  comte 
«  pour  que  nous  puissions  avec  lui,  disait-il,  perfectionner 
toutes  choses  assez  grandement  pour  être  aimé  et  estimé». 
Les  protestations  d'amitié  de  Ghaïlân  paraissaient  sin- 
cères :  il  résista  aux  intrigues  de  l'Espagne,  qui,  voyant 
d'un  mauvais  œil  les  progrès  de  l'Angleterre  à  Tanger,  le 
poussait  à  profiter  de  l'absence  du  gouverneur  pour  s'em- 
parer de  la  ville  ;  un  plan  secret  avait  même  été  établi, 
qui  devait  assurer  le  succès  de  l'entreprise.  Mais  la  trêve 
n'avait  pas  expiré  à  cette  date  et  Ghaïlân  ne  voulut  pas  le 
rompre  ;  bien  plus,  à  la  suite  d'un  accord  avec  le  gouver- 
neur intérimaire,  le  colonel  Fitzgerald,  il  la  prolongea  de 
deux  mois. 

Rupture  de  la  trêve.  —  Ces  bons  rapports  ne  devaient 
pas  durer  ;  le  comte  de  Teviot,  de  retour  à  Tanger  le 
14  janvier  i665,  apporta  des  instructions  précises  du  roi 
Charles  II  et  fit  connaître  à  Ghaïlân  qu'il  avait  reçu  l'ordre 
de  poursuivre  la  fortification  de  la  place.  Ce  à  quoi  Ghaïlân 
répondit  «  qu'ayant  consulté  tous  ses  légistes  et  prêtres 
sur  le  point,  il  apparaissait  qu'ils  étaient  liés  par  une  loi 
à  ne  pas  souffrir  que  les  chrétiens  élèvent  des  constructions 
en  Afrique  (ij  ». 

Les  hostilités  reprirent  à  la  grande  joie  des  Espagnols, 
heureux  de  voir  la  tournure  prise  par  les  événements.  Le 
comte  de  Teviot  fit  activer  les  travaux  de  fortification, 
malgré  les  attaques  continuelles  de  Ghaïlân. 

Revers  anglais.  —  Les  Anglais  n'avaient  ni  espions,  ni 
informateurs,  à  l'encontre  des  Portugais,  qui  étaient  tou- 


(i)  Anonyme,  London,  1604,  A  Description  of  Tangier,  pp.  ic  et  seq. 
Playfair,  Bibliography  of  Morocco,  n»  226. 


74  TANGER    ET    SA   ZONE  * 

jours  renseignés  sur  les  intentions  de  leurs  adversaires. 
Cela  leur  valut  des  surprises  très  meurtrières.  C'est  ainsi 
que  le  3  mai  1664,  jour  anniversaire  du  désastre  du  colo- 
nel Fines,  le  comte  de  Teviot  tomba  dans  une  forte  embus- 
cade au  delà  de  la  rivière  des  Juifs,  à  la  Montagne,  et  fut 
tué  avec  481  officiers  et  soldats. 

Nous  donnons  ci-après  le  récit  officiel  de  ce  nouveau  dé- 
sastre : 

Le  comte  de  Teviot  s'était  enhardi  «  à  marcher  sur  la  rivière  des 
Juifs,  dans  un  bois  épais,  opposé  à  la  colline  qui  est  à  l'O.  de  la  mer  ; 
il  le  parcourut  avec  une  troupe  de  fantassins,  pendant  plus  de  trois 
milles  sans  qu'on  lui  fasse  aucune  résistance  et  y  trouva  seulement 
une  maison  bâtie  de  pierres  et  de  chaux  ;  à  l'approche  de  my  Lord, 
elle  fut  abandonnée  par  les  Maures  qui  y  laissèrent  quelques  chau- 
drons, faucilles  et  autres  instruments  que  nos  soldats  emportèrent  à 
leur  retour.  Le  3  de  ce  mois,  my  Lord  fit,  au  S.-E.,  de  bon  malin,  avec 
sa  cavalerie,  une  reconnaissance  plus  éloignée  qu'il  n'avait  encore 
jamais  fait  auparavant  ;  puis,  après  avoir  placé  des  sentinelles  et 
des  gardes,  jugeant  que  la  contrée  à  une  grande  distance  au  moins 
était  dépourvue  d'ennemis,  il  ordonna  à  toute  la  cavalerie  d'y  faire 
des  fourrages  et  plaça  auprès  d'elle  un  peu  d'infanterie,  afin  de  faire 
une  bonne  retraite  au  cas  où  il  arriverait  quelque  chose  d'inattendu  ; 
lui-même  prit  la  résolution  d'entrer  dans  le  bois  avec  quelques  fantas- 
sins pour  y  couper  du  bois  :  il  alla  immédiatement  par  la  vallée  à  la 
colline  O.,  vers  le  fort  Charles,  et  prit  avec  lui  sept  bataillons  de  fan- 
tassins, tous  armés  de  fusils,  et  étant  les  meilleurs  et  les  plus  choisis 
de  nos  hommes,  avec  les  principaux  officiers  de  notre  garnison  pour  les 
commander  ;  lui-même,  accompagné  de  plusieurs  gentishommes  volon- 
taires et  officiers  réformés,  se  rendit  par  la  rivière  des  Juifs  dans  le  bois 
où  ils  prirent  trois  chemins  différents,  tous  devant  se  rencontrer  à  un 
endroit  déterminé,  à  quelque  distance,  sur  la  colline.  Cependant,  mal- 
gré la  lointaine  reconnaissance  faite  auparavant  par  la  cavalerie,  ce 
qui,  je  le  crains,  leur  avait  donné  une  confiance  plus  qu'ordinaire,  ils 
n'étaient  pas  arrivés  au  milieu  de  la  colline  dans  le  bois,  que  plusieurs 
embuscades  se  découvrirent,  avec  lesquelles  nos  hommes  escarmou- 
chèrent,  avant  de  se  mettre  à  battre  en  retraite  ;  mais  alors  de  tous 
côtés  les  ennemis  se  levèrent  et  apparurent  en  si  grand  nombre  qu'ils 
eurent  immédiatement  entouré  nos  hommes  ;  en  même  temps  la  cava- 
lerie se  dressait  de  toutes  parts  dans  la  vallée  et  sur  les  collines,  au 


l'occupation  anglaise  75 

S.-E.,  au  nombre  d'au  moins  2.000  et  non  seulement  se  précipi- 
tait sur  notre  cavalerie,  mais  encore  prenait  en  un  moment  l'avan- 
tage pour  tomber  entre  le  bois  où  était  notre  infanterie,  et  la  colline,  de 
telle  sorte  que,  malgré  le  combat  aussi  résolu  et  le  feu  aussi  nourri  que 
nos  hommes  pouvaient  faire,  étant  ainsi  entourés  par  toute  leur  armée 
de  fantassins  et  de  cavaliers,  notre  valeureux  général,  ses  gentilshommes 
les  officiers  qui  l'accompagnaient  et  toute  la  troupe  des  soldats  furent 
décimés  et  à  peine  trente  d'entre  eux,  selon  ce  que  je  peux  en  juger, 
purent  s'échapper.  Dans  cette  action,  nous  perdîmes  Son  Excellence 
le  comte  de  Teviot,  notre  général,  avec  19  officiers  commissionnés  et 
i5  gentilshommes  et  volontaires,  le  docteur,  ainsi  que  3g6  officiers 
non  commissionnés  et  simples  soldats,  dont  le  détail  et  autre  chose 
sont  envoyés  à  M.  le  Secrétaire  (i)  ». 

En  l'absence  du  colonel  Fitzgerald  qui  se  trouvait  en 
Angleterre,  Sir  Tobias  Bridges  fut  choisi  comme  gouver- 
neur intérimaire  par  les  officiers  de  la  garnison.  A  son 
retour,  le  colonel  s'employa  à  mener  à  bonne  fin  les  tra- 
vaux de  fortification  commencés,  en  fit  entreprendre  de 
nouveaux  et  fit  exécuter  en  ville  divers  travaux.  Son  com- 
mandement ne  dura  que  quelques  mois  ;  en  avril  i665  il 
fut  remplacé  par  Lord  Bellasyse. 

Intrigues  espagnoles.  —  Ghaïlân  s'enorgueillit  beau- 
coup de  sa  victoire.  Les  Espagnols  saisirent  l'occasion  qui 
s'ofirait  de  flatter  sa  vanité  et  l'excitèrent  à  compléter  la 
défaite  des  Anglais  en  les  expulsant  de  la  ville  :  le  duc  de 
Médina  Cœli  promulga  même  un  édit  punissant  de  mort 
tout  individu  convaincu  d'avoir  fourni  à  Tanger  des  ma- 
tériaux de  construction,  et  un  homme  fut  pendu  à  Gibral- 
tar pour  y  avoir  apporté  de  la  chaux.  Des  armes  et  des  mu- 
nitions furent  livrées  à  Ghaïlân  ;  on  lui  suggéra  d'élever 

(i)  Lettre  écrite  au  roi  d'Angleterre  le  5  mai  1664  P^^  Sir  Tobias  Bridges, 
qui  prit  le  commandement  delà  place  après  la  mort  du  comte  de  Teviot;  in 
Archives  marocaines,  vol.  XVIII,  pp.  137-140.  Cf.  ibid.,  pp.  140  et  141,  et 
pp.  53-54. 

Dans  la  relation  qu'il  donne  de  cette  bataille,  Menezes  exagère  les  pertes 
et  les  effectifs  anglais. 


76  TANGER    ET   SA   ZONE  * 

sur  l'emplacement  du  Vieux  Tanger  les  fortifications  dont 
on  voit  encore  les  ruines  sur  la  plage,  près  de  l'embou- 
chure de  l'Oued  El-Halq. 

Cette  attitude  des  Espagnols  irrita  l'Angleterre.  Le  roi 
Charles  fit  sentir  son  mécontentement  à  l'ambassadeur 
d'Espagne,  D.  Patricio  Olemedio,  en  lui  disant  «  qu'ils 
(les  Espagnols)  n'avaient  pas  plus  à  voir  avec  Tanger 
qu'avec  Plymouth  ;  que  Tanger  était  une  ancienne  acqui- 
sition de  la  couronne  de  Portugal  ;  qu'il  l'avait  reçue 
comme  partie  de  la  dot  de  la  Reine  et  que  s'ils  ne  voulaient 
lui  reconnaître  un  droit  légal  sur  cette  place,  ils  feraient 
mieux  de  lui  dire  alors  qu'ils  désiraient  en  venir  à  une 
querelle  avec  lui,  auquel  cas  il  saurait  comment  pro- 
céder (i)  ». 

Alliance  de  Ghaïlân  avec  les  Anglais  :  1666.  — Ghaï- 
lân,  de  son  côté,  semblait  se  jouer  de  l'Espagne  ;  en 
même  temps  qu'il  affectait  de  suivre  ses  directives  et  ac- 
ceptait d'elle  armes  et  munitions,  il  montait  et  exécutait, 
sans  succès  d'ailleurs,  une  attaque  contre  sa  possession  de 
Larache  (1664). 

Ce  fut  son  dernier  acte  de  guerre  sainte  ;  les  progrès 
rapides  de  MoulayEr-Rechîd,  sous  l'impulsion  de  la  France, 
détournèrent  brusquement  son  attention  vers  le  Sud  et  le 
portèrent  à  rechercher  un  appui  solide.  S'étant  aliéné 
l'Espagne  par  sa  trahison  de  1664,  il  se  tourna  du  côté  de 
l'Angleterre  et,  le  2  avril  1666,  il  conclut  un  traité  d'al- 
liance (2)  avec  Lord  Bellasyse,  gouverneur  de  Tanger. 

Les  deux  parties  s'engageaient  à  se  secourir  mutuelle- 
ment en  cas  d'attaque  d'un  ennemi  quelconque.  Toute 
l'étendue  de  terrain  entre  la  rivière  des  Juifs  et  l'Oued  El- 
Halq  était  concédée  aux  Anglais.  Ceux-ci  recevaient  toute 


(i)  Cf.  Archives  marocaines^  vol.  XVIII,  pp.  141-142. 

(2)  Les  articles  de  ce  traité  sont  donnés  ibid.,  pp.  145  et  seq. 


L  OCCUPATION    ANGLAISE  77 

liberté  de  réparer  les  fortifications  existantes,  d'achever 
celles  en  cours  d'exécution  et  de  poursuivre  la  construction 
du  môle  ;  ils  pourraient  extraire  la  pierre  dont  ils  avaient 
besoin,  depuis  le  Cap  Spartel  jusqu'à  la  pointe  deMalabata. 
La  ville  devait  être  ravitaillée  par  l'intérieur  du  territoire, 
et  libre  passage  serait  accordé  aux  caravanes.  Deux  cents 
barils  de  poudre  seraient  remis  à  Ghaïlân. 

Défaite  de  Ghaïlân  par  Moulay  Er-Rechîd  ;  sa  fuite 
et  sa  mort.  —  A  peine  ce  traité  était-il  signé  que  Ghaïlân 
était  battu  dans  le  Gharb  par  Moulay  Er-Rechîd  ;  il  fut 
poursuivi  jusqu'à  Arzila,  où  il  se  maintint  deux  ans  grâce 
à  des  secours  anglais  fournis  en  exécution  du  traité. 

Revenu  à  Tanger  en  juillet  1668,  il  s'y  embarqua  pour 
Alger. 

Il  reparut  en  1672,  accompagné  de  Turcs,  après  la  mort 
de  Moulay  Er-Rechîd  ;  mais  il  fut  vaincu  et  tué  par  Mou- 
lay Ismaïl  à  El-Qçar  El-Kebir  en  1673. 

Déclin  de  Vinfluence  anglaise.  —  Les  Anglais  avaient 
basé  leur  politique  au  Maroc  sur  le  prestige  de  Ghaïlân  ; 
malheureusement  pour  eux,  ils  ne  purent  l'utiliser  que 
lorsqu'il  commençait  à  décroître.  Leur  alliance  avec  ce 
personnage  devint  dès  lors  une  gène  ;  elle  eut  pour  unique 
résultat  de  procurer  un  répit  momentané  à  la  garnison  de 
Tanger. 

L'occupation  anglaise  se  maintint  tant  bien  que  mal 
une  dizaine  d'années  après  la  mort  de  Ghaïlân.  Elle  fut 
marquée  au  point  de  vue  général  par  une  tentative  d'en- 
tente avec  Moulay  Ismaïl  (i),  tentative  qui  n'eut  d'ailleurs 
aucun  résultat  durable,  et  au  point  de  vue  local  par  l'achè- 


(i)  Une  ambassade,  dirigée  par  lord  Howard,  fut  envoyée  à  ce  Sultan  en 
1669;  ^"  '674,  Moulay  Ismaïl  dépêcha  à  son  tour  à  Londres  un  ambassa- 
deur, qui  obtint  à  la  cour  un  grand  succès  de  curiosité. 


78  TANGER    ET   SA   ZONE  * 

vement  de  grands  travaux,  dont  bientôt  il  ne  devait  plus 
rester  trace. 

Tanger  sous  Population    de    la  ville.  —  La  population  de   Tanger 

les  Anglais.  ^^^^^  ^^^^  ^^  chiffre  qu'elle  atteint  de  nos  jours  et  ne  com- 
prenait pour  ainsi  dire  pas  d'éléments  indigènes.  Elle  était 
à  peine  de  2.5oo  individus,  en  majorité  anglais.  Encore  dans 
ce  nombre  est-il  compris  l'effectif  de  la  garnison,  variable  et 
qui  était  en  moyenne  de  i  .5oo  hommes  (  i)  ;  le  reste  de  la  po 
pulation  ne  se  composait  que  de  commerçants  et  d'ouvriers 

En  1676  la  population  civile  s'élevait  à  700  individus 
dont  514  Anglais,  5i  Juifs,  5  Musulmans  et  i3o  étrangers 

La  population  militaire  occupait  l'actuelle  Qaçba,  les 
bastions  et  les  tours  échelonnées  le  long  des  remparts,  ainsi 
que  les  fortins  des  lignes  de  défense  extérieures. 

La  population  civile  était  logée  à  l'intérieur  des  remparts. 
Une  agglomération  ouvrière  occupait  un  village  bâti  sur 
le  bord  de  la  mer,  au  pied  delà  falaise  du  Marchan,  à  proxi- 
mité immédiate  d'une  carrière  de  pierres  :  c'était  le  village 
de  Whitby,  ainsi  nommé  en  souvenir  de  Whitby  en 
Yorkshire,  d'où  étaient  venus  les  premiers  ouvriers  an- 
glais ;  là  vivaient  i5o  ouvriers  et  on  y  trouvait  des  écuries 
pour  90  chevaux. 

Cette  petite  colonie  avait  un  Mayor  de  même  qu'un 
Council,  créé  en  août  1660  et  qui  comprenait  6  Aldermen 
et  12  Councilmen  ;  Mayor,  Aldermen  et  Councilmen 
accompagnaient  le  gouverneur  au  temple  chaque  dimanche, 
les  premiers  vêtus  d'écarlate,  les  autres  de  pourpre.  La 
colonie  avait  également  une  chambre  de  commerce  {Court 
Merchant),  dont  on  a  conservé  les  archives. 

Travaux  de  fortification.  —  On  se  souvient  que  les 
Portugais  avaient  entouré  la  ville  d'un  rempart  flanqué  de 

(1)  Second  Régiment   of  Foot,    Tangier  Régiment,  aujourd'hui    Queen' 
Royal  West  Surrey. 


l'occupation  anglaise  79 

tours  ;  les  Anglais  réparèrent  ce  rempart  et  y  ajoutèrent 
de  nouveaux  bastions  :  la  Tour  de  Peterborough  (Peterbo- 
rough  Tower,  à  Bâb  el-Qaçba),  la  Tour  des  Irlandais 
(Irish  Tower,  face  au  cimetière  juif),  la  Tour  de  l'Est 
(Eastern  Tower,  près  de  Bâb  Dâr  «d-Debbâgh)  rappellent 
par  leur  nom  le  souvenir  de  l'occupation  anglaise. 

Le  rempart  O.  fut  doublé  sur  la  seconde  partie  de  sa 
longueur  d'un  mur  qui  allait  rejoindre  la  Tour  des  Irlan- 
dais ;  entre  le  haut  des  Ciaghîn  et  l'actuelle  Bâb  el-Fahç 
une  grande  redoute  fut  construite,  le  Fort  Catherine  (Kathe- 
rine Fort). 

Hors  des  remparts,  dit  Menézes,  les  Anglais  «entourè- 
rent la  ville  de  fortifications  du  côté  où  il  n'y  avait  que  de 
simples  tranchées,  qui  ne  servaient  qu'à  arrêter  la  cavale- 
rie, et,  en  dehors  de  ces  fortifications,  ils  élevèrent  un  fort 
voisin  de  la  montagne  et  capable  de  contenir  5oo  hommes 
et  de  l'artillerie  ;  ils  en  élevèrent  un  autre  à  Alcorào  et 
creusèrent  des  tranchées  de  formes  régulières  avec  des 
tours  de  guet  et  garnies  d'infanterie,  sous  la  direction 
d'un  gouverneur  qui  se  considérait  comme  un  grand  in- 
génieur ayant  à  lutter  contre  la  puissance  de  Barbarie  ». 

Une  gravure  de  l'époque  donne  une  idée  assez  précise 
de  ce  qu'étaient  ces  fortifications.  Elle  donne  d'abord  une 
ligne  de  forts  avancés  ;  ce  sont,  en  partant  du  littoral  Nord  : 

DeviVs  Drop,  sur  l'emplacement  du  Bordj  actuel  de 
Bou  Amaïr,  non  loin  et  en  deçà  de  l'embouchure  de  la 
rivière  des  Juifs  ; 

Henriette  Redoute,  sur  le  flanc  occidental  du  Marchan, 
dominant  cette  même  embouchure  ; 

Charles  Fort,  à  l'extrémité  Ouest  du  Marchan  ; 

Kendall  Fort,  qui  commandait  la  vallée  de  Boubana  ; 

A7ine  Fort^  sur  la  route  de  Fès  ;  il  dominait  la  dépres- 
sion de  l'Oued  Es-Souâni  ; 


80  TANGER    ET    SA   ZONE  • 

James  Fort,  à  l'E.  du  précédent  ;  il  était  orienté  dans 
la  même  direction. 

Entre  cette  ligne  et  les  remparts  étaient  bâtis  d'autres 
fortins  : 

Norwood  Fort,  au  S.  de  l'actuelle  Villa  de  France  ; 

Pôle  Fort,  aux  environs  de  l'actuelle  Villa  Valentina  ; 

Bridge  Fort  et  Monmouth  Fort,  sur  les  collines  de 
sable  de  Bou  Khachkhach  ; 

York  Fort,  au  pied  du  Charf,  à  côté  du  pont  dit  des 
Portugais. 

Le  long  de  la  place  s'échelonnaient  le  Belloses  Fort, 
VIrish  Battery,  le  Cambridge  Fort  et  le  Fountain  Fort. 

A  l'intérieur  de  la  Qaçba,  un  «Château»  près  de  tomber, 
en  ruines  fut  réparé  par  Lord  Middleton  et  relié  par  un 
mur  au    York   Castle,  également  restauré,  qui  se  dresse 
encore  à  la  pointe  occidentale  de  la  rade. 

Le  môle.  — De  tous  les  travaux  exécutés  par  les  Anglais, 
le  plus  considérable  fut  la  construction  d'un  môle.  Le  pro- 
jet remontait  aux  premiers  jours  de  l'occupation  et  l'em- 
placement avait  été  choisi  par  le  comte  de  Sandwich,  à 
l'arrière  d'un  banc  naturel  de  rochers  ;  les  travaux  com- 
mencèrent en  août  i663. 

Ce  môle  partait  du  pied  de  York  Castle,  à  l'endroit  où 
commence  le  môle  actuel,  mais  au  lieu  de  s'infléchir  vers 
l'intérieur  de  la  rade  il  filait  droit  vers  la  pointe  de  iMala- 
bata.  Il  était  bâti  avec  des  caissons  de  5oo  à  2.000  tonnes, 
remplis  de  pierre  et  de  tuf,  et  était  complété  du  côté  de  la 
mer  par  un  système  de  brise-lames  ;  la  pierre  provenait 
des  carrières  de  Whitby  (i)  et  était  apportée  sur  des  cha- 

(i)  Cf.  supra,  p.  78. 


l'occupation  anglaise  8i 

lands,  ou  par  des  chariots  sur  une  route  aménagée  le  long 
du  rivage. 

Le  môle  mesurait  484  m.  63  de  long  sur  33  m.  62  en 
moyenne  de  large.  Il  avait  été  construit  par  Sir  Hugh 
Cholmley  et  M.  Shere. 

Un  projet  de  port,  avec  un  petit  môle,  des  jetées,  des 
magasins,  etc.,  fut  dressé  en  1675  et  envoyé  l'année  sui- 
vante en  Angleterre;  il  ne  fut  pas  exécuté,  (i). 

Impopularité  croissante  de  Voccupation  de  Tanger.  — 
Les  dépenses  énormes  occasionnées  par  l'ensemble  de  ces 
travaux  et  les  pertes  subies  par  la  garnison  rendirent  l'oc- 
cupation de  Tanger  très  impopulaire  en  Angleterre.  De 
plus,  la  Métropole  finit  par  se  désintéresser  complètement 
d'une  place  qu'on  disait  être  un  nid  de  papistes  et  où  le 
«  Tangier  Board  »  de  Londres  n'envoyait  que  des  aventu- 
riers suspects. 

De  1670  à  1672,  Sir  Hugh  Cholmley  dut  poursuivre  les 
travaux  du  môle  sur  son  crédit  personnel.  La  solde  même 
de  la  garnison  n'était  versée  que  très  irrégulièrement  :  en 
1675,  dit  Budgett  Meakin,  il  y  avait  un  arriéré  de  vingt- 
six  mois  ;  après  trois  ans  de  séjour  la  garnison  n'avait 
reçu  que  quinze  mois  de  solde  et  les  soldats  vendaient  leurs 
uniformes  pour  se  procurer  des  ressources.  Le  29  novembre 
1680,  en  réponse  à  une  demande  de  fonds  pour  l'exécution 
de  divers  travaux  à  Tanger,  les  Communes  répondirent 
que  cette  place  coûtait  plus  cher  que  toutes  les  garnisons 
d'Angleterfe,  que  les  papistes  ennemis  de  la  couronne  ne 
méritaient  aucun  intérêt,  et  elles  refusèrent  tout  crédit. 

Devant  la  tournure  que  prenaient  les  événements,  il  fut 
question  de  rendre  la  ville  aux  Portugais,  qui  s'offraient  à 


(1)  Sur  le  Môle  de  Tanger,  cf.  :  An  Account  of  Tangier,  by  Sir  Hugh 
Cholmley.  —  Budgett  Meakin,  loc.  cit.  —  Repue  du  Monde  musulman, 
vol.  XIII,  pp.  46-63  :  Le  Môle  de  Tanger  sous  Voccupation  anglaise,  par 

PÉRETIÉ. 


82  TANGER    ET   SA   ZONE  • 

rembourser  toutes  les  dépenses,  mais  cette  opinion  ne  pré- 
valut pas.  En  i683  lord  Dartmouth  fut  envoyé  à  Tanger 
avec  des  instructions  secrètes  :  la  place  était  abandonnée  à 
son  malheureux  sort. 

Siège  de  D'autre  part,  la  tentative  de  rapprochement  avec  Moulay 

Tanger  par        Ismaïl  (i)  avait  abouti  à  un  échec,  la  politique  de  ce  sultan 

Moulay  Ismaïl      ayant  naturellement  visé  la  conquête  des  ports  du  Maroc 

(1678-1684).       occupés  par  les  étrangers  :  Mehediya  avait  été  reprise  sur 

les  Espagnols  en  1681  ;  Tanger  devait  l'être  sur  les  Anglais 

en  1684. 

Le  blocus  de  la  ville  dura  près  de  six  ans. 

Moulay  Ismaïl  avait  réuni  vers  1678  une  armée  de  Ri- 
fains  (Temsaman,  Béni  Ouriaghel,  Baqqouïa  et  Guelaïa) 
qu'il  avait  placée  sous  les  ordres  du  chef  de  guerre  Amar 
ben  Haddou,  gouverneur  d'El-Qçar  El-Kebîr,  cousin  ger- 
main du  pacha  Ali  ben  Abdallah  Er-Rîfi  ;  une  qaçba,  celle 
de  Bou  Amar,  fut  bâtie  pour  loger  ces  troupes. 

Les  attaques  contre  Tanger  se  succédèrent  dès  lors  à 
intervalles  assez  rapprochés  ;  les  forts  avancés,  Kendall  Fort 
et  Anne  Fort,  tombèrent  les  premiers  (1678-1679).  Puis  ce 
fut  le  tour  du  Fort  Charles,  sur  le  Marchan  (2)  ;  la  retraite 
de  la  garnison  fut  coupée  par  les  Marocains,  qui  avaient 
creusé  trois  grandes  tranchées  entre  le  fort  et  la  ville  :  sur 
176  hommes, 48  à  peine  purent  s'échapper.  Le  Fort  Charles, 
miné  avant  son  évacuation,  sauta  et  fut  entièrement  dé- 
truit ;  c'était  le  plus  puissant  des  forts  avancés.  Sa  prise 
eut  un  grand  retentissement  dans  les  tribus  environnantes 
et  jusque  dans  l'intérieur  du  Maroc  :  «  Au  milieu  du  mois 

(i)  Cf.  supra,  p.  77. 

(2)  Ce  fort  était  bloqué  de  toutes  parts;  pour  dérouter  les  assiégeants, 
parmi  lesquels  se  trouvaient  des  renégats  connaissant  la  langue  anglaise,  la 
garnison  communiquait  avec  la  place  en  langue  irlandaise,  à  l'aide  de  porte- 
voix. 

(3)  \achr  el-Mathânî,  par  NlouxyiMEU  El-Kadiri  ;  trad.  franc,  in  Archives 
marocaines,  vol.  XXIV,  p.  337. 


L  OCCUPATION   ANGLAISE 


83 


de  Rabî  II  (mai),  lit-on  dans  le  Nachr  el-MathâvA  (3),  ar- 
riva à  Fès  la  nouvelle  de  la  prise  d'un  fort  de  Tanger  par 
les  musulmans,  commandés  par  le  Qâïd  d'Al-Qaçr,  Amar 
ben  Haddoû  Al-Battouî.  Celui-ci  conclut  un  armistice 
avec  les  chrétiens  au  commencement  du  mois  de  Djou- 
mada  V^  (avril-juin).  » 

Cet  armistice  fut  d'ailleurs  de  courte  durée  :  «  Au  milieu 
de  Ramadan  (septembre-octobre),  lit-on  à  la  page  suivante 
du  même  ouvrage,  arriva  à  Fès  la  nouvelle  d'une  sortie  des 
Chrétiens  de  Tanger  pour  se  battre  contre  les  Musulmans.  Il 
mourut  dans  ce  combat  plus  de  cent  de  ces  derniers.  » 

Les  Marocains  se  servaient  de  grenades  qu'ils  fabri- 
quaient eux-mêmes  et  employaient  des  méthodes  de  guerre 
assez  perfectionnées  ;  leurs  travaux  de  mines  étaient  diri- 
gés par  des  Turcs  de  Candie,  et,  pour  démoraliser  leurs 
adversaires,  ils  invitaient  leurs  chefs  à  venir  les  examiner. 
Les  Anglais,  de  leur  côté,  parsemaient  les  abords  des  forts 
d'innombrables  cultraps,  engins  à  quatre  piquants  dont 
l'un  était  toujours  tourné  vers  le  ciel  ;  des  chiens  de  Saint. 
Malo  les  avertissaient  de  l'approche  de  l'ennemi  (i)* 

Evacuation  de 

Amar  ben  Haddou  étant  mort  en  1681  au  siège  de  Me-      la  ville  (1684). 
hediya,  le  commandement  des  Moudjahidin    fut  donné  à 
son  frère  Ahmed,  qui  le  partagea  avec  son  cousin  germain 
le  pacha  Ali  ben  Abdallah  Er-Rîfi  (2). 

Le  siège  de  la  ville  se  resserrait  de  plus  en  plus.  En  nn 
de  compte,  l'évacuation  fut  décidée  par  les  Anglais,  qui  mi- 
nèrent les  principaux  ouvrages  de  défense  et  le  môle.  Le 
Le  6  février  1684,  lord  Dartmouth  quitta  Tanger,  après 
avoirfait  embarquer  les  civils,  avec  leurs  chevaux  et  leurs 
meubles. 

(1)  BUDGETT  MeAKIN,  loC.  cit.,    pp.    120- 127. 

(2)  Aboul-Hasan   'Ali    ben    Abdallah  Et-Temsamàni  Er-Rîfi   est  l'ancécre 
d'une  illustre  famille  à  laquelle  appartient  le  Pacha  actuel  de  Tanger. 


84  TANGER   ET   SA   ZONE  • 

Les  principaux  ouvrages  sautèrent  avant  l'entrée  des 
Marocains;  quelques  parties  restèrent  à  peine  debout,  une 
cinquantaine  de  barils  de  poudre  n'ayant  pas  pris  feu.  Les 
Marocains  avaient  connaissance  qu'une  mine  à  retarde- 
nient  avait  été  placée  sous  une  batterie,  mais,  dans  leur 
hâte  d'entrer  dans  la  ville,  ils  arrivèrent  sur  cette  batterie 
au  moment  où  elle  explosait  :  huit  d'entre  eux  furent 
tués. 

Les  Marocains  affectèrent  de  considérer  l'occupation  de 
Tanger  comme  une  grande  victoire.  L'auteur  du  Nachr 
el-Mathânî  s'exprime  cependant  là-dessus  avec  modé- 
ration :  «  Tanger,  dit-il,  a  été  prise  sans  combat  par  les 
Musulmans,  au  commencement  du  mois  de  Rebî  I"  (fé- 
vrier 1684).  Les  chrétiens  abandonnèrent  la  ville,  après 
avoir  détruit  les  maisons,  et  s'enfuirent  ;  que  Dieu  soit 
loué  (i).  » 

De  tous  les  travaux  exécutés  par  les  Portugais  et  les 
Anglais,  presque  plus  rien  ne  subsistait  ;  l'œuvre  de  plus 
deux  siècles  était  anéantie. 

{i)Loc.  cit.,  pp.  371-372. 


sous  LES  ALAOUITES 


I.  —  Le  territoire  militaire  de  Tanger 

ET   SES   CHEFS. 

Aussitôt  maître  de  Tanger,  le  pacha  Ali   ben  Abdallah        Ali  ben  Ab- 
s'occupa  de   reconstruire   la  ville  ;  il  répara  les  remparts,     dallah  Er-Rîfi 
lit  bâtir  des  mosquées,  etc.  ;  la  Qaçba  notamment  fut  re-        (1684-1713). 
levée  de  ses  ruines,  la  mosquée  fut  édifiée,   des  batteries 
furent  établies,  le  donjon  situé  à  l'angle  Nord-Est  et  qui 
semble  avoir  été  la  résidence  de  lord  Middleton  fut  entière- 
ment restauré.  D'après  le  Nachr  el-Mathânî,  la  recons- 
truction du  rempart  aurait  été  entreprise  au  début  de  Djou- 
mâda  h""  (avril- mai  1684). 

Le  territoire  du  Fahç,  considéré  comme  conquis  sur  les 
infidèles,  fut  concédé  à  l'armée  qui  avait  pris  la  ville. 

Les  Moudjahidin  s'y  installèrent  et  furent  organisés  en 
Guich;  en  échange  du  territoire  dont  ils  avaient  la  jouis- 
sance, ils  devaient  le  service  militaire.  Ali  ben  Abdallah  et 
son  cousin  Ali  ben  Haddou  les  menèrent  à  la  conquête  de 
Larache  en  1690,  à  celle  d'Arzila  en  1691 ,  au  siège  de  Badis 
et  enfin  à  celui  de  Ceuta,  qui  ne  devait  être  levé  qu'en  1 727. 

Le  siège  de  Ceuia  traînant  en  longueur,  malgré  la  pré- 

VILLES    ET  TRIBUS. —  MI.  7 


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sous    LES   ALAOUITES  8/ 

sence  du  Sultan  et  d'une  armée  d'Abîd,  Ali  ben  Abdallah 
se  fit  bâtir  une  maison  et  une  mosquée  près  du  camp,  tan- 
dis que  ses  soldats  cultivaient  à  son  profit  les  terres  aux 
alentours  de  la  place. 

En  1692,  il  abandonna  momentanément  son  camp  pour 
venir  recevoir  à  Tanger  un  ambassadeur  de  Louis  XIV^ 
Pidou  de  Saint-Olon,  envoyé  auprès  de  Moulay  Ismaïl 
pour  négocier  le  rachat  de  captifs  français. 

Du  temps  du  pacha  Ali  ben  Abdallah,  le  commandement 
de  Tanger  englobait,  outre  la  ville  et  le  Fahç,  la  tribu  des 
Andjera,  le  territoire  d'Arzila  depuis  la  conquête  de  cette 
ville,  et  les  territoires  rifains  compris  entre  Tétouan  et 
Badis  ;  le  siège  de  ce  commandement  était  à  Tanger. 

Ali  ben  Abdallah  mourut  en  171 3  (H.  1 125)  ;  ses  descen- 
dants actuels  placent  son  tombeau  à  Boubana. 

Ses  débuts,  perte  de  Tétouan.  —  Son  fils  et  successeur 
Ahmed  poursuivit  lesiègedeCeuta pendant  quatorze  ans  (i).      Ahmed  ben  Ali 
Il  résidait  le  plus  souvent  à  Tanger,  mais  se  rendait  fré-  (1713-1743). 

quemment  à  Tétouan,  où  son  autorité  était  combattue  plus 
ou  moins  ouvertement. 

Les  habitants  de  Tétouan,  les  plus  policés  du  Maroc 
avec  ceux  de  Rabat  et  de  Fès,  supportaient  en  effet  avec 
peine  les  soldats  du  Rîf,  étrangers  à  la  ville,  et  dont  l'esprit 
de  brigandage  était  une  cause  permanente  de  désordres  ;  ils 
réussirent  à  se  soustraire  à  l'autorité  d'Ahmed  ben  Ali  en 
faisant  donner  le  gouvernement  de  la  ville  et  de  sa  banlieue 
à  l'un  des  leurs,  Omar  El-Ouaqqach,  ancien  secrétaire  de 
Moulay  Ismaïl. 

Ahmed  ben  Ali  se  retira  à  Tanger  ;  il  profita  de  la  mort 
de  Moulay  Ismaïl  en  1727  pour  lever  définitivement  le 
siège  de  Ceuta  et  marcher  sur  Tétouan,  dont  il  s'empara 
par  surprise;  mais  ce  succès  fut  de  courte  durée  et  le  pacha 

(i)  Voir  Appendice  V. 


88  TANGER    ET    SA    ZONE 

Ahmed  ben  Ali,  refouléparOmar  El-Ouaqqach,  eut  grand'- 
peine  à  regagner  Tanger,  où  il  se  fixa  définitivement. 

Révolte  contre  Moulay  Abdallah.  —  Cependant  l'unité 
de  l'Empire  marocain  s'était  brisée  à  la  mort  de  Moulay 
Ismaïl,  dont  le  trône  était  revendiqué  par  tous  ses  fils.  Tan- 
dis qu'à  Tétouan,  Omar  El-Ouaqqâch  se  proclamait  indé- 
pendant, Ahmed  ben  Ali  prenait  parti  pour  Moulay  Abdallah 
et  lui  envoyait  une  députation  de  notables  (H.  1 143  = 
•J.  C.  1730-1731):  Moulay  Abdallah  les  fit  assassiner  (i). 

Ahmed  ben  Ali  se  révolta  aussitôt  contre  lui  et  se  rap- 
procha de  l'Angleterre  par  l'intermédiaire  du  gouverneur 
de  Gibraltar,  dont  une  escadre  venait  souvent  stationner 
devant  Tanger  et  qui,  pendant  la  lutte  contre  Omar  El- 
Ouaqqach,  lui  avait  déjà  fourni  des  munitions.  L'Angle- 
terre, saisissant  l'occasion  qui  s'ofi'rait  de  reprendre  la  po- 
litique interrompue  par  la  mort  de  Ghaïlân,  accorda  son 
appui  au  révolté,  dont  elle  voulut  faire  un  prétendant; 
mais  cette  fois  encore,  le  but  devait  lui  échapper  par  la  dé- 
faite et  la  mort  de  son  protégé. 

Malgré  sa  révolte  contre  le  sultan,  Ahmed  ben  Ali  ne  fut 
pas  inquiété  ;  huit  ans  s'écoulèrent  qu'il  employa  à  gou- 
verner son  territoire  en  toute  indépendance  et  à  construire 
un  immense  palais  à  la  Qaçba  de  Tanger  (2). 

Il  ne  commença  à  manifester  de  l'hostilité  contre  les 
régions  soumises  à  Moulay  Abdallah  qu'en  1737,  date  à  la- 
quelle il  gêna  le  ravitaillement  de  Fès,  au  cours  d'une  fa- 
mine (3),  en  arrêtant  les  caravanes  de  chameliers  venant  de 
Tétouan  et  des  autres  ports  (3). 

(i)  Cet  acte  de  barbarie  du  Sultan  ne  s'appliqua  pas  à  la  seule  délégation 
da  Pacha  de  Tanger.  Sur  la  politique  de  Moulay  Abdallah,  qui  consisia  à 
opposer  les  Berbères  aux  Abîd  et  réciproquement,  cf.  Archives  marocaines, 
vol.  IX  ;  cf.  notamment  pp.  184  et  seq. 

(2)  Cf.  infrà  pp.  160  et  seq. 

(3)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  IX,  p.  201. 


sous    LES   ALAOUITES  89 

Puissance  d'Ahmed  ben  Ali;  il  fait  proclamer  les 
rivaux  de  Moulay  Abdallah.  —  En  1788  il  prit  parti 
pour  Moulay  El-Mostadhi  et  le  fît  proclamer  dans  la  région 
de  Tanger.  Comme  Omar  El-Ouaqqâch,  à  Tétouan,  refu- 
sait de  reconnaître  ce  nouveau  sultan,  il  se  fit  donner 
l'ordre  de  marcher  contre  lui,  se  porta  contre  sa  capitale  et 
réussit  à  s'en  emparer;  il  y  tua  800  notables,  frappa  la 
ville  d'une  forte  contribution  de  guerre  et  rétablit  son  auto- 
rité sur  tout  le  territoire  environnant  ;  pour  marquer  sa 
victoire,  il  se  fit  bâtir  un  palais  à  Tétouan. 

A  partir  de  cette  date  la  puissance  du  Pacha  de  Tanger 
ne  cesse  de  grandir.  Au  début  de  1740  il  reçoit  et  garde 
deux  mois  à  Tanger  le  sultan  El-Mostadhi  fuyant  devant 
Moulay  Abdallah,  qui  n'ose  pas  l'y  poursuivre.  En  1741  il 
se  risque  à  faire  une  incursion  sur  le  territoire  d'El-Qçar 
el-Kebir  et  jusque  dans  le  Gharb  ;  en  vain  Moulay  Abdal- 
lah fait-il  occuper  El-Qçar,  ses  troupes  évacuent  la  ville 
sans  combat  à  la  seule  approche  des  Rifains. 

Il  donne  asile  à  Moulay  Zîn  El-Abidîn,  frère  et  rival 
d'El-Mostadhi  et  de  Moulay  Abdallah  ;  son  influence  se 
fait  maintenant  sentir  jusque  chez  les  Abîd  de  Meknès  et  il 
peut  leur  faire  proclamer  son  hôte,  que  reconnaissent 
naturellement  Tanger,  Tétouan,  les  Rifains,  les  Fahçia  et 
les  Djebala;  il  le  fait  escorter  jusqu'à  Meknès.  Le  règne  de 
Zîn  el-Abidîn  ne  dure  qu'un  mois  et  Moulay  Abdallah 
revient  au  pouvoir  (juillet  1741).  Moulay  El-Mostadhi 
rentre  en  scène  (mars  1742),  mais,  malgré  l'appui  immédiat 
d'Ahmed  ben  Ali,  il  doit  s'enfuir  presque  aussitôt  après. 

Guerre  avec  Moulay  A  bdallah  ;  défaite  et  mort  d'Ahmed 
ben  Ali.  —  Ahmed  ben  Ali  entreprit  alors  la  lutte  directe 
contre  le  sultan  Moulay  Abdallah.  En  février  1748  il 
marcha  contre  lui  à  la  tête  de  ses  contingents  du  Fahç,  du 
Djebel  et  du  Rîf  ;  le  mois  suivant  il  campait  dans  les  envi- 
rons de  Fès,  à  El-Assal,  où  il  était  rejoint  en  avril  par  El- 


«90  TANGER    ET    SA   ZONE  • 

Mostadhi  et  ses  Abîd.  Les  deux  armées  réunies  ravagèrent 
le  territoire  desCherarga,des  Oulâd  Djâmaet  des  Hayaïna. 

Nombre  de  gens  moururent  de  faim  et  de  misère.  Le  désordre  res- 
semblait aux  vagues  de  la  mer.  Le  prix  des  denrées  monta.  La  popu- 
lation se  trouva  dans  la  plus  grande  détresse.  Matin  et  soir,  le  canon 
tonnait,  et  les  tambours  battaient  dans  les  mhallas  de  Moulay  Elmos- 
tadhi  et  d'Errîfi.  Tout  le  monde  se  préparait  à  la  guerre  (i). 

Ahmed  Er-Rîfî  vint  se  poster  auprès  du  Sebou,  sur  la 
colline  de  Tamzazit,  au-dessus  du  pont;  ses  troupes  fran- 
chirent ce  pont  et  allèrent  s'établira  Arourat,  sur  la  rive 
gauche  du  Sebou,  aux  portes  mêmes  de  Fès.  «  A  son  tour, 
Moûlay  Elmostadhi,  laissante  son  camp  les  archers,  les 
canons  et  les  bagages,  franchit  la  rivière  avec  les  Abîd  et 
échelonna  ses  troupes  dans  la  plaine  (2).» 

L'armée  de  Moulay  Abdallah,  établie  sur  une  ligne  de 
hauteurs  depuis  Aïn  Mqaboua  jusqu'à  Dâr  Ben  Amar, 
descendit  brusquement  dans  la  plaine.  Les  troupes  d'Ahmed 
Er-Rîli  et  d'El-Mostadhi,  refoulées  jusqu'au  Sebou,  s'affo- 
lèrent et  vinrent  s'entasser  du  côté  du  pont,  qu'elles  repas- 
sèrent dans  le  plus  grand  désordre,  poursuivies  par  leurs 
adversaires.  Le  camp  d'Ahmed  Er-Rîfî  et  d'El-Mostadhi 
tomba  tout  entier  aux  mains  des  vainqueurs. 

Nous  reconnûmes  la  qoubba  du  bâcha  Ahmed  et  nous  nous  en  em- 
parâmes, raconte  le  fils  de  Moulay  Abdallah,  Sidi  Mohammed.  Je  fis 
venir  les  muletiers,  qui  chargèrent  vingt  mules  de  caisses  pleines  de 
douros.  Je  fis  emporter  du  drap  et  de  la  toile  sur  trente  chameaux  qui 
appartenaient  aux  chameliers  arabes  Bdâoua.  Ils  transportèrent  aussi 
deux  qoubbas  ;  Tune  était  celle  d'Ahmed  Errîfi,  et  l'autre  était,  je  crois, 
celle  de  Moulay  Elmostadhi.  Quant  aux  Arabs,  aux  Berbers,  aux  Oû- 
dâya  et  aux  gens  de  Fès,  ils  prirent,  chacun  de  leur  côté,  tout  ce 
qu'ils  purent  emporter...  (3). 


{i)  Archives  marocaines,  vol.  IX,  pp.  219-220. 

(2)  Id.,  p.  220. 

^,3)  Archives  marocaines^  vol.  IX,  pp.  221-222. 


sous   LES  ALAOUITES  QI 

Le  pacha  Ahmed  avait  perdu  900  hommes;  il  regagna 
péniblement  Tanger,  tandis  que  Moulay  El-Mostadhi  s'en- 
fuyait vers  les  Béni  Ahsen.  Arrêté  à  son  passage  au  Djebel 
Zebîb,  entre  Tanger  etTétouan,  le  pacha  dut  engager  un 
combat  au  cours  duquel  périt  le  fils  d'El-Mostadhi,  Sidi 
Mohammed,  qui  avait  été  pris  pour  un  Rifain. 

La  défaite  d'Ahmed  Er-Rifi  risquait  de  ruiner  son  auto- 
rité et  le  territoire  de  Tétouan  menaçait  déjà  de  lui  échap- 
per. Reconstituant  rapidement  ses  forces  et  s'étant  fait 
livrer  des  munitions  par  les  Anglais,  il  envoya  à  Moulay 
El-Mostadhi  200  tentes,  200  chevaux,  un  millier  de  fusils 
et  5o.ooo  mithqals,  et  repartit  en  campagne  en  juillet  1743, 
à  la  tête  d'une  forte  armée  de  Rifains,  de  Fahçia,  de  Dje- 
bala,  de  Khlot,  de  Tlig,  de  Bedaoua  et  de  contingents  de 
Larache  et  d'El-Qçar. 

La  rencontre  eut  lieu  à  El-Minzah,  près  d'El-Qçar,  le 
26  juillet.  Ahmed  Er-Rîfi  eut  à  peine  le  temps  d'arriver 
pour  assister  à  la  défaite  d'El-Mostadhi  ;  attaqué  à  son 
tour,  il  fut  battu  et  tué.  On  apporta  sa  tête  à  Moulay  Abdal- 
lah, qui  l'envoya  à  Fès  et  la  lit  exposer  à  Bâb  el-Mahroûq  ; 
le  corps  du  Pacha  fut  enterré  à  El-Qçar  el-Kebîr. 

Confiscation  de  ses  biens.  —  Dès  le  lendemain,  27  juil- 
let, Moulay  Abdallah  se  porta  sur  Tanger;  les  habitants  de 
la  ville  étant  allés  au-devant  de  lui,  avec  des  Qorans  sur 
la  tête,  il  leur  accorda  Taman. 

L'inventaire  et  la  confiscation  des  biens  du  Pacha 
durèrent  quarante  jours. 

Des  experts  de  Fès  pénétrèrent  dans  son  palais,  «  fouillèrent  tous 
les  magasins  et  rassemblèrent  tout  ce  qu'ils  trouvèrent  en  fait  d'argent, 
d'armes,  de  selles,  de  vêtements,  de  draps,  de  toile,  de  matelas,  d'usten- 
siles de  ménage  et  d'effets  mobiliers.  Il  y  en  avait  une  quantité  consi- 
dérable. On  fit  l'inventaire  de  tout  et  dressa  également  une  liste  des 
esclaves,  des  négresses,  des  chevaux,  des  mules,  et  de  tout  le  bétail, 


92 


TANGER    ET    SA   ZONE 


chameaux,  bœufs  et  moutons.  Le  tout  atteignait  un  chifTre  élevé.  Le 
bétail  fut  donné  aux  Berbers.  Quant  aux  tners  (i),  ils  furent  abandon- 
nés au  guich  ;  les  soldats  s'emparèrent  de  tout  le  blé  et  l'orge  qu'ils 
y  trouvèrent.  Le  Sultan  s'occupa  ensuite  des  qâïds,  des  secrétaires  et 
de  tous  les  gens  qui  avaient  des  liens  avec  Errîti,  et  leur  enleva  leur 
argent  et  leurs  trésors...  En  s'emparant  de  ces  magasins,  le  Sultan  fit 
une  capture  comparable  à  celle  des  trésors  de  Qâroûn  (2)  ». 

Les  fermes  du  Pacha  furent  pillées,  les  champs  moisson- 
nés et  son  palais  de  la  Qaçba  démoli  en  partie. 

Les  tribus  de  la  région  reconnurent  l'autorité  de  Moulay 
Abdallah  et  lui  envoyèrent  des  députations. 


Abdeikerîm 
ben  Ali  ben 

Abdallah 
(1743-1748). 


Malgré  ces  événements,  le  commandement  de  la  ville  et 
du  Fahç  (3)  fut  donné  à  un  frère  de  l'ancien  pacha,  Abdei- 
kerîm ben  Ali  ben  Abdallah.  Le  nouveau  gouverneur  essaya 
de  maintenir  l'autorité  du  Sultan. 

Cependant,  Moulay  El-Mostadhi,  traqué  partout  au 
Maroc,  put  revenir  s'établir  dans  la  ville  au  début  de  1745. 
Abdeikerîm,  voulant  protester  de  sa  fidélité  à  Moulay 
Abdallah,  envoya  aussitôt  à  ce  dernier  une  députation  de 
100  Rifains,  accompagnés  d'une  veuve  d'Ahmed  avec  ses 
deux  enfants  :  le  Sultan  reçut  cette  députation  à  Qaçba 
Bou  Fekrân,  où  il  se  trouvait  alors  (mai  1745)  ;  il  accepta 
les  cadeaux  qui  lui  étaient  apportés,  puis  il  fit  exécuter  les 
cent  Rifains  et  les  deux  enfants. 

Abdeikerîm  n'en  persista  pas  moins  dans  sa  soumission 
à  Moulay  Abdallah  ;  il  contrecarra  les  projets  de  Moulay 
El-Mostadhi,  qui  affectait  d'agir  en  maître  et  opprimait  la 
population  de  la  ville  et  du  Fahç.  Celui-ci  finit  même  par 
se  poser  de  nouveau  en  prétendant;  il  arrêta  Abdeikerîm, 
lui  creva  les  yeux  et  confisqua  tous  ses  biens.  Les  Rifains 


(0  Groupes  de  silos. 

{2)  Archives  marocaines,  vol.  IX,  p.  227. 

(3)  Il  semble  que  les  territoires  de  Tétouan,  du  Habt,  etc.,  aient  été   retires 
du  commandement  de  Tanger  après  la  mort  d'Ahmed  ben  Ali. 


sous    LES   ALAOUITES  qS 

rarrêtèrent  à  son  tour  (27  juin  1748)  ;  ils  se  demandaient 
s'ils  devaient  ou  non  le  livrer  à  Mouiay  Abdallah,  quand 
ce  dernier  lui  fixa  Arzila  pour  résidence  obligatoire. 

Mouiay  El-Mostadhi  se  mit  dès  lors  à  faire  le  commerce 
des  grains  avec  des  négociants  étrangers  de  Tanger  et  des 
autres  ports  ;  ses  intrigues  lui  valurent  d'être  relégué  à 
Sefrou  et  de  là  au  Tafilelt,  où  il  mourut  en  1 178  de  l'hégire 
(J.-C.  1759-1760). 

Abdeççadaq  ben  Ahmed  ben  Ali  Er-Rîfi  succéda  à  son  Abdeççadaq 
malheureux  oncle  Abdelkerîm  dans  le  gouvernement  de  ^^^  Ahmed 
Tanger  et  du  Fahç.  Les  premières  années  de  son  com-  ben  Ali 

mandement  semblent  s'être  passées  dans  le  calme;  il  dut       (1748-1766). 
mettre  à  profit  cette  période  de  tranquillité  pour  grouper 
autour  de  lui  un  parti   nombreux  et  sûr  en  attirant  les 
Rifains  dans  le  Fahç;  il  se  fit  construire  une  maison  au 
pied  de  la  Qaçba,  dans  le  quartier  de  Djenân  El-Qarptan. 

Lors  d'un  passage  en  vue  de  Tanger  de  Sidi  Mohammed 
ben  Addallah,  qu'il  était  allé  rejoindre  autrefois  à  Marra- 
kech quand  le  Sultan  n'était  que  khalifa,  il  se  rendit  à 
son  camp  avec  les  notables  de  Tanger  et  du  Fahç  pour 
faire  acte  de  fidélité  et  lui  offrir  des  hedias  ;  le  Sultan  lui 
fit  le  meilleur  accueil  et  fit  distribuer  à  ses  hommes  de 
l'argent  et  des  vêtements  ;  un  frère  d'Abdeççadaq  fut 
même  chargé  de  se  rendre  à  Tétouan  pour  y  surveiller  la 
construction  de  galioîes  (H.  1173=:].  C.  1759-1760). 

La  confiance  du  Sultan  ne  se  maintint  pas;  rien  dans 
le  commandement  d'Abdeççadaq  ne  permettant  apparem- 
ment d'expliquer  ce  fait,  il  est  à  supposer  que  le  fils  du 
pacha  Ahmed  ben  Ali  fut  desservi  au  Makhzen  par  des 
qâïds  malveillants. 

Abdeççadaq  fut  arrêté  à  Meknès  en  1766  (H.  1180)  avec 
une  centaine  de  ses  proches  et  de  ses  gens,  et  le  Sultan, 
venu  en  personne  à  Tanger,  confisqua  ses  biens  et  déplaça 
son  guich. 


94 


TANGER   ET   SA    ZONE 


Substitution  La  famille  d'Abdeççadaq  fut  envoyée  en  résidence  obli- 

des  Abîd  gatoire    à    Mehediya  ;    sur   les    3. 600    soldats   du    guich, 

aux  Rifains;       2.000  environ  furent  déplacés  dans  la  même  ville  et  mis 

Ech-Chaikh.      sous  le  commandement  de  Mohammed  ben  Abdelmâlek 

El-Tensamâni   Er-Rîfi  ;    i.5oo  Abîd   de  Mehediya   furent 

établis  à  Tanger  avec  Ech-Chaikh  pour  qâïd.  Mohammed 

ben  Abdelmâlek  ne  tarda  pas  à  revenir  à  Tanger,  à  une 

date  et  pour  des  motifs  inconnus. 

A  partir  de  1766  s'ouvre  une  période  obscure  au  point 
de  vue  local  et  qui  dure  une  dizaine  d'années.  Elle  corres- 
pond à  une  période  de  troubles  généraux  au  Maroc,  où 
l'armée  des  Abîd,  que  le  Sultan  cherche  à  disloquer,  fait 
preuve  d'un  esprit  de  mutinerie  inquiétant. 

En  1775,  les  Abîd  ayant  reçu  l'ordre  d'envoyer  mille  de 
leurs  familles  de  Meknès  à  Tanger,  cette  armée  se  révolte  ; 
le  calme  revient  et  le  Sultan  peut  déplacer  deux  bataillons. 
L'année  suivante  les  i.5oo  Abîd  de  Tanger,  grossis  des 
deux  bataillons  se  soulèvent  contre  leur  chef,  Ech-Chaikh, 
et  contre  celui  des  Rifains,  Mohammed  ben  Abdelmâlek,  qui 
s'enfuient  tous  deux  à  Arzila  ;  les  instigateurs  de  la  mutinerie 
sont  arrêtés,  envoyés  au  sultan  à  Meknès  et  amputés  d'une 
main  et  d'un  pied  ;  les  deux  qâïds  reviennent  à  Tanger. 

Rn  des  Abîd  Deux  ans  après  (1778),  les  Abîd  de  Larache  et  de  Tanger 

(1778).  furent  concentrés  à  Dâr  El-Arbi,  dans  le  Gharb,  sous  pré- 

texte de  leur  rappel  définitif  à  Meknès;  par  ordre  du 
Sultan  ils  y  furent  cernés  par  les  Béni  Ahsen,  les  Sofyan 
et  les  Béni  Malek,  désarmés  et  dispersés  commes  esclaves 
dans  les  tribus  avec  leurs  femmes  et  leurs  enfants. 


Reconstitu-  L'ancien  guich  d'Ali  ben  Abdallah  et  d'Ahmed  ben  Ali 

tion  du  reparut  alors,  composé  presque  exclusivement  de  Rifains. 

guich  r  if  al  n.       H    comprenait   3. 600    hommes,  dont  2.400    fantassins  et 
cavaliers,  5oo  artilleurs  et  700  marins. 


sous   LES   ALAOUITES  9  5 

Les  artilleurs  [topdjiya)  assuraient  la  garde  et  la  défense 
des  bordjs  ;  ils  accompagnaient  les  cavaliers  et  fantassins 
quand  le  guich  exécutait  des  opérations  en  tribu.  L'artil- 
lerie de  Tanger  comprenant  des  pièces  de  fort  calibre,  les 
Sultans  la  déplaçaient  de  temps  en  temps  pour  battre  les 
fortifications  de  Ceuta  ou  même  celles  de  Fès  ;  vers  1788, 
lors  de  la  réorganisation  du  guich,  elle  fut  placée  sous  les 
ordres  des  Fennîch  (i),  famille  d'artilleurs  dont  un  des 
membres,  le  qâïd  Et-Tâher  Fennîch,  reçut  même  le  gou- 
vernement de  la  ville  (1790  et  1691).  Des  sqalas  et  des 
plates-formes  furent  construites. 

Quant  aux  marins' {B a hriy a) ,  ils  s'occupaient  de  tout 
ce  qui  regardait  la  flotte  ;  ils  construisaient  et  réparaient 
les  bateaux  à  l'arsenal,  qui  était  situé  devant  l'immeuble 
actuel  de  Renschausen,  fournissaient  les  équipages,  assu- 
raient la  défense  des  côtes  et  du  détroit,  etc.  ;  ils  devaient 
assurer  également  l'embarquement  et  le  débarquement  des 
marchandises. 

La  flotte  était  commandée  par  un  Reïs,  ou  amiral  ;  un 
khalîfa  du  Reïs  remplissait  les  fonctions  de  capitaine  du 
port.  Les  agrès  provenaient  de  la  Suède,  de  la  Norvège, 
de  la  Hollande  et  du  Danemark. 

Un  essai  de  développement  de  la  flotte  fut  entrepris  en 
1788  par  Sidi  Mohammed  ben  Abdallah,  qui  fit  inscrire 
sur  les  contrôles  600  Aït  Atta  et  400  Abîd  du  Tafilelt. 
Équipés  et  armés  à  Tétouan,  ces  hommes  furent 
envoyés  à  Tanger,  où  ils  montèrent  une  vingtaine  de  ba- 
teaux destinés  à  la  course  ;  cet  essai  n'eut  pas  de  suite  ; 
les  mille  hommes  furent  licenciés  deux  mois  après  leur 
arrivée  à  Tanger,  après  quelques  courses  dans  le  détroit  et 
devant  les  côtes  d'Espagne. 

(i)  Sur  la  famille  des  Fennîch,  originaire  de  Salé,  cf.  Villes  et   Tribus  du 
Maroc,  vol.  III,  pp.  96  et  seq. 


qO  TANGER    KT    SA    ZONE  • 

Fantassins,  cavaliers,  artilleurs  et  marins  touchaient 
individaellement  une  solde  mensuelle  de  i  miihqal 
(5  francs  environ  à  l'époque)  ;  malgré  le  bon  marché 
extrême  de  la  vie,  elle  était  insuffisante  devant  les  frais 
d'installation  du  guich  et,  en  1786,  le  Sultan  dut  faire 
une  avance  de  quinze  années. 

Un  Bit  el-Mâl,  ou  Trésor,  était  constitué  dans  chaque 
port. 

Outre  leur  solde,  les  soldats  du  guich  rifain  avaient  en 
jouissance  une  parcelle  du  territoire  de  la  banlieue  de 
Tanger.  C'était  le  Pacha  du  guich,  en  même  temps  gou- 
verneur de  la  ville,  qui  distribuait  les  parcelles  par  déléga- 
tion du  Sultan  ;  il  tenait  un  registre,  dit  Kounnâch  el- 
Guich,  où  étaient  inscrites  les  parcelles  avec  le  nom  des 
bénéficiaires. 

La  jouissance  des  parcelles  passait  généralement  de 
père  en  fils  ;  les  filles  n'y  avaient  aucun  droit. 

Cette  organisation  devait  peu  à  peu  tomber  en  désuétude 
à  la  mort  de  Sidi  Mohammed  ben  Abdallah  :  le  guich 
rifain  ne  reçut  plus  de  solde,  mais  il  n'en  continua  pas 
moins  à  exister  avec  ses  cavaliers  et  ses  fantassins,  ses 
artilleurs  et  même  ses  bahriya. 

De  nos  jours  les  artilleurs  n'existent  plus  et  les  Bahriya 
sont  devenus  de  simples  barcassiers,  mais  le  Pacha  du 
Guich  exerce  toujours  en  principe  le  commandement  de 
tout  ce  qui  en  subsiste. 


2.  —  De  1778  A  1920. 

Nous  avons  vu  que  depuis  l'évacuation  de  Tanger  par 
les  Anglais  jusqu'en  1766,  le  gouvernement  de  la  ville  et 
de  la  banlieue  avait  été  exercé  par  la  famille  rifaine  d'Ali 


sous   LKS   ALAOUITES  97 

ben  Abdallah  pour  laquelle  il  constituait  une  sorte  de  fief. 
L'arrestation  d'Abdeççadaq  ben  Ahmed  ben  Ali  ben  Abdal- 
lah et  le  déplacement  du  guich  eu  1766  interrompit  mo- 
mentanément cette  domination. 

Elle  reprit  avec    une    branche   collatérale   de    la  même       Mohammed 
famille.  C'est  en  effet  un    descendant  d'Ahmed    ben  Had-  *»^en 

dou    (i),    Mohammed   ben    Abdelmalek,  qu'on    trouve  à       Abdeïmaiek. 
partir  de  cette  époque  à  la  tête   des  Rifains  du  Fahç  ;  on 
se  souvient  que  ce  personnage  avait  été  envoyé  à  Mehediya 
en  1766,  mais  qu'il  n'avait  pas  tardé  à  revenir  à  Tanger. 

Le  contingent  des  Abîd  est  sous  les  ordres  de  Chaikh  El-       Ech-Chaikh 
Bokhâri.  Eî-Bokhâri. 

Le  gouvernement  de  la  ville  même  semble  avoir  échappé       Alohanimed 
à  ces  deux  personnages:  des  textes  de  l'époque  établissent  ben 

qu'à  côté  ou  au-dessus  du  chef  des  Rifains  et  de  celui  des  Ali  El-Hahi. 
Abîd,  le  Sultan  avait  placé  un  ancien  secrétaire  du  Dâr  el- 
Makhzen,  Mohammed  ben  Ali  El-Hahi,  chargé  probable- 
ment de  les  surveiller.  Mohammed  ben  Ali  El-Hahi  est 
signalé  à  Tanger  en  août  1770  et  et  novembre  1777 
(H.  Rabî  II  1 184  et  Choual  1 191)  ;  il  y  a  fait  construire  la 
médersa  sur  l'ordre  de  Sidi  Mohammed  ben  Aballah  (2). 
On  ne  connaît  pas  la  date  exacte  à  laquelle  il  abandonna 
ses  fonctions. 

Ce  fut  probablement  en  1778,  lors  de  la  dislocation  du 
guich  des  Abîd,  suivie  de  la  reconstitution  du  guich  ri- 
fain  ;  les  causes  qui  avaient  motivé  la  nomination  d'un 
troisième  chef  pour  surveiller  les  deux  autres  tombaient 
du  même  coup  :  le  gouvernement  de  Tanger  et  celui  du 
Fahç  furent  de  nouveau  réunis  en  un  seul. 

(1)  Cf.  suprà,  pp.  82  et  8ô. 

(2)  Ci.  Archives  marocaines,  \o\.  XXIII,  pp.  145  et  i55. 


98 


TANGER    ET    SA    ZONE 


Mohammed  ben  D'après  la  tradition  locale,  ce  commandement  aurait  été 

Abdelmalek.         donné    à    Mohammed    ben    Abdelmalek,    chef  du    guich 
i^fois.)  rifain. 

Abdelmalek  Vers  1784  il  céda   la  place  à  son    fils  Abdelmalek,   sur- 

Melloûk.  nommé  Si  xMelloûk,  qui  semble  avoir  été  maintenu  jusqu'en 

1790,  date  de  la  proclamation  de  Moulay  Yezîd;  le  nou- 
veau gouverneur  est  signalé  à  Tanger  en  octobre  1788  et 
juin  1789  (H.  Moharrem  et  Ramadhan  i2o3)  (i). 


Moulay  Mos-  Sous  le  règne  de  Moulay  Yezîd,  le  territoire  de  Tanger 

lama  ;    Tâher     et  du  Fahç  faisait  partie  d'un  commandement  étendu,  qui 

Fennîch  englobait  Tétouan,  le  Habt,  le  Djebel,  Larache  et   Arzila  ; 

es-Slâoui.         ce    commandement  était    exercé    par   Moulay   Moslama, 

frère  et  khalîfa  de  Moulay  Yezîd. 

Tanger  et  le  Fahç  étaient  commandés  en  sous-ordre  par 
Et-Tâher  Fennîch  Es-Slâoui  (2),  d'une  famille  d'artilleurs 
originaire  de  Salé.  Ce  choix  ne  peut  s'expliquer,  semble- 
t-il,  que  par  le  caractère  agressif  de  la  politique  de  Mou- 
lay Yezîd,  qui  fut  marquée  par  une  recrudescence  de  guerre 
sainte  contre  les  Espagnols  et  par  le  siège  de  Ceuta,  auquel 
répondit  un  bombardement  de  Tanger  le  24  août  1791. 

On  sait  que  les  Fennîch  constituaient  une  famille  puis- 
sante de  Salé  ;  tombée  en  disgrâce  en  1766  (3),  elle  avait 
été  dispersée  dans  les  ports,  où  ses  membres  avaient  reçu 
le  commandement  de  l'artillerie.  Une  partie  de  cette  famille 
avait  été  envoyée  à  Tanger  et  c'est  à  elle  qu'appartenait 
Tâher  Fennîch.  En  sa  qualité  de  topdji  (artilleur),  il  était 
particulièrement  qualifié  pour  commander  une  place  mari- 
time de  l'importance  de  Tanger,  exposée  à  des  bombarde- 
ments du  fait  de  la  guerre  sainte.  Il  commanda  sans  doute 
le  guich  rifain  devant  Ceuta  ;  il  y  exécuta  surtout  de  nom- 

(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XXIII,  pp.  ni,  112  et  169. 

(2)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XXIII,  p.  io3. 

(3)  Cf.  suprày  p.  95,  n.  T. 


sous    LES   ALAOUITES 


99 


breux  travaux  de  siège  et  assura  le  bombardement  de  la 
place  avec  de  la  grosse  artillerie  provenant  en  partie  de 
Tanger. 

A  la  mort  de  Aloulay  Yezîd  en  février  1792,  Moulay 
Moslama  entreprit  de  se  faire  proclamer  sultan  ;  il  fut  re- 
connu sur  son  territoire,  mais  son  règne  ne  dura  que  quel- 
ques jours  et  la  région  de  Tanger  se  hâta  de  reconnaître 
Moulay  Slimân,  à  l'annonce  de  la  proclamation  de  ce  der- 
nier à  Fès  (i  I  mars  1792).  Moulay  Moslama  eut  cependant 
le  temps  de  nommer  un  gouverneur  du  Nord,  Ahmed  ben 
Abdelmalek,  à  qui  il  donna  immédiatement  l'ordre  de  lui 
faire  parvenir  les  produits  de  la  douane,  l'encaisse  des  ha- 
bous,  etc.,  de  Tanger  et  de  Larache  ;  le  gouverneur  s'exé- 
cuta le  14  avril  1792  (i). 


Ahmed  ben 
Abdelmalek. 


Dès  la  proclamation  de  Moulay  Sliman,  un  aventurier, 
Zeïtan,  de  son  vrai  nom  Mohammed  ben  Abdessalâm  El- 
Khomsi,  qui  s'était  révolté  chez  les  Ghomara  et  dans  le 
Habt,  réussit  à  étendre  son  autorité  jusque  dans  le  Fahç 
de  Tanger,  sans  toutefois  pouvoir  atteindre  la  ville. 

Le  commandement  du  Nord  fut  alors  donné  à  Moulay 
Tayyeb,  frère  du  Sultan,  avec  résidence  obligatoire  à  Tan- 
ger ;  le  Fahç  fut  soumis  le  premier.  Les  opérations  contre 
Zeïtan  devaient  durer  jusqu'en  1794  et  nécessiter  Tenvoi  à 
Tanger  d'une  colonne  de  renfort  (2). 

Quelque  temps  après,  le  guich,  sous  le  commandement 
de  Moulay  Et-Tayyeb,  prit  part  à  une  campagne  contre 
les  Châouia  (1795). 


Mouîay 

Tayyeb  ben 

Mohammed 

ben  Abdallah; 

révolte  de 

Zeïtan. 


Moulay  Et-Tayyeb  fut  nommé  en  1798  khalîfa  du  Sultan      Abdallah  ben 
à  Marrakech.   Il  fut  remplacé  à  Tanger  par  Abdallah  ben       Abdelmaîek. 
Abdelmalek,  dit  «  'Abbou  »,  qui  gouverna  la'  ville  deux  ans. 


(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XXIII,  pp.  io4etio5. 
(2)  Id.,  vol.  IX,  pp.  397-399. 


roo 


TANGER    ET   SA    ZONE 


Abderrahmân  Le  commandement  du  Nord,  avec  celui  des  places  mari- 

Ach'ach  limes,  fut  alors  donné  à  Abou  Zeïd  Adberrahman  Ach  ach 

Et-Tétaouni.  Et-Tétaouni,  qui  résida  tantôt  à  Tétouan,  tantôt  à  Tanger. 
On  ne  sait  à  peu  près  rien  de  ce  personnage,  pourtant 
légendaire  à  Tétouan  et  que  l'auteur  de  VIsiiqçâ  se  con- 
tente d'appeler  «  le  célèbre  qâïd  (i)  ».  11  semble  ne  pas 
avoir  favorisé  outre  mesure  les  intérêts  du  Makhzen  ;  il 
laissait  pratiquer  dans  le  Rîf  une  large  contrebande  de 
grains  et  de  bétail,  dont  l'exportation  était  interdite,  et 
cette  province  ne  payait  d'impôts  que  sous  la  pression  de 
fortes  colonnes  du  Sultan. 

Il   fut  destitué  en   1808  et   remplacé  par  un   Bokhâri, 
M'hammed  Es-Slâoui. 

M'hammed  Avec  le  nouveau  gouverneur  le  territoire  du  Nord  englobe 

ben  le  Djebel  et  même  le  Gharb  ;  le  guich  participe  en  1812  à 

Abdessaîam        une  expédition  contre  les  Aït  Yousî  et  les  Guérouan. 
Es-Slâoui  M'hammed  Es-Slâoui,  suivant  l'exemple  de  son  prédé- 

El-Bokhâri.  cesseur,  ne  fit  aucun  efïbrt  sérieux  pour  réprimer  la  con- 
(1808-Î813).  trebande  :  les  Rifains  venaient  vendre  leur  bétail  et  leur 
blé  aux  négociants  européens  jusque  dans  le  port  de  Tan- 
ger. En  18 12  il  put  les  obliger  cependant  au  versement  de 
l'impôt;  l'année  suivante  il  dut  renouveler  son  expédition, 
mais  le  Sultan  lui  envoya  son  fils  Ibrahim  pour  le  sur- 
veiller et  lui-même  vint  en  personne  assister  aux  opérations. 
M'hammed  Es-Slàoui  finit  par  être  destitué;  le  Rîf  fut 
détaché  du  territoire,  de  même,  semble-t-il,  que  les  régions 
de  Tétouan  et  de  Larache. 


Abdessalâm 

ben 

Abieççadaq 

(I813-18I6). 


A  cette  époque  on  note  le  retour  en  faveur  de  la  famille 
d'Ali  ben  Abdallah  Er-Rîfi  ;  tandis  que  l'un  de  ses 
membres,  Ahmed  ben  Abdeççadaq,  reçoit  le  commande- 
ment du  Rîf,  un  autre,  Abdessalâm  ben  Abdeççadaq, 
reçoit  celui  de  Tanger  et  de  sa  zone. 


{i)Cf.  Aî'chipes  marocaines,  vol.  X,  p.  25. 


sous    LES   ALAOUITES  10 1 

Le  gouvernement  d'Abdessalâm  ben  Abdeççadaq  ne 
dura  que  trois  ans  ;  de  connexité  avec  le  gouverneur  de 
Rabat,  ce  qâïd  refusa,  malgré  les  ordres  du  Sultan,  de 
restituer  les  équipages  de  trois  bateaux  capturés,  dont  un 
appartenait  au  Hanovre  et  deux  à  la  Hollande  ;  il  fut  arrêté 
en  i8i6en  même  temps  que  son  complice.  Il  faut  ajouter 
que,  malgré  la  présence  de  son  frère  dans  le  Rîf,  la  con- 
trebande de  grains  et  de  bétail  ne  cessait  pas  et  que  le  Sul- 
tan vint  en  personne  à  Tanger  pour  aviser  aux  mesures  à 
prendre  :  c'est  probablement  au  cours  de  ce  voyage  (1816) 
que  fut  décidée  l'arrestation  du  gouverneur  (i). 

La  seconde  moitié  du  règne  de  IVIoulay  Sliman  est  mar-       EI-Arbi  Es- 
quée  par  la   révolte  générale  des  Berbères  au  Maroc  ;   le  Sa  ïdi. 

mouvement  est  à  la  fois  antiarabe  et  antidynastique  et  le        (1817-1822). 
fondateur   de  la  confrérie  des  Derqaoua,  Si    Mohammed 
El-Arbi  ben  Ahmed,  y  participe,  d'accord  avec  Am'haouch  : 
il  est  arrêté  en  novembre  1820. 

Le  Nord  du  Maroc  prend  position  pour  Moulay  Ibrahim 
ben  Yazîd  ;  Ahmed  ben  Abdeççadaq,  frère  d'Abdessalâm, 
semble  avoir  embrassé  ouvertement  dans  le  Rîf  la  cause 
du  prétendant. 

Tanger  cependant  est  maintenue  dans  la  fidélité  à  Mou- 
lay Sliman  par  l'énergie  de  son  gouverneur,  Abou  Abdal- 
lah Mohammed  El-Arbi  ben  Ali  Es-Saïdi  ;  il  expulsa  même 
de  la  ville  le  qâdhi  Ahmed  El-Fellous,  qui  voulait  faire 
proclamer  Moulay  Ibrahim  ben  Yezîd,  et  le  fit  remplacer 
par  Aboû'1-Baqâ  Khâled  Et- Tandji  ;  il  envoya  les  gros 
canons  de  Tanger  participer  au  siège  de  Fès  par  le  Sultan. 
Celui-ci  vint  même  passer  quelque  temps  à  Tanger. 

Le  gouvernement  d'El-Arbi  Es-Saïdi  englobait  Tanger, 
Larache  et  leur  zone. 

(i)  D'après  le  registre  des  Habous  de  Tanger,  Abdessalâm  ben  Abdeççada 
semblerait  être  encore  e.i  fonctions  en  1817-1818  (Archives  marocaines 
vol.XXlII,  p.  194). 

VILLES    ET   TRIBUS.  —   VU.  8 


î   «i  TANGER    ET   SA   ZONE 

■  '->  , 

Ahmed  ben  A  la  mort  de  Moulay  Sliman   en   novembre    1822,  la 

Abdeççadaq        famille  des  Oulâd  Abdeççadaq  semble  avoir  profité  de  la 
(1823).  situation  troublée  du  Maroc  pour  renverser  El-Arbi  Es- 

Saïdi.  La  tradition  locale,  conservée  par  le  pacha  actuel  de 
Tanger,  est  obscure  et  semble  voiler  des  événements  que, 
d'autre  part,  les  auteurs  marocains,  gênés  par  la  censure, 
n'ont  pas  reproduits  (i). 

Ahmed  ben  Abdeççadaq,  appuyé  par  les  Derqaoua,  tenta 
de  faire  proclamer  Moulay  Saïd  ben  Yezid,  frère  de  Mou- 
iay  Ibrahim.  On  sait  que  l'habileté  politique  de  Moulay 
Abderrahman  fît  tomber  presque  aussitôt  la  résistance  ber- 
bère, notamment  par  la  mise  en  liberté  du  Chaikh  Der- 
qaoui,  qui  d'ailleurs  ne  tarda  pas  à  mourir  à  Bou  Berrîh, 
chez  les  Béni  Zeroual  Ghomara  (fin  octobre  1823). 

Ahmed  ben  Abdeççadaq  retourna  précipitamment  dans 
le  Rîf. 

Ou  Aîimoûn  II  fut  remplacé  par  un  pacha  étranger  à  la  ville  ;  c'était 

El-Querouani.  un  Berbère  réputé  pour  son  énergie,  le  qâïd  Mohammed 
Ou  Mimoûn,  de  la  tribu  des  Guerouan.  Les  mesures  vio- 
lentes auxquelles  il  eut  recours  provoquèrent  une  révolte 
contre  lui  :  menacé  de  mort  jusque  dans  sa  maison  par  ses 
administrés,  il  dut  s'enfuir  précipitamment  (2). 

El-Mehdi  Pour  calmer   cette    révolte,    le  sultan    Moulay  Abder- 

Es-Saïdi.  rahman,  qui  se  trouvait  alors  à  Marrakech,  donna  le  gou- 

vernement de  Tanger  à  un  notable  rifain  de  la  famille  des 
Oulâd  Es-Saïdi,  le  fqîh  Si  El-Mehdi.  Mais  celui-ci,  un  let- 
tré inhabile  à  commander,  devint  rapidement  la  risée  de 
ses  contribules. 


(i)  D'après  cette  tradition,  Ahmed  ben  Abdeççadaq  aurait  succédé  directe- 
ment à  son  frère  Abdessalam,  ce  qui  semble  être  établi  comme  faux  par  les 
tu-xies  de  l'époque. 

.  f2)  Mohammed  Ou  Mimoûn  est  signalé  comme  gouverneur  de  Tanger  à  la 
d-jie  du  7  choual  1240  et  à  celle  du  2  choual  1242  (J.-C.  25  mai  KS5a  et 
2,  avril  1827).  Archives  marocaines,  vol.  XXlII,pp.67  et  73. 


sous    LES   ALAOUITES 


Il  fut  relevé  et  reçut  pour  successeur  El-Hâdj  Moham- 
med ben  *Abbou,  qui  appartenait  aux  Oulâd  *Abdelmaiek, 
branche  collatérale  de  la  famille  d'Abdallah  Er-Rifi.  Le 
nouveau  gouverneur  se  maintint  peu  de  temps. 

El-'Arbi  Es-Saïdi  reprit  alors  le  commandement  de  Tan- 
ger, où  on  le  trouve  en  1844,  lors  de  la  guerre  franco-maro- 
caine, marquée  par  la  bataille  d'Isly  (14  août),  le  bombarde- 
ment de  Tanger  (6  août)  et  celui  de  Mogador  (i5  août). 

L'escadre  qui  bombarda  Tanger,  comme  Mogador, 
était  commandée  par  le  prince  de  Joinville  ;  elle  ouvrit  le 
feu  vers  8  heures  du  matin. 

Le  Suffren,  portant  le  pavillon  amiral,  le  Jemmapes  et  V Argus,  for- 
maient la  première  ligne  d'attaque  ;  une  heure  après,  le  Tritofi  et  la 
Belle-Poule  s'engagèrent  dans  la  lutte.  Le  Rubis  lança  des  fusées  qui 
mirent  le  feu  à  un  camp  situé  hors  de  la  ville  et  dans  la  ville  même, 
où  l'on  épargna  le  quartier  franc.  Malgré  la  houle  et  la  fumée  lente  à 
se  dissiper,  le  tir  des  Français  fut  admiré  pour  sa  justesse.  Les  cons- 
tructions à  la  partie  inférieure  de  la  Casbah  eurent  beaucoup  à  souf- 
frir ;  dès  le  début,  la  batterie  Tophana  et  la  batterie  basse  (i),  qui  font 
face  à  la  rade,  furent  démantelées,  et  la  foule  qui  s'y  était  réunie  se  dis- 
persa. Les  artilleurs  marocains  répondirent  durant  une  heure  par  un 
feu  bien  nourri;  mais  quelques  pièces  seulement  se  soutinrent  jusque 
vers  la  fin  du  combat,  qui  dura  près  de  trois  heures.  La  batterie  du 
Renégat  (2),  formée  de  dix  pièces,  sur  une  pointe,  à  i  mille  ouest  de 
Tanger,  incommoda  notablement  par  la  proue  les  vaisseaux  de  la  pre- 
mière ligne  ;  mais  le  Triton,  chargé  de  la  rendre  inutile,  la  fit  taire 
promptement.  Grâce  aux  remparts  et  aux  terrassements  qui  les  cou- 
vraient, les  Maures  ne  comptèrent  que  220  hommes  tués  et  environ 
400  blessés.  Les  pertes  des  Français  furent  relativement  insignifiantes. 

L'escadre  espagnole  et  des  bâtiments  anglais  étaient  spectateurs  du 
combat  (3). 

(0  La  batterie  Top'hana  et  la  batterie  basse  sont  séparées  par  la  Porte  de 
la  Marine;  la  batterie  basse,  actuellement  désarmée,  se  trouve  en  contre-bas 
du  Bordj  es-Salâm,  exactement  au-dessus  des  anciens  magasins  de  la  douane; 
peut-être  s'agii-il  du  Bordj  es-Sa!âm. 

(2)  Le  Bord)  Bou  '^Atnaïr,  ou  la  Batterie  d'artillerie  du  Marchan  (poste 
actuel  du  Tabor  n'  2). 

(3)  Godard,   Description  et  Histoire  du  Maroc,  t.  II,  pp.6o5-6o6. 


El-Hâdj 
Mohammed 
ben  Abbou. 


El- Arbi 
Es-Saïdi. 

(2' fois). 


Guerre  franco- 
marocaine  : 
bombarde- 
ment de 

Tanger  (1844). 


104  TANGER    ET    SA    ZONE 

Sur  le  plateau  du  Marchan,  à  remplacement  actuel  du 
poste  de  police  du  Tabor  n°  2,  à  côté  de  Tlnstitut  Pasteur, 
se  trouvait  une  batterie  d'artillerie;  le  qâïd  qui  la  com- 
mandait ne  put  résister  au  désir  de  faire  sortir  ses  pièces 
et  de  tirer  sur  l'escadre.  L'escadre  répondit  :  un  grand 
nombre  de  boulets  vinrent  s'abattre  sur  le  plateau,  où  les 
habitants  les  ramassèrent  après  le  combat.  Ces  boulets 
servaient  d'ornement,  il  n'y  a  pas  longtemps  encore,  à  la 
façade  des  maisons  de  la  Société  Immobilière  du  Mar- 
chan ;  ils  ont  été  enlevés  récemment  par  des  rôdeurs  noc- 
turnes. 

Du  bombardement  de  1844  on  aperçoit  encore,àlaQaçba, 
un  boulet  encastré  dans  une  voûte  du  donjon  en  ruines 
d'Ali  ben  Abdallah  Er-Rîfî  (i). 

Une  pièce  du  Bordj  Bou  Amaïr  passe  chez  les  indigènes 
pour  avoir  coulé  un  vaisseau  français  ;  elle  est  vénérée 
depuis  sous  le  nom  de  Sidi  Mimoûn. 

El-HadJ  Le  gouvernement  général  du  Nord  avait  été  reconstitué 

Mohammed        au  cours  de  ces  événements  ;  il  engloba  désormais  tout  le 

Ben  'Abbou.       territoire  compris  entre  Tanger  et  la  rive  droite  du  Sebou. 

{2^  fois).  Ce   vaste  commandement   fut   donné  d'abord   à   Si  Bou 

Selham    Astot,   ensuite   à   Si    M'hammed    El-Khatîb    Et- 

Tétaouni. 

Le  territoire  de  Tanger  fut  administré  au  nom  de  ces 
gouverneurs  par  Ben  Abbou,  dont  le  règne  dura  quinze 
ans  environ.  Du  temps  de  Ben  Abbou  on  peut  signaler 
l'assassinat  du  Français  Paul  Rey,  le  22  février  i855, 
par  un  chérif  filâli  du  nom  de  Saïd  ;  celui-ci  fut  exécuté  : 
il  est  depuis  vénéré  comme  un  martyr  et  un  saint  et 
son  tombeau,  au  cimetière  du  Marchan,  est  un  but  de  pè- 
lerinage. 


(i)  Cf.  infrà,  pp.  i58  et  seq. 


sous    LES   ALAOUITES 


I05 


Ben  Abbou  eut  pour  successeur  Hommân  Es-Saïdi  vers         Hommân 
1860,  lors  de  la  guerre  hispano-marocaine  ;  ce  personnage         Es-Saïdi. 
appartenait  à  la  famille  d'El-Arbi  Es-Saïdi,  dont  il  a  été 
parlé. 

Le  gouvernement  de  Tanger   passa  ensuite  aux  mains         El-Abbâs 
d'un  Rifain  des  BeniOuriaghel,  El-Abbâs  Amkiched,  auquel        Atnkiched. 
succéda  bientôt  après  un  qâïd  bokhâri  envoyé  de  Meknès, 
Mohammed  ben  Abd  El-Kerîm  El-Djebboùrî,  dit  Ben  Ker-      Ben  Kerroûm. 

roûm(i86i). 

Après    Ben   Kerroûm    vint   pour  la  deuxième  fois  El-  El-Abbâs 

Abbâs  Amkiched,  à  la  fin  du  règne  de  Sidi  Mohammed  ben         Amkiched 
Abderrahman.  On    raconte  que,  lors  de  l'avènement   de  i^^  fois) 

Moulay  El-Hasan  en  1878,  il  mourut  subitement  au  mo-  ^t  son  frère 
ment  où  il  se  préparait  à  aller  lui  apporter  ses  dons  de  M'hammed. 
joyeux  avènement. 

Son  frère  M'hammed  reçut  alors  le  commandement,  qu'il 
dut  céder  peu  après  à  Si  Ali  El-Mesfioui,  secrétaire  du  Dâr 
el-Makhzen. 

De  même  qu'El-Mehdi  Es-Saïdi,  le  fqîhEl-Mesfîoui  n'eut  Ali 

pas  le  prestige  nécessaire  pour  en  imposer  à  la  population  El-Mesfioui. 
rifaine  de  Tanger  et  de  sa  banlieue. 

Il  dut  être  remplacé  par  un  Bokhâri,  à  qui  l'excès  de  sa  Djilâli 

sévérité,  jointe  à  sa  qualité  d'étranger,  ne  tarda  pas  à  rendre  ben  Hammou, 
la  situation  intenable. 


Le  Sultan  décida  alors  dje  donner  encore  le  commande- 
ment à  la  famille  rifaine  d'Ali  ben  Abdallah  ;  il  nomma 
pacha  Abdeççadaq  ben  Ahmed  (ben  Abdeççadaq  ben  Ahmed 
ben  Ali. ben  Abdallah)  qui  avait  été  pacha  du  Rîf  de  1861  à 
1875,  avec  résidence  à  Jenata.  Cette  famille  n'abandonnera 
plus  désormais  le  pouvoir  qu'à  de  rares  intervalles. 

Sous  le  règne  de  Moulay  El-Hasan  (i 873-1894)  le  terri- 


Abdeççadaq 
ben  Ahmed. 


loO 


TANGER    ET    SA   ZONE 


toirede  Tanger  comprenait  lo  tribus;  le  Fahç,  la  Ghar- 
biya,  les  Amer,  les  Mzoura,  les  Andjera,  l'Ouadras,  les 
Béni  Mçaouar,  le  Djebel  Habîb,  les  Bdaoua  et  les  Bcni 
Ider. 

On  constate  dès  le  début  une  tendance  des  Andjera  à  re- 
jeter l'autorité  du  pacha  de  Tanger.  Affiliés  presque  tous  à 
la  confrérie  antimakhzen  des  Derqaoua,  les  Andjera  de- 
vaient être  la  première  tribu  qui  s'affranchit  de  la  dépen- 
dance de  cette  ville.  Cette  tendance  séparatiste  se  mani- 
festa ouvertement  en  1876,  au  moment  de  la  nomination 
dcAbdeççadaq  ben  Ahmed  au  gouvernement  du  territoire. 

A  la  même  époque  la  maison  d'Ouazzan  commençait  à 
développer  son  influence. 

Les  Andjera  entretinrent  des  relations  avec  le  chérif  Hadj  Abd  es- 
Salâm,  demandant  à  se  placer  sous  sa  protection  pour  échapper  au 
Makhzen...  Ils  eurent  alors  un  qâîd  indépendant,  du  nom  de  M'hammed 
Amkeched,  frère  d*El-Abbâs,  ancien  pacha  de  Tanger,  puis  furent  re- 
placés sous  Tautorité  de  Abdeççadaq  ben  Ahmed  (i),  qui  s'y  fit  repré- 
senter par  des  chaïkhs  ;  mais  trois  de  ces  fonctionnaires  soupçonnés 
d'entretenir  des  intelligences  avec  les  insurgés  furent  révoqués  succes- 
sivement et,  lors  de  son  passage  à  Tanger  en  1889,  Moulay  Hasan  dé- 
cida, malgré  les  protestations  des  Andjera,  de  les  placer  directement 
sous  l'autotité  du  pacha  de  Tanger.  Le  supplice  de  l'av^euglement,  que 
les  Andjera  firent  subir  à  un  délégué  du  pacha  à  la  suite  de  cette  me- 
sure, montra  que  la  tribu  était  décidée  à  résister  jusqu'au  bout  (2), 


EI-Hâdj  Mo- 
hammed ben 
Abdeççadaq. 


En  1891,  Abdeççadaq  ben  Ahmed  fut  remplacé  par  son 
fils  El-Hâdj  Mohammed,  qui  se  montra  incapable  et  dont 
les  exactions  soulevèrent  les  tribus  et  créèrent  une  violente 
agitation  à  Tanger.  Les  puissances  européennes  durent 
même  envoyer  des  croiseurs  devant  la  ville  pour  protéger 
leurs  nationaux. 

El-Hâdj  Mohammed  fut  révoqué  par  le  Sultan  et  rem- 
placé par  son  cousin  Abderrahmân  Ben  Abdeççadaq. 


(1)  Le  texte  dit  par  erreur  «  Mohammed  ben  Abdeççadaq  >. 
{2,  Archives  marocaines,  vol.  II,  p.  go. 


sous   LES  ALAOUITES 


J07 


Celui-ci  sut  ajourner  la  séparation  de  l'Andjera.  Une  me- 
sure dirigée  contre  les  Européens  lui  donna  une  grande  po- 
pularité dans  la  région.  Ayant  remarqué  que  les  ambas- 
sades rapportaient  le  plus  souvent,  à  leur  retour  de  Fès, 
des  concessions  de  terrains  dans  la  banlieue  de  Tanger,  il 
prit  les  devants  et  offrit  aux  Fahçiya  et  aux  musulmans  de 
Tanger  qui  en  feraient  la  demande  des  terres  Makhzen  ina- 
liénables. Il  obtint  même  du  Sultan  l'autorisation  d'acheter 
pour  le  compte  de  Makhzen  des  terres  susceptibles  de  tom- 
ber entre  les  mains  des  Européens,  par  suite  de  vente  après 
décès  des  propriétaires.  Ces  terres  étaient  ensuite  prêtées  à 
des  fonctionnaires,  qui  n'en  payaient  même  pas  le  loyer. 

De  nouvelles  agglomérations  se  formèrent  ainsi,  telles 
que  Djâma  El-Moqra  et  les  Drâdeb. 


Abderrahmân 
(ben  Moham- 
med ben 
Abdessaîam) 

ben 
Abdeççadaq. 


En  i88g  Abderrahmân  fut  nommé  gouverneur  de  Fès 
et  remplacé  à  Tanger  par  Tâher  Et-Tâzi  El-Fâsi,  qui  mou- 
rut quelques  mois  après  et  eut  pour  successeur  Ciddiq 
Bargach,  fils  de  Saïd  Bargach,  le  délégué  du  Sultan  à  Tan- 
ger. Bargach  n'ayant  pas  tardé  à  être  nommé  Amîn,  le 
Hâdj  Abdessalâm  ben  Abdeççadaq  reçut  le  gouvernement 
de  Tanger  (1902). 


TaherEMazî. 

Ciddiq 

Bargach. 


Le  pacha  El- Hâdj  Abdessalâm  eut,  dès  sa  prise  de  com-  El- Hâdj 

mandement,  des  difficultés  avec  la  tribu  des  Andjera  ;  mais  Abdessalâm 

des  difficultés  plus  graves  lui  furent  créées  par  un  person-  ben 

nage  qui  fait  parler  de  lui  depuis  une  vingtaine  d'années  Abdeççadaq. 
et  qui  offre  de  grandes  ressemblances  avec  l'ancien  agita- 
teur Ghaïlân  El-Gorfti,  l'allié  des  Anglais. 

Le  chérif  Moulay  Ahmed  ben  Mohammed  ben  Abdallah       Reïsoûli  (i). 
Er-Reïsoûni  El-Yoûnsi  El-Alami  El-Idrîsi  El-Hasani,  connu 


(i)  Cf.  Le  Chérif  Moulay  Ahmed  ben  Mohammed  ben  Abdallah  Er  Ri- 
soiini  El  Younesi  El  Alami  El  Idrisi,  par  Ed.  Michaux-Bellaire,  in  Repue 
du  Monde  musulman,  vol.  V,  pp.  5o3-5ii. 


I08  TANGER    ET   SA    ZONE 

SOUS  le  nom  de  Reïsoûli,  est  né  vers  1870  à  Zinat,  dans  le 
Fahç  de  Tanger  (zone  d'influence  espagnole);  il  descend  de 
Mohammed  ben  Idrîs  et  des  Chorfâ  du  Djebel  Alam  et  est 
apparenté  avec  les  Chorfâ  d'Ouezzan. 

A  l'âge  de  23  ans,  Reïsoûli  était  un  coupeur  de  routes  et 
un  brigand  de  grand  chemin  ;  arrêté  par  le  Pacha  de  Tan- 
ger, sans  doute  Abderrahmân  Ben  Abdeççadaq,  il  <"ut  dé- 
porté à  Mogador  et  mis  aux  fers  ;  il  fut  remis  en  liberté 
après  li  ou  b  ans  d'emprisonnement,  sur  l'intervention  des 
Chorfâ  Reïsouliïn  et  du  Hâdj  Mohammed  ben  El-Arbi  Et- 
Torrès. 

Il  reprit  ses  brigandages  sur  une  plus  large  échelle,  cette 
fois  avec  la  complicité  latente  du  Makhzen,  qui  avait  be- 
soin d'un  épouvantai!  pour  empêcher  la  pénétration  euro- 
péenne de  Tanger  vers  l'intérieur  du  Maroc. 

En  juin  igoS  une  mehalla  envoyée  contre  lui  sous  les 
ordres  de  Moulay  Bou  Beker,  oncle  du  Sultan,  vint  camper 
sur  la  rive  gauche  de  l'Oued  M'harhar,  à  une  quinzaine  de 
kilomètres  de  Tanger,  et  se  porta  ensuite  sur  Zinat,  qu'elle 
oublia  de  cerner  et  d'où  Reïsoûli  put  s'enfuir  facilement. 
Un  Anglais,  M.  Harris,  correspondant  du  journal  le  Times, 
qui  s'était  aventuré  trop  loin  vers  Zinat,  tomba  aux  mains 
de  Reïsoûli,  qui  le  relâcha  peu  après  contre  remise  de 
quelques  partisans  faits  prisonniers. 

Malgré  la  présence  de  la  mehalla  de  Moulay  Bou  Beker, 
Reïsoûli  tenait  la  campagne  et  exécutait  des  coups  demain 
dans  le  Fahç.  En  1904  il  enlevait  un  riche  Américain, 
M.  Perdicaris,  ainsi  que  son  beau-fils,  M.  Cromvsrel  Varley, 
qui  habitaient  une  maison  de  campagne  au  sommet  de  la 
montagne,  à  4  kilomètres  de  Tanger.  Il  ne  les  relâcha  que 
moyennant  le  paiement  d'une  forte  somme,  le  départ  de  la 
mehalla  chérifienne  et  la  révocation  du  pacha  de  Tanger 
et  du  Fahç,  El-Hâdj  Abdessalam  ben  Abdeççadaq,  qui  in- 
triguait contre  l'usurpateur  de  son  territoire. 


sous   LES   ALAOUITES  IO9 

M.  Perdicaris  quitta  le  Maroc  en  déclarant  qu'il  n'y  re- 
viendrait qu'après  la  mort  de  Reïsoûli.  Quant  au  pacha 
Abdessalâm  ben  Abdeççadaq,  il  n'a  jamais  pardonné  sa  ré- 
vocation au  brigand. 

Reïsoûli  était  maintenant  le  maître  de  Fahç  et  nul  Euro- 
péen ne  pouvait  sortir  des  environs  immédiats  de  Tanger. 
Sur  les  plaintes  réitérées  des  puissances,  le  Sultan  envoya 
contre  l'agitateur  une  nouvelle  mehalla  commandée  par  le 
pacha  Abdelkerîm  ould  Bâ  Mohammed  Ech-Chergui  ;  il 
n'y  eut  pas  de  combat,  mais  Reïsoûli  reçut  du  Pacha  le 
gouvernement  de  tout  le  Djebel  et  du  Fahç  (igoS). 

Reïsoûli  devenait  donc  un  fonction nare  régulier  du 
Makhzen  ;  il  administra  le  Fahç  sans  quitter  Zinat,  en  s'y 
faisant  représenter  par  un  marchand  de  poules,  Ben  Man- 
çour.  Son  autorité  s'exerçait  exactement  jusqu'aux  rem- 
parts de  Tanger,  et  les  parties  delà  ville  situées  en  dehors, 
y  compris  les  légations,  étaient  dans  le  territoire  de  son 
commandement.  Installé  en  plein  Grand  Socco,  l'ancien 
marchand  de  poules  «  faisait  la  loi,  arrêtait  les  gens  à  tort 
et  à  travers,  frappait  des  contributions,  intervenait  dans 
tous  les  conflits,  même  dans  les  affaires  de  propriété,  et  tout 
le  monde,  y  compris  les  légations  et  les  représentants  du 
Sultan  lui-même,  cédait  devant  ces  prétoriens  de  bas 
étage  ». 

Cette  situation  dura  jusqu'à  la  fin  de  1906.  Le  but  oc- 
culte poursuivi  par  le  Makhzen  était  atteint  :  les  Européens 
étaient  strictement  enfermés  dans  Tanger,  la  pénétration 
à  l'intérieur  était  arrêtée. 

Enfin,  devant  une  démarche  collective  des  représentants 
des  puissances  auprès  du  Sultan,  un  corps  de  quelques 
milliers  d'hommes  fut  dirigé  sur  Tanger  sous  les  ordres 
du  ministre  de  la  Guerre  Si  M'hammed  El-Guebbâs.  Ben 
Mançoûr,  délogé  de  son  poste  du  Grand  Socco,  abandonna 


no  TANGER    ET   SA    ZONE 

immédiatement  son  maître,  qui  le  fit  assassiner  aux  portes 
mêmes  de  Tanger.  Quant  à  Reïsoûli,  il  lut  attaqué  àZinat 
dans  les  premiers  jours  de  janvier  1907  ;  cette  fois  encore  on 
le  laissa  s'échapper  et  la  mehalla  le  poursuivit  inutilement 
dans  les  montagnes.  Zinat  avait  été  démoli  et  pillé. 

Des  négociations  s'engagèrent  alors  entre  le  Makhzen  et 
Reïsoûli  par  l'intermédiaire  d'un  Anglais,  le  qâïd  Sir  Harry 
Mac  Lean.  Celui-ci  se  laissa  attirer  trop  loin  et  fut  fait  pri- 
sonnier (!«'■  juillet  1907).  Une  nouvelle  expédition  orga- 
nisée contre  Reïsoûli  fut  interrompue  par  les  événements 
de  Casablanca  et  la  proclamation  de  Moulay  Hafidh  à  Mar- 
rakech. Le  qâïd  Mac  Lean  fut  relâché,  à  la  suite  de  négo- 
ciations longues  et  laborieuses,  contre  versement  d'une 
rançon  de  20.000  livres,  dont  5. 000  payables  immédiate- 
ment; Reïsoûli  recevait  la  protection  anglaise  et  ses  par- 
tisans retenus  prisonniers  à  Fès,  Larache  et  Tanger  étaient 
libérés.  Le  qâïd  fut  amené  au  chargé  d'affaires  d'Angle- 
terre dans  la  nuit  du  6  au  7  février  1908  par  Reïsoûli  lui- 
même,  qui  repartit  immédiatement. 

Reïsoûli  vint  quelque  temps  après  à  Tanger  se  réconci- 
lier avec  le  ministre  de  la  Guerre.  Il  renonça  ensuite  à  la 
protection  anglaise  au  cours  d'un  voyage  à  la  cour  de  Ha- 
fidh à  Fès  pour  se  faire  confirmer  le  commandement  des 
Djebala  ;  à  partir  de  cette  époque  il  se  mit  en  relations  avec 
les  frères  Mannesman n.  En  191 3  il  revint  à  Tanger;  installé 
à  la  Montagne,  il  y  recevait  les  ^iâras  des  indigènes  et  of- 
frait le  thé  aux  visiteurs  européens. 

Depuis  cette  date  il  est  rentré  en  scène  dans  la  région  des 
Djebala,  où  son  activité  politique  n'a  jamais  cessé  de  s'exer- 
cer ;  d'abord  en  guerre  avec  les  Espagnols,  il  a  su  leur  mar- 
chander avec  l'habileté  d'un  diplomate  subtil  un  concours 
douteux,  qui  a  même  dégénéré  un  moment  en  hostilité  ou- 
verte. 


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Q       js. 

<  0, 


W 


sous    LES   ALAOUITES  III 

On  a  vu  que  Reïsoûli  avait  exigé  en  1904  la  révocation  Derniers 

du  Hâdj  Abdessalâm  ben  Abdeççadaq.  gouverneurs. 

Le  gouvernement  de  Tanger  fut  alors  donné  à  El-Hafid 
Berrada,  qui  ne  resta  en  fonctions  qu'un  mois  et  demi.  Il 
fut  remplacé  par  Ham^a  ben  Hima,  à  qui  succéda  peu 
après  El-Hasan  Bou  'Achrîn.  Celui-ci,  peu  au  courant  des 
coutumes  de  Tanger,  voulut  imposer  à  ses  administrés  les 
usages  de  Fès,  même  en  ce  qui  concernait  le  costume  des 
femmes;  il  ne  tarda  pas  à  être  révoqué. 

A  la  fin  de  1906,  le  Makhzen  envoya  à  sa  place  un 
homme  énergique,  le  qâïd  Qaddoûi^  ben  El-Ghâ^î,  pour 
rétablir  la  sécurité,  qui  était  souvent  troublée  par  les  mon- 
tagnards du  voisinage  à  l'instigation  de  Reïsoûli,  établi  à 
Zinat,  à  quelques  heures  de  la  ville.  Le  jour  même  de  l'ar- 
rivée de  Qaddoûr  ben  El-Ghâzi,  des  coups  de  fusil  étaient 
échangés  sur  la  plage  entre  les  gens  de  l'Andjera  ;  le  qâïd, 
qui  n'était  pas  encore  descendu  de  cheval  et  se  trouvait  au 
Soûq  El-Barra,  se  porta  immédiatement  sur  les  lieux  avec 
ses  cavaliers  d'escorte  et  rétablit  Tordre  avec  une  énergie 
telle  qu'on  craignit  qu'elle  ne  fût  de  nature  à  créer  des 
complications. 

Au  commencement  de  1907  Zinat  était  prise  et  Reïsoûli 
en  fuite;  le  gouvernement  de  Moulay  Abdelaziz  put  don- 
ner une  deuxième  fois  le  commandement  de  la  ville  au 
Hâdj  Abdessalâm  ben  Abdeççadaq. 

Celui-ci  fut  révoqué  en  1908,  à  l'avènement  de  Moulay 
Abdelhafîdh,  qui  lui  donna  pour  successeur  Mohammed 
ben  M'hammed  El-Guebbâç,  fils  du  représentant  du  Sultan 
à  Tanger,  et  plus  tard  le  Hâdj  El-Mokhtâr  El-Moqri,  fils 
du  gr^nd  vizir  et  beau-frère  de  Moulay  Abdelhafidh. 

Le  Hâdj  El-xMokhtâr  fut  révoqué  au  commencement  de 
1914,  lors  de  la  nomination  d'El-Guebbâç  au  grand  vizirat, 
et  le  Makhzen  donna  pour  la  troisième  fois  le  gouverne- 
ment de  Tanger  au  Hâdj  Abdessalâm  ben  Abdeççadaq. 

Le  Hâdj  Abdessalâm  a  partagé  avec  le  Hâdj  M'hammed 


ri2 


TANGER    ET   SA    ZONE 


Et-Tâzi,  représentant  du  Sultan,  la  tâche  délicate  d'admi- 
nistrer la  ville  de  Tanger  pendant  la  guerre;  il  s'en  est 
acquitté  avec  tact,  malgré  des  difficultés  continuelles,  sou- 
vent d'une  réelle  gravité;  il  est  encore  en  fonctions  actuel- 
lement. Le  14  juillet  dernier  il  a  été  nommé  commandeur 
de  la  Légion  d'honneur. 

Le  gouvernement  de  Tanger  a  été  reformé  sous  les  or- 
dres du  pacha  de  la  ville  au  début  de  1907,  après  la  défaite 
de  Reïsoûli.  Les  Andjera,  moins  quatre  villages,  ne  font 
plus  partie  de  ce  commandement,  leur  territoire  ayant  été 
rattaché  à  la  zone  d'influence  espagnole  par  la  conven- 
tion franco-espagnole  du  27  novembre  1912;  le  Fahç  lui- 
même  a  été  amputé  d'une  bande  de  terres  dans  sa  partie 
méridionale. 


3.  —  Tanger  capitale  diplomatique  du  Maroc. 

Événements  On  s'est  attaché  jusqu'ici  à  étudier  l'histoire  de  Tanger 

principaux;  dans  ce  qu'elle  a  de  purement  local.  Depuis  le  dix-neuvième 
traités,  etc.  siècle  la  ville  présente  un  intérêt  particulier  du  fait  qu'elle 
est  la  résidence  des  représentants  des  pays  étrangers;  en  sa 
qualité  de  capitale  diplomatique  du  Maroc,  elle  a  vu  se 
dérouler  des  événements  qui  relèvent  de  l'histoire  générale 
de  l'Empire.  Ces  événement  sortant  du  cadre  de  la  présente 
monographie,  on  s'est  contenté  d'énumérer  les  principaux 
sans  les  considérer  dans  leur  ensemble  ni  dans  leurs  réper- 
cussions générales. 


La  situation  particulière  de  Tanger  lui  a  valu  la  visite 
fréquente  des  sultans  ;  c'est  souvent  dans  ce  port  que  dé- 
barquaient les  ambassadeurs  envoyés  à  la  Cour  du  Maroc, 
ainsi  que  des  envoyés  extraordinaires  et  des  agents  divers 
dont  la  mission  n'est  pas  toujours  bien  connue. 


sous   LES   ALAOUITES  Il3 

Au  nombre  de  ces  derniers  on  peut  citer  l'Espagnol  Do- 
minique Badia  y  Leblich,  qui  débarqua  à  Tanger  en  i8o3 
sous  le  nom  d'Ali  Bey  El-Abbasi  en  se  faisant  passer  pour 
un  musulman  natif  d'Alep  :  envoyé  en  mission  secrète 
par  le  Prince  de  la  Paix,  il  fut  reçu  à  Tanger  par  le  Sultan 
Moulay  Sliman,  qu'il  émerveilla  par  ses  connaissances 
scientifiques  et  qu'il  alla  plus  tard  rejoindre  à  Meknès  et 
àFès(i). 

C'est  à  Tanger  que  fut  conclu  le  traité  du  lo  septembre 
1844  ^^i  "^it  fi"  à  ^^  guerre  franco-marocaine  ;  il  fut  signé 
au  nom  du  Sultan  par  Bou  Selhâm  ben  Ali  Astot  Er-Rîfi. 
On  a  vu  plus  haut  que  Bou  Selhâm  était  à  cette  époque 
gouverneur  général  du  Nord  marocain  ;  ce  personnage  a 
été  le  premier  délégué  du  Sultan  à  Tanger. 

C'est  à  Tanger  également  que  se  poursuivirent  les  négo- 
ciations antérieures  et  consécutives  à  la  guerre  hispano- 
marocaine  de  1859- 1860.  Entamées  par  M'hammed  El- 
Khatîb  Et-Tétaouni,  successeur  de  Bou  Selhâm  Astot,  elles 
furent  menées  à  leur  fin  par  le  Hâdj  Mohammed  ben  El- 
Hâdj  Tâher  Ez-Zebdi  Er-Rebâti  et  par  Moulay  El-Abbâs, 
frère  de  Sidi  Mohammed  ben  Abderrahmân. 

Les  deux  premiers  délégués  du  Sultan  à  Tanger  cumu- 
laient cette  fonction  avec  celle  de  gouverneur  du  Nord  ;  le 
troisième,  Si  Mohammed  Bargach  Er-Rebâti,  représenta  le 
Sultan  sans  exercer  de  commandement. 

Si  Mohammed  Bargach  était  probablement  à  Tanger 
lorsque  fut  passée  la  Convention  Béclard  relative  à  la  pro- 
tection diplomatique  et  consulaire  (19  août  i863).  Il  a  signé 
le  3i  mai  i865,  une  convention  relative  à  l'entretien  et  à 
l'administration  d'un  phare  au  cap  Spartel,  dont  la  cons- 


(i)  Cf.  Voyages  d'Ali  Bey  El-Abhassi  en  Afrique  et  en  Asie  pendant  les 
années  i8o3,  1804,  i8o5,  1806  et  /Sa/.  Paris,  1814. 


114  TANGER    ET    SA   ZONE 

truction  avait  été  décidée  (i);  cette  convention  est  passée 
entre  le  Maroc  d'une  part,  l'Autriche,  la  Belgique,  l'Es- 
pagne, les  États-Unis  d'Amérique,  la  France,  la  Grande 
Bretagne,  l'Italie,  les  Pays-Bas,  le  Portugal  et  la  Suède 
d'autre  part.  Si  Mohammed  Bargach  est  encore  le  négo- 
ciateur marocain  de  la  Convoniion  de  Madrid  du  3  juil- 
let 1880  sur  la  protection,  l'acquisition  de  la  propriété  im- 
mobilière, la  naturalisation  étrangère  des  sujets  marocains 
etc.;  les  travaux  préparatoires  avaient  eu  lieu  en  1879  dans 
une  conférence  tenue  à  Tanger.  En  application  de  la  Con- 
vention de  Madrid,  un  règlement  dit  Teriîb,  ou  impôt  agri- 
cole, fut  établi  par  le  corps  diplomatique  d'accord  avec  le 
délégué  du  Sultan  le  3o  mars  1881  ;  ce  règlement  de  Ter- 
tîb  a  été  modifié  à  Tanger  le  23  mars  igo3.  En  application 
également  de  la  Convention  de  Madrid,  la  protection  fran- 
çaise fut  en  i883  officiellement  accordée  aux  Chorfâ 
d'Ouezzan. 

En  1886- 1887  (H.  i3o4),  il  convient  de  signaler  la  limita- 
tion au  seul  port  de  Tanger  du  droit  d'importation  du 
tabac,  moyennant  un  droit  d'entrée  de  10  p.  100  (2). 

Les  délégués  du  Sultan  à  Tanger,  depuis  Si  Mohammed 
Bargach,  ont  été  le  Hâdj  Mohammed  ben  El-Arbi  Et-Tor- 
rès,  Si  M'hammed  El-Guebbàc  et  le  Hâdj  M'hammed  ben 
Abdelkerîm  Et-Tâzi,  encore  en  fonctions.  En  outre,  des 
délégués  extraordinaires  étaient  quelquefois  envoyés  dans 
la  ville  pour  y  traiter  des  affaires  particulières;  de  ce 
nombre  on  peut  citer  le  Hâdj  Abdelkerîm  Bricha. 

En  1905  l'ambassade  Saint- René  Taillandier  fut  envoyée 
par  la  France  au  Sultan  du  Maroc  pour  lui  proposer  un 
programme   de    réformes.    L'Allemagne  s'opposa  violem- 

(i)  Cf.  i7ifra. 

(2)  Cf.  Le  Monopole  des  Tabacs  au  Maroc,  par  T»  Paquignon,  in  Revue  du 
Monde  musulman,  vol.  XIII,  n»  3,  pp.  8-22. 


sous    LES    ALAOUITES  Il5 

ment  à  cette  politique,  qui  ne  pouvait  manquer  d'assurer 
à  la  France  la  prépondérance  au  Maroc. 

Le  3i  mars,  tandis  que  l'ambassade  se  trouvait  à  Fès, 
l'empereur  Guillaume  11  débarquait  à  Tanger  à  ii  heures 
du  matin  et  déclarait  qu'il  venait  faire  une  visite  au  «  Sul- 
tan du  Maroc,  souverain  indépendant  ».  Reçu  au  débarca- 
dère par  Moulay  Abdelmalek  ben  Abderrahman,  oncle  du 
Sultan,  il  se  rendit  directement  à  sa  légation  sur  le 
Grand  Socco,  par  la  rue  de  la  grande  mosquée  et  celle  des 
Ciaghîn.  Une  fête  avait  été  préparée  au  Marchan,  où  avaient 
été  dressés  un  arc  de  triomphe  et  une  tente  d'honneur. 
Mais  le  séjour  de  l'Empereur  fut  très  court;  il  ne  se  rendit 
ni  à  la  Qaçba  ni  au  Marchan;  il  assista  seulement  à  une 
fantasia  sur  le  Grand  Socco,  devant  sa  légation. 

On  peut  ajouter  qu'en  tête  de  l'escorte  chérifienne  qui 
l'accompagnait  marchait  le  qâïd  Mac  Lean  et  que  les 
troupes  de  la  garnison  (1.200  hommes)  étaient  sous  les 
ordres  du  capitaine  instructeur  Fournie,  de  la  Mission  mi- 
litaire  française  au  Maroc. 

Vers  4  heures  de  Faprès-midi,  l'Empereur  quittait  Tan- 
ger à  destination  de  Gibraltar. 

Le  i5  janvier  1906  s'ouvrit  la  Conférence  d'Algésiras, 
à  laquelle  participèrent  :  l'Allemagne,  l'Autriche-Hon- 
grie,  la  Belgique,  l'Espagne,  les  États-Unis  d'Amérique,  la 
France,  la  Grande-Bretagne,  l'Italie,  le  Maroc,  les  Pays- 
Bas,  le  Portugal,  la  Russie  et  la  Suède.  A  cette  conférence 
la  France  était  représentée  par  MM.  Revoil,  ambassadeur, 
et  Regnault,  ministre  plénipotentiaire;  le  Maroc,  par  El- 
Hâdj  Mohammed  ben  El-Arbi  Et-Torrès,  représentant  du 
Sultan  à  Tanger;  El-Hâdj  Mohammed  ben  Abdessalâin  El- 
Moqri,  ministre  des  Finances;  El-Hâdj  Mohammed  Es-Sef- 
fâr  et  Si  Abderrahman  Bennis. 

En  application  des  décisions  de  la  Conférence  qui  insti- 
tuaient des  troupes  de  police  dans  les  postes,  il  fut  créé  à 


Il6  TANGER   ET    SA    ZONE        • 

Tanger  deux  tabors  de  police  chérifienne:  l'un  (n«  i),  ins- 
truit par  des  officiers  et  sous-officiers  français,  chargé  d'as- 
surer la  police  dans  la  zone  de  Tanger,  hors  des  remparts 
de  la  ville;  l'autre  (n«  2),  instruit  par  des  officiers  et  des 
sous-officiers  espagnols,  chargé  du  même  rôle  dans  la  par- 
tie de  la  ville  comprise  à  l'intérieur  des  remparts.  Les 
tabors  de  police  institués  dans  les  ports  par  la  Conférence 
devaient  être  inspectés  par  un  officier  supérieur  de  l'armée 
suisse  portant  le  titre  d'Inspecteur  général  et  résidant  à 
Tanger.  Après  l'établissement  du  Protectorat  en  1912  et  la 
suppression  des  troupes  de  police  dans  les  autres  ports, 
cette  inspection,  réduite  à  Tanger,  fut  confiée  à  Abdel- 
malek,  dernier  fils  de  l'émir  Abdelqader;  il  était  lui-même 
ancien  colonel  de  l'armée  turque;  en  19141!  déserta  son 
poste. 

Il  fut  créé  également  une  Banque  d'État  du  Maroc,  avec 
siège  social  à  Tanger.  Des  dispositions  diverses  furent 
prises  concernant  les  Services  et  Travaux  publics. 

Le  Service  de  la  Dette  marocaine  avait  été  créé  en  1904 
après  l'emprunt  négocié  en  France  par  le  Maroc. 

On  sait  que  le  3o  mars  1912  l'Empire  du  Maroc  est  passé 
sous  le  protectorat  de  la  France  et  que  le  26  novembre  de 
la  même  année,  la  France  a  reconnu  à  l'Espagne  une  zone 
d'influence,  dont  Tanger  ne  fait  pas  partie.  Tanger  et  sa 
banlieue  constituent  une  zone  distincte  dont  le  régime  doit 
être  déterminé  ultérieurement;  en  février  192 1  ce  régime 
n'est  pas  encore  établi. 

Les  relations  régulières  de  Tanger  avec  TEurope  datent 
de  la  fin  du  dix-huitième  siècle. 
Les  Consuls.  C'est  en  1795  que  pour  la  première  fois  on  y  trouve  un 

consulat  de  France  ;  il  fut  créé  par  un  décret  du  4  frimaire 
an  III  (25  novembre  1795)  en  remplacement  de  celui  de 
Rabat,  dont  l'extension  de  Mogador  avait  diminué  l'impor- 


sous   LES   ALAOUITES  •  I  ly- 

tance.  Le  premier  titulaire  du  poste  fut  Du  Rocher,  qui 
mourut  à  Cadix  en  1796,  en  allant  l'occuper;  il  eut  pour 
successeur  Guillet. 

Les  puissances  représentées  à  Tanger  en  i83o  étaient  les 
suivantes  :  Grande-Bretagne,  Danemark,  Suède,  France, 
Espagne,  Portugal,  Toscane,  Sardaigne,  États-Unis  d'Amé- 
rique. 

La  situation  des  consuls  à  Tanger  était  loin  d'être  ce 
qu'elle  y  est  devenue  depuis  :  en  butte  à  l'esprit  de  haine 
de  la  population,,  ainsi  qu'à  la  mauvaise  foi  et  à  la  morgue 
des  agents  du  Makhzen,  ils  n'avaient  rri  pouvoir  ni  pres- 
tige. C'est  ainsi  qu'en  1820  le  consul  de  France  Sourdeau 
reçut  un  coup  de  bâton  sur  la  tête,  tandis  qu'il  se  prome- 
nait le  long  du  port  ;  pour  éviter  la  punition  du  coupable, 
qui  était  un  chérif,  le  Sultan  crut  devoir  faire  appel  «  à  la 
charité  évangélique»  du  consul. 

Rien  n'est  plus  suggestif  à  cet  égard  que  les  manœuvres 
de  toutes  sortes  auxquelles  dut  avoir  recours  le  vice-con- 
sul Delaporte,  successeur  intérimaire  de  Sourdeau,  pour 
recevoir  et  rapatrier  René  Caillié,  revenant  de  Tom- 
bouctou. 

Arrivé  à  Tanger,  la  ville  «  la  plus  fanatique  de  toute 
l'Afrique  »,  le  7  septembre  1828,  René  Caillié  se  présenta 
au  consulat  de  France  le  lendemain  ;  à  la  sortie  du  consu- 
lat, il  dut  expliquer  à  son  muletier  qu'il  venait  de  recevoir 
l'hospitalité  d'un  «  bon  et  charitable  marabout  »  et  alla 
passer  la  nuit  dans  un  fondaq. 

Le  9  septembre,  à  la  nuit  tombante,  raconte  l'explorateur,  je  me 
présentai  de  nouveau  chez  M.  Delaporte  :  au  moment  où  j'entrais,  la 
domestique  ne  me  reconnut  pas  ;  elle  se  retira  en  arrière  en  jetant  un 
grand  cri  ;  aussitôt,  le  soldat  du  vice-consul,  qui  était  assis  dans  la 
rue,  entra  précipitamment,  et,  me  mettant  la  main  sur  l'épaule,  me 
demanda  ce  que  je  voulais,  et  qui  j'étais.  Je  fus  singulièrement  décon- 
certé. M.  Delaporte,  attiré  par  le  bruit,  descendit  ;  il  me  reconnut, 
mais  il  feignit  de  se   mettre  en  colère,  et  me  dit  même  des    duretés 

VILLES   ET   TRIBUS.  —   VII.  9. 


Il8  TANGER    ET   SA   ZONE 

pour  ne  pas  donner  de  soupçons  :  c  Laissez  aller  ce  chien  de  men- 
diant ;  que  veut-il  ?  Va-t'en.  »  Le  soldat  me  demandait  toujours  ce 
que  je  voulais  :  pour  me  tirer  de  ce  mauvais  pas,  je  dis,  en  considé- 
rant la  maison  comme  un  homme  qui  se  trompe:  «N'est-ce  pas  là 
que  demeure  Sidi  Mohamed  ?  Je  crois  que  je  me  trompe  »,  et  je  me 
retirai.  Le  soldat,  me  suivit  un  instant,  mais  comme  il  faisait  nuit,  il 
me  fut  facile  de  me  débarrasser  de  lui.  Revenu  au  fandac,  je  me  cou- 
chai par  terre  pour  me  remettre  de  l'émotion  que  ce  contre-temps 
m'avait  causée  ;  une  heure  après,  je  retournai  dans  la  rue  où  logeait 
M.  Dolaporte,  espérant  qu'il  aurait  envoyé  quelqu'un  à  ma  recherche 
pour  me  rassurer  ;  mais  je  ne  vis  personne.  Je  passai  une  nuit  bien 
agitée,  et  dormis  peu.  Lorsqu'il  fut  jour,  je  vins  me  placer  devant  la 
maison  du  vice-consul...  Je  m'assis  en  face  de  la  porte  d'un  pauvre 
cordonnier,  épiant  le  moment  où  je  pourrais  entrer  au  consulat  sans 
être  vu...  Le  vice-consul  me  témoigna  obligeamment  combien  il  était 
fâché  de  la  petite  scène  de  la  veille  ;  il  ne  me  dissimulait  pas  les 
craintes  qu'il  avait  pour  moi,  si  je  restais  plus  longtemps  dans  cette 
position  ;  cependant  il  ne  savait  comment  faire  pour  me  sauver,  et 
j'étais  encore  bien  plus  embarrassé  ;  sans  ses  secours,  je  ne  pouvais 
jamais  quitter  ce  pays.  Me  voyant  décidé  à  sortir  promptement  de  cet 
état  de  détresse  et  d'anxiété,  M.  Delaporte  me  .fixa  une  heure  de  la 
nuit  à  laquelle  je  pourrais  entrer  dans  le  consulat,  n'en  plus  sortir  que 
pour  m'embarquer,  et  voguer  vers  l'Europe.  Je  retournai  au  fandac, 
où  je  passai  le  reste  du  jour  ;  je  dis  aux  gens  que  ma  subite  dispari- 
tion aurait  pu  occuper,  que  je  voulais  me  rendre  à  Taone,  sur  la 
route  d'Alger  :  lorsqu'il  fit  tout  à  fait  nuit,  je  roulai  mon  sac  dans 
ma  couverture  pour  le  soustraire  à  tous  les  yeux,  et  je  me  rendis  à 
l'endroit  convenu  ;  un  moment  après,  je  vis  M.  Delaporte,  et  un  Juif, 
qui  venaient  me  chercher  pour  me  conduire  dans  l'asile  qui  m'était 
destiné.  J'entrai  au  consulat  par  une  porte  de  derrière  ;  on  me  donna 
une  bonne  chambre.  M.  Delaporte  me  fit  apporter  sur-le-champ  des 
habits  européens... 

Le  27  septembre  1828,  un  peu  avant  le  coucher  du  soleil,  on 
m^envoya  des  habits  de  matelot,  pour  que  je  pusse,  sous  ce  déguise- 
ment, me  rendre  à  bord  sans  danger.  Un  Maure  s'informa  qui  j'étais, 
disant  qu'il  ne  m'avait  pas  vu  débarquer  avec  les  autres;  le  Juif  qui 
m'accompagnait  lui  répondit  que  j'étais  un  Français  venant  de  Té- 
touân,  et  que  je  repassais  en  France  ;  il  ne  me  dit  plus  rien.  J'arrivai 
à  bord  de  la  goélette  /a  Légère   (i)... 

(i)  Journal  cTun  Voyage  à  Tombouctou  et  àJenné,  dans  iAJrique  Cen- 
trale, par  RenéCaillié.  Paris,  i83o;  t.  III,  pp.  1 33-140. 


sous   LES  ALAOUITES  IIQ 

Les  puissances  européennes  payaient  un   tribut  au  Sul-         Le  Tribut. 
tan  du  Maroc.  Chaque  consul  disposait  en  outre  de  som- 
mes et  de  cadeaux  qu'il  devait  remettre  aux  autorités  lo- 
cales, et  souvent  de  fonds  destinés  à  capter  les  influences 
politiques. 

«  Parmi  les  subsides  donnés  par  l'Angleterre  à  diverses 
puissances  de  1797  à  1814  inclusivement,  pendant  la 
guerre  contre  la  France,  le  Maroc  figure  pour  la  somme  de 
16.277  livres  sterling  ;  de  plus,  c'est  surtout  de  l'Angle- 
terre que  le  Maroc  recevait  ses  munitions  de  guerre  et  de 
marine...  En  outre,  400  livres  sterling  étaient  données 
chaque  année  au  consul  de  Tanger  pour  cadeaux  aux  auto- 
rités de  la  ville.  » 

En  1765,  la  république  de  Venise  payait  un  tribut  annuel 
de  10.000  sequins  (i)  par  l'intermédiaire  de  son  consul  à 
Tanger  ;  ce  tribut  fut  supprimé  lors  de  la  réunion  [de  Venise 
au  royaume  d'Italie.  A  la  même  époque  les  Pays-Bas  ver- 
saient à  Tanger  i5.ooo  talleri,  qui,  comme  pour  Venise, 
furent  supprimés  avec  l'incorporation  des  Pays-Bas  à  la 
France. 

La  France  ne  payait  pas  de  tribut  ûxq,  mais  ses  cadeaux 
s'élevaient  à  plus  de  10.000  talleri  ;  de  plus,  elle  versait 
100  talleri  par  an  au  couvent  des  Religieux  Espagnols  éta- 
blis à  Tanger. 

Le  tribut  du  Danemark  s'élevait  à  25.000  talleri  en  ij3'5. 
La  Suède,  d'après  le  traité  de  1763  avec  Sidi  Mohammed 
ben  Abdallah,  devait  payer  20.000  talleri,  mais  en  1771  le 
roi  Gustave  III  refusa  de  verser  un  tribut  fixe  et  se  réserva 
le  droit  de  faire  tous  les  deux  ans  un  cadeau  à  sa  conve- 
nance ;  ce  nouveau  régime  dura  jusqu'en  i8o3,  date  à 
laquelle  il  fut  convenu  que  la  Suède  verserait  chaque 
année,  le  jour  de  l'Ancera  (24  juin  de  l'année  julienne),  une 


(i)  Monnaie  d'or  italienne  qui  valait  de  ii  à  12  francs. 

(2)  Le  taliero  :  c'est  le  thaler  de  Marie-Thérèse  qui  valait  6  francs. 


120  TANGER    ET   SA    ZONE 

somme  de  20.000  talleri  et  remettrait  de  menus  cadeaux 
aux  autorités  locales. 

UEspagne,  en  vertu  du  traité  de  1767,  ne  payait  aucun 
tribut  fixe  ;  ses  cadeaux  ne  dépassaient  guère  i.ooo  talleri, 
sauf  en  de  rares  circonstances  où  ils  s'élevaient  à  des 
sommes  énormes.  Le  Portugal  ne  payait  aucun  tribut:  il 
offrait  seulement  un  petit  cadeau  en  cas  devenue  du  Sultan 
à  Tanger  ;  les  cadeaux  aux  autorités  locales  n'atteignaient 
pas  400  talleri  par  an. 

Le  premier  traité  de  la  Sardaigne  avec  le  Maroc  date  de 
1820;  le  traité  définitif  n'a  été  conclu  qu'en  1826,  après 
rétablissement  à  Tanger  "d'un  consulat  sarde  indépendant, 
qui  ne  payait  aucun  tribut,  mais  dont  les  cadeaux  étaient 
de  plus  de  800  piastres  par  an.  La  Toscane  ne  payait  rien, 
et  son  agent  à  Tanger  n'était  pas  rétribué. 

Les  États-Unis  d'Amérique  ont  conclu  leur  premier 
traité  avec  le  Maroc  en  1795,  traité  qui  devait  expirer 
après  cinquante  années  lunaires  ;  ils  ne  payaient  pas  de 
tribut,  mais  distribuaient  des  cadeaux  d'une  valeur  totale 
de  plus  de  1.200  piastres  par  an  (i). 

La  bataille  d'Isly,  en  1844,  débarrassa  le  chrétienté  du 
tribut  qu'elle  payait  au  croissant  marocain.  «  Les  intérêts 
du  moment,  dit  tristement  l'auteur  de  VIstiqçâ  en  parlant 
du  traité  de  Tanger,  amenèrent  le  Sultan  à  décharger  défi- 
nitivement le  Danemark  et  la  Suède  des  sommes  qu'ils 
versaient  annuellement  au  Gouvernement  Sublime,  et  qui 
étaient,  pour  le  premier,  de  25. 000  douros,  et,  pour  le  se- 
cond, de  20.000.  De  même,  il  abolit  diverses  autres 
charges  qui  lui  étaient  dues  par  d'autres  gouverne- 
ments (2).  » 

La  guerre  hispano-marocaine  de    1860  acheva  de  ruiner 

(i)  Graeberg  di  Hemso,    Specchio  di  Marocco.   Gênes,  1834,  pp.   232  et 
seq. 
(2)  Cf.  Archives  marocame^,  vol.  X,  p.  172. 


sous   LES   ALAOUITES  121 

le  prestige  du  Maroc  ;  à  partir  de  cette  date  la  représenta- 
tion des  puissances  européennes  se  renforce  à  Tanger,  où 
apparaissent  des  légations  ;  ces  légations,  sauf  celles  d'Al- 
lemagne et  d'Autriche-Hongrie,  ont  elles-mêmes  été  rem- 
placées vers  191 3  par  des  agences  diplomatiques  et  con- 
sulats généraux  ;  les  légations  d'Allemagne  et  d'Autriche- 
Hongrie  ont  été  fermées  en  août  19 14,  lors  de  la  guerre 
européenne. 

Les  puissances  représentées  à  Tanger  en  192 1  sont  les 
suivantes  :  la  Belgique,  l'Espagne,  les  États-Unis  d'Amé- 
rique, la  France,  la  Grande-Bretagne,  l'Italie,  les  Pays- 
Bas,  le  Portugal,  la  Russie  et  la  Suède. 

Le  Sultan  du  Maroc  est  représenté  dans  la  ville  par  un 
Nâïb,  El-Hâdj  M'hammed  ben  Abdelkerîm  Et-,Tâzi. 


TANGER 


LA  VILLE 


i»  Description    générale. 


Avant  d'étudier  Tanger  en  détails,  il  n'est  pas  inutile  Vue 

d'en  donner  rapidement  l'impression,  la  vue  d'ensemble.        d'ensemble. 

La  baie  magnifique,  terminée  à  l'E.  par  la  pointe  de 
Malabata  où  s'élève  une  ancienne  tour  de  vigie  et  à  l'Ouest 
par  la  Qaçba,  a  été  souvent  décrite  ;  c'est  la  seule  véritable 
baie  naturelle  de  toute  la  côte  marocaine  où  par  tous  les 
temps  les  bateaux  puissent  trouver  un  abri  à  peu  près  sûr  ; 
des  travaux  relativement  peu  coûteux  en  feraient  rapide- 
ment un  excellent  port,  placé  sur  un  des  points  les  plus 
passagers  de  la  navigation  mondiale. 

A  rO.  de  cette  baie,  en  dessous  de  la  Qaçba  dont  le 
minaret  octogonal  et  les  vieilles  tours  carrées  se  dessinent 
sur  l'horizon,  la  ville  s'étale  en  pente  jusqu'à  la  mer.  L'im- 
pression générale  est  que  c'est  une  ville  blanche  et,  mal- 
gré les  nombreuses  constructions  européennes  qui  aug- 
mentent chaque  jour,  l'aspect  en  est  celui  d'une  ville  indi- 
gène. 

Les  murailles,  dont  la  construction  se  ressent  naturel- 
lement des  différents  occupants  qui  se  sont  succédé  depuis 


120  TANGER   ET   SA   ZONE 

plusieurs  siècles,  commencent  à  disparaître  sous  les  mai- 
sons d'habitation  qui  les  ont  successivement  envahies  ; 
mais,  depuis  une  trentaine  d'années,  la  ville  a  débordé 
l'enceinte  et  se  répand  depuis  la  plage,  au  S.-E.,  jusqu'au 
Djebel  El-Kebîr  (la  Montagne),  à  TOuest,  dans  la  direc- 
tion du  Cap  Spartel,  l'Achbartil  des  Berbères,  PAmpélus- 
siumdes  anciens,  dans  les  jardins  et  les  bois  qui  séparent 
les  murailles  des  terres  de  labour  et  de  pâturage. 

Sauf  quelques  rares  maisons  de  rapport  à  plusieurs 
étages  et  quelques  édifices  officiels,  la  plupart  des  cons- 
tructions de  ces  quartiers  nouveaux  sont  des  villas  entou- 
rées de  jardins.  Une  riche  végétation  et  de  grands  arbres 
forment  encore  une  ceinture  de  verdure  autour  de  Tanger  ; 
malheureusement  la  spéculation  et  les  lotissements  qui  en 
sont  la  conséquence  naturelle  ont  déjà  commencé  à  dé- 
truire les  arbres,  pour  les  remplacer  par  des  immeubles. 

Le  quartier  de  la  Montagne  semblait,  par  sa  situation 
éloignée  du  centre  des  aff'aires,  devoir  échapper  à  cette 
destruction.  Cependant,  non  seulement  les  murs  y  rem- 
placent déjà  les  haies,  mais  de  très  beaux  parcs  avec  des 
arbres  de  haute  futaie  ont  été  détruits  par  des  indigènes 
riches,  qui  les  ont  remplacés  par  des  plantations  d'arbres 
fruitiers. 

Malgré  ce  vandalisme,  le  Djebel  El-Kebîr  est  encore  un 
charmant  endroit  de  villégiature.  Depuis  la  rivière  des 
Juifs  jusqu'au  Cap  Spartel,  tout  le  long  du  détroit,  c'est 
une  succession  de  bois  et  de  jardins;  la  petite  vallée  du 
Khandaq  Ouadras,  à  Agla,est  un  coin  ravissant,  oij  un  de 
nos  compatriotes  a  ajouté  aux  nombreux  arbres  qui  s'y 
trouvaient  des  plantations  d'essences  variées,  qui  en  font 
un  véritable  jardin  d'essai. 

La  Montagne  est  arrosée  par  un  grand  nombre  de 
sources  dont  plusieurs  sont  ferrugineuses,  et  sur  son  ver- 
sant méridional  de  jolis  villages,  parmi  lesquels  Ziaten, 
Khandaq  El-Gour,  Mediouna,  sont  construits  au  milieu  de 


LA   VILLE  127 

bois  parcourus  par  des  ruisseaux  d'eau  claire.  La  propriété 
européenne  commence  à  s'étendre  jusqu'à  cette  région, 
éloignée  de  la  ville  d'environ  i5  kilomètres. 

Le  centre  des  affaires  se  trouve  encore  aujourd'hui  dans 
Tenceinte  de  l'ancienne  ville,  la  Médîna,  et  le  forum  en  est 
une  petite  place  appelée  couramment  Petit  Socco,  c'est-à- 
dire  Petit  Soûq,  le  petit  marché,  et  que  les  indigènes  ap- 
pellent Soûq  El-Dâkhel,  le  Marché  Intérieur,  par  opposi- 
tion au  Soûq  El-Barra,  ou  Marché  Extérieur,  qui  se  trouve 
au  S.-O.  de  la  ville,  hors  des  murailles. 

Le  Petit  Socco,  qui  a  été  très  modifié  depuis  une  tren- 
taine d'années,  est  entouré  par  des  banques  et  des  cafés  ; 
c'est  là  que  se  reçoivent,  se  fabriquent  et  se  commentent 
les  nouvelles  et  que  se  font  les  affaires  ;  c'est  en  même 
temps  un  Forum  et  une  Bourse.  On  y  parvient  du  port  en 
suivant  la  voie  principale  qui  traverse  la  ville  de  l'E.  à 
à  ro.  et  dont  la  montée  assez  raide  conduit  au  Grand 
Socco  extérieur. 

Pendant  longtemps  cette  rue  a  été  la  seule  permettant 
d'aller  du  porta  l'extérieur  de  la  ville  :  le  renflement  formé 
par  le  Petit  Socco  était  alors  un  point  de  dégagement 
indispensable  pour  permettre  le  croisement  des  caravanes 
d'ânes  qui  transportaient  les  marchandises  du  port  ou  les 
y  amenaient. 

Il  est  vrai  que  le  mouvement  était  alors  beaucoup  moins 
important  qu'il  ne  l'est  devenu  plus  tard  et  on  se  souvient  en- 
core de  l'époque,  qui  n'est  pas  très  éloignée,  où  les  Oumana  de 
la  douane  n*y  descendaient  que  lorsqu'il  y  avait  un  bateau 
en  rade,  ce  qui  ne  se  produisait  pas  toutes  les  semaines. 

Depuis  bien  des  siècles,  le  centre  d'activité  de  Tanger 
n'a  pas  changé  et  se  trouve  toujours  au  Soûq  El-Dâkhel. 

D'après  les  projets  qui  attendent  depuis  longtemps  une 
réalisation  et  dont  il  sera  parlé  plus  loin,  le  port  doit  être 


128  TANGER   ET   SA   ZONE         * 

créé  au  fond  de  la  baie,  à  proximité  d'une  gare  de  chemin 
de  fer,  où  aboutira,  dit-on,  la  ligne  Tanger-Fès. 

Le  déplacement  du  port  vers  l'E.  déplacera  forcément 
le  centre  d'activité  de  la  ville  et  l'ancienne  cité  indigène, 
avec  ses  rues  étroites  et  ses  maisons  inconfortables  et 
sombres,  sera  complètement  abandonnée  par  la  popula- 
tion européenne. 

La  ville  d'affaires  occuperait  ainsi  le  S.  et  le  S.-E.  de 
la  ville  ancienne  et  s'élèverait  même  jusque  sur  les  pentes 
de  TAndjera.  La  ville  officielle  serait  à  peu  près  dans  le 
quartier  dit  des  légations,  c'est-à-dire  ceux  des  Maadi  et 
de  la  Mçalla.  Le  plateau  du  Marchan,  où  se  trouvent  déjà 
l'Institut  Pasteur,  la  Section  sociologique  et  les  hôpitaux 
français  et  anglais,  serait,  ainsi  que  la  Montagne,  réservé 
plus  particulièrement  aux  villas  et  aux  jardins. 

En  1889,  lorsque  le  Sultan  Moulay  El-Hasan  vint  à  Tan- 
ger, il  fut  vivement  impressionné  par  le  mélange  dans  la 
Médina  de  la  population  musulmane  avec  les  chrétiens  et 
les  juifs;  cette  promiscuité  de  nature  à  créer  un  rappro- 
chement apparut  au  Sultan  comme  un  danger  pour  l'au- 
torité du  Makhzen,  déjà  très  compromise  par  la  protection 
consulaire;  de  plus,  les  Oulama  qui  l'accompagnaient  la 
trouvaient  incompatible  avec  la  dignité  musulmane. 

Pour  remédier  à  cet  état  de  choses,  Moulay  El-Hasan 
avait  projeté,  ne  pouvant  expulser  les  infidèles  de  la  ville, 
d'en  faire  sortir  les  musulmans  et  de  faire  construire  pour 
eux  une  Médina  nouvelle  sur  le  plateau  du  Marchan,  qui 
fait  suite  à  la  Qaçba  à  TO.  de  la  ville.  La  cité  musul- 
mane aurait  été  ainsi  isolée  et  déplus  elle  aurait  dominé  la 
partie  de  la  ville  habitée  par  les  non-musulmans.  Il  en  a 
été  de  ce  rêve  islamique  de  Moulay  El-Hasan  comme  de 
bien  d'autres  :  c'est  lui  en  effet  qui,  pour  arrêter  la  pénétra- 
tion européenne,  avait  donné  l'ordre  aux  Oumana  de  ses 
douanes  de  racheter  à   n'importe  quel  prix  les  propriétés 


LA   VILLE  129 

acquises  par  des  étrangers.  Ils  en  ont  racheté  quelques- 
unes  et  on  affirme  que  ni  les  vendeurs  ni  les  Oumana  n'y 
ont  perdu  ;  aussi  a-t-il  fallu  bientôt  y  renoncer. 

Par  une  singulière  coïncidence,  ce  même  plateau  du 
Marchan  semble  aujourd'hui  l'endroit  préféré  par  les  mu- 
sulmans riches.  Outre  les  trois  villas  du  Chérif  d'Ouezzan, 
on  y  trouve  également  le  palais  d'El-Menebhi,  les  maisons 
du  Hadj  Idris  ben  Djelloul  et  de  l'Amîn  Ben  Zekri,  de 
Fès  ;  de  Rekina,  de  Tétouan  ;  la  belle  villa,  dans  un  ma- 
gnifique jardin,  du  Hadj  Mohammed  Et-Tâzi,  représentant 
du  Sultan  ;  celles  du  Pacha,  le  Hadj  Abdessalâm  ben  Ab- 
deççadaq,  de  Si  Qasem  Ed-Doukkali  ;  les  villas  du  Grand 
Vizir,  le  Hadj  Mohammed  El-Moqri,  et  celles  de  ses  fils; 
les  maisons  du  qâïd  Idris  Ech-Châoui,  de  Si  Abdelouahed 
Et-Tazi.  L'ancien  Grand  Vizir,  Si  M'hammed  El-Guebbaç, 
y  avait  commencé  une  grande  construction  restée  inachevée 
et  qu'il  vient  de  vendre  (1920).  Les  Bricha  de  Tétouan,  les 
Ghannâm  de  Rabat  y  ont  des  maisons  de  rapport  ;  enfin, 
dernièrement,  le  Hadj  Tahami  El-Glaoui,  Pacha  de  Mar- 
rakech, vient  d'y  racheter  tous  les  immeubles  de  la  Société 
Immobilière  du  Marchan  pour  plusieurs  millions. 

Lorsque  le  port  et  le  chemin  de  fer  seront  construits  et 
que  le  mouvement  de  la  ville  se  portera  complètement  au 
S.-E.  là  où  très  probablement  se  trouvait  l'ancienne  ville 
berbère  de  Tandja,  au  fond  de  la  baie,  la  ville  qui  est  main- 
tenant l'ancienne  ville,  c'est-à-dire  celle  des  conquérants 
qui  s'y  sont  succédé.  Phéniciens,  Carthaginois,  Romains 
Arabes,  Portugais  et  Anglais,  sera  très  probablement  aban- 
donnée dans  ses  murailles  à  la  population  pauvre  musul- 
mane et  juive  ;  dans  un  avenir  plus  lointain  elle  dispa- 
raîtra sans  doute  complètement  pour  être  modernisée  et  le 
souvenir  des  anciens  conquérants  ne  sera  conservé  que 
par  la  Qaçba  qui  la  domine  et  qui  seule  d'ailleurs  présente 
un  certain  intérêt  artistique. 


I  30  TANGER    ET   SA    ZONE      * 

Situation.  Tanger  s'élève  à  la  pointe  Ouest  d'une  grande  rade,  sur 

le  côté  Sud  du  détroit  de  Gibraltar,  à  lo  kilomètres  du 
Cap  Spartel.  Elle  se  trouve  entre  les  méridiens  g  et  9,  5o 
O.  et  les  parallèles  39,5o  et  40  N. 

Elle  comprend  l'ancienne  ville  indigène,  ou  Médina,  à 
l'intérieur  d'un  rempart,  et,  en  dehors  de  ce  rempart,  de 
nombreux  quartiers  de  construction  récente  et  qui  sont 
habités  soit  par  des  Européens,  soit  par  des  indigènes  mu- 
sulmans et  juifs  de  condition  aisée. 

La  Médina  affecte  la  forme  d'un  quadrilatère  et  se  dresse 
on  amphithéâtre  à  la  corne  N.-O.  de  la  rade,  face  à  la  pointe 
deMalabata  ;  elle  commence  presque  au  bord  de  la  mer  et 
s'élève  graduellement  jusque  sur  un  sommet  couronné  par 
une  grande  qaçba,  qui  la  domine  tout  entière.  Sa  largeur 
moyenne  est  de  35o  mètres  de  l'E.  à  l'O.,  sa  longueur 
de  55o  mètres  du  N.  au  S.  et  sa  superficie  de  25  hec- 
tares. Elle  est  habitée  exclusivement  par  des  musulmans 
dans  la  partie  haute,  par  des  Juifs  ou  des  Espagnols  de 
condition  modeste  ainsi  que  par  des  musulmans  dans  la 
partie  basse. 

La  Médina  est  prolongée  au  S.  par  des  agglomérations 
qui,  s'élevant  par  étages  depuis  le  bord  de  la  rade,  gagnent 
le  plateau,  qu'elles  couvrent  et  vont  déborder  par  endroits 
sur  le  flanc  opposé.  Ces  agglomérations  sont  dites  :  de  la 
Plage,  des  Maadi,  des  Souani,  de  la  Mçalla,  des  Çfaçef  (San 
Francisco)  et  du  Marché-aux-Bœufs  (Soûq  el-Baqar)  ;  le 
groupement  des  Béni  Makada,  sur  une  colline  isolée,  fait 
suite  aux  Souani  et  ferme  la  ville  au  S. 

D'autres  agglomérations  se  trouvent  sur  la  face  O., 
du  rempart.  Plus  à  PO.,  au  fond  et  sur  les  deux  versants 
d'une  vallée  dite  de  Hasnona,  on  remarque  de  nombreuses 
habitations  isolées  ou  en  groupes. 


LA    VILLE  l3l 

Au  N.,  un  quariier,  Sidi  Bou  Qnadel,  s'accroche  sur 
la  falaise  entre  la  mer  et  le  rempart. 

A  rO.  de  ce  quartier  s'étend  un  grand  plateau,  le 
Marchan,  dont  les  versants  portent  du  côté  de  la  mer  des 
maisons  et  villas  modernes  et,  à  l'O.  et  au  S.-O.,  deux 
agglomérations  indigènes  :  les  Dràdeb  et  le  Marchan. 

Au  delà  du  plateau  et  séparé  de  lui  par  une  vallée  du  nom 
d'OuedEl-Yhoud(RivièredesJuifs),un  village,  DjâmaEl-Mo- 
qra\  se  dresse  sur  la  pente  orientale  d'un  massif  appelé  Djebel 
el-Kebir  par  les  indigènes,  la  Montagne  par  les  Européens. 

De  nombreuses  villas  s'élèvent  en  outre  sur  les  flancs  et 
même  au  sommet  de  ce  massif,  face  à  la  ville,  au  détroit 
ou  à  la  campagne. 

La  ville  se  développe  principalement  vers  le  Sud  et  vers 
le  S.-E.,  le  long  de  la  plage.  Le  plateau  du  Marchan  et  sur- 
tout la  Montagne  semblent  devoir  devenir  des  quartiers  de 
plaisance. 

Il  est  difficile  d'évaluer  la  superficie  d'un  ensemble  dis- 
parate, où,  hors  des  remparts,  de  misérables  huttes  indi- 
gènes ou  des  baraques  habitées  par  des  Espagnols  pauvres 
voisinent  avec  des  maisons  européennes  de  belle  appa- 
rence et  entourées  de  parcs  magnifiques.  En  se  basant  sur 
le  plan  donné  ci-contre,  qui  englobe  des  quartiers  pas 
encore  bâtis,  on  peut  l'évaluer  à  91 5  hectares,  non  compris 
le  village  de  Djama  el-Moqra',  l'agglomération  deBoubana 
et  le  quartier  de  la  Montagne,  qui  n'est  pas  délimité  et  dont 
les  maisons  sont  disséminées  sur  de  grands  espaces  boisés  : 

Médina 25  hectares. 

Sidi  Bou  Qnâdel,  le  Marchan  et  ses  dépendances     .     .       140        — 
Espace  limité  extérieurement  par  la  route  de  la  mon- 
tagne, le  Chemin  des  Amoureux,  le  Boulevard   de 
Ceinture  et  la  route  de  Tétouan: 760        — 

Total  :  915  hectares. 


l32  TANGER    ET    SA   ZONE 

Les  remparts.  Le  rempart  qui  entoure  la  Médina  et  sa  qaçba  a  un  dé- 
veloppement de  2. 200  mètres  ;  il  est  construit  en  maçon- 
nerie et  comporte  par  endroits  des  créneaux  et  un  chemin 
de  ronde;  la  partie  inférieure  de  la  face  O.  est  doublée 
d*une  muraille  de  35o  mètres  de  long,  d'apparence  beau- 
coup moins  ancienne. 

D'après  Tissot,  le  rempart  recouvrirait  presque  partout 
une  enceinte  de  l'ancienne  Tingis  dont  il  ne  reste  plus  de 
traces.  Il  ne  reste  d'autre  part  aucun  vestige  de  murailles 
en  pisé  qui  auraient  été  construites  par  les  premiers  conqué- 
rants arabes.  Le  rempart  actuel  date  en  grande  partie  de 
l'époque  portugaise  (1471-1661)  ;  il  a  été  consolidé,  recons- 
truit par  endroits  et  réparé  par  les  Anglais  (1661-1684); 
des  restaurations  nouvelles  y  ont  été  faites  et  des  fortifica- 
tions ajoutées  par  les  sultans  alaouites  depuis  la  réoccupa- 
tion musulmane  de  la  ville. 

La  face  N.  du  rempart  s'étend  en  ligne  droite,  au 
sommet  de  la  falaise,  sur  une  longueur  de  600  mètres  et 
se  termine  à  chaque  extrémité  par  un  hordj^  dont  l'un  est 
bâti  sur  une  pointe  dominant  à  la  fois  la  rade  et  le  détroit, 
et  l'autre  à  l'extrémité  opposée. 

La  face  O.  a  une  longueur  de  760  mètres  et  se  déve- 
loppe presque  en  ligne  droite  également  et  en  direction 
N.-O.-S.-E.,  entre  ce  dernier  bordj  et  une  tour  d'angle,  la 
Tour  des  Irlandais,  face  à  l'entrée  d'un  cimetière. 

Sur  une  partie  de  son  parcours,  le  long  de  la  Qaçba,  le 
rempart  a  été  consolidé  il  y  a  quelques  années  par  des  con- 
treforts en  forme  d'arcades.  Dans  sa  partie  centrale,  il  est 
masqué  par  des  maisons  bâties  à  l'européenne  sur  l'empla- 
cement du  fossé  {hajîr),  ensuite  par  des  maisons  indigènes, 
des  magasins  et  par  le  marché  couvert. 

La  muraille  qui  double  le  rempart  sur  cette  face  com- 


CQ 


LA    VILLE  l33 

mence  à  hauteur  de  l'ancienne  Légation  de  France  ;  elle  se 
détache  de  ce  rempart,  file  vers  l'O.  sur  une  vingtaine 
de  mètres,  oblique  vers  le  S.,  clôturant  la  Rahbat  ez-Zera 
(Marché-aux-Grains),faitun  coudeàBâb  el-i\larchan, longe 
le  jardin  de  l'ex-légation  d'Allemagne,  tourne  vers  le  S.É. 
est  coupée  par  Bàb  el-Fahç  et  par  la  rue  de  Fès  et  arrive  à 
Bâb  el-Plaça  (Porte  du  marché  couvert)  ;  à  partir  de  cette 
porte  elle  est  parallèle  au  rempart  jusqu'à  hauteur  de  la 
Tour  des  Irlandais,  où  elle  va  le  rejoindre. 

Entre  le  rempart  et  cette  muraille,  qui  d'ailleurs  est  ac- 
tuellement démolie  par  endroits,  se  trouvent  :  une  petite 
place  où  sont  vendus  les  objets  et  effets  d'occasion  et  qui  est 
dite  Soûq  el-Bargha^în,  —  la  rue  de  Fès,  avec  les  maisons 
et  magasins  qui  la  bordent  à  droite  et  à  gauche  et  qui  sont 
construits  sur  l'ancien  Soûq  es-Semmarîn  (place  des 
maréchaux-f errants),  —  le  Marché  couvert  (Plaça),  des 
marchés  divers,  l'ancien  abattoir  (Gowrna)  et  l'ancienne 
Makinat  es-Soultan. 

Le  Soûq  el-Berghazîn  et  la  rue  de  Fès  sont  en  outre  sé- 
parés par  un  mur  reliant  la  muraille  à  un  bastion  en 
ruines  adossé  au  rempart  ;  contre  ce  mur  sont  établis  des 
magasins. 

De  la  Tour  des  Irlandais  le  rempart  oblique  directement 
vers  le  N.-E.  (25o  mètres),  pour  remonter  ensuite  vers  le 
N.,  où,  après  un  parcours  irrégulier,  il  va  rejoindre  le 
bordj  qui  domine  la  rade  et  le  détroit  (600  mètres).  Cette 
dernière  partie  du  rempart  est  postérieure  à  l'époque  por- 
tugaise, Tancienne  muraille  ne  reparaissant  que  par  frag- 
ments ;  la  première  partie  et  la  Tour  des  Irlandais  elle- 
même  ont  été  restaurées  récemment.  Le  propriétaire  d'un 
immeuble  contruit  contre  cette  muraille  restaurée  vient 
dV  percer  une  fenêtre  ornée  d'un  balcon. 


VILLES    ET    TRIDUS. —   VII.  10 


1 34  TANGER  ET   SA.  ZONE 

Les  Portes.  Le  rempart  comporte  plusieurs  portes^  qui  sont  : 

Bâb  el-Qaçba,  près  de  la  corne  N ord- Ouest  ;  elle  donne 
accès  de  l'extérieur  à  la  Qaçba  et  s'ouvre  de  l'intérieur  sur 
le  plateau  du  Marchan.  Dans  certains  plans  et  croquis  elle 
est  appelée  improprement  Bâb  el-Marchan,  nom  que  lui 
donnent  également  les  habitants  de  la  Qaçba  ;  du  temps 
de  l'occupatio-n  anglaise  elle  était  dite  Peterborough  Gâte. 

Bâb  et-Tourkia,  ou  Bâb'Am  et-Tourkia  (la  Porte  de 
l'année  du  Maïs),  porte  nouvelle  construite  en  mars  1920, 
à  260  mètres  au  Sud  d«  la  précédente  ;  elle  s'ouvre  d'un 
côté  sur  le  quartier  de  Sidi  Ali  ben  Hamdoûch,  de  l'autre 
sur  un  carrefour.  Son  nom  lui  vient  du  fait  que,  par  suite 
de  la  pénurie  extrême  des  vivres  au  début  de  1920,  les  indi- 
gènes ont  dû  substituer  le  maïs  au  blé  dans  leur  alimen- 
tation. 

Bâb  Rahbat  e^-Zera  ed-Dâkhiliya,  porte  de  construc- 
tion récente,  percée  à  hauteur  de,  l'ancienne  légation  de 
France  ;  elle  s'ouvre  sur  la  Rahbat  ez-Zera  (Marché  aux 
grains). 

Bâb  eÇ'Ciaghîn,  au  haut  de  la  rue  du  même  nom  ;  cette 
porte,  appelée  autrefois  Bâb  el-Fahç,  est  actuellement 
démolie  ;  elle  était  gardée  par  deux  bastions  (Katherine 
Fort),  dont  un  subsiste  encore. 

Sur  la  muraille  qui  double  le  rempart  depuis  l'ancienne 
légation  de  France  jusqu'à  la  Tour  des  Irlandais,  on 
compte  huit  portes  : 

Bâb  Rahbat  e^-Zera  el-Barraniya;  elle  est  située  en  face 
de  Bâb  Rahbat  ez-Zera  ed-Dâkhiliya  et  met  le  marché  aux 
grains  en  communication  avec  la  route  du  Marchan  (rue 
du  Télégraphe- Anglais). 

Bâb  el-Ma7xhan  ;  elle  s'ouvre  du  Soûq  el-Berghazîn  sur 
la  route  qui  mène  au  Marchan  et  à  Bâb  el-Qaçba  ;  elle  a 


Porte   de   la    Qaçba  dite  également  Bab  Marchan. 
(Vue  intérieure). 


Phot.  Coffin. 


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"  .»<   *''■ 


LA   VILLE 

été  construite  en   1860,  lors  de  la  guerre  hispano-ma 
caine,  pour  barrer  éventuellement  l'accès  du  Marchan. 

Bab  Rahbat  e\-Zera  el-Fouqaniya;  elle  touche  d'un 
côté  à  la  précédente,  de  l'autre  au  bastion  adossé  au  rem- 
part dont  il  a  été  parlé  plus  haut;  elle  fait  communiquer 
le  Marché  aux  grains  avec  le  Soûq  el-Barghazîn. 

Bâb  eUFahç^  entre  le  Soûq  el-Barghazîn  et  le  Soûq  el- 
Barra  (Grand  Socco)  ;  elle  a  été  reconstruite  vers  1900. 

Bâb  el'Plaça  ;  elle  s'ouvre  du  marché  couvert  sur  le 
Soûq  el-Barra.  Entre  Bâb  el-Fahç  et  Bâb  el-Plaça,  dis- 
tantes d'environ  70  mètres,  la  muraille  a  été  coupée  par  la 
rue  de  Fès,  percée  vers  191  o. 

Deux  portes  de  dirhensions  plus  restreintes  donnent 
accès  de  l'extérieur  aux  marchés  qui  se  tiennent  dans  le 
fossé  du  rempart,  une  autre  à  l'ancienne  Makinat  es-Soul- 
tan. 


Le  mur  transversal  qui  relie  la  muraille  au  rempart, 
de  Bâb  Rahbat  ez-Zera  el-Fouqaniya  à  Bâb  el-Fahç,  com- 
portait une  porte  faisant  communiquer  le  Soûq  es-Sem- 
marin  (rue  de  Fès)  avec  le  Soûq  el-Barghazîn  ;  elle  est  rem- 
placée de  nos  jours  par  deux  portes  jumelles. 

L'ensemble  formé  par  Bâb  Rahbat  ez-Zera  el-Fouqa- 
niya, Bâb  el-Marchan,  Bâb  el-Fahç  et  les  deux  portes- 
jumelles,  qui  s'ouvrent  toutes  sur  le  Soûq  el-Barghazîn, 
porte  improprement  le  nom  de  Carrefour  des  Trois- 
Portes. 

La  face  Sud-Est  du  rempart  n'est  percée  que  d'une 
seule  porte,  Bab  el-Merikan,  construite  en  janvier  191 1  et 
qui  a  remplacé  une  poterne  obstruée  avec  de  gros  blocs  de 
pierre  :  elle  est  a  l'extrémité  de  la  rue  où  se  trouve  le  con- 
sulat général  d'Amérique. 


Bâb  ed-Droûdj.  —  Sur  la  face  de  la  rade,  près  d'une 


l36  TANGER   ET   SA   ZONE  • 

tour  ronde,  le  rempart  est  surmonté  d'une  porte  neuve  ; 
à  cette  porte  fait  suite  un  grand  escalier  en  maçonnerie 
construit  depuis  1904  et  qui  aboutit  à  une  rue  en  contre- 
bas passant  par  la  porte  ci-après. 

Bâb  Dâr  ed-Debâgh  (Porte  de  la  Tannerie),  ou  Bâb  el- 
B'har  (Porte  de  la  Mer)  ;  cette  porte  est  d'apparence  très 
ancienne  et  se  trouve  en  contre-bas  de  la  tour  ronde,  près 
du  grand  escalier  ;  elle  est  surmontée  d'un  chemin  de 
ronde  en  pente,  visible  derrière  les  créneaux  ;  elle  doit  son 
nom  à  une  tannerie  installée  à  l'extérieur,  vis-à-vis  d'une 
fontaine.  Avant  la  construction  du  terre-plein,  elle  s'ou- 
vrait sur  la  plage. 

Bâb  el-Marsâ  (Porte  du  Port  ou  de  la  Marine)  ;  elle  fait 
communiquer  la  ville  avec  les  magasins  de  la  douane  et 
le  port. 

Le  rempart  Nord  n'a  qu'une  seule  porte,  Bâb  er-Ràha 
(î^5^l^-^l),  construite  en  mars  1920  près  de  l'angle  Nord- 
Est  de  la  Qaçba  ;  elle  s'ouvre  d'un  côté  sur  une  place,  dite 
du  Bît  el-Mâl,  de  l'autre  sur  le  détroit  de  Gibraltar,  qu'elle 
domine  du  haut  de  la  falaise  :  les  indigènes  vont  s'y  repo- 
ser en  contemplant  la  mer  et  la  côte  andalouse,  d'où  son 
nom  de  Bâb  er-Râha,  la  Porte  du  Repos. 

Les  Bordjs(i).         A  l'angle  Nord-Ouest  de  la  Qaçba  se  dresse  le  Bor^dj  en- 
Naam  (Fort  des  Autruches)  ;  la  plate-forme  en  est  armée 

(i)  Tanger  est  défendu  par  un  système  de  forts,  dont  les  plus  considérables 
par  l'armement  sont  le  Bordj  en  Na*am,  le  Bordj  Dâr  el-Baroûd  et  le  Bord 
El-Hadjoui,  qui  sont  armés,  chacun,  entre  autres  de  deux  gros  canons  Arms- 
trong,  de  20  tonnes. 

Ces  six  canons  ont  été  importés  de  Gibraltar  vers  1880  ;  ils  étaient  servis 
par  une  équipe  d'artilleurs  instruits  par  un  Anglais,  le  qâïd  Silva.  Certains 
indigènes  prétendent  que  Moulay  Ha.san  fit  tirer  une  des  pièces  sur  une 
cibie  placée  à  la  pointe  de  Malabata.  Budgett  Meak in  affirme  qu'elles  n'ont 
pas  tiré;  le  Sultan  «  ordonna,  dit-il,  de  faire  tirer  l'un  des  canons;  il  était 
amusant  d'assister  à  la  scène,  comme  je  le  fis,  et  d'écouter  les  raisons  et 
excuses  données  au  Sultan  pour  ne  pas  exécuter  son  ordre.  »  (Cf.  The  land 
of  the  Moors,  by  Budgett  Meakin,  p.  99.) 


4. 

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LA   VILLE  l3y 

de  deux  canons  Armstrong  faisant  face  à  la  mer.  A  côté 
de  cette  batterie,  dont  l'entrée  se  trouve  dans  la  Zanqat  et- 
Touîla,  s'élève  actuellement  la  caserne  du  Tabor  de  police 
urbaine.  Le  Bordj  en-Na'am  doit  son  nom  au  fait  qu'on  y 
avait  enfermé  des  autruches  ;  il  s'appelait  auparavant 
Bordj  Ben  Dahmân. 

Deux  autres  batteries  sont  établies  non  loin  de  ce  bordj, 
au-dessus  de  Bâb  el-Qaçba,  l'une  à  droite,  l'autre  à  gauche  ; 
elles  commandent  de  leurs  vieux  canons  de  fonte  le  pla- 
teau du  Marchan  et  la  vallée  et  défendent  l'entrée  de  la 
Qaçba.  L'ensemble  de  ces  deux  batteries  constitue  le  Bordj 
Ben  Amar. 

Un  système  de  fortification  qu'il  est  maintenant  diffi- 
cile de  reconstituer  se  trouvait  à  hauteur  de  l'ancienne 
Bâb  eç-Ciaghîn  ;  il  était  appelé  par  les  Anglais  Katherine 
Fort,  ou  Fort  de  Catherine.  On  a  vu  plus  haut  qu'en  1684 
les  Anglais  firent  sauter  une  partie  des  fortifications  de  la 
ville  ;  du  Fort  Catherine  il  n'était  resté  que  deux  bastions, 
situés  à  droite  et  à  gauche  de  la  porte  :  l'un,  celui  qui 
touche  au  marché  aux  grains,  est  presque  entièrement 
détruit,  mais  on  y  remarque  encore  les  restes  d'une  échau- 
guette  ;  l'autre  existe  encore  et  recouvre  une  casemate.  Les 
autres  fortifications  qui  complétaient  le  système  ont,  après 
l'occupation  musulmane,  fait  place  à  des  murs  crénelés. 

Irish  Tower,  ou  Tour  des  Irlandais,  est  un  bastion 
carré,  bâti  à  l'angle  Sud-Ouest  du  rempart  ;  on  n'y 
remarque  de  nos  jours  ni  porte  ni  fçnètre  et  le  couronne- 
ment en  est  démantelé  ;  des  maisons  indigènes  s'adossent 
à  la  face  interne  de  la  tour.  D'après  la  tradition  locale,  la 
tour  des  Irlandais  servait  aux  musulmans  de  magasin 
d'artillerie  ;  le  Makhzen  ayant  voulu,  il  y  a  trente  ans,  en 
retirer  les  canons,  on  dut  les  hisser  avec  des  treuils  par- 
dessus le  couronnement. 


l38  TANGER   ET   SA    ZONE  * 

Hors  du  rempart  Sud-Est,  au  delà  du  fossé  actuellement 
transformé  en  route,  se  trouve  une  demi-lune  qui  com- 
mandait la  direction  de  la  plage  ;  on  remarque  encore  sur 
le  rempart  une  poterne  murée,  par  laquelle  on  descendait 
dans  le  fossé  pour  se  rendre  à  cette  demi-lune. 

Un  peu  plus  bas,  un  souterrain  voûté  faisait  communi- 
quer la  place  avec  le  pied  du  rempart  ;  il  venait  déboucher 
là  où  commence  actuellement  la  maison  Renschausen. 

Du  côté  de  la  rade  le  rempart  porte  quatre  fortifications, 
qui  sont  du  Nord  au  Sud  :  Bordj  Dâr  el-Bâroûd,  Bordj  es- 
Salâm,  Bordj  Ech-Cherrât  et  Bordj  El-Hadjoui. 

Le  Bordj  Dâr  el-Bâroûd,  sur  une  pointe,  à  l'angle 
Nord-Ouest  de  la  rade,  est  ainsi  nommé  parce  qu'il  conte- 
nait la  poudrière;  c'est  l'ancien  York  Castle  des  Anglais. 
Il  est  armé  de  2  canons  Armstrong,  de  4  canons  d'un 
modèle  ancien  et  de  plusieurs  autres  canons  de  fonte, 
sans  valeur.  Au  Bordj  Dâr  el-Bâroûd  est  installée  actuel- 
lement la  batterie  de  salut.  H  s'y  trouve  en  outre  divers 
locaux  alïectés  au  casernement  d'une  compagnie  de  troupes 
chérifîennes.  La  poudrière  a  été  transférée  par  Moulay 
Abderrahmân  sur  la  côte  du  Marchan  et  de  nos  jours  au 
Bordj  Bou  Ameïr  au  bord  du  détroit,  hors  de  la  ville. 

Le  Bordj  es-Salâm,  au  Sud  du  précédent,  étale  en  arc 
de  cercle,  face  au  wharf,  une  magnifique  batterie  de 
29  canons  de  bronze,  visible  de  tous  les  points  de  la 
rade  :  ces  canons^  alignés  comme  des  trophées,  ont  tous 
été  pris  à  l'ennemi  ou  livrés  en  tribut  ;  en  voici  la  liste 
complète  (du  Sud  au  Nord). 

Si,  Canon  portugais  ;  Dom  Afonso  VI 1661 

2.  —      espagnol-flamand lôSg 

3.  —     français  (Comte  de  Tonlouze,  Admirai  de  France)   .  1692 

4.  —     portugais;  Joanes  V lySS 


Inscription  du  canon  Saadien  de  Moulay  Zeïdan. 

Piiot.  de  la  Section  Sociologique. 


LA   VILLE  l39 

5.  Canon  portugais  ;  Joanes  V sans  date. 

6.  —  —  Joao  V 1710 

7-      —  —  Joseph  ï«'(i) 1753 

8.  —  —  Dom  Afonso  VI 166 1 

9.  —       espagnol  ;  Philippe  IV i663 

JO.       —  —  —       . i663 

11.  —      portugais;  Joseph  I^"^  (i) 1753 

12.  —  —  —        (i) 1753 

i3.      —  —  Joao  IV     ....  (sans  date;  de  1640  à  1 656). 

14.  Canon  saadien  de  Moulay  2idân.  Ce  canon  porte  l'inscription  sui- 
vante, en  deux  lignes  séparées  par  la  khanfoûsa,  ou  sceau  manuel 
du  Sultan  : 

^    J>\    4iJl  jl    jla>J    UV^    ^J^  jJ>\  ^  Ajiil  J^  dX^  ^\ 

i3o3   C«»      4JJI 

Fabriqué  par  ordre  du  serviteur  de  Dieu^  l'Émir  des  croyants^ 
Notre  Maître   Zidân  par  Dieu,  fils  de    l'Émir  des  croyants, 

Notre  Maître  Ahmed,  fils  de  l'Émir  des   Croyants,  Notre  Maître 
Mohammed  Ech-Chaikh;  puisse  Dieu  Vassister.  An  i303  (2). 

Au-dessous  de  cette  inscription  on  lit  la  date  grégorienne  1626  (2). 
Autour  de  la  culasse,  en  caractères  romains  : 

Willem.  Wegewaert.  Me.  Fecit.  Hagae.  (Willem  Wegewaert  m'a 
fabriqué.  La  Haye). 

N"  du  canon  :  4696. 

On  a  donné  ci-contre  l'estampage  de  l'inscription  arabe. 

(i)  Ce  canon  est  cité  par  L.  A.  Berbrugger,  dans  les  Colonnes  d'Hercule. 
Constantine  et  Paris,  i863,   pp.  69  et  70. 

(2)  Les  dates  hégirienne  i3o3  et  grégorienne  1625  ne  concordent  pas  entre 
«lies  et  la  première  est  historiquement  fausse. 

D'après  les  Sources  inédites  de  l'Histoire  du  Maroc,  par  le  comte  Henry 
de  Castries  (Première  série;  dynastie  saadienne  ;  archives  et  bibliothèques 
des  Pays-Bas  ;  t.  111,  pp.  5oi,  47761  533),  la  seule  partie  de  la  correspondance 
relative  à  des  canons  entre  Moulay  Zîdân  et  les  États  Généraux  est  de  io33. 
Il  faut  donc  lire  io33  au  lieu  de  i3o3. 

La  date  hégirienne  io33  correspond  à  la  période  grégorienne  du  25  octobre 
1623  au  i3  octobre  1624.  Il  s'ensuit  que  la  date  1625  donnée  par  l'inscription 
est  également  inexacte  ;  le  chiffre  5  est  d'ailleurs  mal  formé  ;  il  faut  lire  pro- 
bablement 1623.  Cf.  l'estampage  ci-contre. 


140  TANGER    ET    SA    ZONE  • 

i5.  Canon  du  roi  de  Naples 1607 

16.  Canon  portant  près  de  la  gueule  cette  inscription  arabe  : 

Fabriqué  pour  Moulay  Mohammed  Ech-Chér if ,  puisse  Dieu  lui  don- 
ner un  règne  puissant  ! 

A  la  culasse  : 

4^^Ujfc*J*j     •^-^«^•^j    (V***     C        7?^'    {sic)   ysLji    Jl«^ 
Fabriqué  par  Mançour  le  Renégat  en  95S  (J.-C.  1645). 

17.  Canon   portugais;  on  y  remarque  sculpté  en   relief  un  homme 
armé  d'un  bouclier  et  d'une  massue;  au-dessous  on  lit  :  Louis. 

18.  Canon  espagnol Barcelone,  1 3  avril     1780 

19.  —  portugais  ;  Dom  Afonso  VI 1664 

20.  —            —          Joanes  V 1737 

21.  —  anglais 1722 

22.  —  espagnol  ;  Philippe  V 1726 

23.  —            —           Barcelone,  1780 

24.  —             —           Séville,  1779 

25.  —            —          Philippe  V 1743 

26.  —            —            Séville,  1780 

27.  —  napolitain i636 

28.  —      sans  date,  «  offert  en  hediya  (cadeau)  par  le  roi  de  Suède 
Gustave  III  >  (1771-1796)  : 

OWi  jlL>«jP     A>^    jlial-»    -^/V    ^-^ 
29-  Canon  identique  au  précédent  et  portant  la  même  inscription. 

Le  Bordj  es-Salâm  était  anciennement,  comme  son  nom 
l'indique,  la  batterie  de  salut.  On  n'y  tire  plus  de  nos  jours 
que  les  salves  de  Ramadhan  avec  une  pièce  de  yS  Schnei- 
der, qui  a  été  adjointe  à  la  batterie. 

Il  est  signalé  dès  1790  sous  le  nom  de  Bordj  Ben  Allai, 
qu'il  porte  encore  en  i8o5;  en  i865  il  était  dit  Bordj  Cha- 
chou.  Ces  appellations  diverses  lui  viennent  des  divers 
qâïds  qui  ont  commandé  successivement  la  batterie. 


LA   VILLE  141 

Le  Bord)  Ech-Cherrât  se  trouve  en  avant  et  en  contre- 
bas du  précédent;  il  est  désarmé  depuis  une  vingtaine  d'an- 
nées et  on  n'y  remarque  plus  que  la  plate-forme,  dont  les 
casemates  sont  utilisées  par  la  douane. 

Le  Bord)  El-Hadjoui  fait  suite,  au  S.,  au  Bordj 
Ech-Cherràt.  Il  portait  anciennement  le  nom  de  Bordj 
Top'hana,  ou  Bordj  de  la  Batterie  d'artillerie.  Comme 
celui  de  Dâr  el-Bâroûd,  il  est  armé  de  deux  Armstrong  et 
de  vieux  canons  sans  valeur. 

Le  Bord)  Bou  'Ameïr  (Fort  des  Émouchets)  est  situé 
hors  de  la  ville,  sur  le  bord  du  détroit,  entre  la  pointe  N.-O. 
de  la  rade  et  l'embouchure  de  la  Rivière  des  Juifs.  Une 
de  ses  pièces  passe  pour  avoir  coulé  un  vaisseau  de  guerre 
français  lors  du  bombardement  de  1844.  ^^  bordj  sert 
actuellement  de  poudrière  ;  il  est  de  constrution  relative- 
ment récente  et  c'est  à  tort  que  les  Européens  Tattribuent 
aux  Portugais. 

Les  autres  forts  de  Tanger,  sans  aucune  utilité  ni  valeur, 
achèvent  de  tomber  en  ruines:  ce  sont  leBordj  El-Ghan- 
doûri,  près  du  lazaret,  et  le  Bordj  el-Mayiâr,  à  la  pointe 
de  Malabata. 

Une  ligne  de  fortins  a  été  établie  de  nos  jours  par  le  ta- 
bor  de  police  extra  urbaine  pour  protéger  la  ville  contre 
toute  incursion  de  tribus. 

La  principale  rue  delà  Médina  est  celle  des  Ciaghîn,  pro-  Leg  Rues.  % 
longée  à  l'O,  par  la  rue  de  Fès  et  le  Soùq  el-Barra,  à 
l'E.  par  je  Soûq  ed-Dakhel  (Petit  Socco) ,  la  rue  de  la  Grande- 
Mosquée,  qui  mène  à  Bâb  el-Marsa,  et  par  la  rue  de  la 
Légation  d'Espagne,  dite  encore  de  la  Poste  Française, qui 
traverse  la  Hofrat  Ben  Ech-Cherqi  et  mène  à  Bâb  ed-Droûdj, 
vers  le  front  de  mer. 


142  TANGER  ET   SA   ZONE 

Cette  artère  centrale  traverse  entièrement  la  ville  de  l'O. 
à  l'E.,  presque  en  ligne  droite;  c'est  une  des  plus  an- 
ciennes de  la  ville  et  elle  est  portée  sur  les  cartes  datant  de 
l'occupation  portugaise. 

De  chaque  côté  viennent  aboutir,  du  N.  au  S.  et  du 
S.  au  N.,  des  rues  venant  des  divers  quartiers  de  la  ville 
et  dont  les  principales  sont  : 

La  Aqbat  El-Francés,  prolongée  au  N.  par  la  Aqbat  e^- 
Zeïda,  dont  elle  est  séparée  par  la  place  de  la  Seqaïa  Dje- 
dida  (Fuenta  Nueva).  Cette  artère  dessert  les  quartiers  des 
Djenan  el-Qarptan,  des  Gzennaïa,  de  la  Seqaïa  Djedida  et 
du  Dherb  El-Medououar;  la  Aqbat  ez-Zeïda  est  doublée 
d'une  rue  parallèle,  longeant  le  rempart; 

La  rwe  des  Chrétiens  et  la  rue  de  la  Qaçba,  qui,  comme 
les  deux  précédentes,  se  prolongent  l'une  Tautre;  elles  des- 
servent la  Qaçba,  l'Amrah,  l'Oued  Ahardan  et  l'ancienne 
Qaïceriya; 

Le  Dherb  el- Bord),  qui  descend  de  Dâr  el-Baroud,  longe 
le  rempart  et  aboutit  à  Bâb  el-Marsa  ; 

Un  ensemble  de  ruelles  sans  appellation  distincte  venant 
du  quartier  des  Béni  Ider,  au  Sud,  et  dont  le  groupe  le 
plus  important  vient  aboutir  au  Soûq  ed-Dâkhei. 

En  outre,  des  voies  transversales  sillonnent  la  ville  de 
rO.  à  l'E.  On  peut  citer  celles  qui  empruntent  d'une  ma- 
nière générale  la  dépression  faisant  suite  à  la  vallée  de  Has- 
nona  et  qui  vont  de  Bâb  et-Tourkiya  à  Bâb  el-Marsa  en 
passant  par  la  Seqaïa  Djedida,  POued  Ahardan  et  le  Dherb 
el-Oued  ;  la  voie  la  plus  directe  pour  se  rendre  de  Seqaïa 
Djedida  à  Bâb  el-Marsa  passe  par  le  Qaous  Ed-Doukkali  et 
la  Zanqat  Et-Torrès. 

La  Aqbat  el-Oua^^aniya  fait  communiquer  la  Qaçba 
avec  le  quartier  de  Dâr  el-Baroud,  en  passant  par  le  quar- 
tier d'Agmar;  elle  aboutit  à  la  Gara,  petite  place  où  com- 
mence le  Dherb  el-Bordj. 


LA  VILLE  143 

Hors  de  la  Médina,  à  l'C,  une  rue  parallèle  au  rempart 
mène  de  Bâb  el-xMarchan  à  Bâb  el-Qaçba;  elle  est  dite  du 
Télégraphe- Anglais  ;  au  delà  du  carrefour  de  Bâb  et-Tourkiya 
elle  s'achève  en  pente  très  raide  {Côte  du  Télégraphe  An- 
glais des  Européens,  Aqbat  el-Kharrouba  (i)  des  indi- 
gènes. La  rue  du  Télégraphe-Anglais  est  appelée  par  les 
indigènes  Tarîq  el-Marchan,  ou  Route  du  Marchan  ;  mais 
la  route  du  Marchan  proprement  dite  part  du  carrefour  de 
Bâb  et-Tourkiya  et  oblique  ensuite  versle  N.-O.,  oùellese 
continue  jusqu'au  plateau  en  pente  assez  raide  (Paseo  Ce- 
narro  des  Espagnols,  Côte  du  Marchan,  Aqbat  el-Mar- 
chan). 

Du  Soûq  el-Barra  une  rue,  dite  rue  la  Plage,  mène  vers 
la  mer  en  bordant  d'abord  le  rempart  O. ,  ensuite  le  quartier 
des  Brâmel. 

La  rue  des  Remparts  longe  à  l'extérieur  le  rempart  S.-E. 
et  joint  la  rue  de  la  Plage,  entre  le  rempart  et  le  cimetière 
juif,  à  la  rue  de  la  Douane. 

A  l'E.  de  la  ville,  la  rue  de  la  Douane  et  le  Terre-Plein  du 
du  port  sont  prolongés  vers  le  fond  de  la  rade  par  le  boule- 
vard du  Front-de-xMer. 

Enhn  le  Soûq  el-Barra  est  un  vaste  carrefour  où  conver- 
gent toutes  les  routes  et  rues  desservant  les  quartiers  exté- 
rieurs :  la  Route  de  la  Montagne,  —  la  route  des  Çfàcef, 
ou  de  San  Francisco,  —  la  rue  de  la  Légation  d'Angleterre 
et  le  Chemin  des  Légations,  —  la  Route  de  Fès. 

Les  villes  marocaines  comportent  en  général,  en  dehors  Places 

des  marchés  forains,  autant  de  soûqs  qu'elles  comptent  de         et  Soûqs. 
corporations  ouvrières  ;  cette  organisation  est  tombée  pro- 
gressivement à  Tanger  devant  les  perturbations  apportées 
par  Tafflux  des  Européens. 

{•[)  Aqbat  el'Klian-ouba,  Cbie  (\\x  COiTonbÏQv,  ànnom   d'un   caroubier  qui 
se  trouvait  au  milieu  de  cette  côte. 


144  TANGER    ET    SA    ZONE      * 

Le  Soûq  ed-Dakhel  {Petit  Socco),  entre  les  Ciaghîn  et  la 
rue  de  la  Grande-Mosquée,  était  autrefois  occupé  par  les 
Baqqâlîn  ;  on  n'y  remarque  plus  aujourd'hui  que  des  cafés 
européens  et  indigènes,  des  banques,  des  établissements  di- 
vers ;  le  Soûq  ed-Dâkhel  est  devenu  une  sorte  de  forum 
cosmopolite,  où  se  brassent  des  affaires  de  tout  genre. 

Au  Souq  ed-Dâkhel  il  convient  de  rattacher  l'ancienne 
Qaïceriya,  c'est-à-dire  la  rue  des  Chrétiens  et  la  rue  du 
Commerce,  qui  s'enfoncent  vers  le  centre  de  la  ville  et  le 
long  desquelles  s'échelonnent  des  magasins  espagnols  et 
juifs.  11  faut  citer  également  le  Fondâq  Er-Rouchdi,  où 
étaient  vendus  des  objets  d'occasion  et  qui  vient  d'être 
transformé  à  l'usage  des  Européens. 

La  rue  des  Ciaghîn,  ou  rue  des  Orfèvres  conserve  en- 
core en  partie  l'aspect  qu'elle  semble  avoir  eu  au  cours  des 
siècles  ;  à  droite  et  à  gauche  sont  établies  des  échoppes  de 
bijoutiers,  d'horlogers,  d'orfèvres...  ;  on  y  remarque  en 
outre  des  magasins  d'étoffes,  un  grand  établissement  de 
commerce  français,  une  église  et  un  couvent  espagnols... 

Un  Fondâq,  dit  également  Fondâq  eç-Ciaghîn,  y  est  de- 
venu une  sorte  de  Qaïceriya,  où  sont  vendues  des  étoffes 
de  toutes  provenances. 

Le  Soûq  es-Senimarin,  sur  le  prolongement  O.  de  la  rue 
précédente,  n'a  plus  ses  maréchaux-ferrants;  il  est  devenu 
la  rue  de  Fès,  le  long  de  laquelle  des  Européens  ont  installé 
des  magasins  divers. 

La  Plaça,  ou  Marché  couvert,  s'étend  entre  les  deux  en- 
ceintes, de  l'ancienne  Bâb  eç-Ciaghîn  vers  le  S.  ;  elle  est  oc- 
cupé par  les  Gue^\arîn  (bouchers)  et  lez  Khaddarîn  (mar- 
chands de  légumes  verts)  et  par  le  Soûq  el-Hoûth  (marché 
aux  poissons).  Au  marché  couvert  fait  suite  un  autre  soûq, 
établi  sur  l'emplacement  d'un  ancien  abattoir  (Gourna), 
dans  le  fossé  qui  sépare  les  deux  enceintes  et  où  se  tiennent 
encore  des  Khaddarîn. 


LA   VILLE  145 

Le  Soûq  el-Bergha^în,  entre  Bâbel-Fahçet  Bâb  el-Mar- 
chan,  est  une  petite  place  où  sont  vendus  à  l'encan  les 
effets  d'occasion;  quelques  Attarîn  et  marchands  d'étoffes 
y  sont  établis. 

La  Rahbate^-Zera,  appelée  également  Fona'd^  es^^-Zera, 
est  le  marché  aux  grains  ;  il  se  trouve  entre  les  deux  en- 
ceintes, au  N.  de  l'ancienne  Bàb  eç-Ciaghîn  ;  trois  portes  la 
mettent  en  communication  avec  le  Soûq  el-Berghazîn,  la 
route  du  Marchan  et  la  Aqbat  ei-Françis. 

Seqaïa  Djedida  {Fuente  Niieva  des  Espagnols),  près  de 
Bâb  et-Tourkiya,  dans  la  dépression  qui  fait  suite  à  la  vallée 
de  Hasnona,  est  le  nom  d'une  fontaine  actuellement  sans 
eau  et  masquée  par  une  échoppe  de  Khaddari  ;  ce  terme  ne 
sert  plus  qu'à  désigner  une  petite  place,  où  se  trouvait  la 
fontaine  et  qui  est  un  des  carrefours  les  plus  importants  de 
la  ville.  On  y  remarque  des  échoppes  de  baqqalîn,  de  'atta- 
rîn, de  kbaddarîn,  de  khabbazïn,  des  boutiques  juives,  etc. 

Au  centre  de  la  ville,  à  une  centaine  de  mètres  à  l'E.  de 
Seqaïa  Djedida,  se  trouve  un  petit  soûq,  celui  de  VOued 
Ahardan;  là  sont  établis  des  marchands  de  babouches,  de 
foulards,  de  vêtements,  etc.  Plus  loin,  un  tronçon  de  rue, 
Beïn  ed-Dra^aî^  rappelle  l'ancien  emplacement  des  tisse- 
rands. 

Plus  loin  encore,  à  100  mètres  au  N.-E.  de  Beïn  ed-Drazat, 
la  Gara  de  Dar  el-Baroud  constitue  un  autre  carrefour  où 
aboutissent  plusieurs  rues  venant  des  quartiers  d'Agmar, 
de  Dar  El-Baroud,  du  Dherb  El-Oued  et  de  Bab  Ei-Marsa  ; 
quelques  indigènes  y  tiennent  boutique. 

Au  S.  de  la  Médina,  dans  le  quartier  des  Béni  Ider, 
près  de  la  Zaouïad'Ouazzan,  il  convient  de  citer  une  petite 
place  d'où  part  tout  un  ensemble  de  ruelles. 

La  ville  possède  en  outre  deux  marchés  forains  :  le  Soûq 
el- Barra  {Grand  Socco)  et  le  Soûq  el-Baqar  [Marché  aux 
Bœufs) . 


146  TANGER    ET    SA    ZONE 

Le  premier  s  étale  à  la  sortie  de  Bâb  el-Fahç  et  de  la  rue 
des  Ciaghîn  ;  il  se  tient  le  dimanche  et  le  jeudi  et  est  ap- 
provisionné par  les  indigènes  de  la  banlieue.  On  y  vend  des 
légumes,  des  fruits,  de  la  laine  en  suint  ou  lavée,  de  la 
laine  filée,  des  poteries,  des  moutons,  des  ânes,  des  che- 
vaux, des  mulets,  etc.  Sur  le  Soùq  se  tiennent  en  perma- 
nence des  loueurs  d'ânes  ou  de  mulets  destinés  aux  touristes, 
aux  promeneurs...;  l'endroit  qui  leur  est  réservé  s'appelle 
Soûq  el-B'haïm. 

Le  Soûq  el-Barra  est  prolongé  par  le  Soûq  el-F'ham,  ou 
marché  au  charbon. 

Quaat  au  Soûq  el-Baqar,  de  création  récente,  il  se  trouve 
à  Sidi  Amar,  à  1.400  mètres  à  l'O.-S.-O.  du  Soûq  El-Barra 
et  se  tient  également  le  jeudi  et  le  dimanche,  de  grand 
matin.  Le  commerce  des  bœufs  se  pratiquait  au  Soûq  el- 
Barra  il  y  a  une  vingtaine  d'années;  en  raison  de  i'exten- 
sion  de  la  ville  et  de  la  réduction  progressive  de  la  place  où 
se  tient  le  marché,  un  emplacement  nouveau  a  dû  lui  être 
donné. 

Les  Mosquées.  On  ne  peut  manquer  d'être  frappé  par  le  petit  nombre 

et  l'aspect  moderne  des  mosquées  de  Tanger;  cette  parti- 
cularité s'explique  par  le  fait  que  la  ville,  autrefois  de  di- 
mensions restreintes,  n'a  commencé  à  se  développer  réelle- 
ment qu'à  partir  de  1684,  c'est-à-dire  depuis  son  évacuation 
par  les  Anglais. 

On  y  compte  sept  mosquées  de  Khotba,  dont  trois  hors 
des  remparts,  et  six  autres  mosquées  de  dimensions  ré- 
duites et  sans  minaret.  En  voici  la  liste  complète  : 

Mosquées  de  Khotba^  à  V intérieur  de  la  Médina. 

Djâma  el-Kebir  (Grande  Mosquée),  dans  la  rue  du 
même  nom,  en  dessous  du  Soûq  ed-Dâkhel;  cette  mosquée, 
transformée  en  église  lors  de  l'occupation  portugaise,  fut 
rendue  au  culte  de  l'islam  en  1684,  par  le  Pacha  Ali  ben 


La  grande  mosquée  et  sa  rue. 


MlNAKETDE   LA   QaÇBA. 


LA    VILLE 


47 


Abdallah  ;  des  restaurations  successives  y  ont  été  apportées 
par  Sidi  Mohammed  ben  Abdallah  et  surtout  par  Moulay 
Sliman  en  1821  (H.  i236). 

Djâma  el-Djedîda,  en  face  de  la  Zâouia  des  Aïsaoua, 
dont  elle  est  séparée  pas  une  petite  place  où  commence  la 
rue  des  Chorfâ;  elle  est  surmontée  d'un  minaret  finement 
décoré  de  mosaïques.  Cette  mosquée  a  été  restaurée  par  El- 
Khatîb  vers  1860.  Elle  est  appelée  à  tort  par  les  Européens 
Mosquée  des  Aïsaoua  ou  encore  Mosquée  du  Palmier  :  la 
Zâouia  des  Aïsaoua  n'a  pas  de  mosquée  et  c'est  au-dessus 
de  cette  Zâouia  que  se  dresse  un  palmier. 

Djâma  Sidi  Ahmed  Ben  Nâcer,  petite  mosquée  au  mi- 
naret peu  élevé,  sise  à  la  Seqaïa  Djedida  ;  c'est  une  an- 
cienne Zâouia  des  Nâciriïn. 

Djâma  el-Qaçba  ;  elle  fait  partie  des  constructions  élevées 
par  le  Pacha  Ahmed  ben  Ali  et  sera  étudié  en  même  temps 
qu'elles. 

Mosquées  de  Khotba,  hors  de  la  Médina  : 
Djâma  el-Marchan,  dans  le  quartier  et  le  village  du 
même  nom,  à  l'extrémité  S.-O.  du  plateau;  elle  a  été 
bâtie  de  igiB  à  1916  et  les  frais  de  construction  ont  été 
couverts  par  des  aumônes  et  des  collectes  publiques.  A 
cette  mosquée  se  rend  le  Naïb  actuel  du  Sultan  et 
presque  tout  le  personnel  de  la  Dâr  en  Niâba,  le  chérif 
d'Ouazzan... 

Djâma  Sidi  Bon  ^Abîd,  sur  le  Soûq  el  Barra,  à  l'extré- 
mité O.  ;  cette  mosquée,  dont  la  construction  a  été  entre- 
prise vers  191 3,  n'est  pas  encore  entièrement  achevée 
(1921)  ;  elle  est  surmontée  d'un  haut  minaret  d'aspect  gra- 
cile, orné  de  mosaïques  multicolores.  La  mosquée  de  Sidi 
Bou  'Abîd  a  été  bâtie  sur  le  tombeau  d'un  saint  du  même 
nom  avec  le  produit  de  collectes  prélevées  exclusivement 
chez  les  indigènes  originaires  du  Sous.  Sidi  Bou  'Abîd  est 
considéré  par  la  tradition  comme  un  descendant  de  Sidi 


148  TANGER    ET    SA   ZONE 

Ahmed  ben  Mousa  Es-Semlâli  ;  son  mausolée  date  des  en- 
virons de  1896  (i). 

Djâma  Sidi  Bou  Arraqiya,  petite  mosquée  dans  le  ci- 
metière du  même  nom,  à  l'O.  du  Soûq  el-Barra  ;  elle  fait 
partie  du  sanctuaire  de  Sidi  Mohammed  El-Hâdj  Bou  Arra- 
qiya,  patron  de  la  ville  (2). 

Autres  mosquées: 

Mosquée  de  la  Zâouia  d'El-Harrâq,  à  Dâr  el-Baroud  ; 

Mosquée  de  Sidi  Ben  Daoud^à  Dâr  el  Baroud,  en  face 
de  la  précédente  ; 

Mosquée  de  la  Zâouia  des  Kittaniïn,  près  de  la  Gara  de 
Dâr  el-Baroud,  en  face  de  Dâr  edh-Dhamana; 

Mosquée  de  l'ancienne  Zâouia  des  Tidjaniïn,  à  l'Oued 
Ahardan  ; 

Mosquée  de  la  nouvelle  Zâouia  des  Tidjaniïn,  dans  la 
rue  du  même  nom,  près  de  la  Seqaïa  Djedîda; 

Mosquée  de  Sidi  Bou  Qnâdel,  dans  le  quartier  du  même 
nom  ;  elle  a  été  construite  par  le  Hâdj  Idris  ben  Djelloûl, 
délégué  du  Makhzen  à  l'Administration  du  Contrôle  de  la 
Dette. 

Synagogues.  Les  synagogues  sont  plus  nombreuses  que  les  mosquées 

et  on  n'en  compte  pas  moins  de  quinze,  dont  sept  au  Mel- 
lah,  une  aux  Kharrâzîn,  deux  à  la  Seqaïa  Djedîda,  deux 
au  bas  de  la  côte  du  Marchan,  deux  sur  le  plateau  du 
même  nom  et  une  à  Hasnona.  Aucune  ne  présente  d'inté- 
rêt artistique  ;  en  voici  la  liste  complète,  avec  les  noms 
soLis  lesquels  elles  sont  connues  actuellement  : 

Synagogue  de  Rebbi  Mordokhaï,     rue  des  Touâhen  ; 

—  de  Souiri,  rue  des  Synagogues  ; 

—  deNahon,  —  — 

(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  I,  p.  263  ;  vol.  IV,  p.  i56. 
(2)  Cf.  infra. 


LA  VILLE  149 

Synagogue  de  Rebbi  Yahya,  rue  des  Synagogues  ; 

—  de  Laredo,  —     — 

—  de  Rebbi  Mesaoûd,  —  — 

—  de  Rebbi  Abraham,  —  — 

—  d'Assayàgh,  rue  des  Kharrâzin,en  face  de  la  Dâr 

en  Niâba  ; 

Synagogue  de  Youdi  Benattar,  rue  de  la  Seqâïa-Djedîda; 

—  de  Mousâ  —              — 

—  de  Barchilon  au  bas  de  la  côte  du  Marchan; 

—  Akhnasat  Orahim,  — 

—  de  Ferez,  au  Marchan  ; 

—  de  Judah  Cohen,  — 

de  Benchimol,  à  l'hôpital  Benchimol  (Hasnona). 

Le  culte  catholique   est    exercé   à   Tanger  dans    deux  EgHses. 

églises  et  quatre  chapelles,  dont  une  hors  de  la  ville,  à  la 
montagne.  Ce  sont  : 

L'église  de  V Immaculée-Conception^  la  plus  importante 
de  Tanger,  dans  la  rue  des  Ciaghîn  ;  elle  a  été  fondée 
en  1880  ; 

U église  du  Sacré-Cœur  de  Jésus,  dans  les  sables  de 
Bou  Khachkhach,  au-dessous  du  Boulevard  de  la  Dette  ; 
elle  est  dite  «  église  des  Sables  »  ;  sa  construction  remonte 
à  une  douzaine  d'années  ; 

La  petite  chapelle  de  la  légation  d' Espagne  ;  c'est  la 
plus  ancienne  des  églises  et  chapelles  de  Tanger  ; 

La  chapelle  de  San  Diego,  à  l'hôpital  espagnol,  à  la 
Barriada  de  San  Francisco  ; 

La  chapelle  du  Saint-Esprit,  au  couvent  de  San  Fran- 
cisco ; 

La  chapelle  de  San  Juan  del  Monte  à  la  Montagne. 

Tanger  ne  compte  que  trois  chapelles  dédiées  au  culte  Temples. 

protestant:  la  chapelle  anglicane,  au  haut  du  Soùq  el- 
Barra  ;  celle  du  haut  de  la  rue  de  la  Plage,  à  droite,  où  offi- 
cient les  pasteurs  français  de  passage,  et  celle  de  l'hôpital 
anglais,  au  Marchan. 

VILLES   ET  TRIBUS.  —   VU.  II 


i5o 


TANGER    ET   SA    ZONE 


La  Medersa.  En  face  de  la  Grande  Mosquée  se  trouve  une  Medersa, 

désaffectée  depuis  longtemps  et  sans  aucun  intérêt  artistique. 
C'est  une  maison  ordinaire,  sans  étage,  avec  un  patio  et  des 
chambres  latérales,  dont  la  construction  remonte  à  1 777  (H . 
1 191),  sous  le  règne  de  Sidi  Mohammed  ben  Abdallah  (i). 
La  dilapidation  des  habous  a  peu  à  peu  entraîné  la  sup- 
pression des  professeurs  de  la  Grande  Mosquée  et  du  môme 
coup  l'abandon  de  la  Médersa  par  les  étudiants.  Vers  191 3, 
la  Médersa  est  devenue  le  siège  de  la  Djamaat  el-Kheïriya 
ellslâmiya  (Société  musulmane  de  Bienfaisance).  Depuis 
quelques  années,  on  y  fait  des  distributions  aux  indigènes 
pauvres . 


Les  Ecoles 
coraniques. 


On  a  donné  ci-dessous  la  liste  des  principales  écoles  co- 
raniques [msâïd,  sing.  msîd)  de  Tanger. 


Qaçba  :  Msîd  près  de  la  caserne  du  tabor  de  police  urbaine. 

Msîd  du  Fqîh  Ben  Amar,  face  à  l'entrée  de  l'hôtel 

Continental  ; 

Msîd  de  la  Gara,  près  de  Sidi  Ali  Ben  Daoud; 

Dârel-Baroud  j      Msîd  du  Fqîh  El-Mestari,   près  de  la  Gara  et  du 

Farrân  Ben  Rabah  ; 

Msîd  du  Fqîh  El-Hoseïn,  dans  la  Zanqat  Ames- 

roûq  ; 

Msîd  de  la  Zanqai  El-Bouerdi. 

Agmai'  :  Msîd  de  Bâb  Haha. 

.         ,      (  Msîd  de  la  rue  de  Damdam  ; 

(  —        d'Es-Sedjiri,  près  de  Sidi  El-Housni. 

Msîd  de  la  Zâouia  des  Derqaoua,  à  Beïn  ed-Drazat,  près  de  Moulay 

Abdelqâder. 

r,     jAu     ^        \     Msîd  du  Fqîh  K'hihal; 

Oued  Ahardan:  {  ^   ^.       .      ' 

(  —         Ziouziou. 

Djenan  el-Qarptan  :  Msîd  près  de  la  Kharba  et  de  la  Saniat  Ya'la. 

G^ennaïa  :  Msîd  de  Sidi  Ali  benHamdouch. 

Msîd  du  Fqîh  Fedhîla,  près  de  Djâma  Djedida  ; 

—  Si  Idrîs,  — 


(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XXIII,  pp.  144  et  145. 


Le  Four  dt;  Hadj  'I'ahar 
(ancienne  tour  poriuijaise  ou  anglaise). 


LA   VILLE 


i5i 


Msîd  du  Fqîh  Biyoût,  à  la  Grande  Mosquée,  à  l'entrée  d'une  rue  ; 

—  El-Haouari,    près    de   la  Grande  Mosquée,  au  Semât 

des  Adoul. 
Béni  Ider  :  Msîd  près  de  Sidi  El-Hâdj  Abdessalâm  El-Ouazzani. 
Marchan  :  deux  Msâîd,  près  de  la  Mosquée. 
Drâdeb  :  un  Msîd. 
Mçalla:  deux  ou  trois  Msâïd. 
Çfâçef:  Msîd  de  Aïn  Qtiout. 
Maadi  :  un  Msîd,  près  de  la  maison  du  Hâdj  Nâcer  Es-Sousi. 

Ces  écoles  contiennent  de  20  à  5o  élèves  chacune  ;  quel- 
ques autres,  de  moindre  importance,  ne  sont  fréquentées 
que  par  une  dizaine  d'élèves. 

Les  fours  {farâren,  s'ing.  farr an)  de  la  Médina  sont  au      Fours  publics. 

nombre  d'une  vingtaine,  répartis  dans  les  divers  quartiers. 
Ce  sont: 

Da7îs  le  quartier  de  la  Qaçba:  le  Four  de  Hasiouen, 
près  et  au  Sud  de  Bâb  El-Qaçba,  et  celui  du  Hâdj  Tâher 
dans  la  Gourna.  Le  jfour  du  Hâdj  Tâher  est  installé  dans 
la  casemate  d'une  vieille  tour  ronde  datant  de  l'époque 
portugaise  ou  anglaise,  à  côté  de  la  Kharba  ;  la  fumée 
s'échappe  latéralement  par  les  fissures. 

Dans  le  quartier  d'Agmar:  le  Farrân  ez-Zeïtouna,  ou 
four  de  l'Olivier,  près  de  la  maison  de  Ben  Abdelmoumen, 
chaikh  actuel  des  Derqaoua. 

A  Dâr  El'Baroud:  le  Farrân  Djelloûl,  au  dessous  du 
Farrân  ez-Zeïtouna  ;  le  Farrân  Qâsem,  près  du  Dherb  es- 
Sania  et  de  la  Gara  ;  le  Farrân  Ben  Rabah,  à  la  Gara,  près 
d'une  école  coranique  et  de  Sidi  Ben  Adjîba. 

Dans  VAmrah  :  Farrân  IVlerghîch,  à  la  Aqba  de  Sidi 
Ber-Reïsoul. 

Entre  Beïn  ed-Dras^at  et  Dâr  el-Baroud  :  le  Farrân 
Cha'îb,ou  Farrân  Ould  El-Hâdj  Cha'îb,  derrière  laZâouia 
des  Kittâniïn. 

Dans  le  quartier  de  VOued  Ahardan  :  le  Farrân  Bou 


l52  TANGER   ET   SA   ZONE  * 

Arraqiya,  en  face  du  Hammam  du  même  nom,  dont  il  est 
séparé  par  une  rue,  près  de  la  maison  de  l'ancien  pacha 
Hammân  Es-Saïdi. 

A  la  Seqaïa  Djedîda  :  le  Farrân  En-Nouino,  près  de 
Sidi  Ahmed  Ben-Nâcer. 

Dans  le  quartier  des  G^ennaïa  :  le  Farrân  Bou  Guettaïa 
et  ceux  de  Mimoùn  et  de  Ben  Djilâli,  celui-ci  à  Bâb  et 
Tourkiya,  près  de  Sidi  Ali  ben  Hamdouch. 

Dans  le  Djendn  el-Qarpian  :  le  Ferrân  Djedîd  et  ceux 
d'Azeriah,  de  Laghmîchet  de  Châchoûn.  Le  four  de  Lagh- 
mîch  doit  son  nom  à  Taher  El-Lagmîch,  qui  était  Nadir 
des  Habous  de  Tanger  dans  la  seconde  moitié  du  dix-hui- 
tième siècle;  ce  personnage  avait  succédé  dans  la  même 
fonction  à  Abdelqâder  ben  Mohammed  ben  Fâris  Et-Tou- 
zini.Le  Farrân  Châchoûn,  dit  également  de  Tchatchoun,  se 
trouve  près  d'un  puits  dénommé  Saniat  Ya'la,  contre  l'an- 
cienne maison  d'Amqiched;  il  y  a  cent  cinquante  ans  en- 
viron, il  appartenait  au  Hâdj  El-Hoseïn  El-Qasmi,  qui  en 
vendit  la  moitié  vers  1784  au  qâïd  Abdeççadaq,  fils  du 
pacha  Ahmed  ben  Ali  Er-Rîfî.  Les  héritiers  du  qâïd 
mirent  cette  moitié  du  four  aux  enchères  en  i8o5  ;  elle  fut 
achetée  120  mithqals  par  le  qâïd  El-Arbi  ben  Mohammed 
Cheba'  Et-Touzini  et  le  nadir  des  habous,  Si  Omar  ben 
M'hammed  Ou  Sid'houm(i). 

Le  quartier  du  Djenan  el-Qarptan  étant  le  plus  pauvre  de 
la  ville,  les  quatre  fours  qui  s'y  trouvent  cuisent  en  grande 
partie  le  pain  destiné  à  la  vente  ;  on  sait  en  effet  que  seules 
les  familles  pauvres  pétrissent   le  pain  pour   le   vendre. 

A  la  Qaïceriya  Qedîma  :  le  Farrân  el-Djâma  se  trouve 
dans  la  rue  du  Commerce  ;  il  est  constitué  en  habous,  de 
même  que  deux  pièces  bâties  au-dessus  du  four,  en  faveur 
des  lolba  du  hi^bde  la  Grande  Mosquée  (2). 

(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XXIII,  pp.  5i  et  55  :  les  Habous  de 
Tanger. 

(2)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XXIII,  pp.  107  et  108:  les  Habous  de 
Tanger. 


LA  VILLE  lt»3 

Dans  le  quartier  des  Béni  Ider  :  le  Farrân  Er-Reghioui, 
au  Mellah  ;  celui  d'El-Ga'mouri,  dans  une  ruelle,  près  de 
la  légation  des  États-Unis  d'Amérique,  en  face  de  la  mai- 
son du  Hâdj  Mohammed  ben  Dahdouch  ;  celui  de  Moham- 
med El-Amarti  à  l'E.  du  précédent,  dans  la  direction  de 
Hofrat  Ben  Ech-Cherqi,  près  des  immeubles  Bendelac  et 
Nahon(i). 

Il  y  a  à  Tanger  quatre  hammams  principaux,  exclusive-  i^g 

ment  réservés  aux  musulmans  :  un  à  Dâr  El-Baroud,  un        Hammams. 
autre  à  l'Oued  Ahardan,  le  troisième  à  la  Seqaïa  Djedîda, 
le  quatrième  hors  des  remparts,  dans  le  quartier  de  Sidi 
Bou  Qnâdel,  près  de  Bâb  El-Qaçba.  Les  trois  premiers  ap- 
partiennent aux  Habous. 

Le  hammam  de  Dâr  el-Baroud  se  trouve  dans  le  Dherb 
el-Bordj  face  à  la  porte  d'entrée  de  l'hôtel  Continental;  il 
est  détenu  par  un  certain  El-Kharroubi  depuis  plusieurs 
années.  Ce  hammam,  qui  serait  mal  situé  ou  mal  construit 
et  où  les  baigneurs  seraient  exposés  aux  courants  d'air, 
passe  pour  être  maudit  ;  il  rendrait  malades  ceux  qui  le 
fréquentent. 

Par  contre,  le  hammam  de  Sidi  Bou  Arraqiya,  à  l'Oued 
Ahardan,  guérirait  les  malades;  il  devrait  cette  vertu  à  la 
baraka  du  saint  dont  il  porte  le  nom.  Le  tenancier  de  ce 
hammam  change  chaque  année. 

Le  hammam  de  la  Seqaïa  Djedîda  est  depuis  longtemps 
aux  mains  des  Oulâd  Cheba'  ;  il  passe  pour  être  particuliè- 
rement à  l'abri  des  courants  d'air. 

Quant  au  hammam  de  Sidi  Bou  Qnâdel,  il  a  été  construit 
récemment  par  Ahmed  Aharrar. 

D'autres  hammams,  de  dimensionsbeaucoup  plus  petites, 
se  trouvent  disséminés  dans  la  Médina  ou  hors  des  remparts 

(i)  On  trouvera  une  étude  intéressante  sur  les  fours  de  Tanger  dans  les 
Textes  Arabes  de  Tanger,  par  W.  Marçais,  pp.  127-151. 


l54  TANGER    ET    SA    ZONE 

et  sont  fréquentés  indifféremment  par  les  musulmans  et 
les  Juifs.  On  peut  citer  : 

Le  hammam  Ed-Doukkali,  dans  la  rue  des  Chorfa 
(Qaous  Ed-Doukkali)  ; 

Le  hammam  de  Barchilon,  qui  appartient  à  un  Juif,  au 
pied  de  la  côte  du  Marchan  ; 

Le  hammam  El-Menebhi,  dans  un  groupe  de  maisons 
appartenant  au  Hâdj  El-Mehdi  El-Menebhi,  hors  du  rem- 
part, entre  Bâb  El-Qaçba  et  le  hammam  de  Barchilon. 

Seqaîas  Les    fontaines  de  Tanger   sont  presque   toujours  sans 

et  Puits.  eau  et,  de  plus,   ne  présentent  aucun  intérêt  artistique  ; 

l'eau  leur  était  amenée  anciennement  par  une  canali- 
sation partant  des  Maadi,  où  se  trouvent  encore  les 
chambres  de  captation,  et  longeant  la  rue  de  Fès  et  celle 
des  Ciaghîn. 

Une  première  fontaine  se  trouve  à  l'ancienne  Bâb  Eç- 
Ciaghîn,  à  l'entrée  de  la  rue  des  Touahen  ;  masquée  par 
une  boutique  de  boucher,  elle  a  été  dégagée  en  1918. 

La  Seqâïa  de  Djâma  El-Kebîr,  face  à  la  porte  de  la  Grande 
Mosquée,  à  côté  de  la  Medersa,  a  été  également  restaurée 
par  les  Habous  à  la  même  date. 

Une  autre  fontaine,  à  Bâb  Dâr  Ed-Debagha,  a  entière- 
ment été  restaurée  la  même  année  (H.  i336),  elle  est  située 
en  face  de  la  tannerie. 

La  Seqâïa  de  Djâma  Djedîda  est  adossée  au  mur  de  la 
mosquée  du  même  nom  entre  la  rue  des  Chorfa  etSidi  Ben 
Aïsa  ;  elle  a  été  restaurée  comme  les  précédentes  en  191 8. 

Deux  fontaines,  dont  il  ne  reste  plus  de  traces,  se  trou- 
vaient dans  la  rue  des  Ciaghîn,  l'une  à  côté  de  Dâr  en- 
Niâba,  l'autre  au  Soûq  Ed-Dâkhel  (Petit  Socco),  à  l'entrée 
du  quartier  des  Béni  îder.  Il  faut  en  dire  autant  de  la 
Seqâïa  Djedîda,  sur  la  place  à  laquelle  elle  a  donné  son 
nom,  et  d'une  autre  fontaine  dont  le  nom  est  tombé  et  qui 
coulait  non  loin  de  la  Gara  de  Dâr  El-Baroud. 


Fontaine  des  Ciaghîn. 


LA   VILLE  l55 

Quant  aux  puits,  ils  sont  aussi  rares  que  les  fontaines  ; 
on  en  compte  trois  dans  le  quartier  de  Dâr  El-Baroûd  :  un 
à  la  Gara,  contre  le  mur  de  Sidi  Ben  Daoud,  un  autre  dans 
le  Dherb  Es-Sania,  letroisième  dansleDherb  El-Mferredj. 

Un  puits  est  creusé  dans  le  Dherd  Ed-Dçouli,  un  autre 
au-dessous  du  Farrân  ez-Zeïtouna. 

Le  quartier  de  Djenan  El-Qarptan  en  possède  un,  le  Bîr 
de  la  Saniat  Yala,  au-dessous  de  la  Kharba. 

On  en  compte  plusieurs  sur  le  plateau  du  Marchan  ;  ils 
ont  été  pourvus  de  margelles  à  une  date  récente. 

A  Hasnona  il  faut  citer  la  Sania  de  Qiioût  et  Aïn  Ben 
Ech-Châmi,  cette  dernière  près  de  Bâb  Et-Tourkiya,  au- 
dessus  du  lit  desséché  de  l'Oued  Hasnona.  Une  grande 
sania  se  trouve  dans  le  même  quartier,  dans  la  propriété 
de  Moulay  Hafidh. 

Une  autre  grande  sania,  dite  Saniat  El-Hadjti,  est 
établie  dans  une  propriété  privée  du  même  nom,  entre  la 
route  de  la  Montagne  et  celle  des  Çfâçef . 

De  nombreuses  sanias  sont  alimentées  par  la  nappe  d'eau 
des  Maadi,  qui  se  prolonge  sous  les  jardins  des  Souâni. 

L'eau  des  puits  est  généralement  très  calcaire  ;  l'eau  po- 
table provient  des  fontaines  ou,  le  plus  souvent,  de  certains 
puits  situés  hors  de  la  Médina,  tels  que  le  Bîr  El-Khar- 
roûbi^  ou  encore  Bîr  El- F  rancis,  à  l'ancienne  plage,  et  de 
citernes  construites  au-dessous  des  maisons  et  qui  se  rem- 
plissent à  la  saison  des  pluies. 

Il  y  a  à  Tanger  deux  cimetières  musulmans,  un  cimetière  Les 

juif,  un  cimetière  protestant  et  trois  cimetières  catholiques.        Cimetières» 

Le  plus  considérable  des  cimetières  musulmans  est  celui 
de  Sidi  Mohammed  El-Hâdj,  contigu  au  Soûq  El-Barra,  à 
rO.  ;  il  doit  son  nom  au  patron  de  la  ville  qui  y  est  enterré 
et  dont  le  tombeau  et  la  mosquée  se  trouvent  dans  la  partie 
haute,  dominant  tout  le  cimetière  ;  depuis  une  vingtaine 
d'années  il  est  clôturé  par  un  mur  et  l'accès  en  est  interdit 


l56  TANGER    ET   SA    ZONE  • 

aux  non-musulmans  ;  il  est  coupé  par  la  route  de  la  Mon- 
tagne et  celle  des  Çfâcef . 

Le  second  cimetière  est  celui  du  Marchan,  à  l'extrémité 
O.  du  plateau  du  même  nom  ;  là  sont  enterrés  les  morts 
provenant  des  Drâdeb,  du  Marchan  et  de  la  Qaçba. 

Aucun  de  ces  deux  cimetières  n'est  entretenu. 

Le  cimetière  juif  se  trouve  au  S.  de  la  Médina,  dont  il 
est  séparé  par  la  rue  des  Remparts  ;  il  fait  face  à  la  mer. 

» 

Le  cimetière  protestant  est  à  hauteur  du  Soûq  El-F'ham 
(Marché  au  charbon),  entre  la  route  des  Çfâcel  et  celle  de 
la  Légation  d'Angleterre  ;  le  terrain  sur  lequel  il  est  amé- 
nagé a  été  concédé  aux  Anglais,  qui  y  ont  élevé  une  cha- 
pelle avec  un  clocher  carré,  en  forme  de  minaret. 

Le  premier  et  le  plus  ancien  des  cimetières  catholiques 
se  trouve  à  l'extrémité  E.  de  la  vallée  de  Hasnona,  entre 
le  jardin  de  l'ancienne  légation  d'Allemagne  et  une  rangée 
de  maisons  bâties  à  l'européenne  (rue  de  Tétouan)  ;  de 
dimensions  restreintes,  il  est  bientôt  devenu  insuffisant. 

Un  cimetière  plus  vaste  a  été  aménagé  sur  une  pente  au 
delà  du  Marché  aux  bœufs,  mais  des  glissements  de  ter- 
rain s'étant  produits  qui  déplaçaient  le  sol  assez  rapidement 
et  entraînaient  les  tombes  vers  le  fond  de  la  vallée,  il  a  dû 
être  abandonné. 

Un  troisième  cimetière  a  été  créé  alors  dans  la  vallée 
du  Boubana,  près  de  Djâma  El-Moqra. 


2°  La  Qaçba. 

Description  La  Qaçba  est  bâtie  sur  un  sommet  et  commande  la  ville  ; 

de  la  Qaçba.      c'est  un  ensemble  de  constructions  englobées  entre  les  faces 


LA    VILLE  \bj 

N.  et  O.  du  rempart  et  couvrant  une  superficie  de  trois 
hectares. 

Une  muraille  transversale,  longue  de  3oo  mètres  et  sui- 
vant une  ligne  irrégulière,  la  sépare  de  la  Médina  ;  elle 
part  du  rempart  N.,  à  quelques  mètres  de  Bâb-Er-Raha, 
descend  vers  le  S.,  tourne  à  l'O.  et  enfin  vers  le  S.-O.,  où 
elle  va  rejoindre  le  rempart  ;  cette  dernière  partie  compor- 
tait un  système  de  fortifications,  dont  une  tour  ronde  et 
un  bastion  en  ruines,  appelé  de  nos  jours  la  Kharba^  cons- 
tituent les  derniers  vestiges. 

Entre  la  muraille  et  la  Médina  s'étendait  autrefois  une 
zone  où  aucune  construction  ne  s'élevait  ;  c'est  ainsi  que 
le  Djenân  El-Qarptan,  qui  se  développe  parallèlement  à  la 
muraille,  n'était  pas  un  quartier  bâti  mais  un  simple  jardin. 

La  muraille  est  percée  de  deux  portes  :  Bâb  Haha,  près 
de  Bâb  Er-Râha,  et  Bâb  El-"Aça  séparées  entre  elles  par 
les  écuries  du  Makhzen  et  la  prison  des  femmes  {Dâr 
Teqa). 

Bâb  El-'Aça,  ou  Porte  de  la  Bastonnade,  est  ainsi  nommée 
parce  que  c'est  là  qu'on  donnait  autrefois  la  bastonnade 
aux  délinquants  et  criminels  ;  elle  s'ouvre  sur  le  panorama 
magnifique  de  la  ville,  de  la  rade  et,  à  l'horizon,  des  col- 
lines de  TAndjera,  des  montagnes  de  l'Ouadras,  etc. 

On  a  vu  d'autre  part  que  deux  autres  portes  sont  percées 
dans  le  rempart  extérieur  :  Bâb  El-Qaçba  (ou  Bâb  El- 
Marc/i<3w),  qui  donne  sur  le  plateau  du  Marchan,et  la  porte 
nouvelle  de  Bâb  Er-Râha,  qui  s'ouvre  sur  le  quartier  de 
Sidi  Bou  Qnâdel  et  le  détroit  de  Gibraltar. 

La  Qaçba  comprend  deux  places,  Tune  à  l'O.,  l'autre  à 
l'E.,  reliées  entre  elles  par  deux  rues  parallèles  :  IsiZanqat 
Ei-Touîla,  qui  longe  le  rempart  du  côté  du  détroit,  et  le 
Dherb  Ben  'Abbou,  qui,  passant  au  S.  de  la  précédente, 
traverse  d'abord  un  quartier  appelé  Gourna,  franchit  en- 
suite un  passage  voûté,  dit  Qaous  Ben  'Abbou,  et,  à  partir 


i58 


TANGER    ET    SA    ZONE 


de  ce  point,  longe  la  muraille  séparant  la  Qaçba  de  la 
Médina. 

La  place  O.  est  celle  du  Tabor  de  police  urbaine  ;  une 
caserne  est  bâtie  contre  le  rempart,  dans  le  Bordj  en- 
Naâm. 

La  place  E.  est  généralement  appelée  place  du  Bit  El- 
Mâl.  Beaucoup  plus  grande  que  la  précédente  et  de  forme 
presque  rectangulaire,  elle  mesure  85  mètres  de  long  sur 
en  moyenne  26  mètres  de  large  ;  elle  est  encadrée  par  le 
rempart  et  Bâb  Râha,  le  tribunal  des  Khalifas  du  Pacha, 
les  écuries  du  Makhzen,  les  prisons  et  le  Bit  El-Mâl. 

Le  quartierde  la  Gourna  s'étend  entre  la  place  du  Tabor 
de  police  urbaine,  le  rempart  O.  et  la  muraille  de  la  Qaçba 
jusqu'au  Qaous  Ben  Abbou  ;  c'est  là  qu'étaient  logées  les 
familles  des  soldats  et  que  vivent  encore  leurs  descendants 
et  d'autres  indigènes.  Il  est  traversé  de  l'O.  à  TE.  par  le 
Dherb  Ben  Abbou  et  sillonné  de  nombreuses  ruelles  et 
impasses.  Il  doit  son  nom  à  un  ancien  abattoir  {Gourna) 
qui  se  trouvait  dans  le  quartier. 

Au  delà  de  la  Gourna,  entre  la  Zanqat  Et-Touîla  et  le 
Dherb  Ben  Abbou,  se  trouve  un  ensemble  de  bâtiments 
appartenant  au  Makhzen  et  dont  fait  partie  le  palais  du 
Sultan  avec  ses  dépendances. 

Plus  loin,  au  delà  de  la  place  du  Bit  El-Mâl,  entre  Bâb 
Er-Râha  et  Bâb  Haha,  se  dressent  contre  le  rempart  les 
ruines  d'un  donjon  attribué  au  pacha  Ali  Ben  Abdallah 
Er-Rîfî. 


Donjon  du 

Pacha  Ali  ben 

Abdallah. 


L'entrée  de  ce  donjon  est  sur  la  place  ;  un  couloir,  au 
plafond  écroulé,  mène  après  un  coude  à  angle  droit  à  un 
grand  patio  rectangulaire  entouré  de  seize  arcades  en 
ogive,  dont  cinq  sur  chacun  des  grands  côtés  et  trois  sur 
chacun  des  autres  ;  l'ouverture  sur  le  ciel  en  est  octogo- 
nale, les  quatre  coins  de  la  corniche  étant  coupés  par  de 
petites  voûtes  et  des  trompes  d'angle  ;  au  milieu  du  patio 


Donjon  du  pacha  Ali  ben  Abdallah. 


Phot,  Cotfin. 


LA   VILLE  l59 

deux  ouvertures  carrées,  entourées  d'un  mur  de  protection, 
marquent  les  entrées  d'une  citerne. 

A  droite  comme  à  gauche  se  trouve  une  grande  pièce, 
également  rectangulaire,  dont  le  plafond  et  la  terrasse  sont 
effondrés  ;  une  autre  pièce,  qui  fait  face  au  rempart,  passe 
pour  avoir  servi  d'écurie. 

Du  côté  opposé  à  cette  prétendue  écurie  on  remarque 
un  boyau  voûté,  qui  devait  conduire  au  pied  de  l'enceinte 
ou  à  une  poterne  sur  la  mer  ;  un  boulet  de  petit  calibre, 
tiré  probablement  par  un  canon  de  l'escadre  du  prince  de 
Joinville  en  1844,  a  percé  la  voûte  dans  laquelle  il  est  resté 
accroché  et  où  on  le  voit  encore. 

Deux  tours  carrées,  reliées  entre  elles  à  hauteur  du  pre- 
mier étage  par  une  galerie  couverte  en  partie  effondrée^ 
dominent  les  ruines  du  donjon  et  la  mer  ;  elles  avaient 
chacune  un  escalier  ;  la  tour  O.  porte  deux  embrasures  de 
canons,  celle  de  l'E.  quatre  ouvertures  en  ogive,  séparées 
par  des  colonnettes  à  chapiteaux. 

Le  donjon  du  pacha  Ali  ben  Abdallah  semble  s'élever 
sur  l'emplacement  d'une  maison  fortifiée,  démolie  en  1684 
et  qui  avait  été  construite  sur  des  bâtisses  en  ruines  par 
Lord  Middleton.  Ce  gouverneur  fit  en  effet  «  réparer  le 
château,  qui  était  près  de  tomber  en  ruines,  et  le  transforma 
à  peu  de  frais  en  une  maison  digne  de  son  rang  de  gouver- 
neur et  général  ;  ayant  pour  instructions  de  déplacer  le 
stock  de  provisions  (du  YorkCastle)  dans  le  Château  Supé- 
rieur par  mesure  de  précaution,  il  les  mit  à  l'abri,  sous 
la  protection  d'un  mur  solide  et  bien  flanqué  qui  relie  le 
château  au  port  (r)  ».  De  ce  point  il  pouvait  à  la  fois  sur- 
veiller le  Château  Supérieur  (2)  et  le  York  Castle  (3)  ;  il  domi- 


(i)  An  Account  of  Tangier,  by  Sir  Hugh  Cholmley,  1787,  p.  78. 

(2)  Le  palais  actuel  du  Sultan. 

(3)  Le  bordj  de  Dar  el  Baroud. 


l6o  TANGER   ET   SA   ZONE 

nait  également  le  détroit  et  le  port,  toute  la  ville  et  une 
partie  de  la  campagne. 

Le  pacha  Ali  ne  pouvait  choisir  un  meilleur  endroit  pour 
y  construire  son  palais  ;  «  il  pouvait  ainsi  s'établir  rapide- 
ment dans  une  véritable  forteresse,  indépendante  de  la 
Qaçba  tout  en  en  faisant  partie,  où  il  était  à  l'abri  de  toutes 
les  attaques  possibles  de  ses  administrés,  où,  au  cas  échéant, 
il  pouvait  résister  à  Moulay  Ismaïl  lui-même  et  d'où  il 
pouvait  gagner  la  mer  (i)  ». 

De  ce  palais,  plafonds,  toitures  et  terrasses  ont  entière- 
ment disparu  ;  les  murs  lézardés  de  toutes  parts  achèvent 
de  s'ouvrir.  Un  abattoir  clandestin  s'est  établi  dans  ces 
ruines  croulantes. 

Le  Palais  Historique.  —  Le  palais  occupe  la  partie  E.  de  la  Qaçba, 

il  est  situé  entre  les  deux  rues  qui  longent  les  murs  d'en- 
ceinte :  la  Zanqat  eUTaouila^  au  N.  du  côté  de  la  mer,  et 
le  Dherb  Ben  'Abbou  au  S.  du  côté  de  la  ville.  A  l'E.  se 
trouve  une  place  de  forme  irrégulière  qui  sépare  le  palais 
et  les  bâtiments  qui  y  attiennent  des  écuries  du  pacha  et  de 
l'ancienne  habitation,  aujourd'hui  en  ruines,  du  pacha  Ali 
ben  Abdallah. 

A  rO.  des  maisons  particulières  sont  mitoyennes  aux 
murailles  du  palais  et  semblent  même  pénétrer  dans  l'en- 
semble de  ses  constructions,  ce  qui  est  absolument  con- 
traire à  la  règle  d'après  laquelle  toute  habitation  des  sultans 
forme  toujours,  avec  ses  dépendances,  un  îlot  complète- 
ment isolé  des  maisons  voisines.  Il  est  donc  certain  que, 
d'une  part,  une  place  devait  s'étendre  à  PO.  du  palais  et 
qu'elle  a  été  progressivement  envahie  par  des  constructions 
particulières;  d'autre  part,  que  certaines  parties  du  palais 

(i)  Cf.  Un  Coin   de  la   Qaçba  de   Tanger,  par  Ed.    Michaux-Bellaibe,  in 
Revue  du  Monde  musulman,  vol.  XXXV,  pp.  \00-104. 


du  Sultan. 


Plan  du  palais  du  sultan  a  la  Qaçba. 


I. 

Dherb  Ben  'Abbou. 

14.  Qoubbat  El-Boukhâri. 

2. 

Zanqa  Toaîla. 

i3.  Le  palais. 

3. 

Place  du  Bit  el-Mâl. 

16.  Le  Riâdh. 

4- 

Donjon  du  pacha  Ali  ben  Abdallah. 

17.  La  Qoubbat  el-Khadra. 

5. 

Bâb  Hâha. 

18.  La  tour  carrée. 

6. 

Bâb  er-Raha. 

19.  Les  cuisines. 

7- 

Écuries  du  pacha. 

20.  Maison  occupée  par  les  OulâdEI-Baqqà 

8. 

Mechouardes  Khalifas. 

21.  Dâr  el-Ma'az;  les  Guenaoua. 

9- 

Colonnade  du  Bit  el-Mâl. 

22.  La  mosquée. 

10. 

Bît  el-Mâl. 

23.  La  petite  prison. 

II. 

Grand  Mechouar. 

24.  La  grande  prison. 

12. 

Vestibule  du  palais. 

25.  Porte  d'entrée  du  Riâdh. 

i3. 

Bâb  el-Qasdîr. 

26.  Vers  Bâb  eMAçâ, 

LA    VILLE  l6l 

lui-même  ont  été  usurpées  à  différentes  époques,  démolies, 
reconstruites,  transformées,  de  façon  à  autoriser  des  attri- 
butions privées. 

L'emplacement  du  palais  avait  très  probablement  été  uti- 
lisé dès  l'antiquité  par  les  Carthaginois  et  par  les  Romains 
mais  il  ne  reste  aucun  souvenir  des  constructions  antiques 
qui  ont  pu  y  être  élevées,  sauf  une  vague  légende  d'après 
laquelle  il  s'y  serait  trouvé  un  temple  d'Hercule. 

On  n'a  pas  de  renseignements  précis  sur  les  construc- 
tions élevées  dans  la  Qaçba  pendant  la  première  période 
musulmane.  Ibn  Khaldoun  parle  de  Yousef  Ibn  El-Amir 
El-Hamdani,  qui  au  treizième  siècle  s'installa  à  la  Qaçba 
de  Tanger  dont  Er-Rachid,  souverain  de  Marrakech,  lui 
avait  donné  le  commandement  :  s'étant  déclaré  indépen- 
dant quelque  temps  après,  il  fut  assassiné  sur  l'ordre  des 
Mérinides  (i).  D'après  le  Roudh  El-Qartas,  c'est  le  Méri- 
nide  Yaqoub  ben  Abdelhaqq  qui  enleva  Tanger  à  l'autorité 
des  derniers  Almohades  et  en  donna  le  gouvernement  à  son 
neveu.  A  la  mort  de  celui-ci  la  ville  fut  occupée  par  Aboul- 
Qasem  El-Azafi,  le  maître  de  Ceuta  (2).  Yaqoub  ben  Abdel- 
haq  l'en  chassa  en  1272.  Son  petit-fils  About-Thabit  ben 
Yousef  passa  un  certain  temps  à  la  Qaçba  de  Tanger  en 
i3o8.  Il  s'y  trouvait  donc,  dès  cette  époque,  un  palais  suffi- 
sant pour  y  recevoir  le  Sultan,  et  c'est  sur  son  emplace- 
ment qu'ont  dû  être  successivement  construits  la  maison 
du  gouverneur  portugais,  le  domus  praefecti  des  gravures 
du  seizième  siècle  et  le  Upper  Castle,  château  supérieur 
des  Anglais. 

C'est  sur  les  ruines  de  l'Upper  Castle  détruit  par  les  An- 
glais au  moment  de  leur  départ,  que  le  pacha  Ahmed,  fils 
du  pacha  Ali  ben  Abdallah  El-Hamami  Et-Temsamani  Er- 
Rifi  construisit  le  palais  actuel.  Le  pacha  Ali  ben  Abdallah 
s'était  installé  dans  l'ancien  palais  de  lord  Middleton,  situé 

(i)  Cf.  supra,  pp.  54-55, 
(2)  Cf.  supj^a,  ibid. 


102  TANGER   ET   SA   ZONE  • 

au  N.-E.  de  TUpper  Castle,  et  qu'il  avait  fait  aménager 
pour  lui.  Ce  palais  aujourd'hui  en  ruines,  est  au  N.  de 
Bab  Haha,  la  porte  E.  de  la  Qaçba  qui  s'ouvre  sur  le  quar- 
tier d'Agmar.  Il  est  séparé  du  palais  du  Sultan  par  la  place 
du  Bit  el-Mal. 

Il  est  probable  que  les  constructions  antérieures  n'ont 
pas  été  rasées  complètement  par  le  pacha  Ahmed  et  que 
certaines  parties  ont  dû  être  utilisées  par  lui  ;  mais  il  est 
impossible  aujourd'hui  de  distinguer  les  uns  des  autres  les 
bâtiments  des  difTérentes  époques,  confondus  dans  un 
délabrement  général.  Cependant  on  peut  penser  que  la 
tour  de  guet  carrée  qui  s'élève  au-dessus  du  palais  est  un 
reste  des  constructions  portugaises  et  que  c'est  celle  dont 
parle  Fernando  de  Menezes,  qui  était  gouverneur  de  Tan- 
ger (i). 

Les  constructions  élevées  par  le  pacha  Ahmed  ont  été  elles- 
mêmes  modifiées  :  on  sait  qu'il  a  été  tué  en  1748  à  EI-Qçar 
El-Kebir,  dans  un  combat  contre  Moulay  Abdallah  ben 
Ismaïl  :  ce  sultan  se  rendit  en  personne  à  Tanger  pour 
s'emparer  des  biens  du  qaïd  rebelle  et,  suivant  la  coutume, 
les  murailles  de  sa  maison  furent  fouillées  pour  y  décou- 
vrir les  trésors  qui  pouvaient  y  être  cachés  :  il  arrive  sou- 
vent que  les  maisons  des  gouverneurs  emprisonnés  ou 
morts  sont  complètement  détruites  par  ces  perquisitions; 
la  maison  du  pacha  Ahmed  a  dû  être  bouleversée  de  fond 
en  comble  par  Moulay  Abdallah,  dont  les  besoins  d'argent 
étaient  considérables  pour  soutenir  les  luttes  qui  occupèrent 
tout  son  règne  contre  ses  frères,  contre  les  Bouakhar  et 
contre  les  Berbères. 

L'état  de  conservation  relative  du  palais  du  Sultan  per- 
met de  supposer  que  ce  qui  le  constitue  aujourd'hui  avait 
été  construit  par  le  pacha  Ahmed  ben  Ali,  pour  y  loger  un 
des  prétendants,  Moulay  El-Mostadi  ou  Moulay  Zin   El- 

fi)  Historia  de  Tangere  escrita  por  don  Fernando  de  Menezes.  Lisbonne, 
173»,  p.  41. 


LA   VILLE 


1^3 


Abidin,  qu'il  soutenait  contre  le  Sultan  Moulay  Abdallah 
et  que  sa  propre  maison  était  ailleurs. 

Le  qaïd  Abdeççadaq,  fils  du  pacha  Ahmed,  fut  arrêté  et 
emprisonné  à  Meknès  en  1180  (1766)  par  le  sultan  Sidi 
Mohammed  ben  Abdallah,  qui  se  rendit  aussi  à  Tanger 
pour  piller  la  maison  de  ce  gouverneur  et  s'emparer  de  ses 
biens.  La  famille  du  pacha  Ali  ben  Abdallah  El-Hamami, 
connue  aujourd'hui  sous  le  nom  de  «  Oulad  Ben  Abdeçça- 
daq »,  a  donc  été  dépouillée  de  ses  biens  par  deux  sultans 
successifs. 

Ces  deux  confiscations,  avec  les  perquisitions  brutales 
qui  en  sont  la  conséquence,  ont  forcément  détruit  en  par- 
tie les  immeubles  habités  par  cette  famille  et  dont  la  pro- 
priété avait  été  attribuée  aux  Domaines  dès  le  premier 
voyage  à  Tanger  de  Moulay  Abdallah  après  la  mort  du 
pacha  Ahmed  ben  Ali.  Quant  au  palais  proprement  dit,  il 
a  subi  lui-même  quelques  transformations  depuis  sa  cons- 
truction, et  l'abandon  dans  lequel  il  a  été  laissé  lui  a  fait 
perdre  beaucoup  de  son  ancienne  splendeur. 

De  plus,  les  gouverneurs  de  Tanger  qui  en  ont  la  garde 
s'en  sont  souvent  servi  pour  loger  leurs  contribuas  :  ceux- 
ci  y  campaient  comme  en  pays  conquis,  faisant  dans  les 
salles  des  feux  pour  cuire  leur  nourriture,  sans  souci  des 
dégâts  qu'ils  causaient  aux  fines  dentelles  creusées  dans  le 
plâtre  des  murailles,  aux  mosaïques  et  aux  plafonds  en 
boiseries  sculptées,  peintes  et  dorées  :  quelques  réparations 
y  ont  été  faites  à  différentes  époques,  mais,  semble-t4l, 
sans  la  préoccupation  de  reconstituer  les  ornements  primi- 
tifs; on  cite  particulièrement  les  réparations  faites  par 
Moulay  Sliman  au  commencement  du  dix-neuvième  siècle 
et  celles  faites  au  moment  du  voyage  à  Tanger  de  Moulay 
El-Hasan  en  1889;  ces  dernières  sont  encore  en  partie  vi- 
sibles et  donnent  l'impression  d'un  replâtrage  hâtif  et  ma- 
ladroit, plutôt  que  d'une  reconstitution  artistique.  De  plus, 
pendant  ces  dernières  années,  deux  gouverneurs  ont  obtenu 

VILLES    ET   TRIBUS.  -—  VII.  12 


1G4  TANGER   ET  SA    ZONE 

du  Sultan  Tautorisation  d'habiter  le  palais  et  ils  s'y  sont 
établis  en  sacrifiant  à  leur  commodité  personnelle  non  seu- 
lement le  côté  artistique,  mais  la  simple  conservation  de 
l'édifice.  Enfin,  après  son  abdication,  en  191 2,  Moulay 
Abdelhafid  a  passé  quelques  mois  dans  le  palais  ;  il  l'a  laissé 
en  très  mauvais  état  malgré  les  badigeonnages  qu'il  a  fait 
subir  aux  boiseries  et  aux  murailles. 

Depuis  cette  époque,  le  délabrement  du  palais  du  Sultan 
n'a  fait  que  s'accentuer  et  il  est  maintenant  dans  un  état 
d'abandon  regrettable  (i). 

L'ensemble  des  constructions  qui  constituent  le  palais 
lui-môme  et  ses  dépendances  se  divise  en  sept  parties: 

i«  le  palais  du  Sultan,  appelé  également  Dar  el-Kebira; 

2«  la  mosquée  ; 

3**  le  Mechouar  et  le  Bit  el-Mâl  ; 

4"  la  maison  des  Oulàd  El-Baqqal; 

5**  les  prisons: 

6"  Dar  el-Ma'az  et  les  Guenaoua; 

7°  le  Riadh. 

Le  palais.  —  Il  est  confié  à  la  garde  du  pacha,  qui  en  a 
les  clefs  :  on  y  accède  dans  la  rue  Ben  Abbou,  par  une 
porte  assez  modeste,  dite  «  Bab  el-Qasdir  »  parce  que  les 
battants  en  sont  recouverts  de  zinc.  Entre  cette  première 
porte  et  la  deuxième  se  trouve  un  vestibule  dans  lequel 
s'ouvrait  à  main  gauche  un  couloir  aujourd'hui  muré  qui 
communiquait  avec  le  Riadh.  On  arrive  ensuite  dans  un 
petit  patio  carré,  dont  le  plafond  garni  de  boiseries  est 
percé  d'une  ouverture  octogonale  par  où  pénètre  la  lumière. 
A  main  droite  une  porte  communique  avec  le  fond  du 
grand  Mechouar  :  il  semble  d'ailleurs  probable  que  l'es- 
pèce de  grand  vestibule  à  porte  monumentale,  que  Ton 


(i)  On  trouvera  une  belle  et  poétique  description  delà  Qaçba  dans  l'ouvrage 
de  Gabriel  Charmes  :  Une  Ambassade  au  Maroc,  pp.  11  à  i5.  Paris,  1887. 


La  Qolbbat  El-Bokhari. 

(Inlcriear). 


Phot    CotTin. 


LA   VILLE  l65 

appelle  le  grand  Mechouar,  était  primitivement  la  véritable 
entrée  du  palais  du  Sultan,  ou  tout  au  moins  son  entrée 
principale. 

En  face  du  couloir  venant  de  Bab  el-Qasdir  une  porte  en 
ogive  donne  accès  à  un  couloir  coudé  où  sont  couchées 
quatre  colonnes  de  marbre  blanc. 

A  droite  une  porte  donne  accès  à  un  escalier  qui  conduit 
à  un  long  couloir  occupant  tout  le  premier  étage  du  côté 
E.  du  palais  et  allant  rejoindre  un  escalier  qui  mène  à  côté 
de  la  porte  des  cuisines.  A  gauche  après  avoir  tourné  le 
coude  du  couloir  d'entrée  on  aperçoit  en  face  de  soi  le  patio 
du  palais.  Mais  avant  d'y  entrer  on  trouve  à  main  gauche 
un  escalier  qui  conduit  à  un  charmant  réduit,  malheureu- 
sement un  peu  sombre  et  un  peu  triste.  C'est  ce  que  Ton 
appelle  une  douaïriya^  littéralement  une  maison  en  réduc- 
tion. 

Elle  est  désignée  sous  le  nom  de  Qoubbat  El-Boukhari  et 
se  compose  d'un  petit  patio  et  de  deux  chambres  avec  une 
salle  d'ablutions  et  des  dépendances.  Le  plafond  du  patio, 
ouvert  au  milieu,  est  en  bois  sculpté  et  peint  comme  ceux 
des  chambres  et  comme  les  portes.  La  partie  inférieure 
des  murailles  est  couverte  de  ^ellidjs  et  une  inscription  sur 
faïence  émaillée  faisait  le  tour  des  pièces  à  hauteur  d'homme 
et  séparait  le  lambris  de  zellidj  d'un  lambris  de  plâtre  ou- 
vragé (i);  il  n'en  reste  d'ailleurs  presque  plus  rien  et  ce  joli 
bijou  d'art  arabe,  déjà  en  très  mauvais  état,  ne  tardera  pas 
à  tomber  en  ruines.  Avant  d'arriver  à  la  douaïriya,  au 
premier  étage,  on  peut  continuer  à  gauche  l'escalier  qui 
conduit  à  la  terrasse.  Une  autre  porte,  à  main  droite,  ouvre 
sur  un  couloir  sombre  qui  se  relie  à  l'ensemble,  en  partie 
détruit,  de  ce  qui  constituait  le  premier  étage  du  palais. 

(i)  C'est  dans  cette  inscription  qui  n'existe  plus,  que  Budgett  jMeakin 
{The  Land  of  the  Moors,  pp.  96-97)  croyait  avoir  trouvé  la  date  de  la  cons- 
truction du  palais.  Salmon,  dans  La  qaçba  de  Tanger  [Archives  maro- 
caines, vol.  I,  p.  122),  fait  remarquer  l'erreur  de  l'auteur  anglais. 


^^.  f *. 


f: 


•• 


V 


,l66  TANGER   ET   SA   ZONE 

Il  faut  revenir  sur  ses  pas  pour  entrer  dans  le  grand  patio 
du  rez-de-chaussée  :  c'est  une  vaste  cour,  un  atrium  d'envi- 
ron 20  mètres  sur  i5,  entourée  de  seize  colonnes  de  marbre 
blanc  légèrement  renflées,  surmontées  de  chapiteaux  d'ordre 
composite,  qui  soutiennent  une  galerie  circulaire.  Les  arché- 
ologues ne  sont  pas  d'accord  sur  l'origine  de  ces  colonnes  ; 
quelques-uns  pensent  qu'elles  sont  romaines  mais  que  les 
chapiteaux  sont  modernes.  Il  paraît  plus  vraisemblable  de 
croire  que  le  tout  est  moderne  et  a  été  importé  d'Italie  par 
le  pacha  Ahmed  (i).  Le  sol  du  patio  est  pavé  en  zellidjs  et 
au  milieu  se  trouve  un  bassin  octogonal  en  zellidj  égale- 
ment, au  centre  duquel  s'élève  une  vasque  de  marbre. 

xMalgré  le  désaccord  de  style  évident  entre  les  colonnes 
romaines,  avec  leurs  chapiteaux  d'ordre  composite,  et  les 
arcs  en  ogive  de  la  galerie  circulaire  et  des  portes,  l'en- 
semble de  ce  patio  a  assez  grande  allure  et  est  d'un  bel 
aspect.  Huit  portes  en  ogive  s'ouvrent  sur  cet  atrium  ; 
mais  pour  conserver  le  nombre  fatidique  de  sept,  auquel 
les  musulmans  attachent  une  importance  superstitieuse, 
ces  huit  portes  ouvrent  seulement  sur  sept  chambres, 
dont  une  grande  à  chaque  extrémité,  trois  à  droite  et  deux 
à  gauche  :  la  porte  centrale  de  ce  côté,  au  lieu  de  donner 
accès  dans  une  chambre,  s'ouvre  sur  une  fontaine  en  zel- 
lidj, aujourd'hui  desséchée  comme  la  vasque  centrale,  et 
sur  une  sorte  de  perron  intérieur  assez  large,  qui  condui- 
sait par  des  couloirs  aujourd'hui  murés,  à  gauche  à  la 
Qoubbat  El-Boukhari,  à  droite  à  d'autres  pièces  du  pre- 
mier étage  du  palais  et  à  celles  du  Riadh,  dont  il  sera 
parlé  plus  loin. 

(i)Des  chapiteaux  d'ordre  composite  également,  mais  qui  présentent  cer- 
tains caractères  d'antiquité,  se  trouvent  au  Mechouar  des  Khalifas  sur  des 
colonnes  plus  petites.  On  en  a  retrouvé  de  semblables  hors  de  la  Qaçba. 
On  pourrait  donc  penser  que  des  vestiges  antiques  existaient  réellement  dans 
cette  partie  de  la  ville  et  que  la  vue  de  quelques  colonnes  et  de  quelques 
chapiteaux  datant  de  l'occupation  romaine  aurait  peut-être  engagé  le  pacha 
Ahmed  à  en  faire  venir  d'Italie  d'un  modèle  semblable  pour  la  construction 
du  palais  ;  mais  ce  n'est  qu'une  simple  hypothèse. 


^OtUG, 


LA   VILLE  167 

Les  cinq  chambres  latérales  ne  présentent  aucun  intérêt  : 
leur  ornementation  a  disparu  et  leurs  plafonds  en  bois 
ont  été  remplacés  par  du  plâtre. 

Les  deux  grandes  pièces  qui  se  trouvent  à  chaque  extré- 
mité du  patio,  et  qui  ont  environ  dix  mètres  de  long  sur 
près  de  trois  de  large,  sont  en  meilleur  état  de  conserva- 
tion. Les  pièces  principales  des  maisons  arabes  portent  le 
nom  de  qoubbas^  coupoles  ;  le  plus  souvent  en  effet  leurs 
plafonds  sont  formés  d'une  ou  de  plusieurs  coupoles  en 
bois  travaillé.  Les  deux  qoubbas  du  palais  ont  approxima- 
tivement les  mêmes  dimensions  ;  cependant  celle  qui  est  au 
haut  du  patio  est  un  peu  plus  large  que  celle  qui  se  trouve 
dans  le  bas,  c'est-à-dire  à  droite  de  l'entrée  ;  elle  porte  le 
nom  de  Qoubbat  el-Kebira,  la  grande  coupole  :  c'est  la 
chambre  d'honneur.  Ces  deux  pièces  avaient  à  l'origine  la 
même  ornementation,  qui  se  composait  d'un  sol  de  zellidj 
de  Fés,  d'un  revêtement  circulaire  des  mêmes  zellidjs  se 
terminante  hauteur  d'homme  par  une  frise  épigraphique 
sur  faïence  émaillée.  Deux  alcôves  formant  des  arcades 
en  ogive  se  trouvent  à  chaque  extrémité  des  qoubbas  ; 
une  troisième  alcôve  plus  profonde  est  en  face  des  portes 
d'entrée.  Les  plafonds  sont  en  bois  sculpté,  peint  et  doré, 
en  caissons  avec,  au  milieu,  un  dôme  du  même  travail, 
admirablement  fouillé  ;  les  boiseries  qui  forment  les  plat 
fonds  des  trois  alcôves  de  chacune  des  deux  qoubbas  sont 
également  d'un  très  beau  travail  orné  de  pendentifs.  Ces 
plafonds  sont  désignés  sous  le  nom  de  nids  d'abeilles^ 
parce  que  la  façon  dont  ils  sont  fouillés  les  font  ressem- 
bler à  l'intérieur  de  grandes  ruches.  Les  lambris  supé- 
rieurs de  ces  deux  pièces  sont  recouverts  d'un  lacis  d'orne- 
ments de  plâtre  travaillé  et  ciselé,  où  se  trouvent  répétés 

comme   motifs   de   décoration   les    mots  \^\    El-Afiya^ 

le  salut  éternel,  et  aAIV   ^\  El-Ghinâ  lillah,   la    richesse 
est  à  Dieu. 


l68  TANGER   ET   SA   ZONE  * 

La  qoubba  à  main  droite  en  entrant  a  perdu  une  partie 
de  sa  décoration,  entre  autre  la  frise  épigraphique  qui  se 
trouvait  entre  le  lambris  de  zellidj  partant  du  sol  et  le 
lambris  de  plâtre  de  la  muraille. 

La  grande  Qoubba  qui  est  au  fond  du  patio  est  en  meil- 
leur état.  L'inscription  en  zellidj,  à  lettres  noires  sur  fond 
blanc,  qui  entoure  la  pièce  à  hauteur  d'homme  est  presque 
intacte  ;  c'est  une  pièce  de  vers  qui  célèbre  les  beautés  du 
palais  (i).  Au  milieu  de  cette  inscription,  au  fond  de  l'al- 
côve centrale  qui  est  en  face  de  la  porte  d'entrée,  on  re- 
marque trois  mots  écrits  en  zellidj  également,  mais  en 
lettres  bleues  sur  fond  blanc  et  qui  attirent  l'attention  ; 
ces  mots  sont  :  SjL*  j<^  cij  Ouaqtoun  Saïdoun  Mou- 
barakoun,  moment  heureux,  béni.  C'est  un  chronogramme 
qui  donne  Tannée  ii53  (J.  C.  1740-41)  (2).  C'est  la  date 
de  l'achèvement  de  la  construction  du  palais.  A  celte 
époque  le  pacha  Ahmed  ben  Ali  était  à  l'apogée  de  son 
pouvoir  ;  à  la  fin  de  ii53  et  au  commencement  de  1154 
de  l'hégire,  le  palais  a  été  habité  par  Moulay  Zîn  El-Abi- 
din,  que  le  pacha  Ahmed  avait  fait  proclamer  Sultan  à 
Tanger  et  dans  le  Fahç,  à  Tétouan  et  dans  toute  la  région 
des  Djebala. 

Toutes  les  portes  des  pièces  qui  donnent  dans  le  patio, 
doivent  dater  du  passage  de  Moulay  El-Hasan  à  Tanger 
en  1889.  Elles  ont  été  depuis  recouvertes  d'une  peinture 
verdâtre  qui  a  fait  disparaître  les  couleurs  primitives. 
Telles  qu'elles  sont,  ces  portes  ne  sont  pas  en  rapport  avec 
la  richesse  du  palais. 

Au  haut  du  patio,  à  main  gauche,  un  petit  escalier  con- 
duit à  des  appartements  délabrés,  dont  la  partie  la  mieux 

(i)  Le  texte  et  la  traduction  de  cette  poésie  sont  donnés  en  appendice. 
(2)  Voici  la  décomposition  de  ce  chronogramme  : 

1153  =  20    200    1  2  40    4  10  70  300   400  100    6 


LA   VILLE  169 

conservée  est  une  petite  mosquée  ou  plus  exactement  un 
petit  oratoire  ;  le  caractère  de  cette  pièce  est  indiqué  par 
un  mihrab  qui  se  trouve  dans  le  mur  du  côté  de  la 
Mecque. 

A  gauche  également  dans  la  prolongation  du  mur  de  la 
grande  qoubba,  à  l'angle  du  patio,  une  porte  fait  commu- 
niquer à  un  petit  vestibule  où  se  trouvent  deux  autres 
portes,  l'une  donnant  accès  à  un  escalier  qui  conduit  à 
des  appartements  en  ruines,  et  l'autre  s'ouvrant  sur  le 
Riadh,  mais  qui  est  fermée.  On  entre  dans  le  Riadh  par 
une  autre  porte  donnant  dans  la  Zanqat  et-Touila.  A 
main  droite  du  patio  se  trouvent  des  portes  parallèles  aux 
deux  premières  ;  l'une  donne  sur  un  escalier  qui  conduit, 
au  premier  étage,  au  long  couloir  ramenant  à  l'escalier  du 
vestibule  d'entrée  ;  Tautre  mène  aux  cuisines  du  palais. 

Ces  cuisines  sont  elles-mêmes  une  véritable  maison 
avec  un  patio  à  arcades  en  ogives.  Un  des  côtés  de  cette 
maison,  au  rez-de-chaussée,  est  occupé  par  la  cuisine  pro- 
prement dite,  composée  de  grands  âtres  en  briques  et 
d'une  grande  cheminée  ;  les  trois  autres  côtés  sont  occu- 
pés par  des  magasins  à  provisions.  Le  premier  étage  com- 
prend plusieurs  chambres  pour  loger  les  négresses  char- 
gées de  la  cuisine. 

La  Mosquée.  —  Elle  est  à  l'extrémité  E.  de  la  Zanqa 
Ben  Abbou,  entre  le  couloir  qui  conduit  au  palais  en  en- 
trant par  Bab  el-Qasdir  et  le  grand  Mechouar.  Aucune 
inscription  ne  permet  de  retrouver  la  date  exacte  de  sa 
construction  ;  mais  il  est  probable  qu'elle  remonte  au 
pacha  Ali  ben  Abdallah,  ainsi  que  la  grande  xMosquée.  Le 
minaret  octogone  et  d'une  forme  très  élégante  est  orné  de 
zellidjs  qui  commencent  malheureusement  à  se  détériorer  ; 
il  a  été  élevé  par  le  pacha  Ahmed  qui  a  agrandi  la  mos- 
quée et  y  a  ajouté  des  ornements  en  même  temps  qu'il 
construisait  le  palais. 


170  TANGER   ET  SA    ZONE  • 

Les  dernières  réparations  importantes  ont  été  faites  à 
cette  mosquée  par  le  qaïd  El-'Abbas  Amqiched  El-Ouria- 
ghli,  qui  était  gouverneur  de  Tanger  et  du  Fahç  sous  le 
règne  de  Sidi  Mohammed  ben  Abderrahman  :  enfin  en 
1889,  au  moment  du  voyage  à  Tanger  de  Moulay  El-Ha- 
san  la  mosquée  a  été  remise  en  état  avec  le  reste  du  palais. 
Dernièrement  le  Nadir  des  habous  a  fait  repeindre  l'enca- 
drement de  la  porte  et  a  recouvert  ses  ornementations  des 
couleurs  les  plus  malheureuses  et  qui  sont  du  plus  fâcheux 
effet  ;  il  en  a  fa^it  d'ailleurs  autant  aux  portes  de  toutes  les 
mosquées  de  la  ville  :  il  ne  s'agit  heureusement  que  d'un 
enduit  qu'il  sera  toujours  facile  de  supprimer  et  Tarchi- 
tecture  elle-même  n'est  pas  modifiée. 

La  mosquée  communique  par  une  petite  porte  avec  le 
grand  Mechouar,  ce  qui  permettait  au  Sultan  de  se  rendre 
à  la  mosquée  sans  passer  par  la  rue.  C'est  à  la  mosquée  de 
la  Qaçba  que  le  Pacha  fait  la  prière  solennelle  du  vendredi 
avec  le  cérémonial  habituel. 

Le  Mechouar  et  le  Bit  el-Mal.  —  Le  Mechouar  est  un 
grand  couloir  de  plus  de  10  mètres  de  long  sur  4  de  large  ; 
le  sol  est  surélevé  de  deux  marches  à  son  extrémité  sur 
une  longueur  de  4  mètres  :  les  pachas  se  tenaient  sur  cette 
partie  surélevée,  pour  recevoir  leurs  contribules.  D'après 
la  disposition  des  lieux,  il  semble  que  le  Mechouar  fait 
partie  du  palais  dont  il  est  en  réalité  le  vestibule.  Ses  di- 
mensions permettent  en  effet  de  croire  que  c'était  le  me- 
chouar du  palais  du  Sultan,  c'est-à-dire  l'endroit  destiné 
lors  du  séjour  du  Sultan,  au  Qaïd  el-Mechouar  et  aux  Me- 
chaouriya.  Cette  supposition  paraît  d'autant  plus  plausible 
que  l'on  peut  aisément  retrouver,  dans  les  bâtiments  connus 
aujourd'hui  sous  le  nom  de  Bit  el-Mal  (Trésor)  et  qui  sont 
voisins  du  mechouar,  l'emplacement  des  beniqas  des  secré- 
taires et  des  fonctionnaires  constituant  le  Makhzen.  La 
grande  salle  où  siège  actuellement  le  Pacha  et  qui  avait  été 


o 


LA   VILLE  171 

construite  avec  une  grande  recherche  d'ornementation, 
était  certainement  la  salle  d'audience  du  Sultan. 

Cette  salle  mérite  une  description  particulière,  mais  il 
faut  auparavant  la  situer  dans  l'ensemble  de  ce  que  l'on 
appelle  le  Bit  el-Mal. 

Lorsqu'on  entre  à  laQaçba  par  Babel-' Aça,  on- débouche 
sur  une  place  à  peu  près  rectangulaire,  plus  longue  que 
large;  à  main  gauche,  le  petit  mechouar,  où  siègent  les 
khalifas  du  Pacha,  celui  de  la  ville  et  celui  de  la  campagne. 
Il  est  de  construction  assez  récente  et  ne  présente  de  remar- 
quable que  les  colonnes  de  marbre  à  chapiteaux  d'ordre 
composite  qui  supportent  les  trois  arcades.  Les  petites 
salles  où  sont  assis  les  Khalifas  sont  précédées  d'une  double 
colonnade  fermée  d'une  grille  de  fer.  Les  colonnes  du  petit 
mechouar  sont  de  la  même  forme  que  celles  de  l'intérieur 
du  palais,  mais  de  dimensions  moindres  et  leurs  chapiteaux 
sont  très  probablement  antiques. 

En  laissant  à  main  gauche  la  rue  qui  conduit  au  grand 
mechouar  dont  on  voit  la  porte  à  une  vingtaine  de  mètres, 
on  trouve  au  coin  de  cette  rue  et  toujours  à  main  gauche, 
au  haut  d'un  perron  d'une  dizaine  de  marches,  la  colon- 
nade du  Bit  el-Mal  qui  se  compose  de  quatre  colonnes  de 
front,  formant  trois  arcades  en  ogive;  la  partie  supérieure 
de  cette  façade  se  termine  par  une  ligne  de  créneaux.  La 
colonnade  comprend  trois  travées,  c'est-à-dire  seize  co- 
lonnes par  rangs  de  quatre.  Les  fûts  de  ces  colonnes  et 
leurs  chapiteaux  sont  en  marbre  blanc  de  qualité  inférieure  : 
leur  style  est  très  différent  de  celui  des  colonnes  de  marbre 
du  palais  et  du  petit  mechouar  ;  le  travail  est  beaucoup  plus 
fruste  et  semble  avoir  été  fait  sur  place.  L'ensemble  de  cette 
colonnade,  placée  à  2  mètres  environ  au-dessus  du  sol, 
est  très  artistique  et  c'est  certainement  le  plus  joli  spécimen 
d'architecture  arabe  extérieure  qui  soit  à  Tanger.  Contrai- 
rement à  l'intérieur  du  palais,  ce  qui  fait  le  charme  de  ce 
petit  monument  consiste  uniquement  dans  la  pureté  des 


172  TANGER    KT    SA    ZONE  • 

lignes  et  le  parfait  équilibre  des  proportions  :  on  n'y  voit  ni 
arabesques  ni  plâtres  ciselés  etles  plafonds  eux-mùmessont 
formés  de  simples  planches  juxtaposées  ornées  de  peintures 
très  sobres,  ce  que  Ton  appelle  des  psat. 

La  colonnade  est  flanquée  à  droite  et  à  gauche  de  deux 
tours  sans  saillies^  qui  devaient  autrefois  s'élever  au-dessus 
du  niveau  de  la  terrasse;  ces  deux  tours  sont  recouvertes 
de  coupoles  extérieures  ;  mais  le  mur,  qui  est  certainement 
de  construction  postérieure,  cache  à  la  vue  les  deux  cou- 
poles et  termine  l'édifice  par  une  ligne  droite  crénelée.  La 
ligne  générale  de  la  construction  gagne  d'ailleurs  à  cette 
modification.  Chacune  de  ces  tours  est  partagée  en  deux 
dans  la  hauteur  par  un  plancher  qui  forme  deux  petits  cabi- 
nets, l'un  au  rez-de-chaussée,  l'autre  au  premier.  On  arrive 
à  chacun  de  ces  cabinets  supérieurs  par  une  petite  échelle. 

Autrefois  une  porte  ouverte  au  milieu  du  mur  du  fond  de 
la  colonnade,  en  face  du  perron,  donnait  accès  dans  des 
réduits  en  mauvais  état  et  dans  un  petit  patio  où  donnent 
deux  pièces.  Il  y  a  deux  ans,  cette  porte  a  été  bouchée  et 
remplacée  par  une  autre  à  main  droite;  les  pièces  délabrées 
ont  été  réparées,  ainsi  que  le  patio,  dont  l'accès  a  été  dégagé. 
Avant  d'arriver  au  patio  on  voit  à  main  droite  une  pièce  où 
se  trouvent  les  secrétaires  du  Pacha;  à  main  gauche  un 
couloir  qui  conduit  à  une  porte  s'ouvrant  à  angle  droit  près 
de  celle  du  grand  Mechouar. 

Les  deux  pièces  qui  s'ouvrent  dans  le  patio  méritent  une 
description  spéciale  ;  la  plus  grande  setrouveà  main  droite  : 
elle  est  précédée  d'une  galerie  couverte,  à  trois  arcs  en 
ogive  ;  on  l'utilisait  pour  y  mettre  de  grands  coffres  de  bois 
de  cèdre,  bordés  de  fer  et  fermés  d'immenses  cadenas, 
dans  lesquels  on  enfermait  les  revenus  des  douanes  versés 
par  les  Oumana,  d'où  le  nom  de  Bit  el-Mal  donné  à  l'en- 
semble de  la  construction.  La  monnaie  d'argent  étant  très 
rare,  les  paiements  se  faisaient  presque  uniquement  en 
monnaie  de  bronze,  appelée  Jîous  (sing.  fels);   il  fallait 


LA  VILLE  173 

donc  des  coffres  énormes  pour  enfermer  des  sommes  assez 
peu  importantes.  Les  flous  n'étaient  pas  comptés,  mais  pe- 
sés et  il  y  a  quelques  années  on  voyait  encore  les  balances 
qui  servaient  à  cette  opération.  Il  suffit  de  voir  la  pièce  qui 
servait  de  Bit  el-Mal,  pour  se  rendre  compte  que  telle 
n'était  pas  sa  destination  primitive.  Ses  murs  étaient  ornés 
de  zellidjs  aujourd'hui  détruits;  son  plafond,  se  compose 
d'une  immense  coupole  recouverte  en  bois  sculpté  et 
fouillé  aux  peintures  rehaussées  d'or.  C'est  incontestable- 
ment un  des  plus  beaux  plafonds  de  ce  genre  au  Maroc  et 
il  rappelle  par  sa  richesse  ceux  que  l'on  peut  admirer  à 
Marrakech  aux  tombeaux  des  Saadiens.  Ce  plafond,  qui 
commençait  à  se  détériorer,  a  été  restauré  il  y  a  deux  ans; 
ainsi  que  les  boiseries  murales  qui  s'y  joignent  et  qui  en- 
tourent toute  la  pièce.  Cette  restauration  a  été  très  heureu- 
sement réussie  et  permettra  de  conserver  pendant  plusieurs 
années  encore  ce  beau  type  d'architecture  indigène  :  à  main 
gauche  en  entrant,  on  voit  l'encadrement  d'une  porte  au- 
jourd'hui murée  et  qui  communiquait  au  palais  par  un  cou- 
loir voûté. 

Un  tel  luxe  est  évidemment  en  contradiction  avec  le 
rôle  de  magasin  qu'on  a  attribué  à  cette  construction  de- 
puis plus  de  cinquante  ans.  Ses  portes  treillagées,  en  fortes 
barres  de  fer  qui  conviennent  à  cette  dernière  destination, 
ont  certainement  remplacé  les  battants  de  bois  richement 
peints  et  ornés  de  dorures  qui  fermaient  autrefois  cette 
vaste  pièce.  En  un  mot,  tant  par  sa  position  dans  la  topo- 
graphie générale  du  palais  que  par  ses  proportions  et  la  ri- 
chesse de  son  ornementation,  on  peut  penser  que  c'était  la 
Qoubbat  en-Naçr,  la  salle  du  trône,  que  le  pacha  Ahmed 
Er-Riti  avait  fait  construire  pour  y  proclamer  et  y  faire  re- 
connaître celui  des  fils  de  Moulay  Ismaïl  qu'il  aurait  pu 
élever  au  trône  contre  Moulay  Abdallah  ;  c'est  là  sans  doute 
qu'il  reçut  Moulay  El-Mostadi  en  ii53  (1740)  et  qu'il  fit 
proclamer  Moulay  Zîn  El-Abidin  en  1154(1741). 


174  TANGER   ET    SA   ZONE  * 

Vis-à-vis  de  cette  grande  pièce,  de  l'autre  côté  du  patio, 
à  main  gauche,  est  une  autre  salle  de  proportions  beaucoup 
moindres  et  dont  le  plafond  est  également  fort  beau  ;  il 
n  est  pas  en  forme  de  qoubba  comme  celui  de  la  salle  du 
trône,  c'est-à-dire  qu'il  n'est  pas  en  dôme  ;  ce  plafond  af- 
fecte la  forme  d'un  immense  baquet  carré,  renversé,  vu 
d'en  dessous  :  c'est  ce  que  l'on  appelle  un  plafond  en;e/na. 
A  gauche  de  cette  deuxième  pièce,  sur  le  même  plan,  donne 
un  petit  escalier  qui  conduit  à  une  assez  grande  chambre 
qui  s'étend  au-dessus  d'une  partie  dumechouar  :  sa  fenêtre 
à  trois  ogives,  de  construction  récente,  s'ouvre  au-dessus 
de  la  porte  de  ce  mechouar  sur  le  panorama  de  la  baie  et 
des  montagnes  de  TAndjera.  Plusieurs  petites  portes,  dans 
le  patio  et  au  premier  étage,  permettaient  de  communiquer 
avec  l'intérieur  du  palais  :  ces  portes  sont  aujourd'hui  con- 
damnées. 

Si  la  dénomination  de  Bit  el-Mal  ne  semble  pas  pouvoir 
convenir  à  la  grande  salle  à  coupole  ni  à  celle  qui  est  vis- 
à-vis  d'elle,  il  est  très  possible  qu'elle  puisse  être  exacte- 
ment appliquée  au  péristyle  à  colonnes  qui  précède  ces 
salles  ;  en.  effet,  sous  ce  péristyle,  qui  est  élevé  de  deux 
mètres  environ  au-dessus  du  sol,  s'étend  une  grande  pièce 
voûtée,  une  sorte  de  cave,  dont  la  porte  est  à  gauche  et  qui 
pouvait  parfaitement  convenir  pour  y  enfermer  les  caisses 
de  monnaie  du  trésor  de  la  douane  de  Tanger. 

Ce  péristyle  et  le  caveau  qu'il  recouvre  devaient  doncètre 
le  véritable  Bit  el-Mal  dans  l'ordonnance  primitive  de  la 
construction  ;  plus  tard,  pour  simplifier  la  manipulation 
des  flous  et  s'éviter  la  peine  de  les  faire  descendre  dans  le 
caveau,  les  Oumana  delà  douane  auront  trouvé  plus  com- 
mode d'enfermer  les  caisses  dans  la  grande  qoubba  qui  ne 
trouvait  plus  son  utilisation  comme  salle  du  trône. 

Les  prisons.  —  Sur  la  place  du  Bit  el-xMal,  après  le  pé- 
ristyle à  colonnes,  se  trouvent  les  deux   prisons.  La  pre- 


LA   VILLE  I7D 


mière  est  réservée  aux  jeunes  gens  de  la  ville  arrêtés  pour 
des  délits  de  peu  d'importance;  c'est  plutôt  l'équivalent  de 
notre  poste  de  police  qu'une  véritable  prison.  La  grande 
prison  est  réservée  aux  gens  de  la  ca'mpagne  et  aux  con- 
damnés à  une  peine  plus  ou  moins  longue.  Les  prisonniers 
delà  première  sont  tous  en  liberté,  ceux  de  la  grande,  selon 
la  gravité  de  leur  cas,  ont  souvent  les  fers  aux  pieds  et 
quelquefois  la  chaîne  au  cou.  La  construction  des  prisons 
est  analogue  à  celle  de  toutes  les  prisons  marocaines;  c'est- 
à-dire  qu'elle  se  compose,  d'un  patio  à  ciel  ouvert,  mais 
grillé,  entouré  de  plusieurs  travées  formées  par  des  arcades 
à  colonnes  carrées,  où  sont  attachées  les  chaînes  des  pri- 
sonniers. Quelques  réduits  obscurs  servent  de  logement  aux 
condamnés  à  plusieurs  mois  ou  à  plusieurs  années  de  dé- 
tention. Un  petit  vestibule  se  trouve  devant  la  porte  de 
chaque  prison  ;  il  sert  de  poste  aux  geôliers.  Dans  chaque 
porte  est  ouvert  un  guichet  grillé,  qui  permet  aux  prison- 
niers de  communiquer  avec  leurs  familles. 

Depuis  quelques  années  l'aménagement  des  prisons 
a  été  amélioré  ;  les  murs  sont  fréquemment  blan- 
chis à  la  chaux  et  l'éclairage  électrique  a  remplacé 
les  anciens  quinquets  à  l'huile  d'abord,  au  pétrole  ensuite 
qui  enfumaient  les  prisons  plus  qu'ils  ne  les  éclai- 
raient. 

Entre  les  portes  des  deux  prisons,  une  troisième  s'ouvre 
sur  l'escalier  de  la  terrasse. 

Après  les  prisons  une  porte  en  plein  cintre  donne  dans 
un  terrain  vague  ;  il  s'y  trouve  quelques  misérables  mai- 
sonnettes sans  étage,  construites  dans  des  ruines  et  des 
vestiges  de  murailles  ;  on  a  en  face  de  soi  les  murs  du  pa- 
lais et  on  peut  se  rendre  compte  que  des  constructions  au- 
jourd'hui détruites  se  rattachaient  autrefois  à  ces  murs  : 
une  porte  en  ogive,  récemment  murée,  s'ouvrait  sur  les 
cuisines  du  palais.  Dans  l'intérieur  de  ces  cuisines  on  voit 
cette  porte,  qui  a  même  conservé  ses  battants. 


176  TANGER   ET   ZONE  * 

La  maison  des  Oulad  El-Baqqal.  —  Entre  les  prisons, 
les  bâtiments  du  Bit  el-Mal  et  le  palais,  s'élève  une  grande 
maison,  dont  la  porte  actuelle  s'ouvre  sur  le  terrain  vague 
dont  il  vient' d'être  parlé.  Cette  maison,  qui  est  inscrite 
avec  les  autres  bâtiments  du  palais  sur  le  registre  des  biens 
du  Makhzen,  est  occupée  aujourd'hui  parles  héritiers  de 
Sidi  El-Mokhtar  El-Baqqali  ;  il  sera  parlé  de  sa  famille  dans 
la  vie  religieuse. 

C'est  sans  doute  à  sa  réputation  de  sainteté  d'une  part 
et  à  ses  alliances  avec  les  familles  Abdelkhalaq  et  Abdeç- 
çaJaq  que  Sidi  El-Mokhtar  a  dû  de  pouvoir  habiter  cette 
maison  et  que  ses  héritiers  ont  pu  y  rester  après  lui  ;  d'au- 
tres maisons  qui  faisaient  évidemment  partie  de  l'ensemble 
du  palais  et  de  ses  dépendances  sont  d'ailleurs  aujourd'hui 
l'objet  d'appropriations  privées  et  le  temps  semble  avoir 
régularisé  ces  usurpations. 

Le  terrain  vague  qui  précède  la  maison  habitée  par  les 
descendants  de  Sidi  El-Mokhtar  El-Baqqali,  était  occupé 
par  d'autres  constructions  aujourd'hui  disparues  et  qui  se 
reliaient  à  la  porte  d'entrée  qui  subsiste  encore  aujourd'hui 
et  qui  s'ouvre  sur  la  place  de  Bit  el-Mal,  à  la  suite  des 
prisons. 

Dar  el-Maa^;  les  Giienaoua.  —  Dans  le  même  terrain, 
dans  la  partie  qui  se  prolonge  jusqu'à  la  Zanqa  Touila  et 
qui  fait  l'angle  de  cette  rue  avec  la  place  du  Bit  el-Mal,  se 
trouve  un  endroit  appelé  Dar  el-Ma*az,  la  maison  des 
chèvres;  cet  endroit  servait  d'étable  aux  chèvres  apparte- 
nant aux  quelques  familles  de  serviteurs  et  de  nègres 
des  pachas  qui  habitaient  dans  les  dépendances  ruinées 
du  palais  ;  l'endroit  qu'ils  habitent  est  situé  entre  la 
cuisine  du  palais  et  le  Riadh  :  il  est  connu  sous  le  nom 
de  place  des  Abids  ou  des  Guenaoua. 

Le  Riâdh.  —  Après  avoir  tourné  le  coin  de  la  place  du 


LA    VILLE  177 

Bit  El-Mai  et  de  la  Zanqa  Touila,  on  arrive,  à  une  tren- 
taine de  mètres  à  main  gauche,  à  une  grande  porte 
dont  les  montants  et  la  corniche  sont  chargés  d'orne- 
ments en  plâtre,  d'ailleurs  assez  médiocres  et  sans  aucune 
finesse.  La  date  qui  se  trouve  au  milieu  d'une  inscription 
aujourd'hui  illisible  donne  l'année  i3o6  (1888-89)  (i),  c'est- 
à-dire  celle  qui  a  précédé  le  voyage  à  Tanger  de  Moulay 
El-Hasan,qui  est  arrivé  au  commencement  de  1307(1889). 
Cette  porte  remplace  l'ancienne  entrée  du  Pviadh  qui  se 
trouve  plus  loin  et  qui  déjà  en  1888  était  comprise  dans 
ce^  parties  du  palais  devenues  des  propriétés  privées. 

L'impression  que  l'on  éprouve  en  entrant  dans  le  Riadh 
est  celle  de  l'abandon  et  de  la  ruine.  Quelques  arbres  y 
poussent  de  droite  et  de  gauche  :  deux  palmiers  ont  résisté 
aux  intempéries  et  au  manque  de  soins  :  les  allées  autre- 
fois pavées  de  zellidjs  sont  complètement  délabrées,  les 
treilles  qui  les  couvraient  sont  brisées  et  les  plates-bandes 
remplies  de  mauvaises  herbes. 

Il  est  d'usage  que  la  jouissance  du  Riadh  soit  donnée  au 
représentant  du  Sultan  à  Tanger.  Bargach  et  Torrès  y 
venaient  quelquefois  et  entretenaient  un  peu  le  jardin. 
Guebbaç  l'habitait  et  avait  aménagé  pour  lui  quelques 
pièces  :  il  recevait  dans  une  salle  qui  avait  une  très  belle 
vue  sur  la  mer. 

Tazi,  le  Naïb  actuel,  habite  au  Marchan  une  très  belle 
maison  qui  lui  appartient,  et  après  avoir  fait  cultiver  pen- 
pant  quelques  années  dans  le  Riadh  des  légumes  qui  étaient 
mangés  par  les  rats,  il  l'a  complètement  abandonné  et  se 
contente  d'en  garder  la  clef  sans  s'en  occuper  davantage. 

Le  Riadh  se  divise  en  deux  parties  séparées  l'une  de 
l'autre  par  un  mur  dans  lequel  est  percée  une  porte  de 
communication.  D'après  la  disposition  des  lieux,  ce  mur 
doit  être  d'une  construction  postérieure  au  Riadh  lui-même. 

(i)  Cf.  Archives  mai'ocaineSy  vol.  I,    La   Qaçba  de  Tanger,  par    G.  Sal- 

MON,   p.   Il5. 


178  TANGER   ET    SA    ZONE  • 

Le  Riadh  du  Sultan  se  compose  effectivement  de  plu- 
sieurs bâtiments  qui  enferment  le  jardin,  et  dont  deux 
pavillons  sont  placés  l'un  en  face  de  l'autre.  Le  mur  qui 
partage  aujourd'hui  cet  ensemble  coupe  la  perspective  et 
dérange  la  topographie  habituelle  de  ce  genre  de  jardins. 

En  faisant  abstraction  de  ce  mur,  voici  comment  se  pré- 
sente le  Riadh  :  à  droite  de  la  porte  d'entrée  quelques 
pièces  au  rez-de-chaussée  ;  au  premier,  un  assez  grand  patio 
à  ciel  ouvert,  entouré  d'arcades  dentelées,  et  plusieurs 
pièces  dont  une  construite  sur  la  voûte  qui  recouvre  la 
Zanqat  et-Touila.  Cette  pièce  dont  le  plafond  conserve  un 
reste  de  peintures  est  éclairée  par  une  baie  qui  s'ouvre 
presque  directement  sur  la  mer  et  d'où  on  a  une  vue 
magnifique  sur  le  détroit.  A  l'extrémité  opposée  du  Riadh, 
exactement  en  face  de  ce  pavillon,  s'en  trouve  un  autre 
appelé  la  Qoubbai  el-Khadra,  la  Coupole  Verte,  parce  qu'il 
est  recouvert  d'une  toiture  en  tuiles  émaillées  vertes.  Il  est 
remarquable  par  un  grand  panneau  de  bois  sculpté  qui 
recouvre  toute  sa  façade  sur  une  hauteur  de  6  mètres  en- 
viron et  sur  une  largeur  de  4  mètres. 

La  partie  inférieure  de  ce  pavillon  est  faite  d'une  pièce 
qui  s'ouvre  par  une  baie  dans  le  bas  du  panneau  sculpté 
qui  l'encadre.  Au-dessus  de  cette  baie  se  trouve  une  petite 
fenêtre  très  élégamment  ornée  qui  donne  dans  le  patio  du 
premier  étage.  Ce  patio,  auquel  on  parvient  par  un  escalier 
à  gauche,  au  fond  du  Riadh,  n'est  pas  à  ciel  ouvert  :  son 
plafond  se  compose  d'une  qoubba  en  bois  artistement  tra- 
vaillé et  peint  ;  en  face  de  la  porte  d'entrée,  se  trouve  une 
baie  à  plafond  sculpté  également.  Les  murs  sont  couverts 
d'arabesques  sculptées  dans  le  plâtre  où  l'on  retrouve  des 
restes  d'inscriptions. 

A  gauche  de  la  Qoubbat  el-Khadra,  le  Riadh  est  fermé  par 
un  petit  corps  de  bâtiments  qui  se  compose  au  rez-de- 
chaussée  d'un  grand  arc  surbaissé,  derrière  lequel  on  voit 
une  sorte  de  couloir  voûté  qui,  à  main  gauche,  communi- 


Le  Qoubbat  El-Khadr.j 


Phot.  Coffin. 


LA  VILLE  ryg 

quait  avec  le  grand  palais  :  la  communication  est  aujour- 
d'hui murce.  On  arrive  au  premier  étage  par  un  escalier  à 
droite  de  ce  corps  de  bâtirr.ents  et  à  gauche  de  la  Qoubbat 
el-Khadra,  dans  l'angle.  En  tournant  à  droite  dans  l'esca- 
lier on  parvient  au  premier  étage  de  la  Qoubbat  el-Khadra 
qui  est  décrit  plus  haut,  et  en  tournant  à  gauche  on  arrive 
dans  une  galerie  au-dessus  du  couloir  voûté,  dans  le  haut 
de  l'arc  surbaissé.  Trois  pièces  s'ouvrent  sur  cette  galerie  : 
la  première  et  la  troisième  sont  des  chambres  doubles,  c'est- 
à-dire  séparées  en  deux  par  une  muraille  ouverte  au  milieu. 
La  pièce  centrale  est  une  baie  sans  muraille  antérieure. 

La  première  pièce  a  dans  ses  deux  parties  de  beaux  pla- 
fonds en  bois  travaillé  et  des  murs  recouverts  de  lambris  de 
plâtre  ornés  d'arabesques.  La  baie  centrale  a  un  très  beau 
plafond  en  dôme,  tout  en  bois  fouillé  et  peint  :  ses  murs 
sont  couverts  de  lambris  en  plâtre  avec  comme  principal 

motif  les  mots  ^AJV  ^\  el-ghinâ  lillah  :  «  la  richesse  est  à 

Dieu  »,  comme  dans  la  grande  qoubba  du  palais.  Sur  un 
linteau  en  bois  peint  en  rouge  qui  est  au-dessus  du  lambris 
de  plâtre  et  qui  relie  la  qoubba  au  plafond,  on  lit,  en  lettres 

d'or  :    l^\  ^^1  ^LCII  <i^JI    el-barakat    el-kâmila    el- 

afiyat  el-baqiya  :  «  La  bénédiction  complète,  le  salut 
durable.  » 

La  troisième  pièce  est  semblable  à  la  première,  mais 
elle  n'a  plus  ni  plafond  ni  lambris. 

Toutes  ces  pièces  sont  obscures  et  tristes.  Du  haut  de  !a 
galerie  on  pouvait,  par  des  couloirs,  communiquer  avec  le 
grand  palais  ;  mais  les  portes  sont  fermées  ou  murées  :  il 
faut  donc  redescendre  dans  le  Riadh  pour  chercher  la 
porte  de  communication  encore  existante. 

Une  tour  carrée  à  créneaux  qui  est  une  ancienne  tour 
de  guet,  s'élève  dans  le  Riadh,  à  gauche  en  entrant,  à 
l'angle  qui  se  trouve  entre  le  grand  palais  et  le  pavillon  qui 
vient  d'être  décrit. 

VILLES   ET  TRIBUS. —  VII.  l3 


l80  TANGER    ET    SA    ZONE  • 

Cette  tour  peut  être  le  reste  de  raticien  château  portugais 
conservé  dans  TUpper  Castle  des  Anglais  ;  il  semble  même 
que  c'est  autour  d'elle  que  les  constructions  du  pacha 
Ahmed  ben  Ali  ont  été  élevées  et  qu'elle  en  est  pour  ainsi 
dire  l'axe.  Pour  rentrer  dans  le  grand  palais,  en  venant  de 
la  Qoubbat  el-Khadra,  on  contourne  les  quelques  bâtiments 
qui  forment  la  base  de  la  tour,  on  tourne  à  main  droite  et, 
par  un  couloir  coupé  de  marches,  on  arrive  dans  l'atrium 
à  colonnes  de  marbre  du  palais,  à  droite  de  la  grande 
qoubba.  C'est-à-dire  que,  ainsi  qu'on  l'a  vu  dans  la  des- 
cription du  palais,  cette  porte  de  communication  se  trouve 
à  l'angle  supérieur  gauche  lorsqu'on  entre  dans  l'atrium 
par  le  grand  Mechouar. 

Cette  description  assez  aride  du  palais  du  Sultan  donne 
une  faible  idée  de  l'ensemble  de  constructions  élevées  parle 
pacha  Ahmed  Er-Rifi  et  de  la  luxueuse  recherche  de  leur 
ornementation.  Des  sommes  considérables  ont  dû  être  dé- 
pensées par  ce  gouverneur  qui  exerçait  une  très  grande 
autorité  sur  le  N.-O.  du  Maroc  et  qui  a  lutté  pendant  toute 
sa  vie  contre  le  Sultan  de  Fès,  à  l'instigation  d'une  poli- 
tique étrangère  dont  il  était  l'instrument  ;  on  ne  saurait 
expliquer  autrement  les  dépenses  du  pacha  Ahmed,  ni 
l'armement  et  les  munitions  dont  il  a  toujours  disposé. 

On  est  frappé,  en  visitant  le  palais  du  Sultan,  par  toutes 
les  précautions  prises  par  les  constructeurs  pour  permettre 
aux  habitants  de  se  cacher  et  de  s'enfuir  :  c'est  toute  une 
complication  de  petites  portes  et  de  couloirs  dissimulés  dans 
les  murs  se  croisant  et  s'entre-croisant  de  façon  à  dérouler 
les  poursuites.  Un  passage  souterrain  en  partie  retrouvé 
devant  la  porte  du  donjon  d'Ali  ben  Abdallah,  permettait  de 
communiquer  avec  ce  palais,  d'où  un  couloir  compris  dans 
les  murailles  mêmes  de  la  ville,  conduisait  à  l'abri  jusqu'au 
port. 

Quoique  certainement  bien  réduit  et  malgré  le  délabre- 


LA    VILLE  loi 

ment  causé  par  l'abandon  et  par  le  vandalisme  de  ceux  qui 
l'ont  quelquefois  habité,  le  palais  du  Sultan  est  encore  un 
morceau  intéressant  d'architecture  arabe,  tant  par  cette  ar- 
chitecture elle-même  que  par  les  souvenirs  historiques  qui 
s'y  rattachent. 


3""  Les  Quartiers. 

Dans  les  villes  déjà  étudiées,  les  quartiers  étaient  déli-         Quartiers 
mités  et  fermés  par  des  portes.  Il  n'en  est  pas  de  même  à         intérieurs. 
Tanger,  où,  hors  de  la  Qaçba,   les  quartiers  ne  sont  pas 
définis  ôt  empiètent  les  uns  sur  les  autres. 

La  Médina  peut  se  diviser  en  14  quartiers  :  Dâr  el- 
Baroud,  Agmar,  Amrah,  Djenân  el-Qarptan,  Gzennaïa, 
Sqâïa  Djedîda,  Dherb  Ech-Chorfâ,  Oued  Ahardan,  Dherb 
el-Oued,  Dherb  el-Bordj,  Dherb  el-Qâdhî,  Qaïceriya 
Qedîma,  Dherb  El-Medououar,  Béni  Ider. 

Le  quartier  de  Dâr  el-Bâroûd  [Poudrière)  se  trouve  au 
N.-E.  de  la  Médina,  du  côté  opposé  à  la  Qaçba;  il  doit 
son  nom  à  une  ancienne  poudrière  qui  s'y  trouvait  et  qui 
a  été  désaffectée  par  Moulay  Abderrahmân  lors  de  la  guerre 
franco-marocaine  en  raison  de  sa  trop  grande  proximité  de 
la  mer  ;  une  nouvelle  poudrière  a  été  établie  alors  hors  des 
remparts,  sur  une  pente,  à  l'entrée  du  Marchan  (i).  Le 
quartier  de  Dâr  el-Bâroûd  est  limité  au  N.  et  à  TE.  par  le 
rempart,  au  S.  par  la  petite  place  de  la  Gara,  qui  en  fait 
partie,  et  par  la  Aqbat  el-Ouazzaniya  ;  à  l'O.  il  touche 
au  quartier  d'Agmar.  Ses  rues  aboutissent  naturellement 
à  la  Aqbat  el-Ouazzaniya  et  à  la  Gara. 

Le  quartier  à" Agmar  s'étend  entre  la  Qaçba  et  Dâr  el- 

(i)Cf.  supra,  p.  i38. 


l82  TANGER    ET    SA    ZONE 

Bâroùd  ;  il  est  également  limité  au   S.   par  la  Aqbat  el- 
Ouazzaniya,  où  aboutissent  toutes  ses  rues. 

UAmrah  est  un  petit  quartier  qui  se  développe  autour 
d'un  endroit  découvert,  à  la  sortie  de  Bâb  el-Açâ.  C'était 
autrefois  un  A^ib  détenu  par  un  nègre  du  nom  de  Blâl. 
On  y  remarque  les  mausolées  de  Sidi  Ber-Reïsoûl  et  de 
Sidi  El-Housni.  De  l'Amrah  partent  la  Aqbat  el-Ouazza- 
niya  et  la  rue  de  la  Zâouia  des  Derqaoua. 

On  donne  le  nom  de  Djenân  el-Qarptan  (i),  le  Jardin 
du  Capitaine,  à  l'espace  compris  entre  l'Amrah,  le  mur 
de  séparation  entre  la  Médina  et  la  Qaçba,  le  rempart 
O.  et  le  quartier  des  Gzennaïa  ;  du  temps  des  occupations 
portugaise  et  anglaise  c'était  un  simple  jardin  ;  il  s'y  élève 
aujourd'hui  tout  un  quartier  traversé  de  l'O.  à  TE.  par 
le  Dherb  El-Qniouî  et  relié  au  centre  de  la  Médina,  vers 
le  S.,  par  la  Aqbat  ez-Zeïda. 

Le  Djenân  el-Qarptan  est  un  quartier  pauvre  ;  on  y 
remarque  cependant  une  maison  assez  luxueuse  apparte- 
nant à  une  branche  de  la  famille  des  Oulâd  Es-Saïdi.  Au 
pied  du  mur  de  la  Qaçba,  à  hauteur  de  la  tour  dans 
laquelle  est  installé  le  four  du  Hâdj  Tâher,  se  trouvent 
les  ruines  d'un  ancien  bastion,  la  Kharba,  actuellement 
transformé  en  une  écurie  privée. 

Au  Djenân  el-Qarptan,  le  long  du  rempart  de  la  Médina, 
fait  suite  au  S.  le  quartier  des  Gzennaïa,  prolongé  par 
le  petit  quartier  de  Sidi  Ali  ben  Hamdouch  qui  le  sépare 
de  la  Seqâïa  Djedîda  ;  il  atteint  à  l'E.  l'Oued  Ahardan  et 
le  mausolée  de  Sidi  Ber-Reïsoul.  Ce  quartier  doit  son  nom 
à  une  fraction  de  la  tribu  des  Gzennaïa  venue  s'y  établir 
en  1684;  il  est  traversé  du  N.  au  S.  par  deux  rues,  dont 

(1)  Déformation  de  Qaptan. 


LÀ    VILLE  l83 

l'une  prend  le  nom  de  Sidi  Ali  ben  Hamdouch  à  hauteur 
de  la  qoubba  du  saint  :  l'autre  est  appelée  Aqbat  ez-Zeïda 
et  vient  déboucher  à  la  Seqâïa  Djedîda. 

Le  quartier  de  la  Seqâïa  Djedida  fait  suite  au  S.-E.  à 
celui  des  Gzennaïa.  Il  est  limité  par  Sidi  Ali  ben  Ham- 
douch et  le  rempart,  le  Qaous  Bou  Selhâm,  le  Qaous  Ed- 
Doukkali  et  l'Oued  Ahardan.  Il  doit  son  nom  à  la  fontaine 
dont  il  a  été  parlé  plus  haut. 

Le  Dherb  Ech-Chorfâ  se  développe  le  long  de  la  ruelle 
du  même  nom,  entre  la  rue  de  la  Zâouia  des  Aïsaoua  \S.) 
elle  Qaous  Ed-Doukkâli  (N.),  l'ancienne  Qaïceriya  (E.)  et 
le  Qaous  du  Reïs  Balga  (O.).  Il  était  habité  presque  exclu- 
sivement par  des  Chorfâ  Baqqaliïn,  qui  n'y  sont  plus 
représentés  aujourd'hui  que  par  une  seule  famille. 

UOued  Ahardan  est  au  centre  de  la  ville,  dans  la 
dépression  qui  fait  suite  à  la  vallée  de  Hasnona  ;  il  est  tra- 
versé par  une  rue  menant  à  l'O.  vers  Seqâïa  Djedîda  par 
la  Zanqat  El-Ghassâl,  à  l'E.  vers  le  Dherb  el-Oued  et  le 
Dherb  el-Bordj  par  Beïn  ed-Drâzat  ;  une  autre  rue  le  tra- 
verse du  N.  au  S.,  venant  de  l'Amrah  et  aboutissant  au 
Soûq  ed-Dâkhel.  Le  long  de  l'Oued  Ahardan  se  trouvent 
des  magasins  d'étoffes  tenus  exclusivement  par  des  musul- 
mans ;  ces  magasins  se  trouvaient  à  une  époque  assez 
récente  le  long  des  deux  rues  qui  vont  du  Soûq  ed-Dâkhel 
vers  rintérieur  de  la  ville  et  qui  constituaient  la  Qaiceriya. 

Le  quartier  du  Dherb  el-Oued  s'étend  entre  la  Aqbat  el- 
Ouazzaniya,  qui  le  sépare  de  Dâr  el-Bâroûd  au  N.,  la 
Zanqat  Et-Torrès,  qui  le  sépare  du  Dherb  El-Qâdhî  au 
S.,  l'Oued  Ahardan  à  l'O.  et  le  Dherb  el-Bordj  à  l'E. 
Il  comporte  une  rue  centrale  S.-N.  passant  par  le  Qaous 
Bicenté  et  plusieurs  ruelles  latérales  pour  la  plupart  sans 


184  TANGER   ET   SA    ZONE  • 

issue.  Au  N.-O.  du  quartier,  une  rue  dite  Beïn  ed-Drâzat 
le  met  en  communication  avec  l'Oued  Ahardan  ;  elle  doit 
ce  nom  au  fait  que  de  nombreux  tisserands  y  étaient 
autrefois  établis  sur  les  deux  bords. 

Le  Dherb  el-Bordj  est  un  petit  quartier  qui  se  déve- 
loppe du  Nord  au  Sud,  le  long  de  la  rue  du  même  nom, 
entre  la  Gara  de  Dâr  el-Bâroûd  et  Bâb  el-Marsa. 

Le  Dherb  El-Qâdhi  englobe  tout  l'espace  compris  entre 
la  Zenqat  Et-Torrès  au  N.,  la  rue  de  la  Grande  Mosquée 
au  S.,  la  rue  du  Commerce  à  l'O.  et  le  Dherb  el-Bordj 
à  TE.;  là  se  trouve  une  maison  des  Habous  affectée  au 
logement  du  Qâdhi  de  Tanger. 

L'appellation  Qaïceriya  Qedîma  s'applique  au  quartier 
actuellement  desservi  par  la  rue  des  Chrétiens  et  la  rue 
du  Commerce,  réunies  entre  elles  par  la  ruelle  Benchi- 
mol.  Ce  quartier  constituait  autrefois  la  Qaïceriya  de  la 
ville  ;  mais,  progressivement  envahi  par  les  commerçants 
espagnols  et  juifs,  il  a  fini  par  être  évacué  par  les  com- 
merçants musulmans,  qui  se  sont  transportés  à  l'Oued  Ahar- 
dan. Le  nom  même  de  Qaïceriya  est  presque  entièrement 
tombé  dans  l'oubli. 

Au  commencement  de  la  rue  des  Chrétiens,  du  côté  du 
Soûq  ed-Dâkhel,  sont  installées  des  cuisines  de  marchands 
de  fritures  :  cette  partie  de  la  rue  est  de  ce  fait  appelée 
Qallaïn  el-Hoût. 

Le  Dherb  El-Medououar  s'étend  entre  la  rue  des  Cia- 
ghîn,  la  *Aqbat  El-Francis  et  le  rempart,  le  Qaous  Bou 
Selhâm,  la  rue  de  la  Zâouia  des  Aïsaoua  et  une  impasse 
parallèle  aux  Qallaïn  el-Hoût,  à  hauteur  du  Soûq  ed- 
Dâkhel.  Ce  quartier  comporte  une  ruelle  parallèle  à  la 
rue  des  Ciaghîn,  la  Zenqat  El-Medououar,  qui  part  de  la 
*Aqbat  El-Francis  et  aboutit,  en  face  de  la  Dâr  en-Niâba, 


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Rue  bi'S  CiAGHÎN. 


LA   VILLE  l85 

h  un  petit  carrefour  où  commencent  les  Kharrâzîn.  Il 
communique  avec  le  Qaous  Bou  Selhâm  par  une  ruelle 
transversale,  avec  les  Ciaghîn  et  la  rue  de  la  Zâouia  des 
Aïsaoua  par  les  Kharrâzîn.  Les  Kharrâzîn  (Cordonniers) 
englobent  l'ensemble  des  maisons  qui  s'ouvrent  sur  la  rue 
du  même  nom  ;  c'est  là  que  siégeait  autrefois  la  corpora- 
tion des  cordonniers. 

Dans  le  Dherb  El-Medououar,  à  hauteur  du  marché- 
aux-grains,  était  bâti  l'hôtel  de  l'ancienne  Légation  de 
France,  qui  a  donné  son  nom  à  la  'Aqbat  El-Francis 
(Côte  des  Français)  ;  cet  hôtel  a  été  démoli  pour  faire  place 
à  un  groupe  de  4  immeubles.  Là  commence  la  rue  du 
Qaous  Bou  Selhâm,  qui,  prolongée  par  celle  de  la  Zâouia 
des  Aïsaoua,  mène  aux  Qallaïn  el-Hoût  et  de  là  au  Soûq 
ed-Dâkhel. 

Le  quartier  des  Béni  Ider  est  le  plus  important  de  tous 
par  son  étendue  ;  il  se  trouve  au  S.  de  la  Médina,  entre 
le  rempart,  la  rue  des  Ciaghîn,  le  Soûq  ed-Dâkhel  et  la 
Grande  Mosquée.  Il  doit  son  nom  à  une  fraction  de  la 
tribu  des  Béni  Ider  du  Nord  du  Djebel  Alam  qui  avait  par- 
ticipé à  la  reprise  de  Tanger  sur  les  Anglais  et  s'était  ins- 
tallée sur  cet  emplacement.  Le  quartier  comprend  les 
agglomérations  des  Touâhen  et  du  Mellah  à  10.,  de  la 
rue  de  Sidi  El-Hâdj  Abdessalâm  El-Ouazzâni  et  du  Qaous 
El-Merican  (Voûte  des  Américains)  au  centre,  de  Hofrat 
Ben  Ech-Cherqui  à  l'E.,  le  long  du  rempart,  à  hauteur 
de  Bâb  ed-Droûdj. 

La  rue  des  Touâhen  (sing.  Tahoûna)  était  autrefois 
celle  des  meuniers  ;  il  s'y  trouvait  un  certain  nombre  de 
moulins,  actuellement  disparus  et  qui  étaient  actionnés 
par  un  cheval  ou  un  mulet. 

Le  Qaous  El-Mérican,  appelé  également  Dherb  Sidi 
Amar  Alilech,  est  le  nom  d'une  rue  aboutissant  à  une  porte 
qui  donne  accès  à  la  rue  moderne  des  Remparts;  on  y  re- 


l86  TANGER    ET    SA    ZONE  . 

marque  un  passage  voûté,  sur  lequel  s'ouvre  la  porte  de  la 
Légation  des  États-Unisd'Amérique. 

Quant  à  la  Hofrat  Ben  Ech-Cherqi,  c'est  la  dépression 
qui  se  trouve  à  droite  et  à  gauche  de  la  rue  de  la  poste  fran- 
çaise ;  la  tradition  fait  remonter  la  création  de  ce  petit 
quartier  à  un  Andalou  du  nom  d'Ech-Che'rqi. 

Le  quartier  des  Béni  Ider  a  cinq  débouchés  :  deux  sur  les 
Ciaghîn ,  un  sur  le  Soùq  ed-Dâkhel ,  deux  autres  dans  la  rue 
de  la  poste  française  et  le  dernier  sur  la  rue  des  Remparts. 
Toutes  les  rues  se  rejoignent  vers  le  centre,  où  elles  for- 
ment deux  ou  trois  carrefours. 

Quartiers  Quartiers  extérieurs.  —  On  donne  le  nom  de  Sidi  Boû 

extérieurs.  Qnâdel  à  un  quartier  presque  exclusivement  musulman 
qui  s'étend  au  N.  de  la  Médina,  entre  le  rempart  et  la  mer 
et  hors  de  Bâb  el-Qaçba.  Ce  quartier  est  d'aspect  misérable; 
les  indigènes  y  habitent  des  huttes  dressées  contre  le  rem- 
part ou  accrochées  sur  le  flanc  de  la  falaise.  Seule  la  partie 
du  quartier  sise  à  hauteur  de  Bâb  El-Qaçba  contient  un 
groupe  de  maisons  de  belle  apparence  appartenant  à  trois 
riches  indigènes,  le  Hâdj  Idris  ben  Djelloûl,  Si  Mohammed 
ben  Zekri  et  le  Hâdj  El-Menebhi  ;  on  n'y  remarque  quune 
maison  appartenant  à  un  Européen,  M.  de  Billy. 

Sidi  Bou  Qnâdel  possède  une  petite  mosquée,  dont  il  a  été 
déjà  parlé  et  qui  a  été  construite  par  le  Hâdj  Idrîs  ben 
Djelloûl.  Le  saint  qui  a  donné  son  nom  au  quartier  est  in- 
connu ;  son  tombeau,  au  bord  de  la  mer,  est  représenté  par 
un  rocher  et  des  blocs  de  maçonnerie  écroulés  du  haut  de 
la  falaise. 

Le  Marchan  est  un  grand  plateau  de  1.200  mètres  de 
long  limité  par  Sidi  Bou  Qnâdel^  les  Drâdeb,  Hasnona  et  la 
mer.  Il  est  bordé  au  N.  et  au  S.  par  une  série  de  villas, 
par  l'hôpital  anglais,  le  palais  du  Naïb  du  Sultan,  la  Léga- 
tion de  Russie,  la  section  sociologique  des  Affaires  Indigènes, 


LA    VILLE  187 

une  école  française,  etc.  ;  à  l'E.,  par  un  ancien  dépôt  d'ar- 
tillerie {Dâr  el-Khâliya)  transformé  en  poste  du  tabor  de 
police  urbaine  et  par  un  groupe  de  constructions,  dont 
l'Institut  Pasteur  du  Maroc,  Thôpital  français,  la  maison 
d"El-Menebhi,  la  Légation  d'Italie,  la  poudrière... 

L'extrémité  O.  est  occupée  par  un  grand  cimetière,  un 
ensemble  de  constructions  modernes  et  par  un  village  ap- 
pelé Dchar  Marchan  ;  tout  l'espace  intermédiaire  est  vide. 
Le  Dchar  Marchan  est  en  pleine  voie  de  transformation  : 
les  huttes  à  toit  de  chaume  y  font  place  de  plus  en  plus  à 
des  maisons  spacieuses  et  à  de  magnifiques  villas;  une 
grande  mosquée  y  a  même  été  élevée  de  1910  à  igi6.  Toute 
cette  partie  du  Marchan  constitue  actuellement  un  des  fau- 
bourgs les  plus  intéressants  de  la  Ville  ;  elle  est  habitée 
entre  autres  par  le  Pacha... 

Deux  routes  parallèles,  réunies  par  des  transversales, 
desservent  le  plateau  du  Marchan  en  passant  en  bordure 
des  maisons  et  villas  ;  l'une  vient  aboutir  à  Bâb  el-Qaçba, 
l'autre  arrive,  à  hauteur  de  l'Institut  Pasteur,  au  sommet 
d'une  côte  qui  mène  vers  le  carrefour  de  Bâb  Et-Tourkiya  et 
vers  le  Grand  Socco.  Une  route  transversale  mène  vers  Has- 
nona;  du  côté  opposé  une  rue  passe  devant  le  palais  du 
Naïb  du  Sultan  et  aboutit  d'une  part  à  des  rochers  domi- 
nant la  mer,  d'autre  part  au  Bordj  Bou  Ameïr.  Des  ravins 
aboutissent  aux  Drâdeb,  à  la  rivière  des  Juifs  et  à  la  plage 
du  même  nom,  en  direction  de  la  Montagne. 

Les  Drâdeb  (Terrains  en  pente)  constituent  la  pente  S. 
de  l'extrémité  occidentale  du  Marchan.  Ils  sont  limités  au 
N.  par  le  plateau  du  Marchan,  à  l'E.  par  les  Jardins 
Braunschvig  et  Abelardo  Sastre,  au  S.  par  les  Grijnat, 
la  dépression  empruntée  par  la  route  de  la  Montagne,  le 
pont  et  la  rivière  des  Juifs.  Au-dessus  de  la  route  de  la 
Montagne,  ce  quartier  est  habité  presque  exclusivement 
par  des  musulmans  pauvres,  qui  y  vivent  sous  des  huttes 


l88  TANGER    ET   SA   ZONE  • 

OU  des  bioût.  Au  S.  de  la  route  se  trouvent  quelques  mai- 
sons isolées,  des  baraquements  et  une  usine  de  production 
de  lumière  électrique. 

Le  quartier  des  Drâdeb  est  de  création  récente  et  remonte 
à  peine  aux  environs  de  1895,  à  l'époque  du  pacha  Abder- 
rahman  ben  Abdeççadaq  ;  il  a  été  créé  pour  décongestionner 
la  Médina  surpeuplée. 

Une  rue  le  traverse  dans  sa  partie  haute  de  l'E.  à  l'O.  ;  la 
partie  basse  est  coupée  par  la  route  de  la  Montagne.  Ces 
deux  voies,  à  peu  près  parallèles,  sont  reliées  par  des  che- 
mins perpendiculaires  et  à  pente  raide,  que  la  pluie  trans- 
forme en  ravins. 

Hasnona  est  le  nom  d'un  oued  actuellement  à  sec,  qui 
prenait  sa  source  dans  les  jardins  de  l'ancienne  légation  de 
Belgique,  sur  l'emplacement  du  palais  deMoulay  Hafîdh  (i), 
et  entrait  en  ville  sous  une  voûte,  à  Bâb  et-Tourkiya. 
Le  quartier  du  même  nom  est  limité  au  N.  par  le  Marchan 
et  la  Côte  du  Marchan,  au  S.  par  la  route  de  la  Montagne, 
à  l'E.  par  le  rempart  delà  Médina. 

Il  comprend  une  agglomération  assez  dense,  misérable, 
en  majeure  partie  espagnole,  et  un  hôpital  juif  (fondation 
Haïm  Benchimol)  immédiatement  à  l'E.  du  palais  de  Mou- 
lay  Hafîdh,  au  fond  de  la  vallée  ;  à  cette  agglomération  fait 
suite,  le  long  de  la  route  de  la  Montagne,  un  groupe  de 
maisons  parmi  lesquelles  il  faut  citer  l'École  de  l'Alliance 
Israélite  (2)  et  le  consulat  d'Espagne.  Du  côté  opposé,  à  la 


(i)  La  propriété  sur  laquelle  est  bâti  ce  palais  a  été  achetée  en  1909  à  la 
veuve  du  Consul  général  de  Belgique  par  Moulay  Hafîdh,  qui  a  détruit  le 
magnifique  parc  qui  s'y  trouvait  pour  y  construire  à  grand  frais  (trois  millions 
de  francs  au  minimum)  une  immense  bâtisse  sans  aucun  style,  entourée 
d'un  mur  en  ciment  armé,  d'où  émergent  quelques  toits  à  tuiles  vertes,  sur- 
montés de  boules  dorées. 

(2)  Cette  construction  a  été  élevée  il  y  a  une  quarantaine  d'années  pour 
servir  à  l'installation  d'une  roulette  ;  le  corps  diplomatique  de  l'époque- 
s'opposa  à  une  pareille  affectation.  L'immeuble  a  servi  depuis  aux  légations 
d'Autriche  et  de  Portugal,  ensuite  aux  Postes  et  Télégraphes  Chéritiens. 


LA    VILLE  189 

limite  avec  le  Marchan,  sont  bâtis  des  villas  et  plusieurs  im- 
meubles de  belle  apparence  appartenant  à  des  juifs. 

Enfin,  àl'E.  du  côté  de  la  xMédina,  se  trouvent  tout  un 
pâté  de  maisons,  dont  une  partie  est  coupée  en  deux  par  la 
rue  de  Tétouan,  et  un  cimetière  catholique  actuellement 
désaffecté  ;  on  y  remarque  en  outre  une  sania,  dite  de 
Qtiout,  et  un  puits  alimenté  par  une  source,  Ain  Ben  Ech- 
Châmi. 

Le  quartier  du  Soûq-el-Barra  englobe  l'espace  qui  avoi- 
sine  immédiatement  le  marché  :  l'ancienne  légation  d'Al- 
lemagne, la  mosquée  de  Sidi  Boû  Abîd,  la  chapelle  pro- 
testante, la  légation  de  France,  le  dispensaire  indigène, 
le  bureau  des  Postes,  Télégraphes  et  Téléphones  Chéri- 
fîens,  avec  les  constructions  qui  l'avoisinent,  et  le  collège 
Alphonse-XIIi: 

Sur  la  colline  des  Ç/cîce/ (Peupliers)  s'élevaient  autrefois 
quelques  peupliers;  sa  partie  haute  s'étend  vers  l'O.-S.-O. 
jusqu'au  delà  du  marché  aux  bœufs  {soûq  el-baqar).  Le 
quartier  auquel  cette  colline  a  donné  son  nom  peut  être 
délimité  par  la  route  de  la  Montagne  au  N.,  le  cimetière 
du  Soûq  el-Barra,  la  Mçalla  et  Aïn  Qtiout  à  TE.,  les  Souâni 
Fouqâniïn  au  S.  ;  il  est  traversé  dans  toute  sa  longueur 
par  une  route  partant  du  Soûq  el-Barra  et  se  prolon- 
geant au  delà  du  marché  aux  bœufs  vers  les  Moudja- 
hidin et  Boubana.  Il  est  appelé  San  Francisco  par  les 
Espagnols. 

On  y  remarque  notamment  un  moulin  et  une  grande 
boulangerie  mécanique  français,  un  groupe  de  maisons 
{Barriada  de  San  Francisco),  l'hôpital  espagnol  et  le  cou- 
vent delà  Mission  catholique  espagnole,  ainsi  que  plusieurs 
villas  échelonnées  le  long  de  la  route  et  entourées  de  parcs. 
Entre  cette  route,  celle  de  la  Montagne  et  le  Chemin  deS 
Amoureux,  à  PE.,  se  trouvent  un  grand  parc  (propriété 


igO  TANGER    ET   SA    ZONE  • 

Brooks)  appelé    par  les  indigènes   Saniai  El-Hadjii,  Bou 
Ghaba  (i)  et  le  sanctuaire  de  Sidi  Mohammed  El-Hadj. 

Le  quartier  de  la  Mçalla,  au  S.-O.  du  Soûq  el-Barra, 
comprend  la  Mçalla  proprement  dite,  la  légation  d'Angle- 
terre, un  hôtel  français  (Villa  de  France),  des  jardins  etc., 
et  un  espace  actuellement  vide,  Aïn  Qtiout,  où  vivait  jusqu'à 
l'année  dernière  une  agglomération  misérable  mi-espagnole 
mi-indigène.  Il  touche  à  Râs  Soûq  el-Barra,  au  cimetière 
musulman,  aux  Souâni  Fouqaniïn  et  aux  Maadi.  11  est 
bordé  à  i'E.  et  à  TO.  par  deux  rues  qui  viennent  se  rejoindre 
à  hauteur  de  la  légation  de  France,  au-dessus  d'un  pont 
bâti  sur  un  torrent  aujourd'hui  comblé. 

La  Mçalla  de  Tanger  est,  contrairement  à  la  coutume 
musulmane,  entourée  d'un  haut  mur,  qui  la  cache  aux 
regards  des  «  infidèles  ». 

Le  terme  Maâdi  sert,  chez  les  indigènes,  à  désigner  le 
groupe  de  sources  qui  alimentaient  la  ville  en  eau  potable  ; 
le  quartier  appelé  de  ce  nom  par  les  Européens  s'applique 
à  l'ensemble  des  terrains  où  ces  sources  se  trouvent  ;  il  est 
compris  entre  la  Mçalla,  les  Souâni  Fouqaniïn  et  Bou 
Khachkhach. 

Il  est  occupé  par  la  résidence  du  ministre  de  France,  les 
immeubles  Bessonneau,  la  villa  Valentina  et  un  groupe  de 
maisons  sises  en  bordure  de  la  route  de  Fès. 

Bou  Khachkhach  n'est  pas  le  nom  d'un  quartier  propre- 
ment dit,  mais  celui  de  terrains  autrefois  plantés  de  vignes 
et  qui  ont  été  envahis  par  les  sables;  ces  terrains  partent 
du  Chemin  des  Vignes  et  s'étendent  de  chaque  côté  du 
boulevard  de  la  Dette. 

(i)  Bou  Ghaba  est  une  propriété  de  la  famille  de  ce  nom,  dont  une  partie 
est  habous  de  Sidi  Mohammed  El-Hadj  ;  il  s'y  trouve  des  maisons  assez 
misérables  habitées  par  des  musulmans  et  des  espagnols  pauvres. 


LA   VILLE 


191 


C'est  là  que  des  fouilles  entreprises  par  la  iMission 
Scientifique  du  Maroc  ont  fait  découvrir  les  tombeaux  ro- 
mains dont  il  est  parlé  par  ailleurs  (i).  Plusieurs  maisons 
commencent  à  s'y  élever  :  le  Contrôle  de  la  Dette,  l'im- 
meuble des  Travaux  Publics,  les  magasins  du  Monopole 
des  tabacs,  etc. 

Les  Brâmil  comprennent  une  forte  agglomération  entre 
la  mer,  la  rue  de  la  Plage,  Bou  Khachkhach  et  l'emplace- 
ment de  l'immeuble  occupé  par  la  Compagnie  Saint  frères. 
On  y  remarque  notamment  une  usine  espagnole  de  produc- 
tion de  lumière  électrique,  un  théâtre  espagnol  (Cervantes) 
et  un  hôtel  anglais  (Cecil  Hôtel). 

Le  nom  de  Brâmil  (Tonnelets)  tient  probablement  à  ce 
fait  que  de  nombreux  indigènes  viennent  avec  des  tonne- 
lets chercher  de  l'eau  aux  puits  qui  s'y  trouvent  et  dont  le 
plus  connu  est  le  Bîr  El-Kharroûbi,  le  puits  de  la  plage  des 
Européens. 

Kedaoui  er-Remel,  les  collines  de  sable.  —  La  zone  dé- 
signée sous  ce  nom  était  faite  de  dunes  de  sables  amon- 
celées par  le  vent  et  qui  ont  été  fixées  par  quelques  cons- 
tructions, des  routes,  des  barrières  limitant  les  propriétés 
privées,  etc.  Les  Kedâoui  er-Remel  s'étendent  au  delà  de 
Bou  Khachkhach  et  des  Brâmil,  à  droite  et  à  gauche  sur  le 
prolongement  du  boulevard  de  la  Dette,  entre  l'avenue  du 
collège  Regnault  et  la  route  de  Tétouan  ;  elles  font  partie 
des  Souâni  Sefliïn.  Le  collège  Regnault  et  la  sardinerie  sont 
presque  les  seules  constructions  qui  s'y  trouvent. 

Les  Kedâoui  er-Remel  sont  parcourues  par  une  route 
prolongeant  le  boulevard  de  la  Dette  en  direction  de  l'Oued 
el-Halq  et  par  une  autre  route  croisant  la  première  non  loin 
du  collège  Regnault  et  allant  d'un  côté  vers  le  front  de  mer, 
de  l'autre  côté  vers  la  route  de  Fès. 

(i)  Cf.  supra,  pp.  42  et  seq.  ;  infra,  pp.  408  et  seq. 


102  TANGER    ET   SA   ZONE  • 

Les  Souâni,  au  S.  de  la  ville,  englobent  une  vaste 
étendue  de  terres  qui,  s'abaissant  en  pente  douce,  vont 
former  une  légère  dépression  empruntée  par  l'Oued  es- 
Souâni,  au  delà  de  laquelle  elles  se  relèvent;  le  quartier  de 
ce  nom  peut  être  délimité  comme  il  suit  :  route  des  Çfâcef 
et  son  prolongement  au  N.-O.  et  à  l'O.,  —  Aïn  Qtiout 
(Mçalla),  Maadi,  Bou  Khachkhach  et  Kedâoui  er-Remel  au 
N.,  —  rOued  es-Souâni,  considéré  comme  formant  la 
limite  S.  de  la  ville,  la  plage,  entre  les  Brâmil  et  l'Oued  el- 
Halq,  à  l'E. 

Cette  zone  est  occupée  presque  entièrement  par  des  jar- 
dins ;  les  maisons  y  sont  très  clairsemées  :  on  peut  citer 
l'usine  du  Monopole  des  tabacs,  au  confluent  de  l'Oued  es- 
Souâni  et  de  l'Oued  el-Meghoura  sur  la  plage,  et  l'immeuble 
de  la  Société  de  constructions  France-Maroc. 

Les  Souâni  se  divisent  en  Fouqiïn  et  Sejliïn  :  les  Souâni 
Fouqiïn,  ou  de  la  partie  haute,  sont  au  N.-O.  de  la  route 
de  Fès  ;  les  Seffliïn,  ou  de  la  partie  basse,  entre  cette  route 
et  la  rade. 

Les  Souâni  doivent  leur  nom  aux  nombreuses  norias 
{souâni^  sing.  saniïa)  qui  s'y  trouvaient  et  dont  quelques- 
unes  fonctionnent  encore. 

Plage.  —  La  plage  commençait  autrefois  au-dessous  du 
phare  du  port,  devant  Bâb  el-Bahar  (Bâb  Dâr  er-Debâgh), 
pour  s'étendre  directement  vers  le  S.,  ensuite  vers  le  S.-E. 
et  vers  TE.  Un  terre-plein  a  été  conquis  sur  la  mer  au  pied 
de  la  batterie  Top'hana,  de  la  douane  à  la  rue  de  la  Plage  ; 
derrière  ce  terre-plein  s'élève  un  grand  immeuble  de  cons- 
truction récente,  la  maison  Renschausen.  Un  boulevard, 
dit  du  Front-de-Mer,  lui  fait  suite  et  aboutit  au  delà  de  Pim- 
meuble  occupé  par  la  société  Saint  frères. 

C'est  à  partir  de  ce  dernier  immeuble  que  commence  la 
plage  actuelle  ;  on  n'y  remarque  guère  pour  toutes  construc- 
tions que  la  Sardinerie  et,  plus  loin,  l'usine  du  Monopole 


LA   VILLE  193 

des  tabacs,  dont  il  a  été  parlé  à  propos  du  quartier  des 
Souâni.  Elle  est  coupée  ensuite  par  l'Oued  el-Halq;  des  sa- 
lines sont  aménagées  sur  la  droite;  une  colline,  appelée 
Charf ,  porte  le  village  du  même  nom  et,  au  sommet,  une 
maison  en  forme  de  mosquée,  qui  a  été  bâtie  par  un  Fran- 
çais en   1917. 

A  TE.  de  l'Oued  El-Halq  se  trouvent  les  ruines  d'un  pont, 
le  village  de  Tandja  El-Bâlia,  les  ruines  de  la  Qaçba  de 
Ghaïlan(i),  une  villa  construite  par  l'Anglais  Mr.  Harris,  le 
Bordj  El-Ghandouri  et  enfin  un  lazaret.  Une  tour,  appelée 
Tour  de  Malabata,  se  dresse  à  la  pointe  de  la  rade,  face  à 
la  Médina. 

(i)  Cf.  supra,  p.  76. 


LE  PEUPLEMENT 


Les  II  serait  impossible,  à  travers  les  différentes  invasions 

Musulmans.  et  les  nombreux  passages  du  détroit  dans  un  sens  et  dans 
l'autre,  de  reconstituer  la  succession  des  populations  qui 
ont  occupé  Tanger  depuis  l'époque  légendaire. 

Toutes  ces  populations  ont  d'ailleurs  disparu  de  la  ville  ; 
on  ne  trouve  plus  aucune  trace  ni  des  autochtones  ni  des 
conquérants  qui  s'y  sont  succédé  (i). 

Il  semble  bien  qu'au  moment  de  l'occupation  chrétienne 
les  indigènes  ont  complètement  évacué  la  ville  ;  plusieurs 
familles  l'avaient  même  abandonnée  lors  des  premières 
tentatives  des  Portugais  en  1487  et  en  1464,  entre  autres 
celle  du  fameux  cheikh  çoufique  Abou  Mohammed  Abdal- 
lah El-Habti,  qui  appartenait  à  la  tribu  des  Imathnah,  des 
Cinhadja  de  Tanger.  Les  ancêtres  de  ce  cheikh  abandon- 
nèrent la  ville  pour  se  réfugier  dans  la  tribu  des  Akhmas, 
près  de  Chefchaouen. 

Pour  étudier  le  peuplement  actuel  de  Tanger,  il  faut 
donc  s'arrêter  à  l'époque  où  les  Musulmans  y  sont  rentrés 
après  le  départ  des  Anglais. 

Pendant  la  fin  de  la  domination  portugaise  et  les  pre- 
mières années  de  l'occupation  anglaise,  les  attaques  contre 

(i)  Cf.  pp.  3o  et  seq.,  358  et  seq. 


LE   PEUPLEMENT  IqS 

Tanger  avaient  été  dirigées  par  Ghaïlan  ;  ses  troupes  se 
composaient  plus  particulièrement  des  contingents  fournis 
par  les  tribus  montagnardes  situées  entre  Tanger,  Té- 
touan  et  El-Qçar  El-Kebir.  A  l'apparition  des  Filala, 
Moulay  Er-Rechid  ben  Ech-Chérif  cherchait  au  Nord 
de  Taza  à  établir  les  bases  de  sa  souveraineté  en  s'ap- 
puyant  sur  Roland  Fréjus  et  sur  la  France,  contre  Ghaï- 
lan qui  était  devenu  l'allié  et  le  prétendant  des  Anglais; 
il  s'occupa  également  de  trouver  des  alliés  dans  le  pays 
même  et,  par  son  mariage  avec  la  fille  du  Cheikh 
Aaras  (i),  obtint  l'appui  des  tribus  rifaines.  C'est  là  le 
point  de  départ  du  concours  apporté  par  le  Rif  à  la  dy- 
nastie des  Filala  et  de  l'organisation  des  combattants  de 
guerre  sainte  Rifains  qui,  après  la  mort  de  Ghaïlan,  furent 
employés  par  Moulay  Ismaïl  contre  Tanger,  Larache  et 
Mehediya. 

Les  premières  opérations  de  Moulay  Ismaïl  contre  Tan- 
ger furent  dirigées  par  Ahmed  ben  Haddo  El-Hamami 
Er-Riti;  Amar  ben  Haddo  assiégeait  Mehediya;  à  la  mort 
de  ce  dernier,  il  fut  remplacé  par  son  frère  Ahmed, 
et  son  cousin  Ali  ben  Abdallah  ben  Daho  fut  chargé  de 
continuer  les  attaques  contre  Tanger.  Les  troupes  qu'il 
commandait  se  composaient  de  contingents  fournis  par 
les  différentes  tribus  du  Rif  et  par  quelques  tribus  des 
montagnes  des  environs  de  Tanger. 

Lorsque  les  Anglais  durent  évacuer  la  ville,  les  troupes 
musulmanes  y  pénétrèrent  et  se  partagèrent  les  immeubles 
abandonnés.  La  ville  elle-même  ne  pouvait  évidemment 
pas  contenir  toutes  les  troupes  qui  l'avaient  assiégée  :  les 
principales  familles  s'établirent  dans  l'intérieur  des  murs, 
tandis  que  l'ensemble  des  troupes  recevaient  en  partage 
la  jouissance  des  terres  du  Fahç,  où  elles  formèrent  le 
Guich  er-Rifi,  qui   n'a  jamais  été  supprimé,  mais  qui, 

(i)  Des  membres  de  cette  famille  se  trouvent  encore  à  Tanger. 

VILLES  ET  TRIBUS.  —   VII.  i4 


06 


TANGER   ET   SA   ZONE 


ainsi  qu'on  le  verra  d'autre  part,  a  perdu  en  fait  toute  son 
organisation. 

Des  apports  nouveaux  se  sont  évidemment  produits 
depuis  plus  de  deux  siècles;  cependant  la  majorité  des 
notables  de  la  ville  de  Tanger  se  compose  encore  aujour- 
d'hui des  descendants  des  chefs  rifains  qui  y  sont  entrés 
avec  le  pacha  Ali  ben  Abdallah  El-Hamami  Er-Rifi. 


Principales 

familles 
musulmanes. 


Ces  familles  sont  les  suivantes  : 

Oulâd  Abdeççadaq.  —  Originaires  duTemsaman,dans  le 
Rit.  Ce  sont  les  descendants  du  pacha  Ali  ben  Abdallah, 
qui  constituent  encore  aujourd'hui  la  famille  la  plus  im- 
portante de  la  ville  et  à  laquelle  appartient  le  pacha  actuel. 
On  a  donné  sa  généalogie  dans  la  partie  historique  de  cet 
ouvrage.  Une  branche  de  celte  famille  a  toujours  refusé  des 
emplois  makhzen  ;  c'est  une  famille  de  tolba,  qui  a  même 
fourni  un  qadhi.  Le  représentant  le  plus  important  de 
cette  branche  est  actuellement  Si  Idris  ben  Mohammed 
ben  Ahmed  ben  Abdeççadaq  ben  Ahmed  ben  Ali. 

Oulâd  Abdelkhâlaq.  — Branche  issue  des  Oulâd  Abdeç- 
çadaq etdont  la  généalogie  fait  partie  de  celle  de  cette  famille. 
Un  de  ses  membres,  Mohammed  ben  Abdelkhâlaq,  a  été 
pacha  d'Arzila  ;  chassé  il  y  a  plusieurs  années  de  cette  ville 
par  Raïsouli,  il  est  aujourd'hui  retiré  à  Tanger. 

Oulâd  Ben  'Abbou.  —  Ils  descendent  de  Haddo,  frère  de 
Daho  père  d'Abdallah,  qui  était  lui-même  le  père  du  fameux 
pacha  'Ali.  On  a  vu  qu'un  des  ancêtres  des  Oulâd  Ben 
'Abbou,  Ahmed  ben  Haddo,  avait  dirigé  les  opérations 
contre  Tanger  avant  le  pacha  *Ali  ben  Abdallah.  Plusieurs 
membres  de  cette  tamille  ont  été  gouverneurs  des  Gho- 
mara  ;  ils  ont  gouverné  cette  tribu  avec  une  cruauté  qui 
est  devenue  proverbiale.  Mohammed  ben  Abdelmalek,  un 
des  ancêtres  des  Oulâd  Ben  'Abbou,  a  fait  partie  de  l'am- 
bassade envoyée  à  Vienne  par  le  sultan  Mohammed  ben 
Abdallah. 


LE   PEUPLEMENT  I97 

Le  chef  actuel  de  la  famille,  'Allai  Ben  *Abbou,  a  été 
pacha  de  Casablanca  après  l'occupation  française  et  plus 
tard  pacha  de  Mogador  ;  il  est  aujourd'hui  ressortissant 
espagnol  et  vit  à  Tanger  dans  une  très  belle  maison  qu'il 
a  fait  construire  à  la  Qaçba. 

Oulâd  Abaroudi.  —  Ils  sont  originaires  des  Béni  Ouria- 
ghel.  Plusieurs  membres  de  cette  famille  ont  rempli  les 
fonctions  de  Mohtasib.  Abdessalam  Abaroudi  a  été  Nadir 
des  habous  en    i85o. 

Elle  est  représentée  par  Si  El-'Arbi  Abaroudi,  qui,  après 
avoir  fait  du  commerce,  a  été  adjoint  au  Hadj  Abdelkerim 
Bricha  de  Tétouan,  commissaire  général  du  Maroc  à 
l'exposition  de  1889.  Il  a  été  ensuite  Mohtasib,  puis  Amîn 
de  la  taxe  urbaine  et  n'exerce  plus  aujourd'hui  aucune 
fonction. 

Oulâd  Amkichet.  —  Des  Béni  Ouriaghel  ;  c'est  une  fa- 
mille de  qaïds.  El-Abbas  Amkichet  a  été  pacha  de  Tanger 
à  la  fin  du  règne  du  Sultan  Sidi  Mohammed.  Ses  frères 
xVrhammed  et  Idris  ont  été  gouverneurs  de  l'Andjera  et 
d'Arzila.  Leurs  enfants  n'occupent  aucune  fonction. 

Oulâd  Bou  Çouf.  —  De  la  tribu  des  Baqqioua  du  Rif  ; 
c'est  une  famille  de  tolba.  L'un  d'eux  a  été  mothasib  en 
1800  sous  le  règne  de  Moulay  Sliman;  un  autre  a  occupé 
les  miêmes  fonctions  il  y  a  quelques  années  ;  un  frère  était 
employé  au  port  ;  il  a  quitté  ses  fonctions  au  commence- 
ment de  la  guerre.  Plusieurs  membres  de  cette  famille 
sont  employés  à  l'Administration  de  la  Dette  marocaine. 

Oulâd  Ahardan.  —  C'est  une  des  plus  riches  familles 
de  Tanger;  elle  est  originaire  du  Temsaman.  Abdelkerim 
Ahardan  était  Nadir  en  i85o.  Si  Abdesselam  Ahardan  était 
à  Tanger  l'agent  de  confiance  de  Moulay  El-Hasan,  qui  lui 
avait  donné  l'administration  d'un  moulin  à  vapeur  qu'il 
avait  créé  pour  essayer  d'empêcher  la  création  de  moulins 
européens.  Cette  entreprise  n'a  donné  d'ailleurs  aucun 
résultat.    Si  Abdessalam  Ahardan  a  été  également  Amîn 


198  TANGER    ET   SA    ZONE  ' 

de  la  douane  à  Tanger.  La  famille  Ahardan  est  alliée  avec 
celle  des  Oulâd  Abdeççadaq  ;  elle  a  donné  son  nom  à  un 
quartier  de  la  ville  où  se  trouvent  plusieurs  immeubles 
lui  appartenant. 

Oulâd  Temsamani.  —  Comme  leur  nom  l'indique,  ils 
sont  originaires  du  Temsaman.  C'est  une  famille  de  tolba, 
qui  a  fourni  de  nombreux  adoul.  L'un  d'eux,  Si  El-Mokh- 
tar,  est  actuellement  mohtasib;  deux  autres.  Si  Abdelmed- 
jid  et  Si  El-Arbi  sont  adoul.  Ce  dernier  est  secrétaire  du 
pacha. 

Oulâd  Bernai.  —  C'est  une  famille  d'Andalousie.  Les 
Oulad  Bernât  sont  des  gens  aisés  et  qui  ne  remplissent 
aucune  fonction. 

Oulâd  Balga-  —  Us  sont  également  Andalous.  Sous  le 
règne  de  Moulay  El-Hasan,  Abderrahman  Balga  était  capi- 
taine du  port  (Raïs  el-Marsa)  ;  à  sa  mort,  il  y  a  quelques 
années,  il  a  été  remplacé  par  son  fils  ;  mais  ses  fonctions 
sont  pour  ainsi  dire  honoraires  et  sont  effectivement  rem- 
plies par  un  capitaine  au  long  cours  du  Service  de  la  Dette. 

Oulâd  El-Moudouar.  —  Ils  sont  originaires  d'Anda- 
lousie. Plusieurs  d'entre  eux  étaient  maîtres  tanneurs  ;  ils 
ont  également  fourni  des  adoul.  Un  quartier  de  la  ville 
porte  leur  nom. 

Oulâd  Es-Saïdi.  —  Des  Béni  Saïd  du  Rif.  Il  y  a  eu 
plusieurs  pachas  de  cette  famille  à  Tanger.  Sous  le  règne 
de  Moulay  El-Hasan,  le  Qaïd  Abdelmalek  bel-Hachemi 
Es-Saïdi  a  été  ambassadeur  à  Paris  et  a  été  reçu  par 
M.  Grévy,  qui  était  Président  de  la  République.  Il  a  été 
ensuite  'amei  d'Oudjda,  puis  gouverneur  d'El-Qçar  et  de 
Larache  et  enfin  de  Taza,  où  il  est  mort.  Son  fils  Abdes- 
salam  ben  Abdelmalek  est  Qaïd  el-Mechouar  du  pacha.  Un 
de  ses  cousins,  Si  El-Arbi  Es-Saïdi,  est  aujourd'hui  le  chef 
de  la  famille. 

Oulâd  Adjouaou  et  Oulâd  Amedjaou.  —  Ce  sont  des 
familles  de  mokhazniya. 


LE   PEUPLEMENT  1^9 

Oulâd  Ou  Haroun.  —  Des  Béni  Ouriaghel  ;  commer- 
çants et  propriétaires. 

Oulâd  El-Ghassal.  —  C'est  une  famille  de  Regraga 
(tribu  des  Maçmouda  sur  l'Oued  Chichaoua,  entre  Marra- 
kech et  Mogador)  qui  se  trouvait  établie  dans  la  tribu  des 
Marnisa,  au  moment  où  Ali  ben  Abdallah  El-Hamami 
réunissait  les  contingents  de  guerre  sainte  contre  Tanger. 
Les  Oulâd  El-Ghassal  se  joignirent  à  lui  et  restèrent  établis 
à  Tanger.  Le  chef  de  la  famille  est  le  Hadj  El-Hasan  El- 
Ghassal,  actuellement  khalifa  du  pacha;  il  est  assez  lettré 
et  a  écrit  des  notes  sur  ses  voyages  à  Marrakech  et  à  la 
Mecque  et  une  notice  historique  sur  Tanger. 

Oulâd  Bou  Hoseïn.  —  Béni  Touzîn.  Famille  de  tolba  et 
de  mokhazniya. 

Oulâd  Bouselham,  —  Béni  Touzîn.  Tolba.  L'un  d'eux 
a  été,  il  y  a  une  cinquantaine  d'années,  secrétaire  indigène 
à  la  légation  d'Angleterre.  Son  fils,  Mohammed  ben  Bou- 
seiham,  était  avant  la  guerre  répétiteur  d'arabe  à  l'École 
des  langues  orientales  à  Berlin. 

Oulâd  El-Amarthi.  —  Béni  Amarth  du  Rif.  C'est  une 
famille  de  mokhazniya.  Il  y  a  eu  un  qaïd  Amarthi  à  la  fin 
du  dix-huitième  siècle.  Les  Oulâd  El-Amarthi  habitent  le 
village  des  Souani,  où  ils  ont  fait  construire  plusieurs  mai- 
sons ;  ils  avaient  il  y  a  quelques  années  encore  une  situa- 
tion importante,  qui  tend  à  diminuer. 

Oulâd  Zaïdi.  —  Originaires  du  Temsaman.  Cette  famille 
a  fourni  plusieurs  adoul  et,  en  i8i  i ,  un  nadir,  Tayyeb  bel- 
Hadj  El~*Ayyachi  ;  elle  est  aujourd'hui  ruinée. 

Oulâd  Bour^ian.  —  Guelaïa.  C'est  une  famille  de  bahriya^ 
barcassiers. 

Oulâd  Aharrar.  —  Originaire  de  Tafersith,  près  des 
Beni-Touzîn.  C'est  une  famille,  de  mokhazniya  et  de  cul- 
tivateurs, qui  a  fourni  quelques  tolba.  Le  chef  actuel  de  la 
famille,  Ahmed  Aharrar,  avait  été  nommé  Khalifa  du  Fahç 
en  1909  par  le  chef  de  la  Mehalla  contre  Raïsouli  ;  mais  il 


200  TANGER    ET    SA   ZONE 

ne  resta  en  fonctions  qu'une  dizaine  de  jours  et  fut  révo- 
qué à  la  demande  de  Guebbaç,  représentant  du  Sultan  à 
Tanger. 

Oulâd  Ben  Sellâm.  —  Originaires  de  la  tribu  des  Djaïa 
sur  le  haut  Ouargha.  Sous  le  règne  de  Moulay  Sliman,  le 
feqih  Ben  Sellam,  qui  habitait  Fès,  fut  envoyé  à  Tanger 
par  le  Sultan  comme  professeur  ;  il  sV  établit,  et  sa  famille 
y  resta.  C'est  aujourd'hui  une  famille  de  cultivateurs. 

Oulâd  El-Fellous.  —  De  la  tribu  des  Soumata;  ils  pré- 
tendent être  chorfa.  Cette  famille  a  fourni  des  qadhis,  des 
adoul,  des  professeurs  ainsi  que  des  khatibs  et  des  imams 
à  la  grande  mosquée.  C'est  encore  aujourd'hui  une  famille 
de  tolba  etd'adoul. 

Oulâd  El-Ftouh.  —  Originaire  des  Gzennaïa:  c'est  une 
famille  de  tolba.  L'un  d'eux,  Si  Ahmed  El-Ftouh  est  secré- 
taire indigène  au  consulat  d'Angleterre  à  Tanger  :  affilié  à 
la  confrérie  des  Derqaoua,  il  a  joué  un  rôle  assez  impor- 
tant dans  les  agissements  de  cette  confrérie  et  passe  pour 
avoir  exercé  sur  son  cheikh,  El-Hadj  Mohammed  ben  Ciddiq 
El-Ghomari,  une  réelle  influence. 

Oulâd  Mefarradj .  —  Ils  sont  originaires  des  Beni-Oua- 
raïn  et,  après  avoir  été  établis  pendant  un  certain  temps  à 
Chefchaouen,  ils  sont  venus  à  Tanger  à  la  fin  du  dix-hui- 
tième siècle.  L'un  d'eux  était  qadide  Tanger  en  1804.  Cette 
famille  a  fourni  des  adoul  ainsi  que  des  mouqits,  des 
imams  et  des  khatibs  à  la  grande  mosquée.  Si  Allai  Mefar- 
radj, quia  été  nadir  il  y  a  quelques  années, est  aujourd'hui 
amîn  à  la  Douane. 

Oulâd  El-Bouërdi.  —  Des  Gzennaïa.  C'est  une  famille  de 
commerçants  et  de  propriétaires. 

Oulâd  El'Hadjoui.  —  Des  Beni-Saïd  du  Rif.  Commer- 
çants. 

Oulâd  Laghmich.  —  Originaires  de  l'Andjera.  Un  Lagh- 
mich  a  été  nadir  en  1791  ;  un  autre  était  Khalifa  du  capi- 
taine du  port,  il  y  a  une  cinquantaine  d'années. 


LE    PEUPLEMENT  201 

Oulâd  Ben  Idris.  —  Des  Beni-Ouaraïn.  Famille  de 
tolba.  On  retrouve  l'un  d'eux  comme  adel  en  1767. 

Oulâd  Ou  Sidhoum.  —  Andalous.  C'est  une  famille  de 
tolba.  On  trouve  un  Ou  Sidhoum  nadir  au  commencement 
du  siècle  dernier.  Si  Mohammed  Ou  Sidhoum  est  actuelle- 
ment mouqit  de  la  grande  mosquée. 

Oulâd  El-Khammal.  —  Originaires  des  Beni-ltefth  du 
Rif.  Propriétaires,  agriculteurs  et  commerçants  ;  quelques 
tolba.  L'un  d'eux,  le  Hadj  Abdessalam,  est  actuellement 
chargé  de  représenter  le  pacha  pour  les  questions  d'arpen- 
tage. 

Oulâd  Bon  Guem^a.  —  Les  plus  anciens  membres  de 
cette  famille  que  l'on  retrouve  à  Tanger,  sont  Qaddour  ben 
Ali  Bou  Guemza  Er-Rifî,  sans  indication  de  tribu,  et  ses 
deux  frères  Mohammed  et  M'hammed. 

Les  Bou  Guemza  administraient,  à  la  fin  du  règne  de 
Sidi  Mohammed  ben  Abdallah,  tous  les  Béni  Touzîn  de 
Tanger;  ils  étaient  donc  probablement  originaires  eux- 
mêmes  de  cette  tribu. 

Ils  furent  accusés  d'abus  d'autorité  et  de  contrebande. 
En  1788,  le  Sultan  Sidi  Mohammed  ben  Abdallah  ordonna 
au  qaïd  Mohammed  ben  Abdelmalek  de  vendre  tous  les 
biens  des  Oulad  Bou  Guemza  et  de  lui  envoyer  l'argent. 
Cette  vente  fut  faite  en  1790  sous  le  règne  de  Moulay  El- 
Yazid  et  les  biens  achetés  par  les  habous  ;  en  1791,  Moulay 
Moslama,  pendant  son  règne  de  quelques  jours,  donna  l'or- 
dre de  restituer  leurs  biens  aux  Oulad  Bou  Guemza;  enfin, 
en  1793,  au  commencement  du  règne  de  Moulay  Sliman, 
la  vente  fut  annulée  par  le  qadi  de  Tanger. 

Il  ne  semble  pas  cependant  que  les  biens  des  Oulâd  Bou 
Guemza  leur  aient  été  complètement  restitués;  les  mem- 
bres de  cette  famille  qui  habitent  aujourd'hui  Tanger  sont 
en  effet  très  pauvres. 

Oulâd  Zaoudi.  —  Cette  famille  porte  simplement  l'eth- 
nique «  Et-Tandji  »  sans  indication  de  tribu.  Leur  nom 


202  TANGER    ET   SA   ZONE  • 

apparaît  pour  la  première  fois  dans  les  actes  en  iSSy,  avec 
le  feqih  Si  Abdesselam  quia  laissé  deux  fils,  Abderrahman 
et  Mouçtafa. 

Si  AbderrahmamZaoudi  a  été  secrétaire  du  représentant 
du  Sultan,  leHadj  Mohammed  Torrès  ;  affilié  à  la  confrérie 
Kittaniya,  il  semble  qu'il  ait  voulu  fonder  lui-même  une 
confrérie,  sans  y  réussir  d'ailleurs.  Depuis  une  vingtaine 
d'années,  il  vit  retiré  dans  sa  maison,  sans  jamais  sortir  et 
donne  des  consultations  juridiques  [fatâouï) -^  il  est  con- 
sidéré comme  un  âlem. 

Son  frère  Mouçtafa  a  fait  des  études  de  médecine  avec  le 
docteur  espagnol  Ovilo,  mais  il  n'a  jamais  pratiqué.  Il 
avait  au  moment  de  la  déclaration  de  guerre,  en  1914,  un 
emploi  de  secrétaire  à  la  Douane.  Accusé  de  menées  franco- 
phobes, il  a  été  arrêté  et  transféré  à  Rabat  où  il  est  encore. 

Les  Oulâd  Zaoudi  prétendent  avoir  une  origine  arabe  et 
appartenir  aux  Oulâd  El-Ghassan  de  la  tribu  d'Azd. 

Oulâd  Ben  Yahia.  ~  Ils  ne  portent  également  que  l'eth- 
nique Et-Tandji  sans  indication  de  tribu.  C'est  une  famille 
de  tolba.  On  y  trouve  un  qadhi,  un  imam  de  la  Zaouïa  Tou- 
hamiya,  en  1798,  et  des  professeurs.  Si  Ahmed  Ben  Yahia 
est  aujourd'hui  secrétaire  indigène  à  l'Agence  diploma- 
tique d'Angleterre. 

Oulâd  Chebâa.  —  Béni  Touzîn.  Tolba  et  commerçants  ; 
ils  ont  fourni  un  qaïd  du  guich  en  i8o5.  Si  Mohammed 
Chebâa  est  aujourd'hui  Amin  du  Bit  el-Mal,  que  l'on  ap- 
pelle vulgairement  Abou  Maouarith  et  Ouqil  el-Ghouïab^ 
c'est-à-dire  qu'il  est  chargé  de  prélever  la  part  du  Makhzen 
sur  les  successions  qui  ne  sont  pas  absorbées  par  des  héri- 
tiers directs  et  d'administrer  les  successions  vacantes. 

Oulâd  Akhdim.  —  Originaire  du  Djebel  Habib.  Pro- 
priétaires et  commerçants. 

Oulâd  Tou^ini.  —  Des  Béni  Touzîn.  Abdelqader  ben 
Mohammed  ben  Fâris  Et-Touzini  était  nadir  en  1790.  Les 
Oulâd  Touzini  comptent  un  grand  nombre  de  branches. 


LE   PEUPLEMENT  203 

Oulâd  El-Meçaouri.  —  Originaires  des  Béni  Meçaouar. 
On  y  trouve  un  fqih  en  1828  et  un  secrétaire  indigène  de 
la  légation  de  France,  il  y  a  une  cinquantaine  d'années. 

Oulâd  Doukkali.  —  Comme  leur  nom  l'indique  ils  sont 
originaires  de  la  province  des  Doukkala.  Il  y  a,  à  Tanger, 
deux  familles  de  ce  nom  :  la  plus  importante  est  celle  qui 
descend  de  Mouçtafa  Doukkali,  chargé  par  le  Sultan  Mou- 
lay  Abderrahman  de  l'exploitation  du  monopole  du  com- 
merce des  peaux.  Ses  petits-fils  vivent  encore  actuellement 
à  Tanger.  L'autre  famille  descend  du  fqih  Doukkali  qui 
s'est  établie  à  Tanger  en  i85o  en  révenant  d'Orient.  Son 
fils  a  été  secrétaire  indigène  à  la  légation  de  France  après 
le  fqih  El-Meçaouri  ;  il  est  mort  il  y  a  une  trentaine  d'an- 
nées. 

Oulâd  El-Baqqal.  —  Ils  sont  originaires  d'El-Haraïaq, 
dans  la  fraction  des  Béni  Medrasen  de  la  tribu  des  Ghe- 
zaoua.  C'est  la  famille  la  plus  vénérée  de  Tanger,  et  c'est 
à  elle  qu'appartient  Sidi  Mohammed  El-Hadj  Bou  'Araqia, 
le  patron  de  la  ville,  mort  en  17 18.  D'après  les  uns,  Sidi 
Mohammed  El-Hadj  serait  mort  sans  postérité  et  les  Oulâd 
El-Baqqal  de  Tanger  descendraient  de  son  frère  Sidi  El- 
Ghazouani.  D'après  les  autres,  les  deux  frères  auraient 
laissé  des  enfants.  Quoi  qu'il  en  soit,  les  Oulâd  El-Baqqal 
sont  très  nombreux  à  Tanger;  on  en  trouve  qui  sont  assez 
fortunés  et  d'autres  très  pauvres  ;  ils  sont  alliés  à  toutes  les 
familles  notables  de  la  ville. 

L'un  d'eux,  Ahmedbel-Mokhtar,estcaissier  de  la  Douane; 
il  habite  une  maison  du  Makhzen  sise  à  la  Qaçba  contre 
le  palais  du  Sultan. 

Oulâd  Ben  Adjiba.  —  Originaires  de  l'Andjera.  Il  ne 
semble  pas  que  cette  famille,  qui  a  à  Tanger  une  grande 
notoriété,  y  habite  depuis  très  longtemps.  Le  plus  ancien 
Ben  Adjiba  que  Ton  retrouve  dans  les  documents  est  Si 
Ahmed  ben  Ahmed  Ben  Adjiba  à  la  fin  de  la  première  moi- 
tié du  dix-neuvième  siècle.  Les  Oulâd  Ben  Adjiba  sont  des 


a04  TANGER    ET    SA    ZONE  * 

plus  notables  de  la  confrérie  des  Derqaoua  et  sont  alliés  à 
la  famille  du  Cheikh  Derqaoui,  le  Hadj  Mohammed  ben 
Eç-Ceddiq  El-Ghomari. 

Les  Chorfa  d'Ouas^!{an.  —  On  retrouve  à  Tanger,  dès  la 
fin  du  dix-huitième  siècle,  des  Chorfa  d'Ouazzan,  Oulâd 
*Abdeldjelil  ben  'Ali.  Leur  dernier  descendant,  Sidi  El- 
Hosni,est  mort  il  y  a  environ  vingt-cinq  ans  sans  postérité. 
Les  chorfa  actuels,  Moulay  'Ali  et  Moulay  Ahmed,  sont  les 
fils  de  Sidi  El-Hadj  Abdessalam,  qui  est  venu  s'établir  à 
Tanger  à  la  fin  du  règne  de  Sidi  Mohammed,  vers  1870. 

Autres  familles.  —  A  ces  familles,  il  faut  ajouter,  les 
Oulâd  El-Habahi  et  les  Oulâd  Ben  Kiran,  originaires  de 
Fès  ;  les  Oulâd  Zouggari  et  les  Rekina,  de  Tétouan.  Si 
Ahmed  Rekina,  neveu  de  l'ancien  hadjib  de  Moulay  Abde- 
laziz,  est  actuellement  à  Tanger  nadir  des  habous. 

On  trouve  également  quelques  familles  d'Algériens  éta- 
blies à  Tanger  depuis  près  d'un  siècle,  les  Oulâd  Bit  el- 
Mal,  les  Oulâd  Ben  Siam,  les  Oulâd  El-Kharroubi,  les 
Oulâd  El-Dje^aïri,  les  Oulâd  Bou  Taleb,  parents  d'Abdel 
qader. 

Étrangers,  —  Il  faut  faire  figurer  sur  cette  liste,  des 
étrangers  à  la  ville  qui  y  sont  établis  depuis  moins  de 
vingt  ans,  mais  qui  ont  acquis  droit  de  cité  par  leurs  fonc- 
tions, par  leur  personnalité  ou  par  l'importance  de  leurs 
propriétés,  entre  autres  : 

L'ancien  sultan  Mow/aj  A  Me/a;^/^,  établi  à  Tanger  depuis 
1908  ;  il  possède  une  très  belle  habitation  à  la  montagne. 

Son  frère,  l'ancien  sultan  Moulay  Abdelhafîd,  venu  à 
Tanger  en  19 12,  après  son  abdication;  il  a  fait  construire  à 
grands  frais  deux  palais,  l'un  à  Hasnona,  l'autre  à  la  mon- 
tagne, après  avoir  abattu  les  arbres  des  parcs  qu'il  avait 
achetés.  Moulay  Abdelhafid  est  aujourd'hui  en  Espagne  et 
ne  semble  pas  devoir  revenir  à  Tanger. 


LE    PEUPLEMENT  205 

Le  Hadj  M'hammed  Et-Ta^i.  —  Représentant  à  Tanger 
du  Sultan  Moulay  Yousef  :  il  possède  une  très  belle  pro- 
priété au  Marchan. 

Le  Hadj  El-Mehdi  El-Menebhi,  ancien  ministre  de  la 
Guerre  de  Moulay  Abdelaziz  et  son  ambassadeur  à  Londres 
et  à  Berlin.  Menebhi  habite  Tanger  depuis  1904;  outre  le 
palais  qu'il  habite  au  Marchan  et  qui  couvre  plusieurs  hec- 
tares, il  a  dans  la  ville  des  maisons  de  rapport  et  dans  le 
Fahç  des  propriétés  agricoles  considérables  et  qu'il  aug- 
mente tous  les  jours. 

Le  Hadj  Idris  ben  Djelloun,  de  Fès.  Délégué  Chérifien  à 
la  Dette  marocaine;  il  est  propriétaire  de  plusieurs  immeu- 
bles au  quartier  de  Sidi  BouQnadel. 

Si  El- A  bb as  Ben  Daoud,  ancien  amîn  des  constructions 
du  palais  à  Fès,  ancien  pacha  de  Marrakech;  retiré  à  Tan- 
ger depuis  plusieurs  années,  il  y  a  fait  construire  au  Mar- 
chan une  maison  d'habitation.  Ben  Daoud  vient  de  vendre 
récemment  ses  nombreuses  propriétés  de  Fès  et  de  Marra- 
kech. 

Si  Qasem  Ed-Doukkali.  —  Originaire  des  Doukkala  ; 
secrétaire  de  Menebhi  et  négociant,  possède  également  plu- 
sieurs immeubles. 

Les  héritiers  du  Hadj  Naçar  Es-Sousi.  —  Cette  famille 
est  originaire  du  Sous  et  prétend  appartenir  à  la  descen- 
dance du  Chérif  Semlali  Sidi  Ahmed  ou  Mousa,  dont  le 
tombeau  se  trouve  à  Iligh  et  qui  est  le  patron  des  acro- 
bates. 

On  raconte  que  le  Hadj  Naçar,  qui  était  lui-même  fai- 
seur de  tours,  était  l'ami  ou  le  client  du  Qaïd  El-Hadj 
Mennou,  également  originaire  du  Sous,  qui  avait  une  cer- 
taine influence  auprès  du  Sultan  xMoulay  El-Hasan.  Grâce 
à  la  protection  de  son  compatriote,  le  Hadj  Naçar  obtint 
l'autorisation  d'aller  à  l'étranger  avec  des  bandes  d'acro- 
bates recrutés  dans  son  pays.  Il  parcourut  ainsi  plusieurs 


206  TANGER    ET    SA    ZONE        • 

fois  TEurope  et  l'Amérique  et  réalisa  une  assez  belle  for- 
tune. A  sa  mort  il  a  laissé  d'importants  immeubles  au 
quartier  des  Vignes,  entre  Bou  Khachkhach,  les  Qedaoui 
er-Remel  et  les  Maâdi,  au  S.  de  la  ville. 

Outre  cette  famille  notable,  il  faut  également  noter  les 
baqqals  (épiciers)  du  Sous.  Les  principaux  membres  de 
leur  corporation  et  qui  la  dirigent  sont  :  Si  Idris  Es-Sousi  ; 
Si  Çalah  ben  Ali  Es-Sousi  ;  Si  El-Hosaïn  el-Mrabet  el- 
Hahi;  Si  El-Hadj  El-Hasan  ech-Chtouki;  Si  Ahmed  el- 
Oudrimi  ;  Si  El-Hadj  Ahmed  el-Mrabet  et-Tameni. 

Quoique  le  Grand  Vizir  Si  El-Hadj  M'hammed  El- 
Moqri  n'habite  pas  Tanger,  il  y  possède  plusieurs  im- 
meubles au  Marchan.  Un  de  ses  fils,  le  Hadj\El-Mokhtar, 
ancien  pacha  de  Tanger,  est  aujourd'hui  amîn  à  la  Douane; 
il  est  également  propriétaire  à  Tanger. 

A  ces  notables  il  faut  ajouter  les  noms  de  quelques  per- 
sonnes étrangères  à  la  ville  et  n'y  possédant  aucun  im- 
meuble, mais  jouissant  d'une  certaine  notoriété,  telles 
que  : 

Si  Abdallah  Es-Senonsi.  —  Ancien  percepteur  de  Moulay 
Abdelaziz.  Ce  personnage,  qui  vit  aujourd'hui  à  Tanger 
assez  pauvrement  et  très  retiré,  est  le  frère  d'Omar  et 
d'Ibrahim  Es-Senousi.  Omar  s'était  retiré  à  Constanti- 
nople,  où  il  vit  peut-être  encore. 

Ibrahim  est  mort  à  Alexandrie,  après  une  vie  d'in- 
trigues assez  compliquée.  Originaire  de  Fès,  il  avait  été 
d'abord  à  Tunis,  puis  au  Caire,  où  il  rencontra  El-Hababi, 
de  Fès  également.  Cheikh  El-Megharba^  c'est-à-dire  agent 
du  Maroc  en  Egypte.  Hababi  l'envoya  à  Alexandrie  pour 
le  représenter  dans  cette  ville  ;  là  Ibrahim  Es-Senousi  fît 
la  connaissance  de  Dhafer  Eddîn,  chef  de  la  confrérie  des 
Madaniya,  branche  des  Derqaoua.  Celui-ci,  qui  dirigeait 
alors  le  mouvement  panislamique,  fît  venir  plus  tard 
Ibrahim  Senousi  à  Constantinople  et  le  fit  charger  par  le 


LE   PEUPLEMENT  2O7 

Sultan  Abd  El-Hamid  d'une  mission  secrète  pour  Moulay 
El-Hasan  Sultan  du  Maroc.  Son  frère  Abdallah,  aujour- 
d'hui à  Tanger,  semble  avoir  joué  un  rôle  secondaire  dans 
toutes  ces  intrigues  panislamiques  (i). 

Si  El-Hadi  Es-Slaoui.  —  Ancien  secrétaire  de  Moulay 
Abdelhafid  et  pendant  quelques  temps  son  agent  à  Tan- 
ger. Si  El-Hadi  est  un  lettré  qui  possède  une  belle  biblio- 
thèque arabe  et  jouit  d'une  certaine  considération  dans  le 
monde  musulman  de  Tanger.  Sa  famille,  quoique  portant 
l'ethnique  Slaoui,  de  Salé,  est  en  réalité  originaire  du 
Tadla. 

Si  Mohammed  Skiredj.  —  Adel  à  la  Douane  ;  c'est  le 
frère  de  Talem  de  Fès,  Si  Ahmed  Skiredj,  qui  a  fait  partie 
de  la  mission  envoyée  à  la  Mecque  par  le  sultan  du  iMaroc 
pendant  la  guerre.  Si  Mohammed  est  également  un  lettré  ; 
il  a  fait  entre  autres  une  consultation  sur  l'indépendance 
du  Maroc  vis-à-vis  du  Khalifa  de  Constantinople  et  une 
brochure  sur  la  famille  des  Oulad-El-Baqqal. 

Si  Mohammed  Guennoun  El-Fasi.  —  C'est  un  profes- 
seur de  droit  musulman  et  un  interprétateur  savant  des 
traditions  du  Prophète.  Il  a  quitté  Fès  depuis  plusieurs 
années  pour  venir  donner  son  enseignement  à  Tanger,  où 
il  vit  très  simplement  et  même  assez  pauvrement. 

Ce  serait  sortir  du  cadre  de  cet  ouvrage  que  de  vouloir         Les  Juifs. 
rechercher  les    origines  des  populations   juives    qui  ont 
habité  Tanger  avant  l'Islam^  et  de  faire  leur  histoire  (2). 

De  même  que  pour  les  musulmans,  il  faut  se  borner  à 
citer  les  principales  familles  juives  qui  habitent  Tanger 
aujourd'hui.  Cependant  on  peut  rappeler  que,  sous  les 
Omeyyades,  les  juifs  de  Tanger,  comme  tous  ceux  du  Maroc, 
relevaient  de  l'Andalousie.  Al-Mançour,  Khalifa  du  Calife 

(i).  Cf.  Les   Confréries   musulmanes  du  Hedja^,  par  A.    Le  Chatelier, 
pp.  112  et  seq.  Paris,  Ernest  Leroux,  1887. 
(2)  Cf.  in/ra,  pp.  358-359. 


208  TANGER   ET    SA   ZONE         • 

de  Cordoue,  El-Hachem,  avait  nommé  chef  de  tous  les 
juifs,  depuis  l'Andalousie  jusqu'à  Sidjlamassa,  un  juit 
nommé  Yaqoub  ben  Gau,  ou  Djau  (ou  Ben  Djio)  ;  c'est  lui 
qui,  dans  toute  l'étendue  de  l'empire,  nommait  et  desti- 
tuait les  juges  juifs  et  les  percepteurs  d'impôts  et  qui  s'oc- 
cupait du  rendement  de  ces  impôts.  Cette  situation  s'est 
maintenue  après  la  chute  du  Califat  de  Cordoue,  sous  la 
dynastie  berbère  de  Grenade  (i). 

Les  persécutions  des  Almohades  ne  laissèrent  pas  sub- 
sister cette  organisation  et  la  communauté  juive  de  Tan- 
ger fut  détruite  comme  toutes  celles  du  Maroc  :  les  juifs 
émigrèrent  en  Andalousie  ;  en  iSgi,  les  persécutions  chré- 
tiennes les  en  chassèrent  et  un  grand  nombre  de  familles 
revinrent  au  Maroc,  avec  des  juifs  andalous. 

Tant  que  les  Portugais  n'eurent  pas  introduit  chez  eux 
l'inquisition,  les  juifs  semblent  avoir  particulièrement 
favorisé  l'expansion  portugaise  en  Afrique  ;  leurs  senti- 
ments se  sont  évidemment  modifiés  depuis  et  on  ne  sait 
pas  ce  qu'ont  fait  les  juifs  qui  se  trouvaient  à  Tanger 
lors  de  l'occupation  de  la  ville  par  les  Portugais  en  1471. 
Il  semble  cependant  probable  qu'ils  ont  dû  quitter  Tanger 
et  se  réfugier  à  Tétouan  et  même  plus  loin. 

On  retrouve  en  effet  au  seizième  siècle  à  Tunis  la  famille 
des  rabbins  lettrés  Tanoudji,  en  arabe  Tandji,  originaires 
de  Tanger,  qui  donnèrent  une  activité  nouvelle  au  mouve- 
ment littéraire  hébraïque. 

Tanger  était  occupée  par  les  Portugais  en  1492  lors  de 
l'expulsion  définitive  des  juifs  d'Espagne.  Un  nombre 
considérable  d'expulsés  se  réfugièrent  à  Oran  et  à  Tétouan, 
d'où  un  grand  nombre  se  dirigea  sur  Fès.  Il  n'est  pas 
question  de  Tanger  dans  cette  émigration.  Il  est  donc  à 
peu    près   certain    que    les  familles   juives   qui  habitent 


(0  Cf.  Archii'cs  marocaines,  t.  IV.  Étude  sur  l'Histoire  des  juifs  et  du 
judaïsme  au  Maroc,  par  Nahum  Slousch.  Paris,  1906,  p.  98. 


LE    PEUPLEMENT  2O9 

aujourd'hui  Tanger  y  sont  revenues  de  Tétouan,  de  Fès 
ei  d'autres  villes,  après  la  rentrée  des  musulmans. 

Une  des  plus  anciennes  familles  juives  de  Tanger  est        Principales 
celle  des    Toledano.   Comme   leur  nom  l'indique,  ce  sont  familles 

des  émigrés  de  Tolède  ;  ils  auraient  habité  Meknès  avant  juives. 

de  venir  à  Tanger  et  ils  remontent  dans  leur  généalogie 
jusqu'au  rabbin  Daniel  Toledano,  qui  vivait  à  Tolède.  Un 
autre  rabbin,  qui  vivait  à  la  fin  du  dix-huitième  siècle, 
Abraham  Toledano,  a  laissé  une  réputation  de  sainteté. 
Son  tombeau  est  un  lieu  de  pèlerinage  et  il  est  considéré 
par  les  juifs  comme  le  patron  de  Tanger.  Les  Toledano 
se  divisent  en  plusieurs  familles  de  notables  commer- 
çants. 

Les  Nahon.  —  Originaires  de  Tétouan.  C'est  une  famille 
de  banquiers  et  de  négociants  qui  se  partagent  en  de 
nombreuses  branches. 

Famille  Cohen.  —  Il  serait  plus  exact  de  dire  «  les 
familles  Cohen  »;  elles  sont  en  effet  très  nombreuses.  On 
sait  que  les  Cohen  constituent  une  noblesse  sacerdotale 
dans  l'organisation  hébraïque.  Il  y  a  à  Tanger  plusieurs 
négociants  de  ce  nom,  entre  autres  la  maison  Cohen  frères 
qui  est  une  des  plus  importantes  du  Maroc. 

La  plupart  des  Cohen  de  Tanger  sont  originaires  de 
Tétouan  et  de  Chefchaouen. 

Famille  Bendelac.  —  C'est  en  171 5  que  le  premier  Ben- 
delac  vint  de  Hollande  s'établir  à  Tanger.  Ses  descendants 
ont  conservé  la  nationalité  hollandaise.  Les  Bendelac 
sont  à  Tanger  agents  de  la  Cie  de  Navigation  Paquet,  de 
Marseille. 

Famille  Laredo.  —  Originaires  d'Andalousie.  C'est  une 
famille  de  négociants.  L'un  d'eux  est  vice-consul  d'Italie. 

Famille  Benasuli.  —  Une  branche  de  cette  famille  était 
établie  à  El-Qçar,  l'autre  est  restée  à  Tanger.  Le  chef  de 
cette  branche  est  propriétaire  de  plusieurs  immeubles  et 


210  TANGER    ET    SA   ZONE 

d'une  minoterie  qu'il  exploite  lui-même.  Son  tils  est  ingé- 
nieur de  l'École  Centrale  de  Paris. 

Famille  Abensour.  —  Elle  est  sans  doute  originaire 
d'Andalousie,  mais  est  venue  à  Tanger  de  Rabat.  D'autre 
part  on  retrouve  en  Hollande  un  grand  nombre  de  tombes 
de  la  famille  Abensour.  Le  chef  de  la  famille,  qui  est  ban- 
quier, est  sujet  anglais.  Son  père  était  déjà  censal,  c'est-à- 
dire  agent  interprète  de  la  légation  britannique. 

Famille  Pariente.  —  Originaire  de  Tétouan.  C'est  une 
famille  de  banquiers.  Les  Pariente  étaient  censaux  de  la 
légation  britannique. 

Les  Benchimol.  —  Un  grand  nombre  de  familles  de 
négociants  portent  ce  nom.  La  plus  connue,  aujourd'hui 
éteinte,  a  fourni  pendant  plusieurs  générations  des  cen- 
saux à  la  légation  de  France.  Le  dernier,  Haïm  Benchimol, 
avait  été  naturalisé  français  et  était  vice-consul  honoraire 
de  France.  Il  était  banquier  et  agent  de  la  banque  et  de 
la  Cie  Transatlantique  et  de  la  Cie  Paquet. 

Famille  A^ancot.  —  Commerçants  alliés  à  la  famille  de 
Haïm  Benchimol. 

Famille  Sicsou.  —  Négociants.  Abraham  Sicsou  était 
consul  général  de  Belgique  sous  le  règne  de  Moulay  El- 
Hasan.  Il  était  propriétaire  dans  le  quartier  de  Hasnona 
des  beaux  jardins  dits  de  Belgique,  que  sa  veuve  a  vendus 
à  Moulay  Abdelhafid  ;  celui-ci  en  a  coupé  presque  tous  les 
arbres  pour  construire  son  palais. 

Famille  Serfaty.  —  En  hébreu  Haserfaty,  le  français, 
de  Serfath,  la  France  ;  il  est  probable  que  c'est  une 
famille  de  juifs  français  ven]js  au  Maroc  par  l'Andalousie. 

Famille  Bengio.  —  Venue  d'Arzila. 

Famille  Corriat.  —  Originaire  de  Tétouan. 

Famille  Ben  Harrouch.  —  Originaire  de  Meknès. 

Famille  Pimienta.  —  Originaire  de  Tétouan.  Un  mem- 
bre de  cette  famille,  professeur  à  l'école  de  l'Alliance,  a  été 
correspondant  du  Temps  pendant  plusieurs  années. 


LE   PEUPLEMENT  211 

Famille  Casés.  —  Originaire  de  Tétouan. 
Famille  Labhos.  —  C'est  une  famille  juive  d'Angleterre 
qui,  de  Gibraltar,  est  venue  s'établir  à  Tanger. 

Autres  familles.  —  Les  autres  principales  familles  juives 
de  Tanger  sont  :  les  familles  Hadida,  Benzaquem,  Benas- 
sayag,  Azulay,  Bouzaglo,  Pinto,  Delmar,  Bensousan,  Ben- 
chetrit,  Bendayan,  etc. 

Outre  ces  familles  notables,  la  population  juive  de  Tan- 
ger en  compte  un  grand  nombre  d'une  situation  plus 
modeste.  Quelques-unes  font  partie  de  ce  que  l'on  peut 
appeler  les  juifs  indigènes,  c'est-à-dire  qu'elles  ne  viennent 
pas  d'Andalousie  comme  la  plupart  des  familles  notables. 
Parmi  ces  familles  elles-mêmes,  il  est  aujourd'hui  difficile 
de  faire  une  distinction  entre  celles  des  anciens  juifs  maro- 
cains établis  en  Andalousie  il  y  a  plusieurs  siècles  et  reve- 
nus dans  leur  pays  d'origine  au  moment  des  proscrip- 
tions, et  celles  qui  ont  une  origine  purement  andalouse  ou 
plus  exactement  qui  n'ont  pas  une  origine  africaine. 


VILLES   ET  TRIBUS. 


i5 


L 


LA  VIE  ADMINISTRATIVE 


Le  régime  La  présence  à  Tanger  d'un  corps  consulaire  depuis  plus 

politique.  d'un  siècle  et  du  corps  diplomatique  depuis  environ  soi- 
xante ans,  a  forcément  donné  à  cette  ville  un  caractère 
particulier. 

Outre  les  pouvoirs  que  les  chefs  de  Missions  diplomati- 
ques tiennent  de  leurs  pays  respectifs  et  qui,  par  un  élar- 
gissement des  principes  des  Capitulations,  leur  permettent 
d'intervenir  dans  les  questions  d'intérêt  général,  ils  ont,  en 
certaines  matières,  un  droit  d'intervention  plus  directe  dans 
les  affaires  du  pays  en  vertu  de  délégations  par  lesquelles 
les  sultans  ont  conféré  au  corps  diplomatique  une  partie 
de  leur  autorit)p. 

Il  a  été  fait  pour  la  première  fois  allusion  à  cette  situa- 
tion particulière  de  Tanger  dans  l'art.  IX  du  traité  secret 
franco-espagnol  du  3  octobre  1904,  ainsi  conçu  :  «  La  ville 
de  Tanger  gardera  le  caractère  spécial  que  lui  donnent  la 
présence  du  corps  diplomatique  et  de  ses  institutions  mu- 
nicipale et  sanitaire.  » 

La  même  idée  est  reprise  dans  des  termes  plus  exacts, 
dans  l'art.  I  du  traité  du  Protectorat  du  3o  mars  19 12  :  «De 
même  la  ville  de  Tanger  gardera  le  caractère  spécial  qui 
lui  a  été  reconnu  et  qui  déterminera  son  organisation 
municipale.  » 


LA    VIE   ADMINISTRATIVE  2l3 

Le  traité  secret  de  1904  prêtait  un  peu  à  équivoque  en 
laissant  supposer  que  les  institutions  municipales  de  Tan- 
ger existaient  déjà  et  qu'elles  étaient  une  des  causes  de 
son  régime  spécial,  tandis  que  le  traité  du  Protectorat  con- 
sidère avec  plus  de  raison  que  ces  institutions  municipales 
seront  la  conséquence  du  caractère  particulier  reconnu  à  la 
ville  de  Tanger  et  du  régime  spécial  qui  lui  est  réservé. 

L'article  7  du  traité  franco-espagnol  du  26  novembre  19 12 
définit  exactement  le  régime  politique  actuel  de  Tanger  ;  il 
est  ainsi  conçu  :  «  La  ville  de  Tanger  et  sa  banlieue  seront 
dotées  d'un  régime  spécial  qui  sera  déterminé  ultérieure- 
ment: elles  formeront  une  zone  comprise  dans  les  limites 
décrites  ci-après,  etc.  »  La  ville  et  sa  banlieue  constituent 
donc  une  zone  dans  le  Protectorat  établi  sur  tout  le  terri- 
toire du  Maroc  par  le  traité  du  3o  mars  191 2.  La  manière 
dont  le  principe  du  Protectorat  lui  sera  appliqué  sera  l'ob- 
jet d'un  régime  spécial  à  intervenir. 

En  attendant  que  ce  régime  spécial  soit  instauré,  Tan-       Le  Makhzen 
ger  continue  à  vivre  sous   le  régime  de  la  Convention  de  (i). 

Madrid  (1880)  et  de  l'Acte  d'Algésiras  (1906),  c'est-à-dire 
sur  le  principe  des  capitulations  et  des  délégations  données 
par  les  sultans  au  corps  diplomatique.  On  verra  plus  loin 
la  nature  et  l'objet  de  ces  délégations.  Le  Makhzen  de  la 
ville  est  composé  des  fonctionnaires  suivants  : 

Le  Naïb  du  Sultan.  —  Il  représente  à  Tanger  l'autorité 
chérifîenne  et  agit  en  vertu  des  instructions  du  sultan,  dans 
la  limite  des  conventions  diplomatiques  en  vigueur  à  Tan- 
ger :  il  maintient  vis-à-vis  du  corps  diplomatique  et 
d'accord  avec  lui  l'exécution  de  ces  conventions  en  ce  qui 
concerne  Tanger  et  sa  zone.  Le  Naïb  actuel  du  sultan  est 
Si  El-Hadj  M'hammed  ben  Abdelkerim  Et-Tazi,  qui  a  été 
autrefois  Mohtasib  à  Fès. 

(i)  Cf.  G.  Salmon,  L'administration    marocaine   de  Tanger,   in   Archives 
marocaines,  vol.  I,  pp.  i  à  37. 


2  14  TANGER    ET    SA    ZONE  * 

Le  représentant  du  sultan  a  un  adjoint  que  Ton  appelle 
le  Khalifa  du  Naïb  ;  c*est  actuellement  Si  El-Arbi  Eç-Cen- 
hadji,  de  Fès.  Le  personnel  de  Dar  en-Niabat  ech-Che- 
rifa,  la  maison  delà  représentation  chérifienne,  se  compose 
en  outre  d'un  conseiller  juridique,  Si  Mohammed  El- 
Ghazi,  d'un  conseiller  des  Affaires  consulaires,  Si  El-Hadj 
M'hammed  bel-Abbas  Bencheqroun,  d'un  interprète  et  de 
plusieurs  secrétaires. 

Le  Naïb  préside  comme  délégué  du  sultan  la  Commission 
générale  des  adjudications  et  des  marchés,  le  Comité  spé- 
cial des  travaux  publics,  la  Commission  du  budget  de  la 
caisse  spéciale. 

Le  service  temporaire  du  ravitaillement,  pour  les  pro- 
duits venant  de  la  zone  française,  est  rattaché  à  ceux  du 
Naïb  ;  c'est  cette  administration  qui  délivre  aux  négociants 
de  Tanger  les  licences  d'importation  de  ces  produits. 

Le  Pacha.  —  En  principe,  le  pacha  de  Tanger  est  non 
seulement  gouverneur  de  la  ville,  mais  pacha  du  Guich 
er-Rifi,  c'est-à-dire  de  la  tribu  militaire  composée  de  gens 
du  Rif  descendants  des  soldats  du  pacha  Ali  ben  Abdallah 
qui  ont  occupé  Tanger  au  départ  des  Anglais.  Il  avait  donc 
une  situation  analogue,  dans  la  hiérarchie  du  Makhzen,  à 
celle  des  qaïds  des  autres  tribus  militaires. 

Sans  qu'aucune  décision  officielle  ait  jamais  été  prise 
relativement  à  la  situation  du  pacha  de  Tanger,  elle  s'est 
trouvée  modifiée  cependant  par  les  événements.  De  fait,  le 
guich  er-Rifi  n'existe  plus  ;  une  partie  de  son  territoire 
se  trouve  même  aujourd'hui  faire  partie  de  la  zone  espa- 
gnole et  le  gouverneur  de  Tanger  administre  ses  contri- 
bules  selon  les  besoins  et  les  possibilités  du  moment,  plutôt 
qu'en  vertu  d'un  principe  administratif  bien  établi. 

Tandis  que  le  Naïb  du  sultan  s'occupe  avec  les  représen- 
tants des  puissances  des  questions  d'ordre  diplomatique,  le 
pacha  traite  avec  les  autorités  consulaires.  Il  arrive  d'ail- 


LA   VIE   ADMINISTRATIVE  2  I  b 

leurs  fréquemment  que  les  affaires  chevauchent  sur  les 
attributions  de  ces  deux  fonctionnaires. 

Le  pacha  est  non  seulement  chargé  de  la  police  de  la 
ville  et  de  sa  zone,  mais  il  tient  de  véritables  audiences,  où 
il  juge  les  affaires  de  simple  police  et  même  les  affaires  cri- 
minelles. 

Il  est  aidé  par  deux  Khalîfas,  Tun  pour  la  ville,  l'autre 
pour  la  tribu. 

Le  pacha  actuel,  El-Hadj  Abdessalam  ben  Abdeçadaq,  est 
un  descendant  du  pacha  Ali  ben  Abdallah;  le  Khalifa  de 
la  ville  est  le  Hadj  El-Hasan  El-Ghassal  d'une  famille  ori- 
ginaire des  Regraga  ;  le  Khalifa  de  la  campagne  est  le  qaïd 
El-Arbi  El-Arfaoui  El-Boukhari. 

Les  services  du  pacha  comprennent  également  un  qaïd 
el-Mechouar,  plusieurs  secrétaires,  un  interprète  et  une 
soixantaine  de  mokhaznia.  Le  qaïd  el-Mechouar  est  Si  Ab- 
dessalam ben  Abdelmalek  Es-Saïdi.  Ce  fonctionnaire  com- 
mande les  mokhaznia  de  service  à  la  Qaçba;  il  sert  en 
même  temps  d'introducteur  dans  les  réceptions  officielles 
du  pacha. 

Dans  les  cérémonies,  où  le  pacha  figure  à  cheval,  il  est 
précédé  par  son  qaïd  el-Mechouar  portant  haut  son  fusil. 

Il  faut  ajouter  à  ce  personnel  le  chef  des  gardes  de  la 
ville,  le  qaïd  ed-dour,  qui  fait  des  rondes  pendant  la  nuit, 
avec  un  certain  nombre  de  mokhaznia  :  le  rôle  de  cet 
agent  se  borne  à  peu  de  choses  près  à  surveiller  les  maisons 
mal  famées  ;  les  geôliers  des  deux  prisons  et  la  geôlière  de 
la  prison  des  femmes,  Daret-thaqa,  que  l'on  appelle  El-Arifa. 

On  verra  dans  l'organisation  de  la  tribu  du  Fahç  qu'elle 
est  partagée  en  fractions  administrées  chacune  par  un  mo- 
qaddem.  Ces  moqaddems  sont  placés  sous  l'autorité  du 
pacha. 

Le  Qadi  et  les  Adoul.  —  Les  fonctions  du  qadi  et  celles 
des   adoul    ont   été  souvent   décrites.  A    Tanger   comme 


2l()  TANGER   ET    SA    ZONE 

partout,  le  Qadi  n'a  plus  guère  à  connaître  que  des  affaires 
concernant  le  statut  personnel  des  musulmans  et  des  liti- 
ges immobiliers. 

Les  adoul  sont  nommés  par  le  Qadi,  qui  est  en  principe 
responsable  de  leurs  actes  ;  dans  la  pratique,  il  ne  recherche 
pas  si  les  actes  d'adoul  sont  conformes  à  la  vérité,  se  con- 
tentant d'examiner  s'ils  sont  rédigés  conformément  aux 
formulaires  admis.  11  résulte  de  ces  errements  que  les  pro- 
cès se  réduisent  généralement  à  des  questions  de  procédure 
établies  sur  des  actes  réguliers  dans  la  forme  et  qui  suffisent 
d'ailleurs  rarement  à  établir  suffisamment  les  droits  vérita- 
bles de  Tune  des  parties.  L'effort  du  Qadi  tend  le  plus  sou- 
vent à  diriger  les  adversaires  vers  un  arrangement  amiable. 
Les  droits  à  percevoir  par  les  adoul  pour  les  actes  qu'ils 
rédigent  ne  sont  réglés  par  aucun  tarif  :  ils  sont  l'objet  de 
marchandages  entre  eux  et  les  intéressés;  il  en  résulte  que 
les  adoul  perçoivent  souvent  plus  du  lo  p.  loo  de  la 
somme  qui  fait  l'objet  de  l'acte. 

En  matière  immobilière,  les  exigences  des  adoul  sont 
incroyables,  quoique,  d'après  l'art.  65  de  TActe  d'Algésiras, 
la  Conférence  se  soit  ralliée  à  la  proposition  faite  par  la  dé- 
légation marocaine  d'établir,  avec  l'assistance  du  corps 
diplomatique,  un  droit  de  mutation  au  maximum  de 
2  p.  100  sur  les  ventes  immobilières.  Le  qadi  de  Tanger 
est  le  faqih  Si  Abdessalam  El-Harabi. 

Le  Nadir.  —  C'est  l'administrateur  des  biens  habous  :  il 
touche  les  revenus  de  ces  biens,  entretient  les  mosquées  et 
les  sanctuaires,  paye  les  appointements  du  personnel  du 
culte  et  défend  les  propriétés  des  habous  contre  les  empié- 
tements des  particuliers  ;  il  sera  traité  plus  loin  des  biens 
habous  de  Tanger,  de  leur  historique  et  de  leur  situation 
présente.  Le  Nadir  est  Si  M'hammed  Rekina,  de  Tétouan. 

LAmîn   du  Bit  el-Mal,  désigné  vulgairement  sous  les 


LA   VIE   ADMIMSTRVnVE  217 

noms  d'Abou'l-Maouarit  et  d'Ouqil  el-Ghouiab,  c'est-à- 
dire  :  celui  qui  est  chargé  des  successions  et  qui  représente 
les  absents. 

Ses  fonctions  consistent  à  prélever  sur  les  successions 
qui  ne  sont  pas  complètement  absorbées  parles  héritiers, 
la  part  qui  revient  au  Trésor,  à  recueillir  les  parts  des  héri- 
tiers absents  et  à  prendre  possession  des  successions  vacan- 
tes. Le  produit  de  ces  perceptions,  valeurs,  meubles  ou 
immeubles,  doit  être  versé  par  l'Abou  Maouarit  à  TAmîn 
El-Moustafad  qui  en  prend  charge  pour  le  compte  du  Tré- 
sor. Depuis  plusieurs  années  les  fonctions  d'Abou  Maoua- 
rit  semblent  échapper  à  tout  contrôle  et  la  charge  qui  lui 
incombait  d'ensevelir  aux  frais  de  TÉtat  les  musulmans 
morts  sans  ressources  est  aujourd'hui  remplie  par  le  Nadir 
des  Habous. 

L'Amîn  du  Bit  el-Mal  actuel  est  Si  Mohammed  Chebàa. 

Le  Mohtasib.  —  On  sait  que  ces  fonctions  étaient  autre- 
fois parmi  les  plus  considérables  de  l'organisation  musul- 
mane. A  Tanger,  comme  partout,  elles  ont  perdu  beau- 
coup de  leur  importance  du  fait  de  la  protection  consulaire 
et  de  rétablissement  dans  la  ville  de  petits  commerçants  et 
d'ouvriers  européens.  Cependant,  le  mohtasib  continue  à 
exercer  son  autorité  sur  les  corps  de  métiers  ;  cette  autorité 
se  manifeste  d'une  façon  générale  sur  les  poids  et  les  me- 
sures employés  par  les  ouvriers  ou  par  les  commerçants 
indigènes  et  dont  le  mohtasib  a  l'inspection  et  la  surveil- 
lance :  elle  s'exerce  également  sur  la  partie  technique  de 
la  fabrication.  Chaque  corps  de  métier  est  représenté  par 
un  lamm,  qui  est  pour  ainsi  dire  le  chef  de  la  corporation. 
En  cas  de  malfaçon  par  un  ouvrier,  le  lamîn  est  chargé 
par  le  mohtasib  de  convoquer  cet  oXivrier  et  son  travail 
est  examiné  par  des  Arbabîn  et-Tourka,  maîtres-ouvriers 
qui  décident  si  l'objet  fabriqué  l'a  été  conformément 
aux  règles  du  métier  ou  s'il  y  a  eu  fraude  ou   malfaçon. 


2l8  TANGER   ET    SA   ZONE  • 

Le  mohtasib  prononce  son  jugement  conformément  à  l'ex- 
pertise. 

Les  corps  de  métiers  qui  relèvent  du  mohtasib  sont  les 
suivants  :  les  menuisiers,  forgerons,  potiers,  tisserands, 
cordonniers,  savetiers,  marchands  de  légumes,  bouchers, 
marchands  de  charbon,  baqqals,  marchands  de  grains, 
marchands  de  viande  hachée  {qefta),  marchands  de  bei- 
gnets isfendj),  marchands  de  poissons,  marchands  de 
beurre  et  d'huile,  marchands  de  lait,  marchands  d'objets 
d'occasion  (souq  el-bali),  maréchaux-ferrants.  Le  mohtasib 
administre  également  les  crieurs  publics  qui  vendent  dans 
les  rues  des  objets  aux  enchères.  Ces  crieurs,  particulière- 
ment ceux  qui  vendent  des  bijoux  ou  des  objets  de  valeur, 
ne  peuvent  exercer  leur  métier  qu'à  la  condition  d'être 
agréés  par  le  mohtasib,  qui  ne  les  admet  que  s'ils  sont  pro- 
priétaires ou  moyennant  une  caution. 

Il  est  bien  entendu  que  l'autorité  du  mohtasib  ne  s'exerce 
que  sur  les  indigènes  marocains  et  que  les  marchands  ou 
ouvriers  européens  ne  sont  pas  justiciables  de  cette  autorité. 
Les  indigènes  protégés  cherchent  eux-mêmes  à  échapper  au 
contrôle  du  mohtasib,  et  il  en  résulte  une  certaine  anar- 
chie et  de  nombreux  abus. 

LAmînel-Moustafad.  —  Ce  fonctionnaire,  nommé  par 
le  sultan,  a  l'administration  des  Biens  Domaniaux,  dont  il 
perçoit  les  loyers,  et  des  moustafadât ,  appelés  également 
meks,  c'est-à-dire  les  droits  des  portes  et  les  droits  de  marché. 

Il  prenait  charge  autrefois  des  perceptions  opérées  par 
TAbou  Maouarit,  mais  ne  semble  plus  recevoir  ces  verse- 
ments. Il  percevait  également  les  droits  d'abattoir,  qui  de- 
vaient être  employés  au  balayage  de  la  ville.  Ces  droits  sont 
acquis  aujourd'hui  à  la  Commission  d'hygiène.  Pour  l'ad- 
ministration des  biens  domaniaux  et  des  moustafadât, 
l'Amîn  est  placé  aujourd'hui  sous  le  contrôle  de  l'adminis- 
tration de  la  Dette. 


LA   VIE   ADMINISTRATIVE  2I9 

Les  Oumana  de  la  Douane.  —  Les  administrateurs  de 
la  Douane  sont  nommés  par  le  sultan  ;  ils  sont  au  nombre 
de  trois  et  choisis  le  plus  souvent  parmi  les  négociants  de 
Fès  et  de  Rabat  ;  autrefois  on  les  prenait  également  à 
Tétouan.  Tanger,  ville  plutôt  militaire,  était  le  plus  sou- 
vent incapable  de  fournir  des  oumana  ;  il  y  en  a  eu  cepen- 
dant appartenant  aux  familles  Ahardan  et  Ghassal  et 
aujourd'hui  l'un  des  oumana  est  de  la  famille  tangéroise, 
mais  originaire  des  Béni  Ouaraïn,  des  Oulad  Moufarradj. 
Le  rôle  très  important  jadis  des  oumana,  qui  contrôlaient 
les  gouverneurs,  tenaient  les  registres  des  biens  du  Makhzen 
et  payaient  les  dépenses  du  port  et  les  achats  des  sultans, 
est  aujourd'hui  très  diminué  ;  ils  se  contentent  de  perce- 
voir les  droits  de  douane  sous  le  contrôle  des  agents  de  la 
Dette  marocaine.  Les  fonctions  d'Amîn  el-Marsa  ne  sont 
plus  recherchées  comme  autrefois. 


LE    CORPS    DIPLOMATIQUE    (l) 

Tanger  a  été  pendant  longtemps  la  capitale  diplomatique 
du  Maroc  ;  c'était  là  que  se  trouvaient  les  légations  des 
puissances  accréditées  auprès  du  sultan.  Ces  légations  ont 
été  remplacées  par  des  agences  et  consulats  généraux, 
gérés  tantôt  par  des  ministres  plénipotentiaires,  tantôt  par 
des  consuls  généraux  ou  par  des  conseillers  d'ambassade. 
Ces  chefs  de  missions,  quel  que  soit  leur  grade,  sont  tou- 
jours accrédités  auprès  du  sultan  du  Maroc  auquel  ils  vont 
présenter  leurs  lettres  de  créances  par  l'intermédiaire  de 
son  ministre  des  Affaires  étrangères,  qui  est  le  résident 
général  de  France. 

(1)  Les  puissances  représentées  à  Tanger  actuellement  sont  :  la  Belgique, 
l'Espagne,  les  États-Unis  d'Amérique,  la  France,  la  Grande-Bretagne,  la 
Hollande,  l'Italie,  le  Portugal,  la  Russie  et  la  Suède. 


220  TANGER   ET   SA   ZONE  • 

Comme  autrefois,  les  consuls  étrangers  des  différentes 
villes  du  Maroc  correspondent  avec  leurs  chefs  de  mis- 
sions respectifs  à  Tanger. 

Seuls  les  agents  de  France  et  d'Espagne  ont  des  pouvoirs 
restreints  à  la  seule  zone  de  Tanger,  à  laquelle  est  limitée 
leur  juridiction  consulaire;  la  circonscription  du  consul 
de  France  à  Tanger  comprend  les  consulats  de  Tétouan 
et  de  Larache  et  El-Qçar.  Les  consuls  d'Espagne  de  la 
zone  française  correspondent  avec  l'ambassade  d'Espagne 
à  Paris. 

L'agent  diplomatique  de  France  présente  ses  lettres 
de  créance  au  sultan  à  Rabat.  L'agent  diplomatique 
d'Espagne  semble  n'être  accrédité  qu'auprès  du  corps  di- 
plomatique. 

Le  maintien  dans  la  zone  de  Tanger  du  régime  des  capi- 
tulations et  de  la  protection  permet,  comme  par  le  passé, 
l'intervention  des  agents  diplomatiques  et  consulaires,  non 
seulement  pour  la  défense  de  leurs  nationaux,  mais  aussi 
pour  celle  de  leurs  protégés  indigènes. 

Comme  autrefois  les  Européens  qui  vivent  à  Tanger 
sont  les  ressortissants  de  leurs  consulats  et  ils  sont  justi- 
ciables de  leurs  tribunaux  consulaires  respectifs. 

Cette  organisation,  qui  était  suffisante  lorsque  les  ressor- 
tissants étrangers  étaient  peu  nombreux  et  les  transactions 
peu  importantes,  ne  répond  absolument  plus  aux  besoins 
actuels  et  provoque  de  fréquents  et  d'inextricables  conflits. 
On  a  caractérisé  la  situation  de  Tanger  en  disant  que  les 
nombreuses  autorités  qui  s'y  contredisent  empêchent  le 
fonctionnement  d'une  autorité  nécessaire.  Cette  situation 
n'est  d'ailleurs  que  transitoire. 

La  En    vertu    de   conventions   diplomatiques    et    de   délé- 

collaboration  gâtions  Chérifiennes,  le  corps  diplomatique  avait  acquis 

administrative  un  véritable  droit  de  collaboration  dans  certaines  affaires 

des  Puissances,  de  l'Empire. 


LA   VIE   ADMINISTRATIVE  221 

Le  Conseil  sanitaire  {i) .  —  Les  consuls  européens 
avaient  toujours  cherché  à  obtenir  des  autorités  maro- 
caines certaines  réformes  ou  au  moins  certaines  précau- 
tions sanitaires;  mais  ce  n'est  guère  qu'à  partir  de  1792 
que  l'on  retrouve  la  trace  de  ce  qui  est  devenu  plus  tard  le 
Conseil  sanitaire. 

En  1844,  le  sultan  Moulay  Abderrahman  chargea  offi- 
ciellement les  représentants  des  puissances  de  la  police 
sanitaire  et,  en  1879,  ^^  dahir  de  Moulay  El-Hasan  cons- 
titua le  Conseil  sanitaire,  composé  des  membres  du  corps 
diplomatique. 

Son  rôle  consistait  en  principe  à  établir  et  à  lever  les 
quarantaines. 

Comme  aujourd'hui,  la  présidence  du  Conseil  sanitaire 
était  exercée  à  tour  de  rôle  par  l'un  des  Représentants  des 
puissances. 

Depuis  1901,  dans  les  différents  ports,  les  corps  consu- 
laires avaient  constitué  des  conseils  sanitaires  locaux  qui 
relevaient  de  celui  de  Tanger,  où  devaient  se  présenter 
tous  les  navires  porteurs  de  patentes  brutes.  Les  quaran- 
taines étaient  purgées  dans  un  lazaret  qui  fut  établi  pour 
la  première  fois  en  1799  dans  un  des  forts  de  la  Marine  à 
Tanger.  Ce  lazaret  de  fortune  fonctionna  jusqu'en  1828; 
mais  ce  n'est  qu'en  i865  que  le  sultan  Sidi  Mohammed  se 
décida  à  constituer  en  lazaret  officiel  l'île  de  Moga- 
dor  ;  en  1897  cette  île  fut  transformée  en  prison  d'État. 
Cependant  en  1900  le  lazaret  y  fut  organisé  par  les  soins 
du  docteur  L.  Raynaud  pour  recevoir  les  pèlerins  de  la 
Mecque.  A  cette  époque  le  sultan  donna  des  ordres  pour  la 
construction  d'un  lazaret  à  Tanger.  Il  a  été  construit  depuis 
à  l'est  de  la  ville,  entre  l'Oued  el-Halq  et  la  pointe  de 
Malabata  ;  il  tombe  actuellement  en  ruines  sans  avoir 
jamais  été  utilisé. 

(i)  Cf.  Étude  sur  l'hygiène  et  la  médecine  au  Maroc,  par  le  docteur 
L.  Raynaud.  Alger,  1902. 


222  TANGER    ET    SA   ZONE  • 

L'établissement  du  protectorat  a  restreint  les  pouvoirs 
du  Conseil  sanitaire  au  seul  port  de  Tanger. 

En  1892,  le  comte  d'Aubigny,  ministre  de  France,  lors 
de  son  ambassade  à  Fès,  avait  obtenu  de  Moulay  El- 
Hasan  une  extension  des  pouvoirs  du  Conseil  sanitaire,  qui 
fut  chargé  de  veiller  à  la  voirie  de  Tanger  et  fut  autorisé 
à  recevoir  des  habitants  une  souscription  volontaire  et  à 
percevoir  certaines  taxes. 

Commission  d'hygiène  et  de  voirie.  —  Le  Conseil 
sanitaire  délégua. le  soin  de  faire  nettoyer  la  ville  à  une 
commission  nommée  à  l'élection  parmi  les  habitants  qui 
souscriraient  à  ces  dépenses  de  balayage. 

Cette  filiale  du  Conseil  sanitaire  prit  le  nom  de  Com- 
mission d'hygiène  et  de  voirie  ;  elle  se  compose  de  onze 
membres  élus,  dont  quatre  français,  quatre  espagnols,  un 
anglais,  un  portugais,  un  italien,  plus  un  délégué  cliéri- 
fîen,  un  secrétaire  et  un  trésorier. 

La  Commission  d'hygiène  est  présidée  par  un  délégué 
du  Conseil  sanitaire,  qui  est  à  tour  de  rôle,  pour  un  an, 
le  consul  de  France  et  celui  d'Espagne. 

Un  médecin  est  attaché  à  la  Commission  d'hygiène. 

Le  budget  est  alimenté  : 

i''  Par  les  souscriptions; 

2»  Par  la  taxe  des  abattoirs  ; 

3"  Par  les  droits  perçus  pour  l'entrée  sur  le  môle  ; 

4*^  Par  les  droits  de  marché  ; 

5°  Par  la  moitié  de  la  taxe  urbaine. 

Ces  différentes  contributions  sont  d'ailleurs  insuffisantes 
à  faire  face  à  toutes  les  obligations  que  le  développement 
de  Tanger  a  imposées  successivement  à  la  Commission 
d'hygiène,  que  l'on  a  quelquefois,  à  tort,  confondue  avec 
une  municipalité,  dont  elle  n'a  ni  les  pouvoirs,  ni  les 
ressources,  ni  la  constitution. 


LA    VIE   ADMINISTRATIVE 


223 


Le  Phare  du  cap  Spartel.  —  En  i865,  le  sultan  Sidi 
Mohammed  a  donné  au  corps  diplomatique  de  Tanger  la 
direction  supérieure  et  l'administration  du  phare  du  cap 
Spartel,  qui  venait  d'être  construit  en  exécution  de  l'ar- 
ticle 43  du  traité  de  1861  entre  l'Espagne  et  le  Maroc,  en 
stipulant  que  «  cette  délégation  ne  portait  aucune  atteinte 
aux  droits  de  propriété  et  de  souveraineté  du  sultan  ». 

L'administration  du  phare  du  cap  Spartel  est  toujours 
exercée  à  tour  de  rôle  par  un  des  représentants  des  puis- 
sances. Les  frais  d'administration  et  d'entretien  sont  sup- 
portés par  les  puissances  contractantes  ;  ceux  de  réparation 
ou  de  reconstruction  le  sont  par  le  sultan.  Aucun  agent 
technique  n'est  chargé  de  surveiller  le  fonctionnement  de 
ce  phare. 

Depuis  1892,  un  sémaphore  a  été  établi  au  cap  Spartel; 
il  est  administré  par  le  bureau  du  Lloyd  sous  la  surveil- 
lance du  corps  diplomatique.  Le  sultan  n'a  reconnu  offi- 
ciellement qu'en  1894  l'accord  intervenu  entre  les  puis- 
sances en  1892  relativement  à  ce  sémaphore. 


Outre  ces  délégations,  le  corps  diplomatique  de  Tanger 
en  a  reçu  virtuellement  plusieurs  autres  par  certains 
articles  de  la  convention  de  Madrid  (1880)  et  surtout  par 
l'acte  d'Algésiras  (1906).  Leur  ensemble  constituait  un 
acheminement  visible  vers  une  véritable  internationalisa- 
tion de  l'administration  marocaine. 

En  application  des  articles  12  et  1 3  de  la  convention  de 
Madrid,  le  corps  diplomatique  de  Tanger  avait  établi, 
en  1881,  d'accord  avec  le  représentant  du  sultan,  un 
règlement  pour  la  perception  du  droit  des  portes  et  de 
rimpôt  agricole,  dit  Terlib  ;  ces  impôts  devaient  être  per- 
çus, non  seulement  sur  les  sujets  marocains,  mais  sur  les 
protégés  et  les  Européens.  Les  autorités  consulaires  inter- 
venaient dans  la  perception  de  ce  tertib,  qui  n'a  d'ailleurs 
jamais  été  appliqué.  En  1896,  des  modifications  aux  droits 


La 

Convention 

de  Madrid 

et  l'Acte 

d'Algésiras. 


•^24  TANGER    ET   SA   ZONE  * 

des  portes  ont  été  apportées  par  le  corps  diplomatique 
d'accord  avec  un  délégué  chérifien  ;  en  1908,  le  tertib  était 
lui-même  profondément  modifié,  dans  les  mêmes  condi- 
tions. 

Mais  c'est  particulièrement  l'acte  d'Algésiras  qui  a  donné 
au  corps  diplomatique  un  véritable  droit  d'ingérence  dans 
les  affaires  du  pays. 

L'article  5g  établit  que  les  autorités  consulaires  retien- 
dront un  tant  pour  cent  des  rentrées  du  tertib  encaissées 
sur  leurs  ressortissants. 

Le  taux  de  cette  retenue  sera  fixé  d'un  commun  accord 
par  le  Malciizen  et  le  corps  diplomatique. 

L'article  61  est  relatif  à  l'établissement  d'une  taxe  sur  les 
constructions  urbaines,  dite  taxe  urbaine:  le  taux  de  cette 
taxe,  son  mode  de  perception,  etc.,  seront  établis  par  un 
règlement  édicté  d'un  commun  accord  par  le  gouverne- 
ment chérifien  et  le  corps  diplomatique  à  Tanger. 

L'article  66  établit  que  le  programme  des  travaux  publics 
à  exécuter  sur  les  fonds  de  la  caisse  spéciale  (produit  de  la 
surtaxe  de  2  1/2  p.  100  sur  les  droits  de  douane)  sera  arrêté 
parle  corps  diplomatique  à  Tanger;  que  les  adjudications 
publiques  seront  passées  dans  les  formes  et  aux  conditions 
générales  prescrites  par  un  règlement  établi  par  le  corps 
diplomatique  et  un  représentant  de  S.  M.  Chérifienne. 

D'après  les  articles  70  et  71,  les  droits  de  stationnement 
ou  d'ancrage  dans  les  ports  marocains,  les  droits  de  maga- 
sinage en  douane,  seront  établis  par  un  accord  avec  le  corps 
diplomatique  et  ne  pourront  être  modiliés  sans  son  con- 
sentement. 

L'article  96  prescrit  une  commission  des  valeurs  doua- 
nières réunie  à  Tanger  pour  fixer  la  valeur  des  principales 
marchandises. 

L'article  97  institue  à  Tanger  un  comité  permanent  des 
douanes,  pour  trois  années,  composé  d'un  commissaire 
spécial  de  S.  M.  Chérifienne,  d'un  membre  du  corps  diplo- 


LA    VIE    ADMINISTRATIVE  225 

matique  ou  consulaire,  désigné  par  le  corps  diplomatique 
à  Tanger,  et  d'un  délégué  de  la  Banque  d'État. 

L'article  98  prescrit  qu'une  révision  des  règlements  de 
magasinage  actuellement  en  vigueur  sera  effectuée  par  les 
soins  du  corps  diplomatique  statuant  à  la  majorité,  de 
concert  avec  le  gouvernement  chérifien. 

La  collaboration  du  corps  diplomatique  aux  affaires 
marocaines  apparaît  encore  plus  nettement  au  chapitre  VI, 
relatif  aux  travaux  publics  : 

Art.  108.  —  Le  gouvernement  chérifien  fera  part  au 
corps  diplomatique  de  sa  décision  de  procéder  à  une  adju- 
dication et  lui  communiquera  le  cahier  des  charges. 

Art.  iio.  —  Un  règlement  des  adjudications  sera  arrêté 
parle  gouvernement  chérifien,  avec  l'assistance  du  corps 
diplomatique. 

Art.  117.  —  En  matière  d'expropriation  et  en  cas  de 
désaccord  entre  les  membres  du  jury  d'abord  et  les  arbi- 
tres ensuite,  un  tiers  arbitre  sera  désigné  par  le  corps 
diplomatique  à  Tanger. 

Art.  118.  —  Les  arbitres  devront  être  choisis  sur  une 
liste  établie  au  début  de  l'année  par  le  corps  diplomati- 
que, etc. 

Les  règlements.  —  En  application  de  ces  différents  arti- 
cles, le  corps  diplomatique  à  Tanger,  d'accord  avec  la 
délégation  chérifienne,  a  élaboré  pendant  les  années  1907 
et  1908  une  série  de  règlements  et  constitué  plusieurs  com- 
missions. 

Les  règlements  sont  les  suivants  : 

i«  Règlement  sur  les  adjudications  en  général; 

2"  Règlement  sur  le  budget  de  la  caisse  spéciale  des  tra- 
vaux publics; 

3«  Règlement  relatif  aux  adjudications  effectuées  sur  les 
fonds  de  la  caisse  spéciale  ; 

4«  Règlement  de  la  taxe  urbaine; 


226  TANGER    ET    SA    ZONE       * 

5*  Règlement  relatif  à  l'expropriation  ; 

6**  Règlement  des  douanes  ;  , 

7»  Règlement  relatif  à  l'établissement  des  droits  de  maga- 
sinage dans  les  ports  du  Maroc; 

8*»  Règlement  relatif  au  commerce  des  armes  de  chasse 
et  de  luxe,  non  rayées,  et  de  leurs  munitions  ; 

g^  Règlement  relatif  à  l'importation  des  explosifs  à 
l'usage  de  l'industrie  et  des  travaux  publics  : 

10"  Règlement  minier. 

Comités  et  Pour  mettre  en  œuvre  tous  ces  règlements  le  corps  diplo- 

commissions.  matique  a  constitué  un  certain  nombre  de  commissions  : 
i<*  Le  Comité  spécial  des  travaux  publics  (pour  les  tra- 
vaux à  efiectuer  sur  les  fonds  de  la  caisse  spéciale).  11  se 
compose  d'un  président,  d'un  délégué  du  Sultan,  d'un  délé- 
gué du  Khalifa  de  la  zone  espagnole,  de  cinq  membres  du 
corps  diplomatique  et  de  deux  suppléants,  désignés  chaque 
année  par  le  doyen  du  corps  diplomatique  ;  d'un  délégué 
du  conseil  sanitaire  qui  est  le  Consul  (ie  France  ou  d'Espa- 
gne pendant  la  même  année  qu'il  est  président  de  la  com- 
mission d'hygiène;  de  l'ingénieur  des  travaux  publics,  prévu 
par  l'acte  d'Algésiras;  d'un  secrétaire  des  séances  nommé 
tous  les  ans  par  le  président  et  agréé  par  le  comité.  Le 
personnel  comprend  en  outre  un  chef  de  bureau,  un  archi- 
viste, un  interprète  et  un  secrétaire  indigène.  Le  président 
est  élu  chaque  année.  Jusqu'à  présent,  le  représentant  de 
S.  M.  Chérifienne  à  Tanger  a  toujours  été  élu  à  l'unani- 
mité et  sans  aucune  opposition. 

2«  Commission  du  budget  de  la  caisse  spéciale.  —  On  a 
procédé  en  1917  à  la  ventilation  de  la  caisse  spéciale  et, 
depuis,  chaque  zone  a  l'administration  de  son  budget.  Ce- 
pendant les  budgets  de  la  caisse  spéciale  de  chacune  des 
trois  zones  (zone  française,  zone  de  Tanger,  zone  espagnole) 
doivent  au  commencement  de  chaque  année  être  approuvés 


LA    VIE    ADMINISTRATIVE  227 

par  la  commission  du  budget  de  la  caisse  spéciale  de  Tan- 
ger qui  se  compose  de  trois  membres,  à  voix  délibérative  : 
le  président  du  comité  spécial  (le  représentant  du  Sultan), 
l'ingénieur  en  chef  des  travaux  publics,  à  Tanger,  comme 
ordonnateur  de  la  caisse  spéciale,  et  un  délégué  du  corps 
diplomatique.,  élu  chaque  année  par  le  comité  spécial, 

3«  Commission  générale  des  adjudications  et  des  mar- 
chés^ pour  traiter  de  toutes  les  adjudications  et  de  tous  les 
marchés  de  gré  à  gré  du  gouvernement  marocain  (i).  Cette 
commission  se  compose  d'un  président,  qui  est  le  repré- 
sentant du  Sultan  à  Tanger  ;  d'un  délégué  marocain  delà 
zone  espagnole,  de  deux  membres  du  corps  diplomatique, 
d'un  délégué  de  la  banque  d'État,  d'un  délégué  de  l'admi- 
nistration qui  a  provoqué  .l'adjudication  ou  le  marché,  de 
l'ingénieur  en  chef  des  travaux  publics  comme  conseiller 
technique  du  Makhzen. 

Depuis  la  ventilation  de  1917,  l'ingénieur  en  chef  délègue 
un  ingénieur  adjoint  espagnol,  pour  les  adjudications  ou 
les  marchés  passés  en  zone  espagnole. 

Le  personnel  se  compose  d'un  secrétaire  administratif, 
d'un  secrétaire  des  séances,  d'un  secrétaire-adjoint,  d'un 
archiviste  et  d'un  secrétaire  indigène. 

L'importance  de  cette  commission  a  diminué  depuis 
l'établissement  du  protectorat  et  son  action  ne  s'exerce 
plus  que  pour  Tanger  et  sa  zone,  ainsi  que  pour  le  che- 
min de  fer  de  Tanger  à  Fès. 

On  l'a  admise,  par  extension  de  ses  prérogatives,  à  con- 
naître des  adjudications  des  sociétés  concessionnaires,  alors 
qu'en  réalité  ces  adjudications  ne  devraient  être  soumises 
qu'au  contrôle  de  l'ingénieur  en  chef,  conseiller  technique 
du  Makhzen. 


(i)  Pour  les   fonds   de  la  caisse    spéciale,  le  Comité   de  cette   caisse  se 
constitue  en  bureau  d'adjudication. 

VILLES   ET  TRIBT  s.   —    VU.  l6 


228  TANGER   ET   SA  ZONE      • 

40  Commission  de  la  taxe  urbaine.  —  Dans  l'origine 
l'administration  de  la  taxe  urbaine  s'étendait  à  tout  le  Ma- 
roc. Son  comité  se  composait  d'un  délégué  du  conseil  sani- 
taire, d'un  directeur  général,  d'un  secrétaire  général,  d'un 
interprète  et  de  plusieurs  commis.  Depuis  1916,  cette  com- 
mission n'a  plus  à  administrer  que  la  taxe  urbaine  de 
Tanger  et  ne  se  compose  plus  que  d'un  administrateur 
chérifien,  d'un  délégué  du  Conseil  sanitaire  qui  est  à  tour 
de  rôle,  pour  un* an,  le  Consul  de  France  ou  d'Espagne, 
pendant  la  même  période  où  il  est  également  président  de 
la  Commission  d'hygiène. 

La  Commission  comprend  en  outre  un  chef  de  bureau, 
un  secrétaire  européen,  un  secrétaire  indigène  et  des 
commis. 

5**  Commission  des  valeurs  douanières.  —  Elle  est 
nommée  pour  trois  ans  et  se  compose  de  trois  délégués 
chérifiens,  de  trois  délégués  du  Corps  diplomatique,  d'un 
délégué  de  la  Dette  marocaine,  d'un  délégué  de  la  Banque 
d'État. 

Cette  commission ,  qui  avait  été  fondée  pour  tout  le  Maroc, 
ne  fonctionne  plus  que  pour  la  douane  de  Tanger. 

6*^  Le  Comité  permanent  des  douanes^  prévu  par  l'ar- 
ticle 97  de  TActe  d'Algésiras,  existe  toujours,  sans  fonction- 
ner effectivement.  La  présidence,  qui  devrait  régulière- 
ment être  exercée  à  tour  de  rôle  par  les  différents  chefs  de 
Missions  diplomatiques,  l'est  de  fait  par  l'Agent  diploma- 
tique anglais  depuis  1907,  sans  interruption. 

D'autres  commissions  existent  encore  en  principe,  mais 
n'ont  jamais  fonctionné  et  n'ont  même  jamais  été  consti- 
tuées ;  elles  ne  pourraient  d'ailleurs  plus  être  utilisées  que 
pour  la  zone  de  Tanger,  en  attendant  son  régime  spécial  ; 
ce  sont  les  commissions  de  l'alignement,  du  lazaret,  de 
l'expropriation,  des  phares,  de  la  vente  des  armes,  etc. 


LA   VIE  ADMINISTRATIVE 


229 


Outre  les  fonctions  d'ingénieur  de  la  Caisse  spéciale  qui 
se  bornent  à  celles  définies  par  l'Acte  d'Algésiras  et  par  les 
textes  qui  en  dérivent,  l'ingénieur  en  chef  s'est  vu,  dès 
l'origine,  confier  par  le  Makhzen  les  fonctions  de  directeur 
des  travaux  publics  de  la  zone  de  Tanger  et  de  conseiller 
technique  du  Makhzen.  A  ce  titre,  il  administre  le  domaine 
public,  terrestre  et  maritime,  prépare  les  contrats  de  con- 
cessions, contrôle  le  fonctionnement  des  compagnies  con- 
cessionnaires autres  que  le  Tanger-Fès  (i).  Ce  rôle  est  com- 
plètement indépendant  de  celui  d'ingénieur  de  la  Caisse 
spéciale  et  pourrait  être  rempli  par  tout  autre  ingénieur 
qui  à  ce  titre  ne  relèverait  que  du  Gouvernement  chérifien. 

Tout  cet  arsenal  de  Règlements,  de  Commissions  et  de 
Comités  faisait  de  Tanger  la  capitale  d'une  souveraineté 
diplomatique  que  l'établissement  du  Protectorat  en  1912  a 
sensiblement  diminuée  ou  tout  au  moins  circonscrite  à  la 
seule  zone  de  Tanger. 

Il  en  résulte  un  véritable  encombrement. 


Travaux 
publics. 


LA     BANQUE     D  ETAT 

C'est  une  institution  créée  par  l'Acte  d'Aîgésiras,  cha- 
pitre III,  articles  3i  à  58. 

La  banque  d'Etat  du  Maroc  doit  remplir  les  fonctions  de 
trésorier-payeur  de  TEmpire  ;  elle  a  un  droit  de  préférence 
à  conditions  égales  pour  tous  les  emprunts  publics  du 
Maroc  ;  elle  a  de  plus  le  privilège  exclusif  de  la  frappe  et 
de  la  refonte  des  monnaies,  ainsi  que  toutes  autres  opéra- 
tions monétaires  qu'elle  fera  pour  le  compte  et  au  profit  du 
Gouvernement  marocain. 


(i)  Il  contrôle  le  Tanger-Fès  comme  ingénieur  en  chef  de  la  Caisse  spé- 
ciale, en  vertu  de  l'Acte  général  de  concession. 


23o 


TANGER   ET   SA   ZONE 


Le  Gouvernement  chérifien  surveille  la  banque  d'État 
par  un  haut  commissaire,  qui  contrôle  l'émission  des  billets 
de  banque  et  appose  sur  Cxhaque  billet  sa  signature  ou  son 
sceau. 

Un  tribunal  spécial,  composé  de  trois  magistrats  consu- 
laires et  de  deux  assesseurs,  peut  seul  connaître  des  actions 
intentées  au  Maroc  contre  la  banque  d'État.  L'appel  des 
jugements  de  ce  tribunal  sera  en  dernier  ressort  interjeté 
devant  la  Cour  fédérale  de  Lausanne. 

Le  siège  social  de  la  banque  d'État  du  Maroc  est  à 
Tanger;  son  siège  administratif  est  à  Paris,  3,  rue  Volney. 

Le  directeur  général  est  français,  le  directeur  espagnol. 
Le  conseil  d'administration  est  composé  d'autant  de  mem- 
bres qu'il  y  a  de  parts  dans  le  capital  initial. 


LA    DETTE    MAROCAINE 

Emprunt  1904  En    1904,   le  sultan   Moulay  Abdelaziz  a  contracté    en 

France  un  emprunt  de  62  millions  5oo.ooo  francs  garanti 
par  le  60  p.  100  des  douanes.  L'administration  de  cet  em- 
prunt a  été  établie  à  Tanger  avec  un  délégué  français  et  un 
délégué  marocain  des  porteurs  de  titres. 


Emprunt  1910  En   1910,  le  sultan  Moulay  Abdelhafîd  a  contracté  un 

nouvel  emprunt  de  loi  millions  124.000  francs.  La  sous- 
cription à  cet  emprunt  a  été  ouverte  à  Paris,  à  Berlin,  à 
Francfort-sur-le-Mein  et  à  Madrid  ;  il  était  garanti  par  le 
40  p.  100  restant  des  douanes,  par  le  produit  de  la  vente 
du  tabac  et  du  kif  qui  a  été  plus  tard  constitué  en  mono- 
pole ;  par  le  produit  des  impôts  dits  Moustajadat^  c'est-à- 
dire  les  droits  des  portes  et  les  droits  de  marchés,  dans 
les  ports;  par  le  produit  des  biens  domaniaux  dans  les 
ports  et  dans  un  rayon  de  10  kilomètres  autour  des  ports; 


LA    VIE    ADMINISTRATIVE  23  I 

enfin  par  la  part  revenant  au  Gouvernement  marocain  sur 
la  taxe  urbaine  dans  les  ports. 

L'administration  de  l'emprunt  de  igio  a  été  réunie  à 
celle  de  l'emprunt  de  1904  et  l'ensemble  a  formé  l'admi- 
nistration de  la  Dette  marocaine.  Cette  administration,  dont 
le  siège  central  était  établi  à  Tanger,  a  exercé  pendant  plu- 
sieurs années  son  contrôle  sur  les  différents  gages  des  em- 
prunts dans  tous  les  ports  du  Maroc. 

Après  l'établissement  du  Protectorat  et  la  séparation 
administrative  de  la  zone  d'influence  espagnole,  un  accord 
est  intervenu  le  27  novembre  19 12  avec  la  Dette  en  vertu 
duquel  l'administration  espagnole  prenait  la  gestion  des 
revenus  concédés  de  Tétouan  et  de  Larache  contre  paie- 
ment d'une  redevance  forfaitaire. 

En  mai  191 3,  l'administration  de  la  Dette  passait  au  gou- 
vernement du  Protectorat  le  service  del'aconage,  qui  était 
rattaché  à  la  direction  générale  des  Travaux  publics,  et  ne 
conservait  que  l'aconage  de  Tanger. 

Enfin,  à  partir  du  i«^  janvier  1918,  le  Service  des  douanes 
et  l'administration  des  revenus  concédés,  domaines,  mous- 
tafadat,  etc.,  éiaient  rattachés  à  la  direction  générale  des 
finances  du  Protectorat. 

L'administration  de  la  Dette  marocaine  n'a  donc  plus 
actuellement  que  le  contrôle  des  douanes  et  des  revenus 
concédés  de  Tanger  et  se  contente,  pour  les  autres  ports, 
de  recevoir  les  intérêts  des  emprunts. 

A  Tanger  la  Dette  marocaine  administre  : 
i<*  La  douane  y   compris  l'aconage  et  le   magasinage; 
elle  contrôle  les  administrateurs  [oumana)   de  la  douane 
nommés  par  le  sultan  et  assure,   avec  le  personnel  local, 
l'embarquement  et  le  débarquement. 

En  principe  les  barcassiers  [bahriya)  de  Tanger  sont  une 
fraction  du  guich,  dirigée  par  un  Raïs  (capitaine)  et  par 
un  Khalifa,  mais  placée  sous  les  ordres  du  pacha  du  guich, 


232  TANGER    ET   SA    ZONE     . 

qui  est  le  gouverneur  de  la  ville.  Les  hahriya  de  Tanger 
comme  les  autres  gens  du  guich,  jouissaient  de  certains 
privilèges  tels  que  :  exemption  d'impôts,  concessions  d'im- 
meubles, maisons  et  terres,  et  recevaient  en  outre  une  solde 
pour  leur  service,  qui  était  d'ailleurs  obligatoire;  ce  n'était 
pas  une  corporation,  mais  une  milice  maritime.  La  dé- 
sorganisation progressive  du  guich  depuis  une  trentaine 
d'années,  qui  a  abouti  à  sa  suppression  complète,  a  eu 
naturellement  comme  conséquence  la  désorganisation  des 
bahriya.  Ceux-ci  se  considèrent  maintenant  comme  une 
sorte  de  corporation  ouvrière,  et  le  principe  de  discipline 
militaire,  qui  était  une  garantie  de  l'exactitude  du  service 
d'embarquement,  de  débarquement  et  de  manutention  des 
marchandises,  a  complètement  disparu. 

2»  Les  Biens  domaniaux  urbains  et  ceux  compris  dans 
un  rayon  de  lo  kilomètres  autour  de  la  ville,  administrés 
par  l'Amîn  el-Moustafad,  sous  le  contrôle  de  la  Dette. 

Ces  biens  sont  ceux  qui  sont  l'objet  d'un  loyer;  c'est- 
à-dire  que  l'Amîn  n'a  pas  l'administration  des  biens  guich, 
qui  ne  relèvent  que  du  pacha. 

L'emprunt  de  1910  a  repris  les  gages  immobiliers  qui 
avaient  été  donnés  par  le  Makhzen  à  la  banque  Mendel- 
sohn  en  1906,  pour  une  avance  de  10  millions  de  marks 
qu'il  a  remboursée  ;  or  à  Tanger  le  gage  immobilier  ne 
comprenait  que  les  biens  domaniaux  administrés  par 
l'Amîn  el-Moustafad,  et  non  les  bien  du  guich,  d'après  les 
termes  formels  du  contrat  d'hypothèque  passé  à  Tanger 
entre  le  représentant  de  la  banque  Mendelsohn  et  le  dé- 
légué du  sultan,  le  12  çafar  1824   7  avril  1906). 

3*"  Les  Moustafadaty  c'est-à-dire  les  droits  des  portes  et 
les  droits  de  marchés  de  la  ville  de  Tanger,  administrés 
ou  adjugés  par  l'Amîn  el-Moustafad. 


LA   VIE   ADMINISTRATIVE 


233 


ORGANISATION    MILITAIRE 

Pendant  de  longues  années,  la  seule  organisation  mili- 
taire de  Tanger  a  été  le  guich  créé  sur  Tordre  du  sultan 
Moulay  Ismaïl  par  le  pacha  Ali  ben  Abdallah.  Ce  guich 
ne  comprenait  d'abord  que  des  riiains.  On  a  vu  dans  la 
partie  historique  les  diverses  modifications  qu'il  a  subies. 
On  verra  d'autre  part,  dans  le  chapitre  du  Fahç,  les  détails 
de  son  organisation. 

Telle  qu'elle  était  il  y  a  une  dizaine  d'année,  cette  orga- 
nisation militaire  ne  répondait  plus  à  son  objet.  Elle  est 
aujourd'hui  complètement  détruite  ;  on  peut  même  se  de- 
mander si  cette  désorganisation  n'a  pas  été  voulue  de  la 
part  du  Makhzen,  qui  espérait  trouver  dans  sa  propre  fai- 
blesse un  moyen  d'arrêter  la  pénétration  européenne  en 
détruisant  les  moyens  d'assurer  la  sécurité. 


Le  €uich. 


Vers  1904,  pour  donner  satisfaction  aux  réclamations  du 
corps  diplomatique,  qui  trouvait  que  la  sécurité  de  Tan- 
ger n'était  vraiment  plus  assurée  par  rien,  et  que  les  incar- 
tades de  Raïsouli  devenaient  inquiétantes,  le  Makhzen 
forma  à  Tanger  un  corps  de  troupes  de  police  d'environ 
1.200  hommes. 

L'organisation  et  l'instruction  de  ces  troupes  furent  con- 
fiées à  deux  officiers  de  la  Mission  militaire  française, 
créée  en  1877  et  qui  accompagnait  le  sultan  dans  ses  diffé- 
rentes résidences.  Les  cadres  se  composaient  d'un  capi- 
taine, d'un  lieutenant  et  de  trois  sous-officiers. 

Un  corps  de  troupes  de  1.200  hommes,  avec  des  instruc- 
teurs français,  pouvait  paraître  suffisant  pour  protéger 
Tanger  et  y  maintenir  l'ordre;  cependant  on  jugea  néces- 
saire de  lui  adjoindre  des  troupes  de  la  police  issue  de 


Les  troupes 
chérifiennes. 


234  TANGER    ET   SA    ZONE      • 

l'acte  d'Algésiras.  Le  oorps  de  troupes  primitif,  avec  des 
contingents  réduits  de  plus  de  moitié,  existe  toujours,  sous 
le  nom  de  compagnie  auxiliaire  marocaine.  Cette  compa- 
gnie est  commandée  par  un  qaïd  marocain  et  a  toujours 
comme  instructeurs  un  capitaine,  deux  lieutenants  et  plu- 
sieurs sous-offîciers  français. 

Quelques  artilleurs,  vestiges  des  anciens  fo/?;iya  du  guich, 
sont  joints  à  cette  compagnie  auxiliaire  et  ont  comme  ins- 
tructeur un  maréchal  des  logis-chef  d'artillerie  français. 
Ces  artilleurs  font  le  service  de  la  batterie  de  salut,  qui  se 
compose  aujourd'hui  de  canons  Krupp  achetés  à  Berlin 
il  y  a  une  dizaine  d'années.  Cette  batterie,  placée  au  Bordj 
de  Dar  el-Baroud,  a  remplacé  Tancienne  batterie  de  salut 
de  la  Douane  composée  de  vieilles  pièces  de  différentes 
nations  et  dont  quelques-unes  sont  assez  curieuses.  Outre 
ces  vieux  canons,  les  différentes  batteries  sont  garnies  de 
grosses  pièces  Armstrong,  achetées  à  l'Angleterre  il  y  a 
une  quarantaine  d'années;  elles  avaient  été  amenées  de 
Gibraltar  par  un  ancien  sous-officier  anglais  d'artillerie, 
qui  était  resté  à  Tanger  comme  instructeur  et  que  l'on 
appelait  le  qaïd  Silva. 

Les  troupes  Elles  ont  été  créées  par  le  chapitre  I''""  de  l'acte  d'Algé- 

de  police.  si  ras,  et  les  conditions  de  sa  création,  de  son  organisation 

et  de  son  fonctionnement  sont  réglées  par  les  douze  pre- 
miers articles  de  cet  acte  diplomatique. 

En  voici  le  résumé  :  la  police  sera  placée  sous  l'autorité 
souveraine  de  S.  M.  le  sultan  (art.  2).  L'effectif  total  ne 
devra  pas  dépasser  2.5oo  hommes  ni  être  inférieur  à 
2.000  (art.  5).  Les  cadres  seront  espagnols  à  Tétouan, 
mixtes  à  Tanger,  espagnols  à  Larache,  français  à  Rabat, 
mixtes  à  Casablanca  et  français  dans  les  trois  autres  ports. 

On  a  donné  le  nom  de  Tabor  aux  unités  de  ces  troupes 
de  police.  Un  colonel  suisse  avait  rang  d'Inspecteur. 

L'établissement  du  protectorat  a  forcément  modifié  cette 


LA   VIE   ADMINISTRATIVE  235 

répartitix)n  des  forces  de  la  police  chérifienne,  qui  aujour- 
d'hui n'existe  plus  qu'à  Tanger.  Le  colonel  suisse  a  été 
remplacé  par  Abdelmalek,  fils  de  l'émir  Abdelqader,  qui 
s'est  enfui  en  1914.  Son  caractère  exclusivement  chérifien 
n'est  évidemment  modifié  [en  rien.  Cependant  on  a  pris  la 
mauvaise  habitude  de  dire  :  Police  française,  pour  indi- 
quer le  Tabor  n«  i,  police  extra-urbaine,  qui  a  des  ins- 
tructeurs français;  Police  espagnole,  pour  désigner  le 
Tabor  n^  2,  police  urbaine,  qui  a  des  instructeurs  espa- 
gnols. Ce  manque  d'unité  est  encore  accentué  par  des 
diiTérences  entre  les  uniformes  des  deux  tabors  (i). 

On  peut  avoir  ainsi  le  sentiment  qu'il  s'agit  de  deux 
corps  différents,  tandis  qu'en  réalité  il  ne  s'agit  que  d'un 
seul  et  même  corps  de  troupes  chérifiennes  de  police,  payé 
par  le  Makhzen  du  sultan  et  soumis  à  un  seul  règlement. 
Les  instructeurs  seuls  diffèrent,  mais  non  le  commande- 
ment. 

il  avait  été  réglé  qu'il  y  aurait  à  Tanger  un  commandant 
français  et  un  capitaine  espagnol  ;  à  Casablanca  un  com- 
mandant espagnol  et  un  capitaine  français.  Il  serait  difîi- 
cile  de  savoir  exactement  ce  qui  s'est  passé,  mais  le  fait  est 
qu'il  y  a  maintenant  à  Tanger  un  commandant  français  et 
un  colonel  espagnol,  ce  qui  peut  paraître  exagéré  pour  un 
total  de  760  hommes  de  troupes. 

Ces  760  hommes  se  répartissent  de  la  façon  suivante  : 

Tabor  n<*  i  :  5oo  hommes,  dont  280  fantassins,  200  cava- 
liers et  20  artilleurs,  avec  une  pièce  de  76  Schneider-Ca- 
net. 

l^abor  n'»  2  :  260  fantassins. 

En  19 14,  le  Tabor  n"  i  avait  été  porté  à  600  hommes,  le 
Tabor  n«  2  à  3oo  ;  mais  en  1918,  on  est  revenu  à  l'effectif 
primitif. 

(i)  C'est  Abdelmalek,  ancien  colonel  turc,  qui  a  voulu  modifier  l'uniforme 
prévu  et  remplacer  le  tarbouch  africain  par  un  bonnet  haut  et  rigide,  de 
forme  turque.  Cette  nouvelle  tenue  n'a  été  adoptée  que  par  le  tabor  n"  2. 


^36  TANGER   ET  SA   ZONE 

Le  cadre  d'instruction  se  compose,  pour  le  Tabor  n«  i  : 
d'un  commandant,  deux  capitaines,  un  lieutenant  indi- 
gène, trois  sous-officiers  d'infanterie,  un  d'artillerie  et 
quatre  de  cavalerie  ;  pour  le  Tabor  n^  2  :  d'un  colonel,  un 
capitaine,  trois  lieutenants  et  un  sous-lieutenant  indigène. 

Le  cadre  de  commandement  comprend  : 

Tabor  n«  1,  infanterie  :  un  qaïd  tabor,  un  motaçarif, 
cinq  qaïds  mias  ;  cavalerie  :  un  qaïd  tabor,  un  motaçarif, 
six  qaïds  mias. 

Tabor  n**  2  :  un  qaïd  tabor,  un  motaçarif,  cinq  qaïds 
mias. 

Chaque  tabor  a  de  plus  un  imam  pour  assurer  le  ser- 
vice religieux. 


LES    IMPÔTS    ET    LES    TAXES 


Comme  le  reste  du  Maroc,  et  peut-être  plus  encore,  Tan- 
ger est  régie,  en  matière  d'impôts,  par  les  prescriptions  de 
l'acte  d'Algésiras,  qui  ne  prévoit  comme  impôt  agricole  que 
le  tertib  et,  comme  impôt  urbain,  que  la  taxe  urbaine  et  le 
droit  des  portes. 

Dans  la  ville,  le  seul  impôt  est  la  taxe  urbaine,  payée 
d'ailleurs  très  irrégulièrement  par  les  uns  et  complètement 
impayée  par  beaucoup  d'autres. 

Le  droit  des  portes,  perçu  à  l'entrée  et  à  la  sortie  de  la 
ville  et  qui  constitue  une  sorte  de  droit  d'octroi,  fait  partie 
des  revenus  engagés;  il  est  donc  perçu  par  l'Amîn  el-Mous- 
tatad  pour  le  compte  de  l'administration  de  la  Dette.  A 
ces  impôts  prévus  et  réglés  par  l'acte  d'Algésiras,  s'ajoutent 
quelques  taxes,  dites  municipales,  quoiqu'il  n'y  ait  pas  de 
municipalité,  et  perçues  au  bénéfice  de  la  Commission 
d'hygiène  et  de  voirie,  en  vertu  de  décisions  du  Conseil 
sanitaire,  c'est-à-dire  du  corps  diplomatique. 


LA    VIE   ADMINISTRATIVE  287 

Ces  taxes  sont  les  droits  de  stationnement  au  marché, 
les  taxes  sur  les  animaux  de  louage,  sur  les  voitures  et 
sur  les  automobiles. 

En  dehors  de  ces  taxes  officielles,  il  faut  en  joindre 
d'autres  établies  sur  des  bases  moins  définies,  telles  que 
les  taxes  sur  les  filles  publiques  et  les  amendes  prélevées 
dans  les  aiïaires  de  police,  réglées  par  le  tribunal  du  pacha. 


POSTES    ET    TELEGRAPHES 

Pendant  longtemps  les  correspondances  étaient  appor-  Les  Postes. 
tées  à  Tanger  par  les  bateaux  qui  y  touchaient  et  il  n'y 
avait  aucun  service  régulier.  Les  lettres  furent  ensuite  ap- 
portées plus  régulièrement  par  un  voilier  qui  venait  de 
Tarifa  :  ce  voilier  était  connu  sous  le  nom  de  «  falucho» 
(petite  felouque)  ;  la  poste  espagnole  fut  établie  au  petit 
Souq. 

Poste  française.  —  Il  y  a  une  quarantaine  d'années,  en 
vertu  d'un  accord  entre  la  France  et  TEspagne,  les  sacs  de 
correspondances  françaises,  scellés  à  la  frontière,  traver- 
saient l'Espagne  et  étaient  transportés  à  Tanger  par  le 
voilier  espagnol  de  Tarifa.  Un  bureau  de  poste  français 
fut  créé  à  la  chancellerie  de  la  légation  de  France;  il  était 
tenu  par  le  chancelier,  qui  faisait  assurer  le  service  par  un 
employé,  mais  sous  sa  responsabilité.  Ce  bureau  de  poste 
faisait  les  recommandations,  les  valeurs  déclarées  et  les 
mandats  jusqu'à  concurrence  de  5o  francs. 

Plus  tard,  un  receveur  des  postes  de  carrière  assura  le 
service  dans  un  local  de  la  légation  et  enfin,  il  y  a  une 
trentaine  d'années  environ,  la  poste  fut  établie  dans  un 
local  indépendant  et  le  bureau  de  Tanger  réellement  cons- 
titué. 


2  38  TANGER    ET   SA   ZONE        • 

Le  service  postal  français  ne  dépassait  pas  Tanger;  les 
transports  des  lettres  pour  l'intérieur  se  faisait  au  moyen 
d'un  service  local  dont  il  sera  question  plus  loin. 

Vers  189 1,  un  français  de  Tanger  créa  un  service  parti- 
culier de  Tanger  à  Fès  ;  en  1893,  ce  service  fut  repris  par 
le  gouvernement  français  et  des  postes  françaises  furent 
établies  dans  tous  les  ports  et  dans  toutes  les  villes  de  Tinté- 
rieur.  Le  bureau  de  Tanger  fut  élevé  en  recette  principale. 

Depuis  l'établissement  du  Protectorat,  les  choses  ont  été 
modifiées  et  le  bureau  de  Tanger  n'a  plus  à  assurer  que 
le  service  de  la  ville  et  de  sa  zone  ;  c'est  aujourd'hui  le 
seul  bureau  français  du  Maroc,  ceux  de  la  zone  française 
ayant  été  remplacés  par  la  Poste  chéri fienne. 

Poste  anglaise,  —  Le]  service  postal  anglais  était  fait  de- 
puis de  longues  années  par  Gibraltar,  où  étaient  concen- 
trées les  correspondances  anglaises  et  d'où  elles  étaient 
amenées  à  Tanger  par  de  petits  vapeurs  qui  faisaient  le 
trajet  plusieurs  fois  par  semaine;  mais  ce  n'estqu'en  1892, 
que  le  Sultan  Moulay  El-Hasan  accorda  à  Sir  Ewan  Smith, 
ministre  d'Angleterre,  le  droit  de  louer  pour  soixante- 
cinq  ans  neuf  boutiques  habous  au  Souq  intérieur,  pour 
y  construire  la  Poste  Anglaise  de  Gibraltar.  Plus  tard 
cette  poste  a  été  transportée  un  peu  plus  bas,  où  elle  est 
encore  aujourd'hui. 

Lorsque  la  poste  française  établit  des  bureaux  dans 
toutes  les  villes  du  Maroc,  la  poste  anglaise  suivit  son 
exemple;  ces  bureaux  existent  encore  et  dépendent  de 
celui  de  Tanger. 

Poste  espagnole.  —  On  a  vu  que  la  Poste  espagnole 
avait,  il  y  a  déjà  de  longues  années,  son  bureau  au  Souq 
intérieur,  en  face  de  la  légation  d'Espagne.  Il  est  toujours 
situé  au  même  endroit,  mais  s'est  notablement  agrandi  de- 
puis quelques  années. 


LA   VIE   ADMINISTRATIVE  289 

Comme  la  Poste  anglaise,  la  Poste  espagnole  a  créé  des 
bureaux  dans  l'intérieur  après  iBgS.  Depuis  l'établisse- 
ment du  Protectorat,  les  bureaux  de  la  Poste  espagnole  de 
la  zone  française  ont  été  fermés,  comme  les  bureaux  de 
la  Poste  française  en  zone  espagnole.  Par  contre  les  bu- 
reaux de  Tétouan,  Larache  et  Arzila  ont  été  déve- 
loppés. 

Poste  chérifienne.  —  Il  existait  autrefois,  pour  le  trans- 
port des  lettres  de  Tanger  dans  l'intérieur,  et  même  sur  la 
côte,  un  service  postal  privé,  appelé  Boustat-et-Toudjar, 
Poste  des  négociants.  Ce  service  très  irrégulier  avait  été 
créé  par  les  négociants  pour  leurs  besoins.  Lorsque  vers 
1891,  un  négociant  français  prit  l'initiative  de  créer  un 
service  postal  intérieur  avec  une  administration  plus  sé- 
rieuse, des  timbres,  etc.,  le  Sultan  Moulay  El-Hasan  chercha 
à  exercer  son  monopole  d'Etat  et  il  créa  à  la  fin  de  1892 
un  service  chérifîen  des  postes.  Les  Oumana  el-Mous- 
tafad  étaient  chargés  d'assurer  ce  service.  A  Tanger,  le 
bureau  était  dans  un  café  arabe  du  Souq  intérieur,  où  se 
trouve  actuellement  un  café  français.  C'est  là  que  sié- 
geait VAmîn  Er-Rakkasa,  l'administrateur  des  cour- 
riers (i). 

Plus  tard  le  service  fut  organisé  sérieusement  avec  un 
personnel  français,  sous  le  nom  de  Poste  du  Makhzen 
Chérifien  (Barîd  el-Makhzen  ech-Chérif).  Le  gouverne- 
ment du  Protectorat  a  repris  ce  service  postal,  par  lequel 
il  a  remplacé  l'ancien  service  français  tandis,  que  dans  la 
zone  espagnole,  c'est  le  contraire  qui  s'est  produit  et  la 
Poste  chérifienne  y  a  été  complètement  supprimée. 

Il  y  a  à  Tanger  un  bureau  de  la  Poste  chérifienne  qui 
se  trouve  au  Grand  Souq.  Il  relève  de  la  Direction  géné- 
rale des  Postes  chérifien  nés  du  protectorat. 

(i)  Cf.  Une  tentative  d'organisation  postale  marocaine.  —Revue  du  Monde 
musulman,  vol.  XV,  juillet-août  191 1,  p.  90. 


240  TANGER    ET   SA    ZONE 

Il  est  inutile  de  parler  de  la  Poste  allemande,  qui  n'existe 
plus  au  Maroc  depuis  19 14. 

Télégraphes.  Télégraphe  anglais  (Eastern  Telegraph  Company).    — 

C'est  le  premier  par  ordre  de  date  ;  il  a  été  établi  en  1887, 
malgré  les  protestations  du  gouvernement  du  sultan  ;  il  a 
aujourd'hui  deux  lignes  :  l'une  par  Gibraltar  et  Londres, 
l'autre  par  Malte. 

Télégraphe  espagnol.  — Il  a  été  établi  quelques  années 
plus  tard.  Le  télégraphe  espagnol  a  non  seulement  deux 
câbles  reliant  Tanger  l'un  à  Algésiras  et  l'autre  à  Ceuta, 
mais  encore  une  ligne  télégraphique  reliant  Tanger  à 
Arzila,  à  Larache  et  à  El-Oçar. 

Télégraphe  français.  —  Il  a  été  établi  en  1901  un  câble 
entre  Tanger  et  Oran.  Son  bureau  se  trouve  à  la  Poste 
française  :  il  appartient  à  l'Administration  des  Postes  et 
Télégraphes  de  la  Métropole. 

Télégraphe  cher ifien. —  C'est  en  1912  que  la  ligne  de 
Tanger,  Arzila,  Larache,  etc.  fut  établie  par  l'Administra- 
tion des  Postes  et  Télégraphes  chérifiens,  qui  venait  d'être 
créée  par  le  Makhzen  à  la  suite  du  rachat  de  la  Société  in- 
ternationale de  la  Télégraphie  sans  fil. 

Le  bureau  du  Télégraphe  chérifien  se  trouve  à  la  Poste 
chérifienne.  Il  n'utilise  que  la  voie  terrestre  pour  ses  com- 
munications ;  entre  Tanger  et  la  zone  française,  il  use  du 
fîl  télégraphique  espagnol,  qui  est  mis  à  sa  disposition  à 
certaines  heures. 

Télégraphe  sans  fil.  —  En  1907,  un  ingénieur  français, 
xM.  Henri  Popp,  voulut  établir  au  Maroc  la  télégraphie 
sans  tîl  et  débarquer  une  partie  de  son  matériel  à  Tanger. 
Il  se  heurta  à  toutes  sortes  de  difficultés  d'ordre  interna- 


LA   VIE    ADMINISTRATIVE  24 T 

tional.  Pour  les  neutraliser  il  se  décida  à  mettre  son  exploi- 
tation en  Société  internationale  également.  Il  arriva  à 
faire  fonctionner  son  exploitation  en  1908.  Plus  tard  le 
Makhzen  racheta  à  la  Société  internationale  l'exploitation 
de  la  télégraphie  sans  filet  fonda  les  Télégraphes  chéri- 
fiens,  auxquels  il  ajouta  un  service  postal.  Tous  ces  ser- 
vices ont  été  repris  par  le  gouvernement  du  Protec- 
torat. 

Les  deux  pylônes  de  5o  mètres  de  hauteur  de  la  Télé- 
graphie sans  fil  se  trouvent  à  Tanger  près  du  village  des 
Souani. 

Il  existe  également  un  poste  de  télégraphie  sans  fil  à  la 
légation  d'Espagne. 


INSTITUTIONS   SCIENTIFIQUES, 
MÉDICALES  ET  D'ENSEIGNEMENT 


Institut  L'Institut  Pasteur  du  Maroc  se  dresse  à  l'entrée  du  pla- 

Pasteur  (i).  ^^^^  ^^  Marchan;  il  est  bâti  sur  un  terrain  de  près  d'un 
hectare  de  superficie  concédé  par  le  sultan  à  la  France,  à 
la  suite  de  l'assassinat  du  Français  Albert  Charbonnier. 
Commencés  en  igio,  les  travaux  de  construction  furent 
terminés  le  14  juillet  igiS. 

L'Institut  Pasteur  se  compose  d'un  bâtiment  principal, 
d'un  pavillon  pour  animaux  et  d'annexés  diverses. 

Le  bâtiment  principal  couvre  une  superiicie  de  65o  mè- 
tres carrés  et  a  une  façade  de  45  mètres  de  long;  l'aile 
droite  renferme  le  cabinet  et  le  laboratoire  particulier  du 
Directeur,  un  grand  laboratoire  de  bactériologie,  une 
chambre  étuve,  puis  le  service  de  la  rage  avec  des  salles 
d'attente  et  de  pansement,  une  salle  d'inoculation,  un  la- 
boratoire spécial  pour  la  trépanation  des  lapins,  l'extraction 
des  moelles,  etc. ,  l'aile  gauche  comprend  le  service  vétéri- 
naire avec  deux  grands  laboratoires  de  bactériologie  et  de 
parasitologie,  la  laverie,  le  poste  de  service  et  une  salle  de 
conférences  qui  sert  de  bibliothèque  et  de  salle  d'honneur 

(i)  Cf.  Paris  Médical  :  Vlnstitut  Pasteur  de  Tanger,  par  le  docteur  Rem- 
LiNGER,  J.-B.  Baillière  et  fils,  ig,  rue  ilauiefeuille,  Paris,  igiS. 


J^'-^UA 


INSTITUTIONS    SCIENTIFIQUES 


243 


et  occupe  toute  la  largeur  du  bâtiment;  cette  salle  sert  de 
lieu  de  réunion  à  la  Société  des  sciences  médicales  de 
Tanger,  dont  la  fondation  a  suivi  de  près  celle  de  l'Ins- 
titut Pasteur.  Des  sous-sols  s'étendent  sous  tout  le  bâti- 
ment; ils  renferment  des  chambres  noires  pour  la  photo- 
graphie, pour  la  dessiccation  des  moelles  rabiques,  la 
glacière,  les  caves,  etc.;  on  y  fait  l'élevage  des  petits 
animaux  de  laboratoire,  notamment  celui  des  lapins  et 
des  cobayes.  Le  premier  étage  de  l'Institut  est  affecté  aux 
appartements  privés  du  Directeur. 

Le  pavillon  des  animaux  est  parallèle  au  bâtiment  prin- 
cipal, derrière  lequel  il  se  trouve;  il  couvre  une  superficie 
de  180  mètres  carrés. 

Il  ne  comprend  qu'un  rez-de-chaussée.  Le  centre  en  est 
occupé  par  un  laboratoire  vétérinaire;  l'aile  gauche  est 
réservée  aux  animaux  de  grande  taille  (chevaux,  ânes,  etc.) 
et  à  la  vaccine  qui  a  son  laboratoire  particulier  et  ses  éta- 
bles.  L'aile  droite  est  réservée  aux  petits  animaux  :  les 
lapins  du  service  antirabique  y  ont  leur  pièce  spéciale. 
Un  chenil  pour  l'observation  des  animaux  mordeurs com- 
plète le  service. 

L'Institut  Pasteur  de  Tanger  est  dirigé  par  le  docteur 
Remlinger.  Le  service  vétérinaire  est  assuré  par  M.  Bel, 
successeur  de  M.  Séjournant  qui  a  été  tué  à  la  guerre. 


En  face  de  l'Institut  Pasteur  se  trouve  établie  la  Section 
sociologique  des  Affaires  indigènes. 

Avant  de  parler  de  cette  institution  elle-même,  il  faut 
dire  quelques  mots  de  la  Mission  scientifique  du  Maroc 
dont  elle  est  issue. 

Créée  en  1904,  la  xMission  scientifique,  qui  avait  son  ad- 
ministration à  Paris,  n'a  eu  d'abord  qu'une  seule  publica- 
tion, les  Archives  Marocaines,  où  étaient  traitées  les 
différentes  questions  relatives  à  la  «  politique  indigène  », 
c'est-à-dire  qu'elle  a  publié  des  monographies  de  villes  et 


Section 

Sociologique 

des  Affaires 

Indigènes. 


VILLES   ET  TRIBUS.  —  VU. 


17 


244 


TANGER    ET    SA    ZONE 


de  tribus,  des  études  historiques  musulmanes  et  juives,  des 
traductions  d'ouvrages  marocains,  d'histoire,  de  jurispru- 
dence et  de  droit coutumier,  etc. 

En  1907,  la  Mission  entreprenait  une  nouvelle  publica- 
tion, la  Revue  du  Monde  Musulman.  Cette  publication 
comme  son  titre  l'indique,  traite  toutes  les  questions  mu- 
sulmanes: sa  direction  et  son  secrétariat  de  rédaction  sont 
à  Paris.  La  Mission  scientifique  à  Tanger  y  a  collaboré  par 
de  nombreux  articles  généralement  réunis  sous  le  titre  de 
Sec li 071  du  Maroc. 

En  1914,  une  troisième  publication.  Villes  et  tribus  du 
Maroc,  s'ajoutait  aux  deux  premières,  avec  la  collaboration 
des  Affaires  indigènes  de  Rabat.  Par  un  arrêté  viziriel  en 
date  du  14  octobre  19 19,  la  section  marocaine  de  la  Mis- 
sion scientifique  a  été  rattachée  à  la  direction  des  Affaires 
indigènes  de  la  Résidence  générale  de  France  au  Maroc, 
sous  le  nom  de  Section  sociologique  ;  elle  conserve  la  pu- 
blication des  Archives  Mai^ocaines  ei  de  Villes  et  tribus  du 
Maroc  ;  la  Revue  du  Monde  Musulman  continue  à  être 
publiée  par  la  Mission  scientiîique  du  Maroc  à  Paris. 

Les  Archives  Marocaines  comptent  actuellement  24  vo- 
lumes. Villes  et  Tribus  du  Maroc  ont  publié  6  volumes;  le 
septièmeest  le  volume  actuel,deux  autres  sont  en  préparation. 

La  bibliothèque  de  la  Section  sociologique  des  Affaires 
indigènes  compte  environ  10.000  volumes  dont  i.Soo  ou- 
vrages arabes. 


Station  Une  station  scientifique  a  été  créée  récemment  à  Tanger 

Scientifique       par  le  directeur  de  l'enseignement  au  Maroc,  pour  étudier 

du  Collègue        la  faune  et  l'océanographie  locales;   elle  a  été  confiée   à 

Reg^nautt.         M.  Charrier,  professeur  de  sciences  naturelles  au  Collège 

Regnault,  qui  a  fait  paraître  en    19 19  une  Note  sur  les 

Annélides  Polychètes. 

A  côté  de  la  station  scientifique  fonctionne  une  station 
météorologique. 


INSTITUTIONS   MÉDICALES  245 

Hôpital  français.  —  C'est  en  octobre  1864  que  le  pre-  Hôpitaux  et 
mier  hôpital  français  a  été  fondé  à  Tanger;  il  se  trouvait  Dispensaires. 
dans  l'intérieur  de  la  ville  au  quartier  de  Dar  el-Baroud, 
dans  une  des  petites  rues  voisines  de  l'hôtel  Continental. 
C'était  une  simple  maison  indigène,  propriété  du  Makhzen, 
inconfortable  et  peu  saine.  Près  de  trente  ans  plus  tard 
seulement,  en  iSgS,  l'hôpital  actuel  a  été  construit  dans  de 
meilleures  conditions  hygiéniques  ;  il  est  situé  sur  le  côté 
nord  du  plateau  du  Marchan,  entre  la  propriété  de  Menebhi 
et  celle  des  Chorfa  d'Ouezzan. 

L'hôpital  se  compose  : 

I»  D'un  grand  corps  de  bâtiment  oià  se  trouvent,  au  rez- 
de-chaussée,  une  salle  d'opérations,  un  bureau,  une  salle 
de  bains,  la  salle  à  manger,  la  lingerie  et  deux  chambres 
de  malades  ;  la  cuisine  et  l'office  sont  également  au  rez-de- 
chaussée  dans  un  pavillon  séparé;  la  pharmacie  se  trouve 
dans  un  autre  pavillon,  près  de  la  porte  d'entrée.  A  droite 
du  bâtiment  principal  il  y  a  une  buanderie,  un  séchoir  et 
une  chambre  de  désinfection. 

Au  premier,  8  chambres  de  malades  et  i  chambre  d'in- 
firmier. Soit  en  tout,  10  chambres  de  malades,  avec  25  lits. 

2"  En  contre-bas  du  bâtiment  principal,  à  gauche,  est 
construit  un  pavillon  pour  les  malades  indigènes  ;  il  se 
compose  d'une  grande  pièce  partagée  en  trois  parties,  con- 
tenant ensemble  16  lits,  d'une  cuisine  et  d'un  office.  Sous 
le  pavillon  principal  se  trouve  une  citerne,  dont  les  eaux 
sont  élevées  dans  des  réservoirs  par  une  pompe  aéro- 
motrice. 

Le  service  de  l'hôpital  est  assuré  par  un  docteur  en 
médecine,  un  auxiliaire  indigène  diplômé  de  la  Faculté 
d'Alger  et  plusieurs  infirmiers. 

Une  infirmière,  qui  s'occupe  également  de  la  lingerie, 
est  chargée  plus  spécialement  de  soigner  les  femmes  ad- 
mises à  l'hôpital  et  auxquelles  sont  réservées  des  chambres 
spéciales. 


246  TANGER   ET   SA    ZONE 

Les  indigents  sont  hospitalisés  et  soignés  gratuitement  ; 
les  autres  malades  payent  par  jour  une  somme  propor- 
tionnée à  la  chambre  qu'ils  occupent  et  qui  est  augmentée 
en  cas  d'opération. 

L'hôpital  est  administré  par  un  conseil  composé  du 
médecin  et  de  notables  français,  réunis  sous  la  présidence 
du  consul  de  France  ;  son  budget  est  alimenté  par  les  jour- 
nées d'hospitalisation,  par  les  rentes  d'un  capital  prove- 
nant de  dons  et  legs  et  par  des  subventions  du  ministère 
des  Affaires  Etrangères  et  du  ministère  de  la  Marine. 

Un  terrain  mitoyen  à  celui  de  l'hôpital  a  été  acquis  der- 
nièrement en  prévision  de  constructions  nouvelles.  En 
attendant  que  les  possibilités  budgétaires  permettent  la 
réalisation  de  ces  projets  d'agrandissement,  ce  terrain  a  été 
converti  en  jardin. 

Des  consultations  gratuites  sont  données  aux  indigents. 

Dispensaire.  —  Le  premier  dispensaire  a  été  créé  le 
ler  février  1901  sur  la  suggestion  du  docteur  Fumey,  méde- 
cin de  l'hôpital,  avec  le  concours  de  M.  Revoil,  ministre  de 
France.  Devant  les  résultats  obtenus,  des  dispensaires 
analogues  furent  créés  dans  les  principales  villes  du  Maroc. 
Nommé  gouverneur  général  de  l'Algérie,  M.  Revoil  y  fît 
établir  des  dispensaires  pour  les  indigènes,  sur  le  modèle 
de  ceux  qu'il  avait  inaugurés  au  Maroc.  Ce  premier  dis- 
pensaire de  Tanger  se  trouvait  au  quartier  d'Amrah,  c'est- 
à-dire  en  plein  centre  indigène;  en  191 1,  il  a  été  trans- 
porté dans  un  local  spécialement  construit  à  cet  effet,  mieux 
aménagé,  mais  peut-être  moins  central  pour  les  indigènes 
de  la  ville  elle-même. 

Le  nouveau  dispensaire  est  installé  au  haut  du  grand 
souq;  autour  d'une  cour  intérieure  se  trouvent  :  une  salle 
de  consultation,  une  salle  de  pansement,  la  pharmacie, 
une  salle  d'attente,  les  cabinets  des  médecins;  le  service 
est  assuré  par  deux  docteurs  :  l'un  est  un  spécialiste  de  la 


INSTITUTIONS   MEDICALES  247 

syphilis,  l'autre  fait  de  la  médecine  générale  ;  les  médecins 
sont  aidés  par  des  infirmiers  et  des  infirmières.  Les  consul- 
tations ont  lieu  tous  les  jours,  à  des  heures  différentes 
pour  les  hommes  et  pour  les  femmes. 

Hôpital  et  dispensaires  anglais.  —  Il  y  a  près  de  40  ans, 
la  «  North  Africa  Mission  »  a  fondé  au  plateau  du  Marchan 
un  hôpital  sous  le  nom  de  Hope  House.  L'hôpital,  cons- 
truit dans  un  jardin,  se  compose  de  trois  corps  de  bâti- 
ment :  l'hôpital  proprement  dit,  la  maison  d'habitation  du 
médecin,  des  pasteurs  et  des  missionnaires  hommes  et 
femmes  et  un  pavillon  pour  les  maladies  contagieuses. 

L'hôpital  comprend,  au  rez-de-chaussée,  la  pharmacie, 
la  salle  de  visite  et  la  cuisine  :  au  premier,  2  grandes 
pièces  contenant  chacune  14  lits;  une  nouvelle  pièce  y  a 
été  ajoutée  dernièrement.  Le  pavillon  d'isolement  com- 
prend 4  pièces  d'un  lit  chacune. 

La  maison  d'habitation,  qui  constitue  la  partie  la  plus 
importante  de  Tensemble,  comprend,  outre  les  logements 
du  personnel  de  l'hôpital,  une  grande  salle  servant  de 
chapelle  et  où  on  fait  des  lectures  pieuses. 

L'hôpital  anglais  ne  reçoit  que  des  malades  musulmans  ; 
trois  fois  par  semaine  on  y  donne  gratuitement  des  re- 
mèdes aux  gens  de  toutes  les  religions. 

Au  Marchan  également,  dans  une  maison  particulière, 
une  missionnaire  donne  des  remèdes  aux  femmes  indi- 
gènes exclusivement,  deux  fois  par  semaine. 

Les  anglais  ont  également  un  orphelinat  musulman  au 
Djebel  el-Kebir  et,  au  Souq  extérieur,  un  refuge  de  nuit  où 
peuvent  coucher,  dans  deux  hangars  séparés,  les  hommes 
et  les  femmes  de  la  campagne  venus  au  marché  et  n'ayant 
pas  regagné  leurs  villages. 

Hôpital  espagnol.  —  Construit  sur  la  route  des  Cefa- 
cef,  aujourd'hui  San   Francisco,  l'hôpital   espagnol  a  été 


24^  TANGER    ET   SA    ZONK 

inauguré  en  1889;  il  se  compose  de  plusieurs  bâtiments 
dont  le  principal  a  un  étage;  au  rez-de-chaussée  se 
trouvent  les  salles  des  hommes,  au  premier  celles  des 
femmes  ;  dans  les  autres  constructions,  indépendantes  les 
unes  des  autres,  se  trouvent  la  chapelle,  la  salle  d'opéra- 
tions, la  cuisine,  la  morgue  et  un  petit  laboratoire. 

Cet  hôpital  reçoit  des  Espagnols  et  des  indigènes;  le  ser- 
vice médical  y  est  assuré  par  2  médecins  militaires,  des 
infirmiers  et  5  sœurs  de  Tordre  de  Saint-François.  L'hô- 
pital compte  une  trentaine  de  lits. 

Laboratoire  espagnol  d'analyses.  —  Il  faut  citer  égale- 
ment un  petit  laboratoire  situé  à  San-Francisco  entre 
révêché  et  une  des  maisons  d'habitation  des  sœurs  ;  on  y 
fait  quelques  travaux  bactériologiques. 

Le  Maristan.  —  Pour  mémoire,  il  faut  nommer  Thôpital 
indigène,  ou  Maristan^  qui  se  trouvait  dans  la  ville  près 
de  la  grande  mosquée.  Des  habous  avaient  été  constitués 
pour  l'entretien  de  cette  institution  charitable  ;  mais  il 
n'en  reste  rien  ou  à  peu  près.  L'ancien  local  du  Maristan 
est  aujourd'hui  loué  à  des  particuliers  par  les  soins  du 
nadir. 

Quant  aux  indigents  musulmans  ils  peuvent  en  principe 
être  hospitalisés  dans  un  assez  grand  local  créé  hors  ville 
près  de  la  télégraphie  sans  fil,  il  y  a  8  ou  10  ans.  L'em- 
bryon d'organisation  de  refuge  semble  avoir  disparu  et  les 
rares  malheureux  qui  s'y  trouvent  ne  reçoivent  plus  de 
soins  médicaux,  ni  une  nourriture  suffisante.  On  ne  sait 
d'ailleurs  pas  exactement  qui  en  a  la  charge. 

Le  Laf{aret,  —  Il  y  a  plus  d'un  siècle  que  l'on  s'occu- 
pait de  créer  au  Maroc  un  lazaret.  En  1799,  un  des  forts 
du  port  de  Tanger  servait  de  lieu  d'observation  pour  les 
voyageurs  contaminés.  De  nombreuses  démarches  du  corps 


INSTITUTIONS   d'eNSEIGNEMENT  249 

consulaire  auprès  du  sultan  pour  obtenir  la  création  d'un 
lazaret  restèrent  sans  résultat.  Enfin  en  1866,  le  Sultan 
Mohammed  ben  Abderrahman  concéda  à  cet  effet  l'île  de 
Mogador;  cette  concession,  retirée  en  1897,  fut  rétablie 
en  1899.  Enfin  il  y  a  quelques  années  un  lazaret  fut  cons- 
truit au  fond  de  la  baie  de  Tanger.  Jusqu'à  présent  ce  laza- 
ret n'a  jamais  été  utilisé  ;  il  a  même  été  presque  complè- 
tement abandonné  pendant  plusieurs  années.  Un  poste  de 
troupes  de  police  y  est  établi  aujourd'hui  ;  mais  d'autre 
part  l'anarchie  du  régime  immobilier  et.  la  possibilité 
de  faire  impunément  de  faux  actes  de  propriété  ont  per- 
mis à  des  spéculateurs  de  prétendre  à  la  propriété  d'un  ter- 
rain qui  a  été  régulièrement  concédé  par  le  Makhzen  pour 
y  construire  un  lazaret. 

On  a  vu  déjà  que  les  établissements  d'enseignement  mu-       L'enseîgnc- 
sulman  à  Tanger  ne  comptent  que  des  écoles  de  Qoran.     ment  français. 
Quelques  cours  faits  à  la  grande  mosquée  sur  les  commen- 
taires du  Boukhari  et  de  Sidi  Khalil  représentent  seuls  l'en- 
seignement supérieur. 

L'enseignement  européen  en  général  et  l'enseignement 
français  en  particulier  se  sont  beaucoup  développés  pen- 
dant ces  dernières  années.  Sans  entrer  dans  les  détails 
professionnels,  on  indiquera  seulement  ici  les  principaux 
établissements  d'enseignement  de  façon  à  faire  voir  leur 
progression  "et  leur  développement. 

Institution  Robinet.  —  C'est  la  plus  ancienne  école  fran- 
çaise de  Tanger;  elle  a  été  fondée  en  i885  par  Mme  Ro- 
binet aidée  de  ses  deux  filles  ;  c'était  en  premier  lieu  un 
cours  de  langue  et  d'éducation  française  suivi  par  les 
jeunes  filles  des  familles  aisées.  Une  des  demoiselles  Robinet 
a  continué  l'œuvre  créée  par  sa  mère  en  la  développant. 

Une  petite  subvention  a  été  accordée  à  Mlle  Robinet 
en  1907  par  la  légation  de  France  et  l'Alliance  Française. 


25o  TANGER    ET    SA   ZONE       , 

De  nouveaux  arrangements  intervenus  depuis  peu  avec 
la  direction  de  l'enseignement  de  Rabat  ont  donné  à  cette 
école  une  organisation  plus  universitaire,  tout  en  lui  con- 
servant son  caractère  de  maison  d'éducation,  qui  la  fait 
rechercher  par  certaines  familles. 

L'Institution  Robinet  est  au  Marchan,  en  face  de  l'Ins- 
titut Pasteur. 

Ecole  Perrier.  —  École  privée  à  l'origine,  comme  la 
précédente,  l'école  Perrier  a  été  tondée  en  1904  par 
MvPerrier.  C'était  d'abord  une  école  mixte.  Une  première 
subvention  lui  a  été  accordée  par  la  légation  de  France  et 
l'Alliance  Française  en.  1907  et,  en  1908,  elle  devenait  une 
école  primaire  de  garçons. 

M.  Perrier  est  mort  il  y  a  un  an  comme  Inspecteur  pri- 
maire. L'école  Perrier  est  à  la  plage.  Après  avoir  porté 
pendant  quelque  temps  le  nom  de  «  Petit  Collège  »,  elle 
s'appelle  aujourd'hui  «  École  Antoine  Perrier  »,  du  nom  de 
son  fondateur. 

Collège  Regnault(i).  r—  L'idée  delà  création  d'un  col- 
lège français  à  Tanger,  qui  était  considérée  comme  oppor- 
tune depuis  quelques  années,  fut  réalisée  par  la  légation 
de  France  le  1 5  janvier  1909. 

Le  collège  fut  d'abord  établi  dans  une  villa  particulière, 
à  Hasnona,  sur  la  route  de  la  Montagne.  L'endroit  n'était 
peut-être  pas  très  salubre  et  le  local  était  insuffisant.  Un 
collège  fut  construit  au  S.  de  la  ville  à  Kedaouî  er-Remel, 
entre  les  Souani  et  la  baie. 

Il  se  compose  de  deux  grands  corps  de  bâtiment  à  un 
étage  surmontés  de  terrasses  et  séparés  par  le  pavillon 


(1)  Pour  commémorer  le  nom  de  M.  Regnault,  ministre  de  France  à 
Tanger,  qui  a  été  l'instigateur  de  sa  construction.  On  sait  que  c'est  M,  Re- 
gnault qui  a  signé  en  1912  avec  le  Sultan  Moulay  Abdelhafid  le  traité  de 
Protectorat  de  la  France  au  Maroc  ;  il  est  aujourd'hui  ambassadeur. 


INSTITUTIONS   d'eNSEIGNEMENT  25 1 

du  directeur.  Ces  bâtiments  renferment  i8  classes  de 
5o  mètres  carrés  :  salle  de  dessin,  dortoir,  lavabos  et  dépen- 
dances pour  3o  internes.  Deux  cours  de  récréation  ont  cha- 
cune une  superficie  de  1.800  mètres  carrés  environ.  Un 
pavillon  indépendant  pour  les  sciences,  se  trouve  au  fond 
de  la  cour. 

Le  collège  de  Tanger  donne  deux  sortes  d'enseigne- 
ments : 

i«  Enseignement  secondaire  classique,  avec  trois  langues 
vivantes  :  anglais,  arabe,  espagnol  ; 

2"  Enseignement  commercial. 

Son  effectif  est  passé  de  60  élèves  en  octobre  1909,  à  280 
en  novembre  1920. 

L'enseignement  est  donné  par  3o  professeurs  ou  chargés 
de  cours,  détachés  des  cadres  de  l'Université. 

Le  collège  Regnault,  créé  par  le  ministère  des  Affaires 
Etrangères  et  administré  par  lui  pendant  les  premières 
années  de  sa  création,  relève  aujourd'hui,  au  point  de  vue 
administratif  et  financier,  de  la  direction  de  l'enseignement 
de  Rabat. 

Collège  Saint- Aulaû^e {i).  —  Une  école  française  d'en- 
seignement secondaire  pour  les  jeunes  filles  avait  été  fondée 
par  le  ministère  des  Affaires  étrangères  le  i5  octobre  1909. 
Installé  d'abord  dans  une  maison  particulière  près  de  la 
plage,  cet  établissement  fut  transporté  en  octobre  1918 
dans  des  bâtiments  construits  à  cet  effet  non  loin  du 
collège  Regnault  et  prit  le  nom  de  collège  Saint-Aulaire. 

Ce  collège  comprend  10  classes,  dont  5  d'enseignement 
primaire  et  5  d'enseignement  secondaire  qui  préparent  au 
diplôme  de  l'enseignement  secondaire  et  au  baccalauréat. 
L'enseignement  est  donné  par  6  professeurs  d'enseigne- 
ment secondaire,  5  institutrices  pour  les  classes  primaires, 

(i)  Du  nom  du  comte  de  Saint-Aulaire,  ancien  chargé  d'affaires  à  Tanger, 
aujourd'hui  ambassadeur  à  Londres. 


abl  TANGER    ET   SA   ZONE     • 

3  professeurs   pour  la  couture,   le    dessin    et   le  solfège, 
2  maîtresses  répétitrices  et  un  professeur  de  latin. 

Le  nombre  des  élèves,  qui  atteignait  io5  en  1916,  est  au- 
jourd'hui de  180. 

Groupe  scolaire.  —  En  191 8  on  inaugura  au  quartier 
des  Souani  de  nouveaux  bâtiments  contenant  une  école 
primaire  de  garçons,  avec  un  directeur,  une  école  pri- 
maire de  filles  avec  une  directrice.  Chacun  de  ces  deux 
établissements  possède  environ  i5o  élèves.  On  y  a  ajouté 
récemment  un  cours  complémentaire  mixte,  qui  permet 
aux  élèves  déjà  pourvus  du  certificat  d'études  d'obtenir  le 
brevet  élémentaire. 

L'enseignement  français  compte  en  outre  plusieurs  éta- 
blissements d'enseignement  primaire  : 

L'école  Antoine-Perrier  dont  il  a  été  parlé  ;  l'école  de 
filles  de  la  plage  ;  l'école  primaire  de  la  rue  de  Tétouan  ; 
une  école  professionnelle  de  garçons  et  une  école  profes- 
sionnelle de  filles  à  la  montée  du  Marchan  dont  il  sera 
parlé  plus  loin. 

Ecoles  franco-arabes.  —  La  première  école  franco-arabe 
de  Tanger  a  été  fondée  en  1898,  sous  le  patronage  de  la 
légation  de  France  et  avec  les  ressources  fournies  presque 
exclusivement  par  le  Comité  régional  de  l'Alliance  Fran- 
çaise ;  installée  jusqu'en  1906  dans  une  maison  arabe  du 
quartier  de  l'Amrah,  elle  fut  établie  ensuite  plus  au  sud, 
dans  le  quartier  de  Saqaïa  Djedida.  Elle  était  fréquentée 
par  une  moyenne  de  j5  élèves,  répartis  en  3  classes;  le 
personnel  enseignant  comprenait  3  instituteurs  et  i  maître 
<ie  coran. 

Le  nombre  des  écoles  franco-arabes  est  actuellement  de 
trois  ou  quatre;  celui  des  élèves  qui  les  fréquentent  varie 
de  i5o  à  200.  Les  écoles  dépendent  de  la  direction  de  l'en- 
seignement au  Maroc  ;  l'enseignement  y  est  gratuit. 


INSTITUTIONS    D  ENSEIGNEMENT 


253 


Écoles  projessionnelles,  —  A  côté  des  écoles  franco- 
arabes,  il  convient  de  citer  l'école  professionnelle,  ins- 
tallée en  bas  de  la  côte  du  Marchan  ;  les  élèves  y  sont 
initiés  au  travail  du  fer  et  du  bois  par  deux  maîtres- 
ouvriers;  une  institutrice  y  est  chargée  de  l'enseignement 
général. 

Enfin  une  autre  école,  sise  également  au  bas  de  la  côte 
du  Marchan,  a  pour  but  de  donner  aux  jeunes  filles  un 
enseignement  ménager  et  professionnel. 


L'Alliance  Israélite  Universelle  a  fondé  à  Tanger  une 
école  de  garçons  et  une  école  de  filles  ;  la  première  date 
de  i865,  la  seconde  de  1874.  En  juillet  1907,  le  nombre 
des  élèves  qui  les  fréquentaient  était  de  322  garçons 
(157  payants,  i65  gratuits)  et  de  355  filles  (loi  payantes, 
254  gratuites)  ;  il  est  actuellement  de  i.o5o,  dont  490  gar- 
çons et  56o  filles. 

On  y  enseigne  l'hébreu,  l'espagnol,  l'anglais  et  le  fran- 
çais; l'enseignement  général  est  donné  surtout  en  français. 


Ecoles 

de  rAUiance 

Israélite. 


Écoles  Aphonse-XIII.  —  Les  écoles  Aphonse-XIII  ont 
été  fondées  en  avril  i9i3;  une  somme  de  Soo.ooo  pesetas 
ayant  été  remise  au  roi  d'Espagne  par  feu  le  marquis  de 
Casa-Riera  pour  être  affectée  à  une  œuvre  espagnole,  il  fut 
décidé  la  création  à  Tanger  d'un  grand  centre  d'enseigne- 
ment. 

Les  écoles  Alphonse-XIII  comprennent  deux  grands 
bâtiments,  l'un  pour  les  garçons,  l'autre  pour  les  filles. 

L'enseignement  y  est  poussé  jusqu'au  baccalauréat  in- 
clusivement; les  élèves  qui  se  destinent  aux  carrières  juri- 
diques peuvent  y  continuer  leurs  études  au  delà  du  bacca- 
lauréat. 

Des  cours  de  commerce  et  de  comptabilité  sont  donnés 
le  soir  ;  après  3  ans  d'études  les  élèves  peuvent  obtenir  le 
brevet  de  comptable. 


L'enseigne- 
ment 
espagnol. 


254  TANGER    ET    SA    ZONE    , 

En  outre  les  écoles  comportent  des  classes  spéciales 
pour  le  solfège,  le  piano,  le  dessin,  la  peinture  élémen- 
taire ;  on  y  enseigne  également  les  langues  étrangères  (fran- 
çais, anglais,  arabe,  allemand). 

L'enseignement  donné  aux  filles  est  identique  à  celui 
qui  est  donné  aux  garçons  ;  toutefois  les  cours  d'arabe  et 
d'allemand  sont  remplacés  par  des  cours  de  coupe,  de  cou- 
ture et  de  chant. 

Les  écoles  Alphonse-XIII  comptent  près  de  i.ooo  élèves, 
garçons  et  filles  ;  le  personnel  enseignant  comprend  32  pro- 
fesseurs (il  religieux  et  8  laïques,  12  religieuses  et 
I  laïque)  ;  les  professeurs  laïques  sont  rétribués  par  l'État. 

Le  prix  de  l'enseignement  est  de  6  pesetas  par  mois  ;  il 
est  gratuit  pour  les  pauvres. 

École  religieuse  de  filles.  —  Une  école  pour  filles  se 
trouve  dans  le  quartier  des  Béni  Ider  ;  l'enseignement  y  est 
donné  par  des  religieuses. 

Collège  laïque  de  garçons  et  de  filles.  —  11  y  a  en 
outre  à  Tanger  un  collège  laïque  pour  garçons  et  filles;  on 
y  enseigne  les  langues,  la  musique  et  on  y  prépare  au 
baccalauréat  et  aux  carrières  spéciales.  Il  est  installé  dans 
un  immeuble  de  la  rue  de  Hasnona. 

Ecole  Une  école  primaire  italienne  est  installée  du  côté  de 

italienne.         l'église  des  sables  ;  elle   est  suivie  par  une    quarantaine 
d'élèves. 


RÉGIME  ÉCONOMIQUE 


I"  Vie  économique  indigène. 

La  vie  économique  indigène  à  Tanger  dépend  complè- 
tement aujourd'hui  de  la  plus  ou  moins  grande  activité 
du  mouvement  économique  européen  ;  on  peut  même  affir- 
mer qu'il  n'y  a  plus  à  Tanger  de  vie  économique  indigène 
proprement  dite.  En  effet,  toutes  les  affaires  et  toutes  les 
industries  sont  entre  les  mains  des  européens  et  des  juifs  et 
les  indigènes  mulsumans  n'y  jouent  qu'un  rôle  subalterne. 

La  propriété  immobilière  indigène,  sauf  celle  qui  est 
entre  les  mains  des  hauts  fonctionnaires  du  xMakhzen  et 
de  quelques  notables  très  riches,  recule  devant  la  spécula- 
tion. En  un  mot,  la  petite  propriété  et  plus  spécialement 
la  petite  propriété  indigène  tend  à  disparaître,  absorbée  par 
la  grande  propriété. 

Jadis  à  Tanger,  comme  dans  la  plupart  des  villes  maro- 
caines et  comme  d'ailleurs  dans  nos  anciennes  villes  d'Eu- 
rope, bien  des  gens  pouvaient  vivre  en  étant  propriétaires 
d'une  petite  maison  en  ville,  d'un  jardin  dans  la  banlieue 
et  de  quelques  arpents  de  terres  de  labour  dans  la  cam- 
pagne voisine  ;  ils  vivaient  modestement  sans  doute,  mais 
enfin  ils  vivaient. 


256  TANGER    ET    SA    ZONE  . 

Cette  manière  de  vivre  n'est  plus  possible,  et  seuls  les 
gros  propriétaires  peuvent  encore  organiser  leur  vie  en 
liabitant  la  ville  et  en  exploitant  des  fermes.  D'une  part 
les  besoins  et  le  prix  de  la  vie  ont  augmenté,  et  d'autre 
part  la  plus-value  immobilière  considérable  a  engagé 
bien  des  petits  propriétaires  à  vendre  des  immeubles 
qui  leur  appartenaient  quelquefois  effectivement,  mais  qui 
souvent  appartenaient  au  Makhzen  et  dont  ils  n'avaient 
que  la  jouissance.  De  ces  ventes  plus  ou  moins  régulières, 
il  est  résulté  un  bien-être  momentané,  suivi  d'un  dénue- 
ment complet  et  de  l'obligation  de  travailler  pour  vivre. 
La  pénétration  européenne  a  créé  à  Tanger  un  prolétariat 
qui  n'existait  pas  auparavant;  sans  doute  il  s'y  trouvait 
des  riches  et  des  pauvres,  une  sorte  d'aristocratie  et  des 
ouvriers;  mais  ces  ouvriers  étaient  organisés  en  corpora- 
tions qui  avaient  leurs  obligations  et  leurs  privilèges  ; 
c'étaient  presque  des  bourgeois. 

Aujourd'hui,  en  dehors  de  quelques  boutiquiers  musul- 
mans qui  vivent  assez  péniblement  de  la  vente  des  mar- 
chandises achetées  chez  des  intermédiaires,  de  quelques 
artisans  qui  diminuent  de  jour  en  jour,  la  masse  de  la 
population  a  dû  se  mettre  au  service  des  européens.  Depuis 
les  guides  d'hôtels,  les  courtiers  en  terrains,  les  garçons 
d'hôtels,  de  cercles  et  de  cafés,  jusqu'aux  domestiques  des 
particuliers,  aux  porteurs  du  marché,  aux  cireurs  de  bottes 
et  aux  cochers  de  fiacres,  sans  parler  des  chaouchs  des 
différentes  administrations  et  des  ouvriers  de  plusieurs  in- 
dustries telles  que  la  Régie  des  Tabacs,  la  Compagnie  des 
Eaux,  les  Travaux  Publics,  les  briqueteries,  les  carrières  et 
même  les  garages  d'automobiles,  les  descendants  des  an- 
ciens petits  propriétaires  musulmans  de  Tanger  et  des 
mokhazeniya  du  guich  er-Rifî  vivent  avec  leurs  familles 
de  la  vie  nouvelle  que  les  européens  ont  apportée  avec  eux 
et  leur  propre  existence  en  dépend. 

Les  industries  indigènes  ont  presque  complètement  dis- 


RÉGIME   ÉCONOMIQUE  25/ 

paru  ;  on  ne  trouve  plus  que  quelques  rares  tisserands 
d'étoffes  de  laine  et  quelques  potiers,  qui  fabriquent  des 
vases  assez  grossiers  pour  l'usage  des  indigènes. 

Ces  poteries  sont  de  deux  espèces  :  celles  dites  de  frour 
ou  plus  exactement  afrour,  car  le  mot  est  rifain  ;  (c'est  une 
argile  rougeâtre  et  poreuse);  elles  comprennent  spécialement 
les  vases  destinés  à  aller  au  feu,  marmites,  plats,  kaskas 
(appareils  pour  fabriquer  le  couscous).  Certains  de  ces 
objets  plus  soignés  sont  ornés  de  dessins  en  noir  ;  ce  sont 
les  véritables  poteries  rifaines.  Les  poteries  d'Afrour  sont 
fabriquées  particulièrement  au  village  du  Marchan. 

D'autres  ateliers  de  poteries  se  trouvent  aux  Souani,  ou 
sont  fabriqués  les  objets  en  tîn,  argile  grasse  ;  on  y  fabrique 
plus  spécialement  les  vases  destinés  à  conserver  l'eau  ; 
berrad  (pi.  berared),  petites  jarres  pour  rafraîchir  l'eau  ; 
khabia  (pi.  khouâbi),  grandes  jarres,  etc.  Ces  différents 
objets  sont  vendus  au  marché  de  Tanger  le  jeudi  et  le 
dimanche. 

Les  anciennes  corporations  ont  presque  complètement 
disparu  ;  on  retrouve  cependant  encore  celles  des  bahriya 
du  guich  de  Tanger.  Devant  la  désorganisation  du  guich^ 
les  mariniers  ont  cherché  à  maintenir  leurs  anciens  pri- 
vilèges en  se  constituant  en  corporation  et  ce  qui  dans 
l'origine  était  une  obligation  presque  militaire  est  devenu 
une  sorte  de  privilège  corporatif.  Les  portefaix  musulmans 
du  port,  de  formation  relativement  récente,  ont  suivi  dans 
leur  organisation  les  bahriya  et  sont  arrivés  à  former  éga- 
lement une  véritable  corporation,  qui  a  quelquefois  une 
tendance  à  prendre  la  forme  d'un  syndicat. 

Les  Ahl  Sous,  les  gens  originaires  du  Sous,  qui  sont 
répandus  dans  toutes  les  villes  du  Maroc,  sauf  à  Tétouan, 
comme  baqqals,  sorte  d'épiciers  qui  vendent  un  peu  de 
tout,  du  sucre,  du  thé,  du  café,  des  bougies,  du  pain,  des 
bonbons,  etc.,  et  souvent  des  cigarettes,  forment  dans 
chaque  ville  une  sorte  de  corporation  commerciale. 


258  TANGER    ET    SA   ZONE 

Éloignés  de  leur  tribu,  inconnus  des  commerçants  de  la 
ville  et  offrant  peu  de  surface  pour  obtenir  du  crédit,  voici 
comment  ils  étaient  organisés  autrefois.  Les  plus  notables 
d'entre  eux  habitant  Tanger  depuis  longtemps  et  y  ayant 
des  propriétés  qui  leur  donnaient  un  certain  crédit  sur  la 
place,  constituaient  une  sorte  de  comité  de  garantie,  qui 
répondait  auprès  des  négo::iants  de  la  ville  des  achats  faits 
par  leurs  compatriotes  pour  remplir  leurs  boutiques.  Il 
n'agissait  pas  ordinairement  sans  s'être  assuré  lui-même 
de  certaines  garanties  vis-à-vis  de  ceux  dont  il  se  rendait 
responsable  et,  de  fait,  les  nombreux  Sousis  qui  occupaient 
des  boutiques  n'étaient  pas  autre  chose  que  les  employés 
des  membres  du  comité  de  garantie. 

Depuis  quelques  années,  le  crédit  étant  devenu  plus  par- 
ticulièrement dur,  le  comité  des  gens  du  Sous  ne  donne 
plus  une  garantie  qui  ne  serait  peut-être  plus  acceptée, 
mais  avance  aux  petits  boutiquiers  de  leur  pays  ce  qui 
leur  est  nécessaire  pour  leurs  achats.  Ces  avances  ne  sont 
consenties  qu'après  une  enquête  qui  permet  aux  prêteurs 
de  s'assurer  que  leurs  emprunteurs  ont  dans  leur  pays 
une  situation  suffisante  et  de  plus  à  certaines  conditions  de 
contrôle,  d'intérêts  ou  de  partage  des  bénéfices,  qui  mettent 
les  boutiquiers  du  Sous  dans  la  dépendance  complète  du 
comité.  Malgré  cet  état  d'infériorité,  les  baqqals  sousis, 
grâce  à  une  grande  parcimonie  et  à  une  vie  assez  dure  (ils 
habitent  généralement  leur  boutique)  arrivent  au  bout  de 
quelques  années,  non  seulement  à  rembourser  ce  qu'ils 
doivent,  mais  à  amasser  un  petit  pécule  qui  leur  permet 
de  rentrer  dans  leur  pays  et  d'y  acheter  un  lopin  de  terre. 
Il  y  a  là  une  véritable  organisation  du  petit  négoce,  une 
manifestation  de  solidarité  commerciale,  qui  ne  sont 
d'ailleurs  pas  spéciales  à  Tanger  mais  qu'il  était  intéressant 
d'y  constater. 

Les  A hl  Sous^  ainsi  que  cela  est  dit  d'autre  part,  ont 
construit  à  leurs  frais  uniquement  et  sans  accepter  aucun 


RÉGIME   ÉCONOMIQUE  259 

argent  étranger,  une  mosquée  sur  le  tombeau  d'un  chérif 
semlali  qu'ils  disent  avoir  retrouvé  il  y  a  quelques  années 
au  haut  du  souq  extérieur.  Les  sousis  riches  ont  donné 
des  sommes  assez  importantes  et  les  baqqals  versaient 
un  demi-douro  {2  P.  H.  5o)  par  mois.  La  mosquée  est 
aujourd'hui  presque  complètement  terminée.  Les  gens  du 
Sous  qui  étaient  en  France  comme  ouvriers  volontaires 
pendant  la  guerre  envoyaient  régulièrement  des  petites 
sommes  pour  contribuer  à  sa  construction. 

En  résumé,  la  vie  indigène  dépend  de  la  vie  européenne, 
ce  qui  ne  veut  pas  dire  que  les  indigènes  soient  européa- 
nisés, ni  que  le  contact  journalier  ait  créé  un  courant  de 
sympathie,  ni  même  un  certain  rapprochement.  Comme 
partout  ailleurs,  la  vie  économique  et  la  vie  mulsulmane 
sont  restées  parallèles,  sans  se  confondre. 

Les  musulmans  vivent  des  européens,  mais  n'ont  pour 
eux  ni  estime,  ni  considération;  ils  les  tolèrent  malgré  eux 
et  semblent  même  considérer  comme  un  devoir  pieux  de 
les  mépriser  et  de  les  exploiter  de  toutes  leurs  forces;  ils 
leur  en  veulent  certainement  d'être  obligés  d'avoir  recours 
à  eux  pour  vivre  et  de  dépendre  d'eux. 

Cet  état  d'esprit  est  général  à  tous  les  pays  musulmans, 
mais  il  semble  que  la  population  musulmane  tangéroise, 
grossière  par  essence,  plus  libre  d'autre  part  dans  ses 
manifestations  par  le  manque  d'autorité,  laisse  voir  plus 
facilement  que  les  autres  son  éloignement,  on  pourrait 
presque  dire  sa  haine  de  l'européen.  On  a  en  vu  une 
preuve  frappante  pendant  la  guerre  parla  quantité  de  gens 
de  toutes  les  catégories  qui  se  sont  affiliés  à  la  confrérie 
xénophobe  des  Derqaoua.  L'espoir  des  tangérois  est  que 
leur  ville  continue  à  rester  dans  la  situation  imprécise  qui 
la  maintient  en  dehors  du  régime  de  protectorat  et  leur 
donne,  malgré  leur  dépendance  économique,  l'illusion 
d'une  certaine  indépendance  politique  et  sociale. 

VILLES   ET   TRIBUS.  —  VU.  ï8 


a60  TANGER    ET    SA   ZONE 


2®  MOUTEMENT    ÉCONOMIQUE. 


flistorique.  Ce  n'est  qu'à  la  fin  du  dix-neuvième  siècle  que  Tanger 

a  repris  dans  le  mouvement  économique  du  Nord  maro- 
cain la  place  qu'elle  tenait  avant  l'occupation  européenne. 

La  période  troublée  quia  suivi  l'avènement  de  la  dynastie 
des  Filala  et  particulièrement  la  révolte  du  pacha  de 
Tanger  Ahmed  ben  Ali  er-Rifî,  sous  le  règne  de  Moulay 
Abdallah,  n'avait  pas  permis  le  développement  des  transac- 
tions par  Tanger. 

Sous  le  règne  de  Sidi  Mohammed  ben  Abdallah,  dans 
la  seconde  moitié  du  dix-huitième  siècle,  les  douanes 
furent  organisées  et  des  traités  de  commerce  conclus  avec 
plusieurs  puissances  européennes,  entre  autres  avec  la 
France;  mais  les  pirates  marocains  continuaient  à  cap- 
turer les  navires  européens,  réduisaient  leurs  équipages 
en  esclavage  et  s'emparaient  de  leurs  cargaisons;  le  gou« 
vernement  du  Maroc  continuait  à  exiger  des  puissances 
européennes  un  tribut  sous  une  forme  plus  ou  moins  dé- 
guisée, pour  autoriser  leurs  négociants  à  trafiquer  dans  les 
ports  marocains. 

Afin  de  se  réserver  plus  complètement  les  bénéfices  du 
commerce,  les  sultans  préféraient  vendre  à  certaines  com- 
pagnies des  privilèges  qui  leur  constituaient  presque  des 
monopoles,  plutôt  que  d'ouvrir  franchement  le  pays  au 
commerce. 

En  ce  qui  concerne  Tanger  particulièrement,  les  ré- 
voltes qui  ont  troublé  le  règne  de  Moulay  El-Yazid  et 
celui  de  Moulay  Sliman  rendaient  difficile  le  trafic  entre 
Tanger  et  Fès,  le  plus  important  marché  du  Nord  ma- 
rocain. 

Sous  le  règne  de  Moulay  Abderrahman,  après  la  bataille 


RÉGIME   ÉCONOMIQUE  26  I 

de  llsly,  en  1844,  les  tributs  ou  les  cadeaux  exigés  des 
puissances  européennes  furent  complètement  supprimés 
et  la  liberté  commerciale  commença  à  s'établir. 

Cependant  Moulay  Abderrahman  s'était  réservé  le 
monopole  de  certains  commerces,  entre  autres  celui  des 
peaux  et  celui  des  sangsues;  c'était  toute  une  organisa- 
tion, qui  s'étendait  dans  tout  le  pays  et  qui  autorisait 
tous  les  abus  sous  prétexte  du  monopole  que  le  sultan 
s'était  réservé.  L'exportation  des  produits  monopolisés 
se  faisait  par  Tanger  et  par  Casablanca.  L'administra- 
tion de  ce  monopole  avait  été  confiée  par  le  sultan  à 
Tamîn  Mouçtafa  Ed-Doukkali,  qui  réalisa  de  ce  fait  une 
très  grosse  fortune  :  ses  descendants  habitent  encore 
Tanger. 

C'est  seulement  à  la  fin  du  règne  de  Sidi  Mohammed 
et  pendant  ceux  de  Moulay  El-Hasan  et  de  Moulay  Abd 
El-Azîz  que  le  commerce  de  Tanger  a  pris  le  développe- 
ment qu'il  a  conservé  jusqu'en  1912. 

A  partir  de  cette  époque,  si  l'importance  du  trafic  de 
Tanger  ne  diminue  pas  d'une  façon  absolue,  il  ne  tient 
plus  la  place  qu'il  occupait  dans  l'ensemble  du  commerce 
marocain  ;  en  un  mot,  il  n'a  pas  profité  de  l'augmentation 
considérable  du  mouvement  économique  du  Maroc  depuis 
l'établissement  du  protectorat. 

Rapports  de  comparaison  entre  le  commerce  de  Tanger 
et  celui  du  Maroc. 


1903 
igoS 
igo6 
1908 

Ï909 
1910 


importation 

Exportation 

Commerce  total 

0/0 

0/0 

0/0 

14,91 

18,60 

16,27 

14,94 

i3,55 

14,40 

16,14 

23,01 

i8,83 

i3,i3 

8,94 

11,21 

14,57 

9,61 

12,60 

14, i3 

11,74 

i3,ii 

202 


TANGER    ET   SA    ZONlC 


191I 
I912 
1913 
1914 
1915 
I916 

Ï917 
1918 
I919 


Importation 

Exportation 

Commerce  total 

0/0 

0/0 

0/0 

i3,6o 

10,96 

12,36 

13,91 

6,40 

9,40 

10,57 

7,33 

10, o3 

11,64 

3,99 

10,40 

7»92 

i,7ï 

6,55 

7,00 

1,89 

-%79 

6,57 

2,339 

5,39 

8,02(1) 

4,55 

7,35(1) 

6,85 

2,94 

5,67 

Importations 

et 
exportations. 


Le  commerce  de  Tanger  était  surtout  un  commerce  de 
transit;  les  marchandises  à  destination  de  Fès  se  parta- 
geaient selon  les  saisons  entre  les  ports  de  Tanger  et  de 
Larache,  et  les  négociants  de  Fès  avaient  dans  ces  deux 
villes  des  agents  appelés  Qabbâl  (receveurs),  qui  accom- 
plissaient les  formalités  de  douane,  acquittaient  les  droits 
et  expédiaient  les  marchandises  à  Fès  par  caravanes  de 
chameaux  ou  de  mulets. 

Les  peaux,  les  œufs  et  les  babouches  étaient  les  princi- 
paux articles  d'exportation.  Le  commerce  des  œufs  était 
considérable  et  pour  ainsi  dire  monopolisé  à  Tanger  (2). 
L'insécurité  de  la  région  au  sud  de  Tanger  à  la  fin  du 
règne  de  Moulay  Abdelaziz,  qui  s'est  prolongée  jusqu'à 
ces  dernières  années,  le  partage  du  Maroc  en  zones,  d'une 
part,  et,  d'autre  part,  les  facilités  de  transports  en  zone 
française  par  des  routes  et  des  chemins  de  fer  se  dirigeant 
sur  les  ports  de  l'Océan,  ont  forcément  réduit  le  transit 
par  Tanger  et  par  conséquent  diminué  le  commerce  de  ce 
port. 

Qenitra  et  Casablanca  servent  maintenant  de  ports  de 


(i)  Ce  relèvement  du  commerce  de  Tanger  en  1918  est  provoqué  par  les 
importations  destinées  au  corps  d'occupation  espagnol. 

(2)  Cl.  Revue  du  Monde  musulman,  vol.  X.  p.  262  :Nole  sur  le  commerce 
des  œufs  dans  le  Nord  marocain,  par  L.  Martin. 


RÉGIME   ÉCONOMIQUE  203 

transit  à  Fès.  L'exportation  des  œufs  se  fait  principalement 
par  Mazagan.  Tanger  conserve  encore  pour  l'exportation 
une  petite  partie  du  commerce  des  peaux  ;  il  faut  y  ajouter 
celui  des  babouches,  des  alpistes  et  de  certains  tissus  con- 
fectionnés. 

L'importation  est  en  partie  réduite  aux  marchandises 
nécessaires  à  la  consommation  de  la  ville  et  de  sa  région. 
Les  céréales,  le  sucre,  le  thé  et  tous  les  produits  alimen- 
taires, les  tissus,  les  tabacs,  les  fers,  fontes  et  aciers,  les 
bois  de  construction  y  tiennent  la  première  place. 

II  faut  remarquer,  à  ce  propos,  que  les  statistiques  de  ces 
dernières  années  peuvent  induire  en  erreur  sur  l'impor- 
tance réelle  du  mouvement  économique  de  Tanger.  Cette 
apparence  trompeuse  provient  de  deux  causes  : 

I"  Tanger  et  sa  région  ont  toujours  eu  une  production 
très  inférieure  à  leur  consommation  et  ont  toujours  été 
alimentées  par  les  céréales  de  la  vallée  du  Lekkous  et  de  la 
plaine  du  Sebou.  Les  transports  de  ces  céréales  étaient  faits 
par  terre  et  ces  importations  ne  figuraient  par  conséquent 
sur  aucune  statistique.  Depuis  plus  de  six  ans,  ces  mêmes 
céréales  sont  transportées  par  mer  et  contribuent  ainsi  à 
donner  aux  statistiques  du  port  de  Tanger  une  importance 
absolument  factice. 

2""  D'autre  part,  80  p.  100  environ  des  farines,  orges, 
fourrages,  du  sucre  et  des  produits  alimentaires  importés 
à  Tanger  par  l'Espagne,  sont  destinés  non  pas  à  l'alimen- 
tation de  la  ville,  mais  au  ravitaillement  des  troupes  espa- 
gnoles et  sont  admis  en  franchise  à  Tanger  comme  mar- 
chandises de  transit  pour  la  zone  voisine. 


264 


TANGER    ET   SA  ZONE 


Importations  principales  en  igi3  et  IQ18. 


1913 

1018                  II 

DÉSIGNAITON 

Pays  de    prove- 

Pays  de  prove- 

DES 

VALEUR 

nance  ou  sous 

VALEUR. 

nance  ou  sous 

EN 

le  pavillon  des- 

EN 

le  pavillon  des- 

IMPORTATIONS 

quels  les  mar- 

quels les   mar- 

FRANCS 

chandises     ont 
été  importées. 

FRANCS 

chandises     ont 
été  importées. 

Soies  grèges 

292.282 

France. 

196.085 

France, Italie. 

Viandes  salées,  con- 

serves de  viande, 

charcuterie.  .  .  . 

188.173 

France, 

Angleterre, 

Espagne. 

199.904 

Espagne. 

Beurre  frais  et  salé. 

74-794 

Angleterre, 
France, Italie. 

lié. 377 

Id. 

Blé 

3i3.352 

464.684 

i.o3o.659 

France. 
France. 

52.931 

67.578 

402.895 

France. 
Espagne. 
Id. 

Orée       

vyig^.   . 

Farine  de  froment. 

France, 

Angleterre, 

Belgique. 

Semoules  et  semou- 

lettes  

954.759 

France. 

3.154 

Id. 

Légumes     secs     et 

leurs  farines  .  .  . 

97.975 

France, 
Autriche. 

189.693 

Id. 

Légumes  frais  .  .  . 

59.119 

Espagne, 
Angleterre, 

57.936 

Id. 

Légumes  salés, con- 

France. 

fits,  eic 

74.5o3 

Id. 

43.760 

Id. 

Riz 

76.001 

Espagne, 
France, 

143.091 

Id. 

Pays-Bas. 

Pommes  de  terre.  . 

159.902 

Espagne, 
France, 
Allemagne, 
Pays-Bas. 

329.672 

1  Espagne, 
France. 

Fruits  secs 

112.385 

Angleterre  ; 
F'rance(datte8.) 

502.496 

Espagne  ; 
{France  (dattes.) 

Fruits  frais 

109.185 

Esp.,  Anglet. 

314.726 

^Espagne. 

REGIME   BCONOxMIQUE 


265 


DÉSIGNATION 

DES 
I-MPOUTATIONS 

igiS 

] 

918 

VALEUR 

EN 
FRANCS 

Pays  de  prove- 
nance ou  sous 
le  pavillon  des- 
quels les  mar- 
chandises   ont 
été  importées. 

VALEUR 

EN 
FRANCS 

Pays  de   prove- 
nance ou  sous 
le  pavillon  des- 
quels les   mar- 
chandises    ont 
été  importées. 

Oléagineux 

20.435 

Espagne, 
France. 

I 22 , 203 

Espagne. 

Huiles  d'olives  .  .  . 
Huiles  de  coton  .  . 
Huiles  minérales.  . 

199.676 
248.802 

I 6 . 945 

Espagne, 

France. 

Angleterre, 

Allemagne. 

Belgique, 

États-Unis. 

777.723 
3.077 

137.409 

Id. 

France. 

Espagne, 

France, 

États-Unis. 

Pétrole  raffiné  .  .  . 
Sucre  raffiné .... 

112. 081 
I .323.101 

États-Unis. 

Autriche, 

France, 

41.672 
2.175.903 

Etats-Unis. 

France, 

Espagne. 

Café 

267.934 
197.431 

Allemagne, 

Belgique. 

France, 

Pays-Bas, 

Angleterre. 

Angleterre, 

France, 

175,376 
860.176 

Espagne, 
Angleterre. 

Angleterre. 
France.           ; 

Thé 

Poivre  et  piments. . 
Vins 

62.786 
539.701 
128.934 
336.858 

Allemagne. 

Espagne, 

France. 

Espagne, 

France. 

Allemagne, 

France. 

France, 

275.038 
594-997 

65.025 
270. 470' 

Angleterre,     1 
France.           j 
Espagne.        : 

Id.          ! 

Id. 

Bière 

Eaux-de-vie,  ialcools 
et  liqueurs  .  ,  .  . 

Fourrages  et  paille. 
Allumettes 

23.995 
93.182 

Allemagne, 

Pays-Bas. 

Espagne. 

France, 

Espagne. 

Italie, France. 

246.684 
484.867 

Espagne. 

France,          j 
Suède,            ; 
Angl.,  Italie. 

266 


TANGER    ET    SA    ZONE 


iqi3 

1918 

DÉSIGNATION 

Pays  de  prove- 

j 

Pays  de  prove- 

DES 

VALEUR 

nance  ou  sous 

VALEUR 

nance  ou  sous 

EN 

le  pavillon  des- 

le pavillon  des- 

IMPORTATIONS 

1 

FRANCS 

quels  les  mar- 
chandises   ont 
été  importées. 

KN 
FRANCS 

quels  les   mar- 
chandises   ont 
été  importées. 

Tabacs,  cigares,  ci- 

garettes  

2.052.833 

France, 

1^2tats-Unis, 

Angleterre. 

6.865.055 

p:spagne, 

France, 

Angleterre. 

Papier  à  cigarettes. 

— 

— 

175.026 

France, 
Espagne. 

Papier  d'emballage. 

71.802 

France, 

Espagne, 

Belgique. 

430.945 

Espagne, 
France. 

Papiers  divers  .  .  . 

162. 63i 

France, 
Angleterre, 

147-399 

Espagne, 
France. 

Gravures,  estampes, 

Espagne. 

cartes,      albums, 

France, 

etc 

42.972 

Allemagne. 

482.894 

France, 

Parfumeries  et  sa- 

Espagne, 

vons  de  parfume- 

Angleterre. 

rie 

66 . 294 

France 

152.416 

France, 

Espagne, 

Espagne, 

Savon  ordinaire. .  . 

Angleterre. 

Angleterre. 

207.939 

France, 

826.066 

Angleterre, 

Espagne, 

Espagne. 

Angleterre. 

Bougies 

253.901 

Angleterre, 

Belgique, 

Italie, 

308.840 

France, 
Angleterre. 

Peaux       préparées, 

Autriche. 

vernies  et  cuirs.  . 

I 54.850 

France, 

Angleterre, 

Espagne. 

85.984 

Espagne. 

Chaussures 

245.873 

Espagne, 

Angleterre, 

France. 

544.514 

Id. 

1  Fils  de  coton.  .  .  . 

55.71g 

P.-Bas,Ang., 
Autrich.,  Fr. 

119.057 

Angleterre, 
Espagne. 

REGIME    ECONOMIQUE 


267 


DÉSIGNATION 

DES 
IMPORTATIONS 


Ficelles  et  cordages 


(chanvre). 


Tissus 


Meubles  en  bois  . 


Bois    de    construc- 
tion  


Ciment 

Chaux. 
Briques 
Houille 


Machines  et  méca 
niques. 


Fers,  aciers,  fontes, 
tôles 


Argent  en   masses, 
lingots  ouplaques 


VALEUR 

EN 

FRANCS 


33.834 
6.000.926 

267.513 

696.882 

354.158 

137.764 
160. 35o 
109.258 

619.377 
I .482.950 

142.992 


9.3 

918 

Pays  de  prove- 

Pays de  prove- 

nance ou  sousj 

VALEUR 

nance  ou  sous 

le  pavillon  dcs-j 

le  pavillon  des- 

quels les  mar- 

EN 

quels  les  mar- 

chandises    ont] 

FRANCS 

chandises    ont 

été  importées.  1 

France, Italie. 

été  importées. 

123.047 

France, 

Espagne. 

France, 

8.097.852 

Angleterre, 

Ang.jAUem., 

Espagne, 

Espagne. 

France. 

France, 

132.435 

Espagne. 

Espagne, 

1 

Angleterre, 

Autriche. 

Suède, 

414.688 

Espagne. 

Russie, 

France, 

Autriche. 

Belgique, 

193.818 

Espagne, 

0     T             ' 

France, 

Angleterre, 
France. 

Espagne, 

Angleterre. 

Belgique, 
France. 

16.819 

Espagne, 
France. 

Espagne, 

6.943 

Espagne, 
France. 

France. 

Angleterre, 

283.026 

Angleterre, 

0           ' 
France. 

Espagne. 

Allemagne, 

315.764 

Espagne, 

Angleterre, 

États-Unis, 

France. 

France. 

France, 

992.729 

Espagne, 

Belgique, 

France, 

Allemagne, 

Angleterre. 

Angleterre. 

Fr.,  Anglet., 



— 

Allemagne. 

268 


TANGER   ET   SA   ZONE     , 


DÉSIGNATION 

DES 
IMPORTATIONS 

1913 

1918 

VALEUR 

EN 

FRANCS 

Pays  de  prove- 
nance OQ  sous 
le  pavillon  des- 
quels les  mar- 
chandises    ont 
été  import(5es. 

VALEUR 

EN 
FRANCS 

Pays  de  prove- 
nance ou  sous 
le  pavillon  des- 
quels les  mar- 
chandises   ont 
été  importées. 

Cuivre  pur  ou  allié. 

122.378 

France, 
Allemagne. 

114.874 

France. 
Espagne, 

Armes    de    chasse, 

munitions,  etc.  - 

114.813 

France. 

28.334 

France, 
Angleterre,    ', 

Produits  chimiques 

Espagne. 

divers 

I05.III 

France,          ' 

136.454 

Espagne, 

, 

Espagne, 
Angleterre. 

France. 

; 

Couleurs 

75.633 

France, 
Angleterre. 

138.676 

France, 

Angleterre, 

Espagne. 

Verres  et  cristaux.  . 

194.359 

France, 

Belgique, 

Allemagne. 

227.417 

Espagne. 

Bimbeloterie  .  .  .  . 

413.880 

France, 

Angleterre, 

Espagne, 

123.595 

Espagne, 
France. 

Allemagne. 

REGIME   ECONOMIQUE 


269 


Exportations  principales  en  igi3  et  igi8. 


1913 

1918 

DÉSIGNATION 

Pays    de    desti- 

Pays   de  desti- 

DES 

VALEUR 

nation  ou  sous 

VALEUR 

nation  ou  sous 

le  pavillon  des- 

le pavillon  des- 

EXPORTATIONS 

quels  les  mar- 

quels les  mar- 

FRANCS 

chandises    ont 
été  exportées 

FRANCS 

chandises    ont 
été  exportées. 

Bœufs.  . 

998.075 

Angleterre, 
Espagne. 

__ 

— 

Volailles 

151,891 

Angleterre, 
Espagne. 



— 

Œufs  de  volailles.  . 

636.966 

Espagne, 
Angleterre. 

i3.ooo 

France. 

Peaux  de  bœufs  .  . 

278.655 

France, 
Espagne, 
Allemagne, 
Italie. 

995.321 

Espagne, 
France. 

Peaux  de  chèvres.  . 

287.854 

France, 

Angleterre, 

Pays-Bas. 

3.o38.23i 

France. 

Peaux  de  moutons. 

19.478 

France. 

I I . 600 

Id. 

Cire  brute 

80.558 

Allemagne, 
France. 

44.206 

Espagne, 
Angleterre. 

Poissons  marinésou 

à  l'huile 

23.920 

France, 
Belgique.       | 

88.200 

France. 

Alpistes 

43.275 

Angleterre,    j 
France. 

317.799 

•  Id. 

Sorgho 

— 

— 

82 . 5oo 

■  Id. 

Graines  de  cumin. 

4 

France. 

17.445 

E'spagne, 
France. 

Son 

7.485 

Id. 

31.148 

Angleterre, 
Espagne. 

Fourrages 

— 

— 

20.035 

Angleterre. 

Chiffons 

4.235 

France, 

62.013 

Id. 

Tissus    confection-' 

Espagne. 

nés 

74.174 

Espagne, 

France, 

Egypte. 

237.671 

Espagne, 
Egypte. 

270 


TANGER   ET    SA    ZONE 


DÉSIGNATION 

DES 
EXPORTATIONS 


Babouches  (i).  .  . 

Sacoches    et  bour 
ses 


Pelleteries  diverses 

Or  en  lingots.  .  . 
Ferraille 


VALEUR 

EN 
FRANCS 


I9I3 

Pays  de  desti-} 
nation  ou  sous 
le  pjvillon  des-i 
quels  les  mar- 
chandises ont' 
été  exportées.   , 


ÔS6.I36 

5.804 

267 


Egypte,    I 
France. 

Espagne, 
France. 
Espagne, 
Egypte. 


1918 


VALEUR 

EN 

F K AN es 

Pays  de  desti- 
nation ou  sous 
le  pavillon  des- 
quels les  mar- 
chandises ont 
été  exportées. 

697 . 3oo 

Egypte, 
Espagne. 

17.261 

Espagne, 

France. 

i3.65i 

Espagne. 

30.000 

France. 

10.732 

Espagne. 

Tableau  des  importations  et  exportations  de  Tanger 
de  igo3  à  igig. 


Importations. 

Exportations. 

Total. 

1903  .    .    .         9.312. 177 

6.804.970 

16. 117. 147 

1905 

6.393.862 

3.722.578 

10. 116.440 

1906 

7.293.738 

6.716.868 

14.010.606 

1908 

8.079.676 

4.639.096 

12.718.772 

1909 

11.668.934 

5.050.798 

16.719.732 

I9IO  . 

10.164.262 

6.286.529 

16.450.791  _, 

I9II 

12.826.902 

9. 166.842 

21.993.744 

I9I2 

21.223.809 

5.004.304 

26.228.113 

I9I3 

24.454.465 

3.408.281 

27.862.746 

I9I4 

2 I . 3oo .317 

I. 41 1.686 

22.712.003.,. 

I9I5 

17.823.680 

1.025.870 

18.849.550 

1916 

19.384.061 

1.654- Ï72 

21. 038.233 

1917 

2 I . 240 . 654 

2.915.270 

24.155.924 

I9I8  . 

3 1. 601. 091  (2) 

5.820.502 

37.421.593(2 

I9I9  . 

39.091.263 

7.241.739 

46.323.002 

(i)  Les  babouches  sont  exportées  presque  exclusivement  à  destination  de 
rÉgypte  et  du  Sénégal. 
(2)  Cf.  supra  p.  262,  note  i. 


REGIME   ECONOMIQUE  27 1 

On  peut  se  rendre  compte  par  les  statistiques  ci-après 
que  la  France,  l'Espagne  et  l'Angleterre  sont  presque  les 
seuls  pays  qui  se  disputent  actuellement  la  prépondérance 
commerciale  à  Tanger. 

De  igoS  à  191 7,  la  France  vient  en  tête  et  son  mouve- 
ment commercial  accuse  un  accroissement  continu,  surtout 
à  l'importation.  Pendant  la  même  période,  le  commerce 
anglais  se  maintient  à  peu  près  stationnaire,  tandis  que  le 
commerce  espagnol,  dont  l'exportation  est  d'abord  supé- 
rieure à  l'importation,  se  développe  sans  arrêt. 

Le  mouvement  commercial  de  certains  pays,  tels  que  la 
Belgique,  les  Pays-Bas,  l'Italie,  l'Allemagne  et  l'Autriche- 
Hongrie,  a  été  ralenti  ou  arrêté  par  la  guerre  européenne. 

En  1918^  la  France  et  l'Espagne,  laissant  l'Angleterre 
assez  loin  en  arrière,  détiennent  dans  les  statistiques  les 
chiffres  les  plus  élevés.  Apparemment  l'Espagne  semble  se 
placer  au  premier  rang,  mais  il  faut  tenir  compte  qu'une 
énorme  partie  de  ses  importations  est  destinée  à  ses 
troupes  d'occupation  et  n'entre  à  Tanger  qu'en  transit. 


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274 


TANGER    ET   SA   ZONE 


Mouvement  Le  mouvemenl  de  la  navigation    n'est  presque  jamais 

de  la  interrompu  à  Tanger.    Il    n'y    a  dans  toute    l'année  que 

navigation.  six  jours  de  barre  et  quatre  jours  de  mer  démontée  :  deux 
ou  trois  jours  par  an,  par  vent  d'est  ou  grosse  houle 
d'ouest,  les  bateaux  ne  peuvent  pas  tenir  sur  leurs  ancres 
et  sont  obligés  de  gagner  le  large.  Enfin,  vingt-cinq  jours 
.  par  an,  les  opérations  d'embarquement  et  de  débarquement 
sont  retardées  de  quelques  heures  par  vent  d'est. 

Le  tableau  de  la  page  278  donne,  pour  les  années  igoS- 
1918,  le  mouvement  de  la  navigation  par  pavillons,  en 
droiture  avec  les  divers  pays  et  au  cabotage  (entrées). 

Le  Môle.  Une  jetée  a  été  construite  à  Tanger  en  vertu  d'un  accord 

antérieur  à  l'acte  d'Algésiras.  La  concession  des  travaux  a 
été  faite  à  l'Allemand  Renschausen  moyennant  le  verse- 
ment par  le  iMakhzen  de  la  somme  de  175.000  francs.  La 
jetée  a  été  achevée  en  1908;  elle  a  840  mètres  de  lon- 
gueur. 

Partant  du  pied  de  Bordj  Dar  el-Baroud,  elle  suit 
d'abord  le  tracé  de  l'ancien  môle  anglais,  puis  oblique  vers 
le  sud-est,  c'est-à-dire  vers  l'intérieur  de  la  rade;  elle  porte 
un  phare  à  son  extrémité. 

L'espace  compris  entre  cette  jetée  et  les  magasins  actuels 
de  la  douane  constitue  un  petit  port,  où  sont  mouillées  les 
barcasses  de  Taconage. 


Le  Wharf.  Un  wharf  en  bois,  ou  embarcadère,  avait  été  construit 

vers  1882  par  un  Autrichien,  qui  en  avait  obtenu  la  conces- 
sion et  l'exploitation  et  qui  percevait  un  droit  de  péage.  A 
l'expiration  de  la  concession,  ce  wharf,  qui  était  d'ailleurs 
en  mauvais  état,  fut  reconstruit.  Le  nouveau  wharf,  éga- 
lement en  bois,  menaçait  de  s'écrouler  à  son  extrémité  et 
des  réparations  importantes  ont  dû  y  être  faites  récemment. 
La  longueur  en  a  été  diminuée  et  les  piliers  de  bois  ont  été 
remplacés  par  des  piliers  en  ciment  armé. 


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VILLES    ET  TRIBUS.   —  VII. 


»9 


REGIME   ECONOMIQUE 


275 


Matériel,  —  Le  matériel  de  l'aconage  se  compose  de 
25  embarcations  (barcasses),  d'un  tonnage  total  de 
65o  tonnes  ;  de  3  remorqueurs  à  vapeur  (de  100  à  i5o  che- 
vaux chacun);  de  4  grues  à  vapeur,  dont  la  plus  forte  peut 
soulever  9  tonnes,  et  de  4  grues  à  main  d'une  force 
maxima  de  5  tonnes. 


L'Aconage(i 


RECETTES  ET  TRAFIC   DE   l'aCONAGE   DE    IQlS   A    IQIQ 


nnée 

i9i3: 

Recettes  en  P 

— 

1914: 

— 

— 

1915  : 

— 

— 

1916  : 

— 

— 

1917: 

— 

— 

1918. 

— 

— 

1919: 

— 

1.048.218,45 
912.899,21 
705.162,24 

578.063,39 

658.258,72 
644.056,05 
698.535,41 


Années  I9i3:  Tonnes  manipulées:   kg. 

—  1914 

—  1915 

—  1916 

—  ^917 

—  1918 

—  luiq 


II  1.757.968 
87.345.524 
62.794.789 
50.007.382 
51.696.752 
53.921.783 
49.948.285 


Taxes.  — Les  taxes  d'aconage  sont  perçues  en  monnaie 
hasani  et  varient  de  4  P.  H.  5o  à  20  P.  H.  la  tonne.  De- 
puis mars  1920,  elles  sont  majorées  d'une  surtaxe  de 
2  P.  H.  5o  par  tonne,  quelle  que  soit  la  nature  de  la  mar- 
chandise. Les  recettes  sont  d'environ  12  P.  H.   par  tonne 


(i)  Les  renseignements  relatifs  à  l'aconage  ont  été  bienveillarament  donnés 
par  M.  Jaurand,  capitaine  au  long  cours  de  la  marine  marchande  française, 
faisant  fonction  de  capitaine  du  port. 


276  TANGER    ET    SA    ZONE      • 

manipulée.  Elles  étaient  fixées  anciennement  par  unaccord 
entre  les  commerçants  et  les  bahriya,  sous  les  auspices  du 
Naïb  du  sultan. 

Personnel.  —  Les  opérations  de  Taconage  sont  exécutées 
sous  le  contrôle  d'un  capitaine  au  long  cours  français 
et  la  direction  d'un  Reïs,  le  Hadj  Abdallah  Balga,  par 
80  bahriya  (ou  matelots)  commandés  par  un  Khalifa,  et 
i5o  hammâla  (portefaix)  commandés  par  4  ou  5  moqad- 
dems. 

Chaque  barcasse  est  montée  par  5  bahriya  ;  un  reïs  tient 
le  gouvernail. 

Bahriya.  —  Les  bahriya  font  partie  du  guich  rifi  et  relè- 
vent en  principe  du  pacha  de  Tanger,  chef  de  ce  guich; 
dans  la  hiérarchie  makhzen  ils  se  plaçaient  au  dernier  rang, 
après  les  mokhaznis,  les  soldats  et  les  artilleurs.  Lors  des 
solennités  religieuses,  ils  faisaient  partie  de  l'escorte  qui 
accompagnait  le  pacha. 

Lasoidedesbahriyaétait,  du  moins  au  dix-neuvièmesiècle, 
prélevée  sur  les  recettes  de  Taconage;  à  la  fête  de  l'Achour 
ils  recevaient  du  Makhzen  une  étrenne  de  5o  pesetas  et  un 
vêtement.  Leur  solde  actuelle  est  d'environ  12  fr.  40  par 
jour;  chaque  bahri  reçoit  6  fr.  25  par  journée  de  présence, 
auxquels  s'ajoute  une  gratification  mensuelle  de5o  francs, 
payables  par  quinzaine;  en  outre  l'équipage  de  chaque 
barcasse  reçoit  20  francs  par  voyage.  La  solde  est  établie  en 
francs  depuis  le  5  novembre  1920. 

Les  bahriya  étaient  choisis  exclusivement  dans  la  tribu 
des  Fahçiya.  La  création  de  ce  corps  remonte  vraisembla- 
blement à  l'année  1778.  On  se  souvient  (i)  qu'à  cette  daie 
le  sultan  Sidi  Mohammed  ben  Abdallah,  voulant  déve- 
lopper sa  flotte,  avait  fait  inscrire  sur  les  contrôles  600  Aït 

(1)  CL  supra  p.  gS. 


RÉGIME   ÉCONOMIQUE  2/7 

Atta  et  400  Abid  du  Tafîlalet  et  leur  avait  donné  une  ving- 
taine de  bateaux  destinés  à  la  course.  L'essai  n'eut  pas  de 
suite  et  les  i.ooo  hommes  furent  licenciés  deux  mois  après 
leur  arrivée  à  Tanger. 

La  tradition  conservée  par  les  bahriya  actuels  de  Tange 
veut  qu'ils  n'aient  jamais  fourni  d'équipages  à  des  bateaux 
de  course,  à  l'encontre  des  bahriya  de  Rabat  et  autres  ports 
de  l'Atlantique.  Leur  rôle,  plus  modeste,  consistait  à 
amener  à  terre  les  marchandises  des  bateaux  mouillés 
en  rade  et  à  les  «  porter  sur  le  dos  »  jusque  devant  les 
portes  des  magasins,  et  vice  versa.  Des  portefaix  juifs  as- 
suraient la  manutention  des  marchandises  à  partir  de  ces 
portes. 

L'organisation  des  bahriya  n'a  pas  subi  de  modifications 
sensibles.  Ils  ne  participent  plus  aux  cérémonies  officielles 
en  compagnie  des  mokhaznis  et  des  soldats  du  guich,  ils 
ne  reçoivent  plus  d'étrennes  du  Makhzen,  mais  ils  conti- 
nuent à  assurer  comme  par  le  passé  leurs  opérations  d'em- 
barquement et  de  débarquement  des  marchandises;  ils  ne 
portent  plus  «  sur  le  dos  »  et  se  contentent  d'amener  les 
marchandises  à  quai,  où  la  manutention  est  assurée  par 
des  portefaix. 

Hammâla.  —  Devant  le  développement  du  trafic  com- 
mercial le  nombre  des  portefaix  {hammâla)  a  été  augmenté 
graduellement  jusqu'à  atteindre  le  nombre  de  i5o,  effectif 
actuel.  Les  portefaix  juifs  ont  disparu  depuis  une  trentaine 
d'années  et  ont  été  remplacés  par  des  musulmans;  un  grand 
nombre  sont  originaires  du  Sous. 

A  rencontre  des  bahriya,  les  hammâla  ne  font  pas  partie 
du  guich.  Leur  paye  journalière  est  d'environ  ii  fr.  5o  ; 
elle  est  établie  sur  la  base  suivante  ; 

1°  Une  gratification  mensuelle  de  5o  francs  ; 

2^  7  fr.  25  par  journée  de  présence; 

3"  Une  prime  de  2  francs  par  tonne  manipulée. 


278 


TANGER   ET   SA    ZONE 


Les  hammâla  passent  pour  être  des  hommes  particu- 
lièrement pieux;  ils  abandonnent  une  partie  de  leur  paye 
à  des  œuvres  de  bienfaisance,  telles  que  secours  aux  fa- 
milles miséreuses,  aux  veuves  de  portefaix,  etc.  Ils  mettent 
un  point  d'honneur  à  se  montrer  plus  généreux  que 
les  bahriya. 

Les  hammâla  immolent  un  taureau  chaque  année,  aux 
fêtes  du  Mouloud,  sur  la  tombe  de  Sidi  Mohammed  El- 
Hadj  Bou  Araqia.  Les  bahriya  font  de  même  et,  en  outre, 
offrent  le  drapeau  rouge,  qui  est  hissé  tous  les  vendredis 
sur  la  mosquée  du  saint. 

Santé.  Le  service  de  Santé,  patronné  par  le  Conseil  sanitaire, 

fonctionne  à  Tanger  comme  dans  les  autres  ports  du  Maroc. 
Il  n'offre  rien  de  particulier  ;  il  dispose  d'un  canot  auto- 
mobile acheté  en  Hollande  en  191 3. 


Douane.  Les  magasins  de  la  douane  ne  comprenaient  autrefois 

que  les  bâtiments  contigus  aux  casemates  du  Bordj 
Ech-Cherrat,  entre  ce  bordj  et  celui  de  Dar  El-Baroud. 
D'autres  magasins  ont  été  construits  à  une  date  assez 
récente,  sur  des  terres-pleins  gagnés  sur  la  mer  entre 
le  môle  et  le  wharf  et  entre  le  wharf  et  le  Bordj  El- 
Hadjoui.  Un  magasin  a  été  réservé  aux  colis  postaux  au- 
dessous  de  Bab  el-Marsa,  à  droite  en  venant  de  la  Médina. 
Deux  petits  locaux  ont  été  aménagés  pour  la  visite  des 
paquets  divers  arrivés  à  Tanger  par  les  postes  espagnole 
et  française. 

A  Tanger  comme  dans  les  autres  ports  du  Maroc,  les 
droits  de  douane  sont  de  i2,5op.  100  ad  valorem;  10  p.  100 
sont  versés  au  Makhzen  et  c'est  sur  cette  part  que  l'ad- 
ministration de  la  Dette  marocaine  prélève  les  intérêts  des 
emprunts  1904  et  1910;  2,5o  p.  roo  servent  à  alimenter  la 
Caisse  spéciale,  créée  par  l'acte  d'Algésiras  pour  les  tra- 
vaux de  voirie  et  la  construction  de  routes. 


REGIME   ECONOMIQUE 


279 


Un  chantier  de  construction  de  barcasses  se  trouve  près 
du  môle,  au  pied  de  Dar  El-Baroud.  Des  perfectionnements 
ayant  été  apportés  dans  l'outillage  et  les  méthodes  de  travail 
par  l'administration  de  la  Dette,  le  chantier  peut  lancer 
des  barcasses  d'un  assez  fort  tonnage. 

Un  atelier  a  été  créé  à  côté  du  chantier;  son  outillage 
moderne  lui  permet  d'assurer  la  réparation  des  moteurs 
à  pétrole  ou  à  essence,  les  machines  des  remorqueurs,  etc. 


Ateliers 
de  la  Dette. 


Les  compagnies  de  navigation  desservant  Tanger  sont  les 
suivantes  : 

Compagnie  de  navigation  Paquet.  Cette  compagnie, 
la  plus  importante  au  point  de  vue  du  trafic  des  mar- 
chandises et  du  transport  des  voyageurs,  assure  des  ser- 
vices réguliers  entre  Tanger  et  Marseille  d'une  part, 
Tanger  et  les  ports  de  la  côte  marocaine  atlantique 
d'autre  part.  Quelques  bateaux  font  communiquer  la  ville 
avec  Oran  ; 

Compagnie  générale  transatlantique.  Des  bateaux  de 
cette  compagnie,  venant  entre  autres  de  Nantes  et  de  Bor- 
deaux, touchent  Tanger  régulièrement; 

Compagnie  orano-marocaine ,  Ma^ella  et  C'«  ;  elle  met 
Tanger  en  communication  avec  les  ports  marocains  de 
l'Atlantique  et  les  ports  de  l'Algérie  ; 

Correos  de  Africa  :  service  quotidien  entre  Tanger  et 
Algésiras; 

Bland  Line  :  service  régulier  entre  Gibraltar,  Tanger  et 
Casablanca  et  vice  versa; 

Franco  British  Commercial  Company  Limited; 

Pover  Line; 

Compagnie  de  navigation  mixte; 

Les  Affréteurs  Réunis  (Blanc); 

Armement  Adolf  Dappe;  (Anvers),  Société  d'études; 

Services  de  navigation  côtière  au  Maroc  (de  Maindre- 
ville,  armateur). 


Compagnies 
de  navigatiovU 


28o 


TANGER    ET    SA    ZONE 


Maisons  et  Les  deux  principales  maisons  de  commerce  de  Tanger 

Compagnies  sont  les  maisons  Georges  Braunschvig  et  Cohen  frères  ; 
de  commerce,  leurs  opérations  commerciales  s'étendent  d'une  manière 
générale  à  tous  les  articles  d'importation  et  d'exportation  : 
soieries,  grains,  peaux,  etc.  ;  elles  ont  des  comptoirs  dans 
presque  toutes  les  villes  du  Maroc  et  à  l'étranger;  leur 
siège  central  est  à  Tanger. 

Au  nombre  des  compagnies  de  commerce  on  peut  citer  : 

La  Compagnie  Marocaine; 

Franco-British  Commercial  Company  Limited  (Compa- 
gnie française  de  marine  et  de  commerce;  the  Aolian  Com- 
pany Limited)  ; 

L'Union  commerciale  indo-chinoise  et  africaine,  qui  a 
remplacé  la  Société  d'études  et  de  commerce; 

Paris-Maroc  (Magasins  Modernes); 

La  Industrial  Orbea  (quincaillerie,  ferronnerie,  etc.); 

Emilio  Dahl (quincaillerie,  ferronnerie,  bois); 

Tangier  Motor  Company  Limited  (commerce  d'automo- 
biles). 

Sociétés  Les  sociétés  immobilières  de  Tanger   ou    représentées 

Immobilières,      dans  la  ville  sont  : 

La  Compagnie  Marocaine; 
La  Société  immobilière  au  Maroc; 
La  Société  immobilière  de  Tanger; 
La  Société  immobilière  du  Marchan.  Cette  société  est  en 
voie  de  disparition,    les  immeubles  qu'elle  détenait  ayant 
été  vendus  récemment  au  Hadj  Tahami   El-Glaoui,  pacha 
de  Marrakech. 


Sociétés  L'industrie  européenne  porte  principalement  sur  la  mi- 

industrielles;      noterie  (moulins  Sacase,  Benasuli,  Olcese  et  Benzaquen), 
industries         les  tabacs  (usine  du  Monopole),  la  pêche  et  les  conserves 
diverses.  de  poissons  (Sardinerie),  la  production  de  lumière  élec- 

trique (Compana  Electra  Hispano-Marroqui). 


REGIME   ECONOMIQUE 


2»I 


Il  faut  y  ajouter  deux  scieries  (Emilie  Dahi  et  Auberger), 
une  fabrique  de  carreaux  déciment  (Arquis  et  Cie),  une 
briqueterie  (Arquis,  d'Ayral  et  Cie),  une  tuilerie  (So- 
ciété des  tuileries  de  Tanger),  une  fabrique  de  savon  mou 
(E.  Bonnet). 

L'industrie  hôtelière,  très  atteinte  par  la  guerre  euro- 
péenne, commence  à  reprendre  son  ancienne  prospérité. 
Les  principaux  hôtels  de  Tanger  sont  : 

La  Villa  de  France,  la  Villa  Valentina,  l'Hôtel  Cecil, 
l'Hôtel  Continental,  le  Restaurant  Comte,  etc. 

La  ville  compte  g  imprimeries,  dont  2  anglaises,  3  es- 
pagnoles et  4  françaises.  Ce  sont  :  les  imprimeries  John 
Gonzalez  et  Abrinez  ;  les  imprimeries  Santiago-Otero  et 
Lugaro  et  celle  du  Porvenir  ;  l'Imprimerie  artistique, 
l'imprimerie  Benaïoun,  l'Imprimerie  administrative  et 
commerciale  H.  Tellier  et  l'Imprimerie  marocaine. 


Une  société  française  de  pêche  et  de  commerce  a  été 
constituée  à  Tanger  en  1906;  elle  s'est  maintenue  jusqu'en 
1912.  De  igiS  à  1919  l'exploitation  de  la  pêche  a  été  reprise 
par  la  Société  française  d'alimentation  la  Mouna.  Ces 
deux  sociétés  successives  s'approvisionnaient  presque  en- 
tièrement sur  le  marché  local;  par  suite  de  la  raréfaction 
de  la  sardine  elles  ont  fait  de  plus  en  plus  porter  l'exploita- 
tion sur  la  pêche  et  la  mise  en  conserve  des  thons,  bo 
nites,  etc.  En  1919,  un  groupement  franco-portugais  s'est 
substitué  à  la  Société  française  d'alimentation  la  Mouna 
sous  la  raison  sociale  «  Société  générale  de  Pêcheries  et 
Conserves  au  Maroc  »  ;  elle  a  pour  objet  l'exploitation  de 
la  pêche  à  la  madrague  (thons,  bonites,  melvas,  etc.). 


Sardinerie. 


Enfin  d'autres  sociétés  s'occupent  d'entreprises  de  bâti-     Sociétés  d'en- 
ment,  d'agriculture,  de  transports,  etc.  Il  convient  de  citer  :     treprises,  etc. 

La  Société  France-Maroc,  entreprise  générale  du    bâ- 
ment; 


282 


TANGER   ET  SA   ZONE 


Mauritania,  société  d'entreprises; 

Société  française  de  culture  et  d'élevage; 

Espana  Coloni^^adora,  société  espagnole  de  colonisation; 
entreprise  de  transports  automobiles  entre  Tanger-Tetouan, 
Tanger-Larache-El  Qçar,  Tanger-Arzila. 

Lumière  C'est  en   1894  que  la  Compagnie  Transatlantique  espa- 

électrique.  gnole  établit  à  Tanger  une  usine  de  lumière  électrique. 
Pendant  plus  de  quinze  ans  la  lumière  n'était  distribuée 
que  dans  les  quartiers  centraux.  Il  y  a  quelques  années, 
une  nouvelle  usine  a  été  construite  à  une  certaine  dis- 
tance de  la  ville,  près  de  la  rivière  des  Juifs,  ce  qui  permet 
d'éclairer  les  quartiers  suburbains. 

La  compagnie  porte  maintenant  le  nom  de  Compania 
Electra  Hispajxo-Marroqui.  L'installation  est  assez  primi- 
tive et  la  production  électrique  assez  faible.  Comme  orga- 
nisation provisoire  l'installation  actuelle  rend  de  véri- 
tables services  en  éclairant,  outre  les  maisons,  les  rues  et 
les  routes. 

Téléphones.  Le  téléphone  a  été  établi  à  Tanger  en  i883  par  un  Es- 

pagnol, Rotondo  y  Nicolau. 

Le  siège  de  la  société  est  à  Madrid. 

Banques.  Tanger  ne  comporte  pas  moins  de  12  banques,  dont  une 

internationale  : 

La  Banque  d'État  du  Maroc  ;  elle  a  son  siège  social  dans 
la  ville  (i); 

La  Société  générale  (française)  ; 

La  Compagnie  algérienne  (française); 

Le  Crédit  foncier  d'Algérie  et  de  Tunisie  (française); 

La  Banque  algéro-tunisienne  (française)  ; 

La  Banque  commerciale  (française); 


(i)  Sur  la  Banque  d'État  du  Maroc,  cf.  supra  pp.  229-230. 


RÉGIME   ÉCONOMIQUE  283 

La  Société  marseillaise  de  crédit  industriel  et  commercial 
et  de  dépôts  (française)  ; 
Bank  of  British  West  Africa  Limited  (anglaise); 
Banco  de  Espana  (espagnole)  (i); 
Banque  Théo  Furth  et  Cie  (privée,  française); 
Banque  Salvador  Hassan  (privée,  portugaise); 
Banque  iMoses  Pariente  (privée,  anglaise). 

Le  théâtre  Cervantes  a  été  bâti  en   igiB  dans  le  quartier  Salles 

desBrâmil;  c'est  l'un  des  monuments  de  ce  genre  les  mieux     de  spectacles. 
établis  du  Maroc. 

Il  faut  citer  encore  le  Casino  Kursaal  français  et  le 
Palmarium. 

Tanger  possède  deux  Chambres  de  commerce,  un  comité  Chambres  de 
consultatif  du  commerce  français  et  un  comité  suisse  de  commerce  (2). 
commerce. 

La  Chambre  de  commerce  espagnole  a  été  fondée  il  y  a. 
plus  de  trente  années;  elle  est  présidée  actuellement  par 
M.  Carillo  de  Albornoz,  directeur  de  la  Banque  d'État  du 
Maroc.  Le  commerce  espagnol  à  Tanger,  bien  que  floris- 
sant, ne  compte  qu'une  seule  grosse  entreprise,  Orbea  et 
Cie  (quincaillerie,  ferronnerie,  matériaux  de  construction, 
bois,  fers,  ciment,  etc.)  et  il  n'y  a  dans  la  ville  qu'une  seule 
banque  espagnole.  Banco  de  Espana  (i). 

La  Chambre  de  commerce  britannique  remonte  à  1916 
et  son  premier  président  a  été  le  qaïd  Mac  Lean  ;  ses  mem- 
bres sont  au  nombre  de  6  à  8.  Il  n'y  a  à  Tanger  qu'une 
seule  banque  anglaise,  Bank  of  British  West  Africa  Li- 
mited. 

Le  Comité  consultatif  du  commerce  français  a  été  créé 

(i)  La  Banque  de  Bilbaova  ouvrir  une  agence  à  Tanger. 

(2)  D'après  une  note  obligeamment  communiquée  à  la  Section  sociolo- 
gique par  M.  Mauiion,  conseiller  du  commerce  extérieur,  vice-président  du 
comité  consultatif  du  commerce   français. 


284  TANGER    ET   SA    ZONE  , 

le  12  septembre  1909,  sous  le  patronage  du  ministre  de 
France  au  Maroc,  M.  Regnault,  avec  l'approbation  du  mi- 
nistre du  Commerce  qui  en  a  reconnu  le  caractère  officiel. 
Il  lui  a  été  accordé  une  subvention  annuelle,  dont  le  mon- 
tant, d'abord  fixé  à  2.000  francs,  s'élève  maintenant  à  4.000. 
Le  comité  consultatif  du  commerce  français  cherche  de- 
puis deux  ans  à  se  faire  constituer  en  Chambre  de  com- 
merce. Il  comprend  un  président,  deux  vice-présidents, 
un  secrétaire  et  un  trésorier,  faisant  partie  d'un  conseil  de 
i5  membres.  Le  consul  de  France,  président  d'honneur, 
assiste  personnellement  aux  séances  ou  s'y  fait  repré- 
senter. 

Enfin  Tanger  compte  5  conseillers  du  commerce  exté- 
rieur. 

Presse.  La  presse  locale  est  représentée  par  deux  journaux  quo- 

tidiens paraissant  Tun  le  matin  {Dépêche  Marocaijie), 
l'autre  le  soir  {El-Porvenir),  et  par  des  journaux  divers 
paraissant  une  ou  deux  fois  par  semaine. 

La  Dépêche  Marocaine  a  été  fondée  en  1906;  elle  est 
imprimée  à  l'Imprimerie  Marocaine. 

El-Porvenir  est  dans  sa  vingt  et  unième  année  d'exis- 
tence; deux  de  ses  colonnes  sont  occupées  par  le  journal 
arabe  El-Haqq.  Il  est  imprimé  à  l'imprimerie  du  même 
nom. 

Les  autres  journaux  de  Tanger  sont  les  suivants  : 

El-Eco  MauritanOy  journal  bi-hebdomadaire  espagnol 
paraissant  le  mercredi  et  le  samedi.  C'est  le  plus  ancien  de 
tous  les  journaux  de  Tanger  (3o«  année)  ;  il  sort  de  l'Impri- 
merie Lugaro  ; 

El-Moghreb  El-Aksa,  journal  hebdomadaire  anglais 
paraissant  le  samedi  (Imprimerie  Abrinez)  ; 

El-Heroui  {El-Hourria^  la  Liberté),  écrit  partie  en 
langue  arabe  vulgaire,  mais  avec  des  caractères  hébreux, 


REGIME    ECONOMIQUE 

partie  en  français;  sa  fondation  remonte  a  4  ou  5  ans 
(Imprimerie  Benaïoun); 

Et-Taraqqiy  journal  arabe  fondé  en  janvier  19 16  et 
paraissant  le  mercredi  et  le  samedi  (Imprimerie  Maro- 
caine). 

La  Galette  de  Tanger  paraît  le  samedi  (Imprimerie  Ar- 
tistique), VUnion  des  Travailleurs  le  jeudi  (Imprimerie 
administrative  et  commerciale  H.  Tellier).  La  création  de 
ces  deux  journaux  remonte  seulement  à  quelques  mois. 
UAdelante,  journal  hebdomadaire  espagnol,  est  encore 
de  fondation  plus  récente  (Imprimerie  Santiago-Otero.) 


La  main-d'œuvre  est  fournie  par  les  indigènes,  soit  de 
la  ville  même  et  de  ses  environs,  soit  du  Rif,  et  par 
les  Espagnols.  Le  prix  en  est  de  20  à  25  francs  par  jour. 
Les  manœuvres  reçoivent  un  salaire  quotidien  de  8  à 
10  francs. 

Ces  prix,  donnés  ici  en  francs,  sont  le  plus  souvent  éta- 
blis en  pesetas  espagnoles  ou  en  pesetas  hasanies,  suivant 
l'a  nationalité  des  travailleurs. 


Main- 
d'œuvre. 


Depuis  de  longues  années,  les  monnaies  usuelles  pour 
les  transactions  à  Tanger  étaient  la  monnaie  marocaine, 
dite  hasani,  le  franc  et  la  monnaie  espagnole. 

La  monnaie  hasani  était  plus  particulièrement  employée 
pour  les  affaires  avec  les  indigènes  et  pour  tous  les  achats 
directs  de  leurs  produits  ;  elle  l'était  rarement  dans  les  tran- 
sactions entre  européens. 

Avec  l'ancienne  valeur  de  l'argent,  la  monnaie  hasani, 
qui  n'était  garantie  par  aucune  réserve  d'or,  n'aurait  dû 
valoir  que  son  poids  d'argent,  c'est-à-dire  la  moitié  de  sa 
valeur  fiduciaire. 

Cependant,  la  quantité  de  cette  monnaie  étant  insuffi- 
sante pour  les  transactions,  elle  était  demandée  ;  il  résul- 
tait  de   cette  demande   qu'au   lieu  d'être   vis-à-vis  de  la 


La  Monnaie. 


286  TANGER   ET    SA   ZONE 

monnaie  française  au  cours  de  200  p.  100,  elle  variait  entre 
140  et  160  p.  100,  c'est-à-dire  que  100  francs  valaient  140 
ou  160  pesetas  hasani,  selon  les  demandes  plus  ou  moins 
grandes  dont  le  hasani  était  l'objet. 

Ces  variations  de  change  permettaient  un  agiotage  assez 
considérable  sur  le  cours  du  hasani. 

La  plus-value  ascendante  du  métal  argent,  qui  s'est  pro- 
duite il  y  a  quelques  années,  a  naturellement  modifié  cet 
état  de  choses.  La  monnaie  hasani  a  subi  une  hausse  qui  a 
encore  été  accentuée  par  la  disparition  du  franc  métal  et 
son  remplacement  par  le  papier. 

Au  mois  de  novembre  19 17  le  hasani  était  au  pair  avec 
le  franc;  il  y  a  été  maintenu  pendant  plus  d'un  an  par  un 
dahir  du  sultan  ;  mais  en  octobre  19 19,  il  devenait  néces- 
saire de  laisser  le  hasani  suivre  son  cours  normal  et  il  ne 
tardait  pas  à  atteindre  200  p.  100  sur  le  franc  et  même 
davantage. 

Enfin,  en  exécution  de  la  mesure  prise  par  la  Commis- 
sion interministérielle  siégeant  à  Paris,  un  dahir  du 
19  mars  1920  ordonnait  la  démonétisation  immédiate  du 
hasani  et  le  rachat  aux  caisses  publiques  au  cours  de 
200  p.  100,  jusqu'au  20  avril  dans  les  localités  pourvues 
d'un  représentant  du  Trésor  chérifien,  jusqu'au  20  mai 
dans  les  autres.  Le  même  dahir  ordonnait  également  qu'à 
dater  du  20  mars  1920  nul  ne  serait  admis  à  stipuler  un 
contrat  de  paiement  en  hasani. 

Un  arrêté  viziriel  du  i3  avril  de  la  même  année  stipulait 
qu'à  partir  du  20  avril  pour  certaines  localités  et  du  20  mai 
pour  les  autres,  la  circulation  du  hasani  était  interdite  et 
que  cette  monnaie,  si  elle  paraissait,  serait  saisie  et  rem- 
boursée en  francs  au  pair. 

Aucune  de  ces  mesures  n'a  été  appliquée  à  Tanger,  où 
le  hasani  continue  à  avoir  cours  au  change  moyen  de 
160  p.  100  sur  le  franc,  c'est-à-dire  que  160  francs  valent 
100  pesetas  hasani. 


RÉGIME   ÉCONOMIQUE  287 

Le  franc,  la  monnaie  espagnole  et  le  hasani  continuent 
donc  à  être  les  monnaies  les  plus  courantes  à  Tanger,  mais 
avec  des  cours  de  change  tels  que  le  franc  perd  actuelle 
ment  près  de  la  moitié  de  sa  valeur.  Cependant  la  monnaie 
hasani  n'est  plus  acceptée  dans  les  banques,  mais  seule- 
ment par  les  changeurs. 

La  monnaie  anglaise,  qui  ne  circule  pour  ainsi  dire  pas, 
est  l'objet  d'importantes  transactions  en  banque,  pour  les 
achats  de  marchandises  en  Angleterre. 


LE   REGIME   IMMOBILIER(^) 


Situation  Sans  remonter  jusqu'aux  principes  de  la  propriété  en 

immobilière.  droit  musulman  et  sans  examiner  la  possibilité  juridique 
pour  les  Européens  d'accéder  à  cette  propriété,  on  se  rend 
compte,  en  étudiant  particulièrement  la  question  immo- 
bilière à  Tanger  et  dans  sa  zone,  qu'il  y  a  contradiction 
entre  le  statut  immobilier  de  cette  région  et  l'article  60  de 
l'Acte  d'Algésiras. 

Dès  la  première  conquête  musulmane,  au  premier  siècle 
de  l'hégire,  le  territoire  de  Tanger,  soumis  par  la  force 
des  armes,  a  été  rangé  dans  la  catégorie  des  habous  de  la 
communauté  musulmane,  qui  sont  inaliénables  et  dont  les 
occupants  musulmans  doivent  payer  un  loyer  qui  est  le 
Kharadj. 

Pendant  les  occupations  portugaise  et  anglaise,  le  terri- 
toire de  Tanger  est  devenu  bledel-harb^  territoire  de  guerre, 


(1)  Cf.  Saurin  (Daniel),  le  Régime  foncier  au  Maroc.  Tanger,  1907. 

—  —         la  Propriété  dans  le  droit  musulman,  particuliè- 

rement au  Maroc.  Tanger,  1908. 

Michaux-Bellaire  et  Aubin,  le  Régime  immobilier  au   Maroc.  Leroux, 
Paris,  1912. 

Amar  (Emile),  V Organisation  de  la  propriété  foncière  au  Maroc.  Geuth- 
ner,  Paris,  1913. 

Michaux-Bellaire,  Revue  du  Monde  musulman,  vol.  V,  486  ;   VII,   365  : 
XI,  396  ;  XIII,  197  et  487  ;  XIV,  514  ;  XV,  74  ;  XXI,  4I. 

Michaux-Bellaire,  Archives  marocaines,  vol.  XVII,  161  ;  XX,  92. 


LE  RÉGIME   IMMOBILIER  289 

ne  pouvant  être  occupé  pacifiquement  par  des  musulmans 
qu'une  fois  reconquis  par  eux.  Cette  nouvelle  conquête 
eut  lieu  en  1684,  après  le  départ  des  Anglais;  le  territoire 
de  Tanger  redevint  terre  d'islam,  mais  terre  reconquise  sur 
les  infidèles,  c'est-à-dire  qu'elle  reprit  son  statut  antérieur 
de  terre  de  Kharadj,  habous  de  la  communauté  musul- 
mane. 

En  qualité  d'administrateur  de  cette  communauté,  le 
sultan  Moulay  Ismaïl  chargea  le  pacha  Ali  ben  Abdallah 
Er-Rifi  de  constituer  avec  ses  rifains  le  guich  de  Tanger  et 
de  partager  entre  eux  le  territoire  du  Fahç,  avec  les  privi- 
lèges habituels  des  tribus  militaires,  dites  tribus  guich, 
c'est-à-dire  qu'au  lieu  de  payer  en  argent  le  droit  de  jouis- 
sance des  terres,  comme  les  tribus  de  naïba,  les  rifains  du 
Fahç  acquitteraient  ce  loyer  en  remplissant  des  obligations 
militaires. 

Le  territoire  de  Tanger  se  trouvait  donc  doublement 
inaliénable,  comme  habous  de  la  communauté  musulmane 
et  comme  territoire  guich. 

D'autre  part,  l'article  60  de  l'acte  d'Algésiras  dit  textuel- 
lement que  :  «  Conformément  au  droit  qui  leur  a  été  re- 
connu par  l'article  11  de  la  convention  de  Madrid,  les 
étrangers  pourront  acquérir  des  propriétés  dans  les  ports 
ouverts  au  commerce  et  dans  un  rayon  de  10  kilomètres 
autour  de  ces  ports,  sans  que  l'autorisation  prévue  par 
l'article  11  delà  convention  de  Madrid  soit  désormais  né- 
cessaire. »  Les  étrangers  peuvent  donc  acheter  librement 
sans  autorisation  préalable  dans  un  rayon  de  10  kilomètres 
autour  de  Tanger.  Or,  on  vient  de  voir  que  les  terres  com- 
prises dans  ce  rayon  sont  doublement  inaliénables.  On  se 
trouvait  donc  de  fait  en  face  de  cette  situation  singulière, 
que  les  étrangers  avaient  bien  le  droit  d'acheter,  mais  que 
les  indigènes  n'avaient  pas  le  droit  de  vendre.  Il  eût  été 
facile  de  prendre  des  mesures  nettes  de  nature  à  sauve- 
garder les  droits  d'acquérir  des  européens,   les  droits  des 

VILLES    ET   TRIBUS.    —   VII.  20 


290  TANGER   ET   SA   ZONE 

occupants  et  ceux  du  Makhzen  lui-même  et  du  Trésor.  Au 
lieu  de  cela,  on  a  préféré  laisser  les  choses  dans  le  vague  et 
dans  l'imprécis  et  le  qadi  qui,  en  vertu  du  même  article  60 
de  Tacte  d'Algésiras,  devait  être  spécialement  désigné 
pour  assurer  la  régularité  des  transmissions  immobilières, 
ne  Ta  jamais  été. 

Voici  comment  la  propriété  privée  a  été  constituée  dans 
le  rayon  de  10  kilomètres  prévu  par  l'article  60  de  Pacte 
d'Algésiras  : 

L'occupant  d'une  parcelle  fait  faire  un  acte  de  notoriété 
appelé  moulkiya,  établissant  qu'il  occupe  paisiblement  cette 
parcelle  depuis  plus  de  dix  ans.  Pour  obtenir  l'autorisation 
d'établir  le  document,  il  faut  trois  déclarations:  une  du 
pacha,  qui  a  trait  évidemment  au  territoire  guich,  mais  il 
n'en  est  pas  fait  mention;  une  de  l'Amîn  el-Moustafad, 
que  la  parcelle  ne  fait  pas  partie  des  biens  dont  il  a  l'ad- 
ministration ;  une  du  Nadir,  que  la  dite  parcelle  n'est  pas 
habous.  Cette  moulkiya  constitue  un  titre  de  propriété  sur 
lequel  la  vente  est  consignée. 

De  cette  simplicité  de  l'établissement  du  droit  de  pro- 
priété et  du  principe  même  de  la  moulkiya,  il  ressort  natu- 
rellement que  la  propriété  n'existe  que  par  une  occupation 
effective  et  que  la  mutation  de  la  propriété  ne  peut  être 
connue  que  parla  prise  de  possession  effective  parle  nouvel 
acquéreur.  Sans  cette  occupation  de  fait,  rien  n'empêche- 
rait de  vendre  la  même  parcelle  à  plusieurs  acheteurs  : 
c'est  ce  qui  s'est  produit  dans  des  régions  très  voisines 
cependant  de  Tanger,  où  l'occupation  de  fait  par  un  euro- 
péen est  encore  impossible  ;  par  exemple  dans  la  petite 
portion  de  l'Andjera  comprise  dans  la  zone  de  Tanger  et 
qui  ferme  la  baie  à  l'est.  Il  y  a  dans  cette  région,  pour  la 
même  parcelle,  plusieurs  propriétaires  inpariibus,  de  natio- 
nalités différentes,  qui  s'ignorent  peut-être  encore  récipro- 
quement et  il  serait  évidemment  délicat  de  préjuger  de  la 
valeur  réelle  des  documents  parfaitement  réguliers  dans  la 


LE    REGIME    IMMOBILIER  29 1 

forme,  dont  ils  sont  tous  porteurs.  Le  fait  s'est  même  pro- 
duit pour  des  parcelles  du  Fahç  voisines  de  l'Andjera. 

Il  arrive  aussi  que  plusieurs  moulkiyas  chevauchent  Tune 
sur  l'autre  et  la  question  de  limites  finit  souvent  par  se 
régler  par  des  arrangements  amiables.  Il  existe  également 
certaines  moulkiyas  qui  ne  semblent  s'appliquer  exactement 
nulle  part,  ce  qui  permet  de  les  appliquer  un  peu  partout. 
Le  principe  d'après  lequel  une  vente  n'est  valable  que  si  le 
vendeur  met  son"  acheteur  en  possession  effective  de  la 
chose  vendue,  permettait  d'éviter  bien  des  difficultés  ;  mais 
le  grand  désir  d'acheter  pousse  souvent,  à  Tanger  comme 
ailleurs  au  Maroc,  à  acheter  même  du  contentieux. 

Malgré  toutes  ses  imperfections,  l'instrument  du  régime 
immobilier  de  Tanger  a  fonctionné  tant  bien  que  mal  et  il 
fonctionne  encore.  Le  temps,  s'il  n'efface  pas  les  irrégula- 
rités de  certaines  origines,  les  fait  oublier  et  le  futur  statut 
de  Tanger  n'aura  plus  qu'à  consacrer  une  situation  de  fait, 
en  inaugurant  l'immatriculation  qui  assainira  progressive- 
ment la  propriété  immobilière  de  Tanger  en  lui  donnant 
une  base  définitive. 

Ainsi  qu'on  vient  de  le  voir,  le  territoire  guich  de  la      Le  Territoire 
zone  de  Tanger  se  compose  de  toutes  les  terres  occupées  Guich. 

par  le  guich  er-rifi. 

Il  sera  parlé  plus  loin  de  l'inventaire  des  biens  du 
Makhzen  dressé  sur  l'ordre  de  Moulay  Abdelaziz  en  igoS 
pour  donner  un  gage  à  l'avance  de  lo  millions  de  marks, 
demandée  à  la  banque  allemande  Mendelsohn.  Le  dernier 
chapitre  de  cet  inventaire  est  consacré  aux  terres  du  guich 
et  il  s'exprime  ainsi  : 

«  Il  faut  ajouter  les  terres  de  labour  du  Fahç  de  Tanger, 
qui  sont  entre  les  mains  du  guich  er-rifi,  ainsi  que  les 
villages  qui  y  sont  construits  dont  les  noms  suivent  (suit 
la  liste  des  villages  du  Fahç).  Ces  terres  de  labour  sont 
limitées  par  la  mer  du  côté  de  Sidi  Qasem  (c'est-à-dire  par 


292  TANGER   ET    SA   ZONE 

rOcéan),  par  les  Amer,  par  les  Béni  Meçaouar,  lesOuadras 
et  par  TAndjera.  »  Plus  loin  les  délégués  déclarent  qu'ils  se 
sont  consultés  sur  ce  qu'il  y  avait  à  faire  relativement  aux 
terres  de  labour  se  trouvant  entre  les  mains  du  guich  er- 
rifi.  Ces  délégués  se  sont  trouvés  en  face  d'usurpations 
telles  de  la  part  de  personnages  influents,  que  leur  embarras 
est  visible  et  ils  s'en  sont  tirés  en  décidant  «  que  le  meilleur 
moyen  était  d'indiquer  ces  terres  en  bloc,  sans  entrer  dans 
les  détails  et  sans  indiquer  explicitement  les  unes  et  non 
les  autres,  comme  par  exemple  Charf  el-Aqab,  Boukhalf 
et  d'autres  terres  qui  sont  inscrites  au  registre  des  Oumana, 
à  cause  de  ce  qui  s'est  produit  que  certaines  de  ces  terres 
ont  été  l'objet  d' appropriatioyxs  privées  et  d'autres  non.  En 
réalité  toutes  ces  terres  de  labour  appartiennent  au  Makhzen  : 
en  effet  les  ancêtres  du  sultan  y  ont  établi  le  guich  er-rifî 
pour  protéger  la  ville  et  ce  guich  ne  possède  que  la  jouis- 
sance uniquement.  La  forme  de  la  déclaration  des  délégués 
prouve  qu'ils  n'ont  pas  eu  à  leur  disposition  le  registre  des 
biens  du  guich  où  la  répartition  du  territoire  du  Fahç 
entre  les  gens  du  guich  était  indiquée  et  modifiée  au  fur 
et  à  mesure  des  décès  et  des  remplacements.  Ce  registre 
existait  encore  il  y  a  une  trentaine  d'années  ;  il  a  disparu. 
En  un  mot,  tout  en  reconnaissant  le  principe  de  l'ina- 
liénabilité  des  terres  guich,  les  délégués  du  sultan,  pour 
des  raisons  quelconques,  reculent  devant  une  mise  au 
point  qui  pouvait  révéler  toute  une  organisation  de  pillage 
méthodique.  Cette  dilapidation  a  donc  commencé  anté- 
rieurement à  l'Acte  d'Algésiras.  On  a  vu  déjà  que  par  l'ar- 
ticle 60  de  ce  contrat  diplomatique,  le  Makhzen  renonce 
implicitement  à  ses  droits  sur  le  territoire  guich  de  Tan- 
ger, au  moins  dans  un  rayon  de  10  kilomètres  autour  de 
la  ville;  cela  n'aurait  pas  dû  consacrer  les  usurpations 
antérieures,  surtout  en  dehors  des  10  kilomètres;  mais  il 
semble  que  tout  a  été  fait  pour  créer  une  situation  que  le 
manque  non  moins  voulu  de  toute  autorité  efficace   rend 


LE    RÉGIME   IMMOBILIER  SçS 

tout  à  fait  inextricable.  D'ailleurs  on  sait  que  l'autorité  du 
Makhzen  se  déclare  aisément  impuissante  si  on  cherche 
à  supprimer  les  abus  qu'il  peut  commettre  à  Tabri  de  cette 
autorité.  On  en  a  vu  de  fréquents  exemples  un  peu  par- 
tout depuis  que  Ton  cherche  à  utiliser  l'autorité  locale 
pour  mettre  un  peu  d'ordre  dans  le  maquis  administratif 
et  financier  du  Maroc. 

Le  résultat  de  l'autorisation  d'acheter  sans  avoir  modi- 
fié le  statut  immobilier  de  la  région,  sans  avoir  établi 
quels  seraient  les  droits  des  occupants  qui  n'avaient  que 
la  jouissance,  ni  ceux  du  Makhzen  propriétaire,  a  été  que 
souvent  l'occupant  effectif  a  été  frustré  par  de  plus  habiles 
ou  de  plus  puissants  et  que  le  Makhzen  en  tant  qu'admi- 
nistrateur de  la  communauté  musulmane  l'a  été  complè- 
tement. Une  fois  de  plus  l'intérêt  général  a  été  sacrifié  à  de 
nombreux  intérêts  particuliers,  de  telle  sorte  que  la  mise 
dans  la  circulation  des  biens  inaliénables  du  guich,  qui 
aurait  dû  être  un  élément  de  bien-être  pour  tous  les 
occupants  sans  exception  et  une  source  de  profits  pour 
l'État,  n'a  obtenu  ni  l'un,  ni  l'autre  de  ces  deux  résultats. 

A  Tanger,  comme  dans  les  autres  villes  du  Maroc,  les  Les  biens 
propriétés  du  Makhzen  se  composent  d'abord  des  bâti-  du  Makhzen 
ments  officiels  des  services  administratifs,  qui  sont  Makh- 
zen par  essence  dès  leur  origine,  d'acquisitions  et  aussi  de 
biens  confisqués  à  des  gouverneurs  emprisonnés  par  ordre 
du  sultan,  ou  à  la  mort  de  ces  gouverneurs.  Les  biens  du 
Makhzen  les  plus  anciens  datent  de  la  rentrée  des  musul- 
mans dans  la  ville.  Toutes  les  fortifications,  tous  les  bâti- 
ments militaires,  magasins,  arsenaux,  etc.,  ainsi  que  tous 
les  immeubles  qui  servaient  à  Tadministration  anglaise 
ont  été  certainement  classés  parmi  les  biens  du  Makhzen  • 
la  Qaçba,  par  exemple,  dans  son  entier. 

De  plus  deux  confiscations  considérables  qui  sont  des 
faits  historiques  ont  dû  augmenter  notablement  la  quan- 


294  TANGER    ET    SA    ZONE  • 

tité  des  biens  du  Makhzen.  C'est  d'abord,  en  1748,  à  la 
mon  du  pacha  Ahmed  ben  Ali,  tué  à  El-Qçar,  la  confis- 
cation de  tous  ses  biens  à  Tanger  par  le  sultan  Moulay 
Abdallah  qui  est  venu  3^  assister  lui-même.  Il  fît  faire  l'in- 
ventaire de  tous  ses  biens  mobiliers  et  immobiliers,  de  ses 
esclaves,  de  son  bétail,  etc.  ;  Moulay  Abdallah  confisqua 
également  les  biens  des  qaïds  qui  étaient  sous  les  ordres 
du  pacha  Ahmed  ben  Ali. 

En  1766,  le  sultan  Mohammed  ben  Abdallah,  après  avoir 
fait  emprisonner  à  Meknès  le  qaïd  Abdeççadaq  ben  Ahmed 
Er-Rifi  et  les  gens  de  sa  famille  qui  l'avaient  accompagné, 
alla  lui-même  à  Tanger  pour  confisquer  les  biens  d'Ab- 
deççadaq  et  transporta  à  Mehediya  tous  les  rifains  sauf 
i.5oo,  auxquels  il  ajouta  i.5oo  Abids  de  Mehediya. 

Toutes  ces  confiscations  avaient  non  seulement  fait 
réintégrer  dans  les  biens  du  Makhzen  ce  qui  avait  pu  en 
être  usurpé  par  les  gouverneurs,  par  leurs  familles  et  par 
leurs  gens,  mais  y  avaient  même  ajouté  ce  qui  appartenait 
en  propre  aux  fonctionnaires  dépossédés. 

D'autre  part,  il  arrivait  que  tout  ou  partie  des  biens 
confisqués  par  un  souverain  à  un  gouverneur  était  plus 
tard  restitué  aux  héritiers  de  ce  gouverneur  par  le  succes- 
seur du  souverain.  C'est  ainsi  que  Moulay  Sliman  autorisa 
vers  1800  la  veuve  et  les  héritiers  du  qaïd  Abdeççadaq  ben 
Ahmed,  mort  à  Meknès  dans  la  prison  où  il  avait  été 
enfermé  par  Sidi  Mohammed  ben  Abdallah,  à  revendi- 
quer une  partie  des  biens  de  ce  qaïd,  entre  autres  la  moi- 
tié d'un  four  à  la  Saniat  Yala,  «  la  grande  maison  »  et  un 
jardin  aux  Souani  ;  mais  ces  revendications  n'ont  été  auto- 
risées que  pour  permettre  la  vente  des  immeubles  reven- 
diqués. 

A  l'origine,  les  biens  du  Makhzen  étaient  administrés 
par  les  Oumana  des  douanes  qui  avaient  la  charge  d'en 
tenir  les  registres.  Plus  tard  leur  administration  fut  confiée 
à  l'Amîn  el-Moustafad. 


LE    RÉGIME    IMMOBILIER  295 

Le  17  djoumada  I  de  l'année  i323  (20  juillet  1905),  pen- 
dant l'ambassade  Saint-René  Taillandier  à  Fès,  le  sultan 
Moulay  Abdelaziz,  pour  gager  une  avance  de  10  millions 
de  marks  qu'il  voulait  se  faire  consentir  par  la  banque 
allemande  Mendelsohn,  ordonnait  par  un  dahir  à  ses  repré- 
sentants à  Tanger  de  faire  un  inventaire  «  de  toutes  les 
propriétés  du  Makhzen  dans  la  ville  de  Tanger  et  autour 
de  cette  ville,  constructions,  jardins  et  terres  de  labour, 
loués,  concédés  moyennant  loyer,  ainsi  que  les  construc- 
tions à  6  p.  100  et  les  propriétés  données  en  jouissance, 
ainsi  que  les  terres  complètement  abandonnées  ». 

Le  même  dahir  indiquait  les  fonctionnaires  chargés  de 
cet  inventaire  et  précisait  qu'il  devait  être  rédigé  par  deux 
adoul. 

Conformément  à  ces  ordres,  les  fonctionnaires  désignés 
ont  relevé  tous  les  biens  du  Makhzen  dans  les  registres  de 
la  douane  et  dans  celui  de  l'Amîn  el-Moustafad  et  ils  ont 
le  même  jour  commencé  la  reconnaissance  des  immeubles 
et  la  recherche  de  ceux  qui  étaient  abandonnés.  Ce  travail 
a  été  terminé  le  i3  chaoual  i323  (22  décembre  1905)  et 
l'inventaire  a  été  signé  par  deux  adoul  et  légalisé  par  le 
qadi.  Ce  n'est  donc  pas  une  simple  liste,  mais  un  docu- 
ment authentique. 

La  liste  des  biens  qu'il  contient  est  considérable  et  pou- 
vait constituer  pour  le  Makhzen  une  véritable  richesse.  En 
dehors  des  terres  de  labour,  la  valeur  de  ces  biens  était 
estimée,  il  y  a  environ  i5  ans,  à  plus  de  18  millions  de 
francs.  En  admettant  une  certaine  exagération  d'évaluation 
à  l'époque,  la  plus-value  acquise  depuis  par  les  immeubles 
permet  de  considérer  cette  appréciation  comme  très  infé- 
rieure à  la  réalité  actuelle. 

Le  gage  constitué  par  ces  biens  pour  l'avance  Mendel- 
sohn a  été  repris  par  l'administration  de  la  Dette,  qui  a 
remboursé  cette  avance  lors  de  l'emprunt  de  1910. 

Depuis  cette  époque  les  biens  du  Makhzen  ont  continué 


296  TANGER    ET   SA   ZONE 

à  être  administrés  par  i'Amîn  el-Moustafad,  mais  sous  le 
contrôle  de  l'administration  de  la  Dette. 

Cette  administration  a  eu  parfois  de  grandes  difficultés 
à  défendre  son  gage  et  ses  efforts  ont  été  souvent  impuis- 
sants à  conserver  au  Makhzen  la  propriété  de  son  bien. 

Il  semblerait  qu'en  donnant  en  gage  une  partie  de  ses 
biens  domaniaux,  le  Makhzen  faisait  un  acte  de  faiblesse 
qui  lui  enlevait  tout  son  prestige  même  vis-à-vis  de  ses 
propres  agents.  11  serait  long,  délicat  et  inutile  d'ailleurs  de 
citer  les  cas  nombreux  où  l'administration  de  la  Dette  était 
presque  considérée  comme  faisant  de  l'arbitraire  parce 
qu'elle  cherchait  à  défendre  une  partie  du  gage  qui  lui 
était  confié. 

En  résumé  les  biens  du  Makhzen,  usurpés  par  les  uns 
et  par  les  autres,  ne  correspondent  certainement  plus 
aujourd'hui  à  la  liste  dressée  en  igoS;  la  petite  zone  de 
Tanger,  dont  les  ressources  sont  très  médiocres,  aurait  pu 
trouver  dans  les  biens  domaniaux  de  son  territoire  une 
valeur  utilisable  dans  l'intérêt  général  ;  comme  pour  les 
biens  du  guich,  ce  sont  quelques  intérêts  particuliers  seuls 
qui  en  ont  profité,  sans  grand  profit  pour  la  morale 
publique,  ni  pour  les  intérêts  bien  compris  de  la  commu- 
nauté. 

Parmi  les  biens  du  Makhzen  dont  la  situation  doma- 
niale est  incontestable  et  que  les  rédacteurs  de  l'acte  de 
recensement  ordonné  par  Moulay  Abdelaziz  ne  font  qu'in- 
diquer, il  faut  citer  le  grand  adir  de  Gharf  el-Aqab. 

On  sait  que  le  Makhzen  avait  dans  plusieurs  tribus  des 
pâturages  [adirs).  Ceux  de  la  région  Nord-Ouest  étaient 
administrés  jusqu'au  commencement  du  règne  de  Moulay 
Abdelaziz  par  les  Oulad  Ed-Daouïa  (i). 

Les  quatre  principaux  étaient  :  les  adirs  de  Mechra  El- 
Hadar  et  de  Bghoura  dans  le  Gharb,  celui  d'El-Mliha,  dans 

(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XX  :  le  Gharb,  p.  192. 


LE   RÉGIME   IMMOBILIER  *  297 

le  Khlot,  entre  El-Qçar  et  Larache,  et  celui  de  Charf  el- 
Aqab. 

Lorsque  l'administration  des  adirs  fut  retirée  aux  Oulad 
Ed-Daouïa,  elle  fut  confiée  aux  gouverneurs  des  tribus. 

D'après  des  documents  datant  du  règne  de  Sidi  Moham- 
med ben  Abdallah  en  1191  (J.-C.  1777),  l'adir  de  Charf  el- 
Aqab  se  trouve  «  dans  un  grand  terrain  entre  les  Da'da'ât 
et  rOued  Amharhar  ». 

On  sait  que  les  biens  habous  sont  constitués  par  des       Les  Habous 
donations,  généralement  testamentaires,   en  faveur  d'une  (i). 

mosquée,  d'un  sanctuaire,  d'une  institution  pieuse.  Il  est 
inutile  de  reprendre  ici  l'origine  des  habous  et  leurs  diffé- 
rentes catégories  ;  à  de  très  rares  exceptions  près,  tous  les 
habous  de  Tanger  sont  constitués  en  faveur  de  la  grande 
mosquée  ou  d'une  zaouia.  Comme  partout  au  Maroc,  les 
habous  des  mosquées  de  chaque  quartier  étaient  adminis- 
trés par  un  nadir  nommé  par  les  notables  de  ce  quartier  ; 
chaque  zaouia  avait  également  son  nadir  particulier.  De- 
puis le  commencement  du  dix-neuvième  siècle,  les  habous 
des  mosquées  sont  administrés  par  des  nadirs  nommés  par 
le  Makhzen  ;  à  Tanger,  les  habous  de  la  zaouia  Naciriya  et 
ceux  des  Oulad  El-Baqqal,  sur  leur  demande,  sont  depuis 
un  certain  nombre  d'années  administrés  également  par  le 
nadir  officiel.  Les  autres  zaouias  ont  conservé  l'adminis- 
tration de  leurs  biens.  En  principe,  l'administration  de 
tous  les  habous,  quels  qu'ils  soient,  doit  être  soumise  à  la 
surveillance  du  qadi,  comme  toutes  les  institutions  reli- 
gieuses. 

Dans  la  pratique,  le  qadi  n'intervient  que  très  rarement 
dans  cette  administration. 

Les  habous  sont  inaliénables  :  ils  ne  peuvent  être  ni  ven- 

(1)  Cf.  Al-Mountabassir,  Les  Habous  de  Tanger  :  Repue  du  Monde 
musulman,  t.  I,  p.  325  ;  —  Michaux-Bellaire,  Les  Habous  de  Tanger  : 
Archives  marocaines,  yo\.  XXII  et  XXHI. 


298  TANGER    ET   SA    ZONE 

dus,  ni  donnés,  ni  être  compris  dans  une  succession  ;  mais 
ils  peuvent  être  acquis  par  voie  d'échange  avec  une  autori- 
sation spéciale  du  sultan.  Les  habous  actuels  de  Tanger 
ne  datent  évidemment  que  de  la  fin  du  dix-septième  siècle, 
après  la  rentrée  des  musulmans  dans  la  ville.  La  première 
constitution  en  habous  est  celle  faite  par  le  pacha  Ali  ben 
Abdallah,  sur  l'ordre  de  Moulay  Ismaïl,  aussitôt  après  la 
reprise  de  Tanger.  Cette  constitution  était  faite  en  faveur 
de  la  grande  mosquée  et  comprenait  toutes  les  terres  de 
labour  depuis  les  Souani  jusqu'au  torrent  de  Bahreïn,  à  la 
rivière  des  Juifs  et  jusqu'au  chemin  qui  conduit  à  'Aouama. 
On  peut  encore  retrouver  les  limites  de  ce  terrain,  mais 
il  y  a  de  longues  années  que  la  constitution  en  habous  a 
été  oubliée  et  que  les  terres  ont  été  vendues  et  revendues. 
Il  en  est  d'ailleurs  ainsi  d'un  grand  nombre  de  biens 
habous  de  Tanger.  Que  l'on  n'ait  pas  hésité  à  battre 
monnaie  des  biens  du  Makhzen  au  détriment  de  l'État  on 
peut  jusqu'à  un  certain  point  l'admettre  dans  un  pays  où 
les  fonctions  officielles,  mal  rétribuées,  ne  sont  considérées 
que  comme  un  moyen  d'abuser  de  la  part  d'autorité  que 
l'on  peut  détenir  ;  mais  que  des  musulmans,  affichant 
même  une  certaine  intolérance,  ne  reculent  pas  devant  la 
violation  du  caractère  religieux  des  biens  habous,  cela  per- 
met de  se  faire  une  idée  de  la  valeur  réelle  de  la  foi  musul- 
mane de  la  plupart  des  habitants  de  Tanger.  Ils  cherchent 
une  excuse  dans  la  casuistique,  en  disant  qu'il  vaut  mieux 
se  partager  entre  musulmans  les  biens  habous  que  de  les 
laisser  tomber  entre  les  mains  des  chrétiens,  qui  ne  man- 
queraient pas  de  s'en  emparer.  Il  n'est  pas  besoin  d'ajou- 
ter que,  pour  le  partage,  quelques  individus  privilégiés  se 
constituent  de  leur  propre  chef  les  mandataires  de  la  com- 
munauté. 

Les  dilapidations  remontent  d'ailleurs  à  de  longues  an- 
nées et  ont  pris  bien  des  formes  ;  abus  du  principe  de  la 
clef,  qui  est  souvent  devenu  une  propriété  ;  abus  du  prin- 


LE    REGIME    IMMOBILIER  299 

cipe  de  l'échange,  qui  a  permis  d'acquérir  des  habous  bien 
placés  en  échange  d'immeubles  excentriques  ;  abus  des 
contrats  à  long  bail  et  des  avances  pour  réparations,  etc.  ; 
bref  tous  les  abus.  Malgré  cela  le  patrimoine  des  habous 
existe  encore,  quoique  très  diminué.  Le  nadir  actuel,  Si 
Mohammed  Rekina,  qui  est  négociant  et  a  le  sens  des 
affaires,  fait  les  plus  méritoires  efforts  pour  maintenir  ce 
qui  reste.  Sa  besogne  est  des  plus  ingrates  et  il  ne  peut  cer- 
tainement pas  toujours  maintenir  comme  il  le  voudrait  les 
droits  d'une  institution  qui  paraît  avoir  été,  à  Tanger,  vo- 
lontairement sacrifiée  depuis  une  quarantaine  d'années. 


CONCESSIONS   ET  TRAVAUX 


i<*  L'adduction  d'eau  potable. 


La  question  de  l'approvisionnement  de  Tanger  en  eau  a 
toujours  dû  être  une  préoccupation  pour  ses  habitants.  Le 
petit  torrent  d'Hasnona  dans  la  vallée  duquel  la  ville  est 
construite  a  toujours  en  effet  été  insuffisant  pour  l'alimen- 
tation de  la  ville  et  les  anciens  occupants  l'avaient  d'ail- 
leurs utilisé  pour  en  faire  un  égout.  D'autre  part,  les  quel- 
ques puits  qui  se  trouvent  dans  les  maisons  ne  donnent 
qu'une  eau  très  calcaire  qui  n'est  pas  potable. 

On  a  vu  que  les  Romains  avaient  amené  dans  la  ville 
une  partie  des  sources  du  Djebel  el-Kebir  au  moyen  d'un 
aqueduc  qui  franchissait  la  rivière  des  Juifs  à  la  hauteur  du 
plateau  du  Marchan.  Cet  aqueduc  a  été  détruit  par  Ghaï- 
lan  (i)  ;  on  en  voyait  encore  une  arche  il  y  a  une  tren- 
taine d'années  ;  il  en  reste  à  peine  aujourd'hui  un  pan  de 
muraille  en  ruine,  du  côté  du  Djebel.  Sur  le  plateau  du 
Marchan  lui-même  on  peut  encore  à  peu  de  profondeur 
retrouver  les  restes  de  la  conduite  qui  devait  amener  l'eau 
à  l'emplacement  actuel  de  la  Qaçba.  Aux  sources  du  Djebel 

{i)  Cf.  supra  p.  66. 


CONCESSIONS    ET   TRAVAUX  3oi 

El-Kebir  s'ajoutaient  certainement  les  eaux  du  sommet  du 
Marchan  et  des  Dradeb  :  en  effet,  il  y  a  quelques  années, 
une  ouverture  pratiquée  dans  la  conduite  à  la  hauteur  de 
l'Institut  Pasteur  servait,  surtout  en  hiver,  à  l'écoulement 
des  eaux;  plus  loin  entre  cet  endroit  et  la  Qaçba,  la  con- 
duite était  détruite.  L'eau  amenée  jusque-là  se  déversait 
sur  le  sol  et  formait  un  véritable  marécage.  Aujourd'hui 
encore,  malgré  les  travaux  de  voirie,  cet  endroit  révèle 
souvent  par  son  humidité  la  présence  d'une  nappe  d'eau. 

L'eau  était  encore  amenée  dans  la  ville  de  trois  autres 
endroits: 

!<*  Des  jardins  qui  se  trouvent  au  sommet  de  Hasnona 
(Saniat  El-Hadjti,  Jardin  de  Belgique).  Les  nappes  d'eau 
qui  formaient  l'oued  Hasnona  avaient  été  en  partie 
captées  ; 

2'^  Des  hauteurs  qui  dominent  les  Cefaçaf.  On  retrouve 
encore  dans  les  jardins  de  Lalla  Chafîa  les  vestiges  des 
conduites  qui  dirigeaient  l'eau  sur  la  ville  ; 

S»*  Les  Mâadi  (les  nappes  d'eau),  sur  la  route  de  Fès. 
Les  cubes  de  maçonnerie  qui  servaient  à  capter  ces  nappes 
étaient  encore  visibles  sur  la  route  il  y  a  quelques  années  : 
on  en  retrouve  encore  quelques-uns  dans  des  jardins  limi- 
trophes, mais  la  plupart  ont  été  démolis. 

Les  canalisations  qui  amenaient  ces  différentes  nappes 
d'eau  dans  la  ville,  oij  elles  alimentaient  de  nombreuses 
fontaines  et  les  chambres  d'ablutions  des  mosquées,  ont 
été  détruites  par  les  constructions  nouvelles.  Les  fontaines 
sont  aujourd'hui  desséchées  et  on  cherche  à  faire  venir  à 
grand  frais  l'eau  de  Charf  el-Aqab. 

Il  y  a  d'ailleurs  près  de  quarante  ans  que  les  européens 
de  Tanger  se  préoccupent  de  cette  question  de  l'eau  :  elle 
est  devenue  de  plus  en  plus  urgente  pour  plusieurs  raisons. 

D'abord  la  population  européeune  a  augmenté  ;  ensuite 
les  contructions  nouvelles  ont  achevé  de  détruire  les  an- 
ciennes canalisations,  de  sorte  que  l'eau  potable  fait  absolu- 


302  TANGER    ET   SA   ZONE        ^ 

ment  défaut  et  n-ieme  souvent,  en  été,  l'eau  d'une  façon  géné- 
rale. Les  citernes,  que  Ton  construit  dans  la  plupart  des 
maisons  et  qui  donnent  d'ailleurs  une  eau  assez  médiocre, 
sont  elles-mêmes  insuffisantes. 

Pour  avoir  une  chasse  d'eau  dans  les  égouts  des  nouveaux 
quartiers  de  la  ville,  il  a  fallu  avoir  recours  à  l'eau  de  mer 
que  l'on  fait  monter  avec  des  machines  élévatoires  dans 
des  réservoirs  construits  dans  les  parties  hautes  de  ces 
nouveaux  quartiers. 

Après  plusieurs  tentatives  infructueuses  de  constitution 
de  sociétés,  la  concession  des  eaux  a  été  accordée  par  le 
gouvernement  chérifîen  à  la  Société  marocaine  de  distri- 
bution d'eau,  de  ga!{  et  d'électricité,  le  3o  septembre  191 8. 

Par  l'acte  de  concession,  le  gouvernement  chérifien  con- 
cède à  ladite  société  l'autorisation  d'exécuter  les  travaux 
et  installations  d'adduction  des  eaux  de  Charf  el-Aqab  et 
de  toutes  autres  eaux  potables  existant  dans  la  zone  défi- 
nie par  l'article  7  de  l'accord  franco-espagnol  du  2"]  no- 
vembre 1912,  ainsi  que  le  droit  exclusif  d'exploiter  ces 
eaux  pour  l'alimentation  publique  de  la  ville  et  du  port 
de  Tanger  et  éventuellement  de  la  zone  en  question. 

Cette  concession  a  été  accordée  moyennant  certains 
engagements  réciproques  qui  ont  fait  l'objet  d'une  conven- 
tion en  plusieurs  articles. 

Le  bénéfice  net  de  l'exploitation  sera  partagé,  tous  frais 
payés,  entre  le  gouvernement  chérifien  et  le  concession- 
naire. 

A  l'expiration  de  la  concession,  le  3i  décembre  1990,  le 
gouvernement  chérifien  sera  subrogé  à  tous  les  droits  du 
concessionnaire;  il  n'aura  rien  à  payer  à  celui-ci,  mais 
assurera  le  service  des  emprunts  des  trente  dernières 
années  et  remboursera  au  concessionnaire  les  fonds  de 
concours  fournis  par  lui  pendant  la  même  période  et  ses 
amortis  sur  les  comptes  d'exploitation. 

D'autre  part,   à  partir  du   i^""  janvier  1935,  le  gouverne- 


CONCESSIONS    ET  TRAVAUX  3o3 

ment  chérifîen  aura  la  facilité  de  racheter  la  concession  à 
la  date  d'un  premier  janvier  et  après  préavis  d'un  an  au 
moins.  Les  conditions  de  ce  rachat  sont  prévues  dans 
l'article  9  de  l'acte  de  concession. 

Il  serait  impossible  de  savoir  dès  maintenant  à  quel 
prix  la  compagnie  pourra  donner  le  mètre  cube  d'eau. 
L'augmentation  du  prix  des  matériaux  et  de  la  main-d'œuvre 
a  forcément  modifié  les  prévisions  premières. 

Les  captages  des  sources  de  Charf  el-Aqab  ont  été  exé- 
cutés il  y  a  plusieurs  années  et  la  canalisation  établie  par 
la  Société  des  eaux  est  en  grande  partie  terminée.  L'adduc- 
tion des  eaux  et  sa  mise  à  la  disposition  du  public  ne  sau- 
raient donc  tarder. 

Des  mesures  ont  été  prises  pour  ménager  les  droits  des 
indigènes   et  faire  profiter  les  pauvres  de    l'adduction   de 
'l'eau. 

D'une  part,  le  concessionnaire  mettra  gratuitement  à  la 
disposition  des  indigènes  de  Charf  el-Aqab  un  volume 
d'eau  quotidien,  qui  sera  fixé  par  le  gouvernement 
chérifien  et  qui  ne  sera  pas  inférieur  à  cinquante  mètres 
cubes. 

Dans  la  ville,  70  bouches  d'arrosage  et  d'incendie  et 
i5  bornes-fontaines  publiques  seront  établies.  En  outre 
les  anciens  porteurs  d'eau  professionnels  {guerraba)  seront 
admis  à  puiser  à  dix  des  bornes-fontaines  qui  seront  dési- 
gnées ;  ils  auront  à  payer  un  droit  de  un  franc  par  jour. 
La  liste  de  ces  porteurs  sera  établie  et  de  nouveaux  titu- 
laires n'étant  plus  admis,  les  porteurs  d'eau  disparaîtront 
par  extinction. 

Il  sera  d'ailleurs  toujours  loisible  à  la  corporation  des 
guerraba  de  continuer  d'aller  puiser  de  l'eau  ailleurs 
qu'aux  bornes-fontaines  de  la  Compagnie  des  eaux. 


304  TANGER   ET   SA    ZONE 


2<*  Chemin  de  fer  Tanger-Fès. 

D'après  la  lettre  annexe  au  traité  franco-allemand  du 
4  novembre  191 1  adressée  par  M.  de  Kiderlen,  ministre 
d'État  allemand,  à  M.  Cambon,  ambassadeur  de  France  à 
Berlin,  le  gouvernement  allemand  «  comptait  que  la  mise 
en  adjudication  du  chemin  de  fer  Tanger-Fès  ne  serait 
primée  par  la  mise  en  adjudication  des  travaux  d'aucun 
autre  chemin  de  fer  marocain  ». 

Sans  doute,  il  ne  reste  plus  rien  aujourd'hui  de  ce  désir 
du  gouvernement  allemand  auquel  la  France  avait  accédé; 
mais  le  27  novembre  1912  un  protocole  était  conclu  à 
Madrid  entre  la  France  et  l'Espagne,  d'après  lequel,  art.  i"  : 
«  Dans  un  délai  de  trois  mois  à  compter  de  la  signature  de 
la  présente  convention,  les  deux  gouvernements  de  France 
et  d'Espagne  détermineront  dans  leurs  zones  respectives  le 
tracé  général  de  la  ligne  du  chemin  de  fer  Tanger  à  Fès  et 
ses  stations  principales.  » 

D'après  l'article  2  du  même  protocole  du  27  novembre 
la  ligne  doit  être  concédée  à  une  compagnie  unique.  La 
concession  sera  accordée  :  pour  la  partie  située  en  zone 
française  parle  sultan  sous  l'autorité  et  avec  la  garantie  de 
la  France  ;  pour  la  partie  située  en  zone  espagnole,  par  le 
Khalifa  sous  l'autorité  et  avec  la  garantie  de  l'Espagne;  pour 
la  zone  de  Tanger,  par  les  autorités  qualifiées  à  cet  effet  et 
sous  leur  garantie. 

«  Toutefois,  dans  le  cas  où  les  susdites  autorités  ne 
seraient  pas  définitivement  constituées  au  moment  où  pour- 
ront être  prononcées  les  concessions  française  et  espagnole, 
les  deux  gouvernements  contractants  conviennent  que  la 
concession  du  tronçon  Tanger  et  banlieue  sera  prononcée, 
sous  leur  garantie    commune  et  après  entente  entre   les 


CONXESSIONS    ET   TRAVAUX  3o5 

deux  cabinets,  par  le  sultan,  pour  être  repassée  ensuite, 
avec  les  droits  et  obligations  qu'elle  comporte,  à  l'autorité 
tangéroise.  ^> 

Conformément  à  ce  protocole,  la  concession  du  chemin 
de  fer  Tanger-Fès  a  été  accordée,  le  i8  mars  1914,  par  une 
convention  signée  par  le  général  Lyautey,  commissaire 
résident  général  de  la  République  française,  pour  la  zone 
française,  agissant  au  nom  du  sultan  et  du  gouvernement 
français  ;  par  le  général  Marina,  haut  commissaire  de  S. 
M.  le  roi  d'Espagne,  pour  la  zone  espagnole  ;  et  par  Si 
Mohammed  El-Guebbaç,  grand  vizir  de  S.  M.  le  sultan  du 
Maroc,  pour  la  zone  de  Tanger. 

La  concession  est  accordée  à  la  «  Compagnie  franco- 
espagnole  du  chemin  de  fer  de  Tanger  à  Fès  »,  constituée 
par  la  «  Compagnie  générale  du  Maroc  »  de  Paris  et  par 
la  «  Compagnie  espagnole  d'Afrique  »  de  Madrid.  Le 
capital  sera  formé  par  des  actions  et  des  obligations  dont 
60  p.  100  à  la  société  française  et  40  p.  100  à  la  société 
espagnole.  Le  directeur  général  sera  français,  le  directeur 
adjoint  espagnol.  Le  haut  personnel,  tant  de  la  construc- 
tion que  de  l'exploitation, :sera  pour  60  p.  100  français,  pour 
40  p.  100  espagnol.  Les  agents  d'exploitation  seront  exclu- 
sivement espagnols  en  zone  espagnole  ;  ils  seront  pour 
moitié  français  et  pour  moitié  espagnols  dans  la  zone  de 
Tanger,  où  pourront  être  admis  également  des  agents  d'une 
tierce  nationalité. 

La  concession  est  donnée  pour  une  durée  de  quatre-vingt- 
cinq  ans  à  compter  du  jour  où  cette  concession  aura  reçu 
la  double  sanction  d'une  loi  française  et  d'une  loi  espa- 
gnole. 

En  outre,  S.  M,  le  sultan  du  Maroc  concède  pour  la 
même  durée  auxdites  sociétés,  qui  acceptent  conjointe- 
ment et  solidairement,  les  voies  de  quai  destinées  à  des- 
servir le  port  de  Tanger. 

Les  statuts  de  la  compagnie  ont  été  approuvés  par  le 

VILLES    ET    TRIBUS,   —   VII.  21 


3o6  TANGER    ET    SA    ZONE 

gouvernement  français  et  par  le  gouvernement  espagnol 
en  juin  1916.  La  société,  au  capital  de  i5  millions  de  francs, 
a  son  siège  social  à  Meknès,  son  administration  centrale  à 
Paris  et  un  représentant  attitré  à  Madrid.  Les  statuts  ont 
été  déposés  au  greffe  du  tribunal  de  Casablanca  le  17  août 
1916. 

Les  travaux  sont  assez  avancés  en  zone  française,  sur  la 
rive  gauche  du  Sebou  ;  ils  le  sont  moins  sur  la  rive  droite 
et  ils  sont  à  peine  ébauchés  dans  la  zone  espagnole- 
La  direction  du  Tanger-Fès  est  installée  à  Tanger. 
Les  travaux  de  construction  de  la  voie  ferrée  dans  la 
zone  de  Tanger  ont  été  adjugés  à  un  entrepreneur  français 
par  la  commission  des  adjudications  et  des  marchés,  le 
23  juin  1919.  Les  travaux  ont  été  commencés  il  y  a  peu 
de  temps. 

La  société  prendra  fin  le  3 1  décembre  2001,  sauf  dissolu- 
tion anticipée  ou  prorogation. 


3"  Voirie. 

{Travaux  exécutés  par  r Administration 
des  Travaux  Publics.) 

L'activité.des  Travaux  Publics  s'est  portée  principalement 
sur  la  construction  de  routes,  de  rues  et  de  bâtiments  di- 
vers et  sur  rétablissement  d'un  réseau  d'égouts. 


Routes.  —  Le  réseau  routier  construit  autour  de  la  ville 
par  cette  administration  a  une  longueur  totale  de  plus  de 
00  kilomètres,  non  compris  le  tronçon  de  la  route  Tanger- 
Rabat  entre  le  souq  el-barra  et  le  pont  de  l'oued  M'harhar. 

Outre  ce  tronçon,  il  comprend  les  routes  et  les  rues  sui- 
vantes :  route  de  Djebila  (2  km.),  route  de  la  Montagne 


CONCESSIONS   ET   TRAVAUX  Soy 

(4  km.),  route  de  San  Francisco  ou  des  Çfaçaf  (2  km.), 
route  de  Boubana  (2  km),  prolongée  par  la  route  en  cons- 
truction du  Cap  Spartel,  route  des  Moudjahidin  (o  km.  ySo), 
chemin  du  réservoir  et  embranchement  (i  km.  5oo),  che- 
min de  l'asile  des  pauvres  (o  km.  5oo),  routes  du  Marchan 
et  autour  du  Marchan  (2  km.),  Paseo  Cenarro  (o  km.  5oo), 
rue  du  Télégraphe  Anglais  (o  km.  5oo),  rues  conduisant 
du  Marchan  à  la  Qaçba  (0  km.  760),  routes  conduisant  de 
la  route  de  la  Montagne  au  Marchan  (i  km.  800),  route  de 
la  légation  d'Angleterre  (o  km.  600),  chemin  des  légations 
(o  km.  700),  route  du  patio  Schmidel  (o  km.  5oo),  voies  du 
lotissement  Paquet  (i  km.  200),  chemin  des  vignes  (i  km. 
260),  boulevard  de  ceinture  (routes  de  la  télégraphie  sans 
fil  et  des  Souani  :  4  km.),  avenue  du  Collège-Français 
(i  km.),  chemin  de  l'Ecole  Française  (o  km.  25o),  route  du 
Tabor  Français  (o  km.  800),  route  France-Maroc  (o  km, 
700),  boulevard  Axial  (2  km.  200),  boulevard  Front-de- 
Mer  (i  km.),  rue  de  la  Plage  (o  km.  400),  voies  du  Grand 
Socco  (o  km.  25o),  rue  du  Cimetière  Juif  (o  km.  260),  rue 
du  Pétrole  (o  km.  3oo),  route  du  Charf  (o  km.  3oo),  route 
de  l'Abattoir  (i  km.  800),  route  de  la  Station  Sanitaire 
(i  km.),  routes  diverses  (2  km.  70). 

Ponts.  —  Aux  travaux  de  routes  il  convient  d'ajouter 
la  construction  ou  la  réfection  de  huit  ponts  : 

Pont  de  l'oued  M'harhar,  en  béton  armé,  à  la  limite  de 
la  zone  de  Tanger  et  de  la  zone  d'influence  espagnole  ;  c'est 
à  ce  point  qu'aboutit  le  tronçon  tangérois  de  la  route 
Tanger-Rabat  ; 

Pont  de  l'oued  Meghoura,  à  trois  arches,  près  du  Charf; 
ce  pont,  construit  en  1917  sur  les  ruines  d'un  pont  arabe 
datant  de  1846  (H.  1262),  est  appelé  improprement  «  pont 
des  Portugais  »  ; 

Pont  de  l'oued  es-Souani; 

Pont  de  la  rivière  des  juifs;  à  une  centaine  de  mètres 


3o8  TANGER    ET    SA   ZONE 

au-dessous  de  ce  pont  se  trouvait  un  pont  de  construction 
arabe  dont  il  ne  reste  actuellement  aucune  trace  (i)  ; 

Pont  de  la  route  du  Tabor  de  police  extra-urbaine  ; 

Pont  de  la  route  France-Maroc  ; 

Pont  de  l'oued  Bou  Khalf,  en  ciment  armé  ; 

Pont  des  Gzennaïa,  en  ciment  armé. 

Constructions  et  installations  diverses.  —  La  liste  ci- 
dessous  indique  une  série  de  constructions  et  installations 
diverses  exécutées  par  les  Travaux  Publics:  institut  Pas- 
teur, poste  de  police  du  Grand  Socco,  postes-vigies,  station 
sanitaire,  collège  français  de  garçons,  collège  français  de 
filles,  groupe  scolaire  de  garçons  et  filles,  distribution  d'eau 
de  mer  et  réservoirs,  hangars  et  bâtiment  pour  les  services 
du  port  et  de  la  douane,  bâtiment  du  feu  du  Charf,  répara- 
tions aux  bâtiments  du  phare  du  Cap  Spartel,  entretien 
des  feux  du  port  et.  des  bouées  de  la  rade,  cimetière  euro- 
péen, restauration  et  aménagements  divers  à  la  Qaçba, 
murs  de  soutènement  du  cimetière  juif,  murs  de  clôture  de 
la  légation  de  France  et  de  l'ancienne  légation  d'Alle- 
magne, boutiques  du  Grand  Socco,  urinoirs,  bordj  de  po- 
lice du  Chàrf  el-Aqab,  bâtiment  des  gardiens  du  Charf 
el-Aqab,  restauration  d'une  partie  du  rempart  O.,  de  la 
tour  des  Irlandais  et  du  rempart  S.-E. ,  etc. 

Abattoir.  —  A  cette  liste,  il  convient  d'ajouter  l'Abattoir, 
construit  en  1916-1917  au  pied  du  Charf,  au  delà  de  la 
voie  ferrée  Tanger-Fès,  sur  les  bords  de  l'Oued  Meghoura. 
Il  comprend  un  hall  d'abatage  entièrement  outillé  à  la  mo- 
derne, une  écurie,  un  bâtiment  pour  la  triperie  et  une 
maison  d'habitation  ;  cet  ensemble  est  clôturé  par  un  mur 
et  couvre  une  superficie  de  26.000  mètres  carrés. 


(i)  Ne  pas  confondre  avec  les  ruines  de  l'aqueduc  romain,  situées  un  peu 
plus  bas. 


r 

i 

L'intérieur  de  l'abattoir. 

Phot.  de  la  Section  Sociologique. 


CONCESSIONS   ET   TRAVAUX  BoQ 

È goûts.  —  Toutes  les  villes  musulmanes,  même  les  plus 
misérables  sont  pourvues  d'égouts  et  même  du  tout  à 
l'égout.  L'ancienne  ville  de  Tanger,  c'est-à-dire  la  partie 
qui  est  encore  aujourd'hui  comprise  dans  les  murailles, 
avait  un  égout  collecteur  et  plusieurs  réseaux  d'égouts  de 
quartiers  qui  s'y  déversaient.  On  a  vu  que  la  ville  de 
Tanger  était  construite  dans  la  vallée  du  petit  oued  Has- 
nona.  En  entrant  dans  la  ville  du  côté  ouest,  cette  petite 
rivière  canalisée  et  recouverte,  devenait  l'égout  collecteur 
de  la  ville,  qui  allait  tomber  dans  la  mer  près  de  la  douane. 

Autant  qu'il  est  possible  de  reconstituer  l'ancien  réseau 
des  égouts,  il  semble  que  les  égouts  du  S.  de  la  ville,  c'est- 
à-dire  d'une  partie  du  quartier  des  Béni  Ider,  ne  se  déver- 
saient pas  dans  l'égout  collecteur  de  l'Oued  Hasnona, 
mais  qu'ils  étaient  dirigés  dans  la  mer  à  la  plage  au  moyen 
d'un  petit  torrent  extérieur  alimenté  par  les  sources  de 
Ain  Bou  Qtiout  et  Ain  Bou  Çaboun.  Ce  petit  torrent,  après 
avoir  passé  sous  le  pont  qui,  au  haut  du  souq  extérieur, 
conduit  à  la  Villa  de  France,  passait  là  où  se  trouve  le 
jardin  de  la  légation  de  France,  puis  sur  le  pont  de  la  route 
de  Fès,  longeait  l'abattoir  juif  puis  traversait  le  jardin  de 
Frasquito  Sevillano,  où  se  trouve  aujourd'hui  le  théâtre 
Cervantes.  11  y  a  une  trentaine  d'annés,  pour  arriver  à  la 
petite  maison  qui  subsiste  encore  derrière  ce  théâtre,  on 
traversait  le  jardin  de  Frasquito  Sevillano  et  on  y  fran- 
chissait ce  torrent  sur  une  passerelle  de  bois.  C'est  plus 
bas  que  ce  torrent  devenait  un  égout.  Quoi  qu'il  en  soit, 
depuis  les  constructions  récentes  il  a  disparu,  comme 
d'ailleurs  l'oued  Hasnona,  et  les  deux  ponts  qui  subsistent 
semblent  n'avoir  plus  de  raison  d'être. 

On  qualifie  généralement  de  «  portugais  »  les  anciens 
égouts  de  la  ville  ;  il  semble  cependant  très  probable  qu'ils 
sont  antérieurs  à  l'occupation  portugaise.  Datent-ils  de 
l'époque  arabe  ou  de  l'époque  romaine,  il  serait  difficile  de 
le  dire.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  ces  égouts  sont  cons- 


3  10  TANGER    ET   SA   ZONE 

truils  à  grand  appareil,  qu'il  est  facile  d'y  circuler  et  qu'ils 
sont  parfaitement  appropriés  à  la  situation  de  la  ville  au 
bas  de  pentes  abruptes:  leurs  grandes  dimensions  leur  per- 
mettent de  supporter,  sans  être  obstrués,  les  apports  par- 
fois subits  causés  par  les  grandes  pluies  et  par  l'état  encore 
très  fruste  des  environs.  Les  lits  des  anciens  torrents  ont 
en  etîet  été  plus  ou  moins  comblés  par  des  constructions, 
mais  leur  régime  n'a  pas  été  modifié,  ni  les  eaux  qui  les 
alimentaient  régulièrement  détournées.  Aussi  les  tentatives 
faites  jusqu'à  présent  pour  réduire  à  des  proportions  plus 
conformes  aux  procédés  modernes  les  égouts  de  Tanger, 
n'ont-elles  pas  donné  d'heureux  résultats.  On  a  vu  par  des 
pluies  torrentielles  les  eaux  rompre  les  obstacles  insuffi- 
sants qu'on  leur  avait  opposés,  reprendre  leur  ancien  cours, 
se  précipiter  brutalement  dans  les  égouts  et,  ne  trouvant 
plus  le  large  émissaire  d'autrefois,  causer  de  sérieux  dé- 
gâts. 

Les  nouveaux  quartiers  extra-urbains  ont  été  pourvus  en 
partie  d'un  réseau  d'égouts  ;  les  chasses  d'eau  sont  faites 
au  moyen  d'eau  de  mer  amenée  par  des  machines  éléva- 
toires  dans  des  bassins  placés  aux  endroits  les  plus  hauts, 
entre  autres  à  la  Qaçba  et  au  plateau  du  Marchan  ;  les 
travaux  de  l'égout  du  quartier  des  légations,  du  boulevard 
de  la  Dette  et  du  quartier  de  la  plage  sont  en  cours  d'exé- 
cution. 

L'expérience  concluante,  que  les  égouts  adoptés  jusqu'ici 
sont  insuffisants  et  mal  adaptés  aux  besoins  locaux,  a  dé- 
cidé le  Comité  des  Travaux  Publics  à  exécuter  le  pro- 
gramme des  grands  travaux  arrêtés  en  1918. 

L'exécution  du  programme  commencera  par  la  rue  de  la 
Plage,  le  port  et  le  Paseo  Cenarro  (montée  du  Marchan). 
Les  travaux  prévus  dans  la  rue  de  la  Plage  comprennent  la 
construction  d'un  égout  collecteur  spécial  qui  ne  sera  pas 
relié  avec  l'ensemble  des  égouts  existants.  Ce  collecteur 
sera  d'un  très  grand  volume  de  manière  à  permettre  le 


CONCESSIONS   ET   TRAVAUX  OU 

passage  d'un  amas  considérable  d'eau  et  de  sable.  Le 
nombre  des  bouches  sera  considérablement  augmenté  et 
les  conduites  aboutiront  à  une  vaste  chambre  d'où  l'eau 
sera  chassée  par  un  jeu  de  vannes  qui  servira  en  même 
temps  à  curer  les  collecteurs  aboutissant  au  port. 

L'égout  «  portugais  »  de  la  rue  de  la  plage  sera  réparé  et 
sa  valeur  soumise  à  des  épreuves  décisives. 

L'égout  «  portugais  »  qui  débouche  dans  le  collecteur  du 
port  est  en  mauvais  état  ;  mais  en  raison  de  sa  très  grande 
section  il  sera  utilisé.  Il  sera  réparé  puis  relié  aux  multiples 
égouts  de  la  ville  indigène  qui  seront  eux-mêmes  l'objet 
d'un  curage  attentif.  Enfin  il  s'unira  lui-même  à  un  égout 
à  grande  section  allant  jusqu'au  bas  du  Paseo  Cenaro.  Afin 
d'éviter  que  les  eaux  dévalant  du  plateau  du  Marchan  ne 
viennent  comme  aujourd'hui  obstruer  les  égouts  de  la 
ville,  elles  seront  conduites  directement  vers  la  mer  à  tra- 
vers la  falaise,  par  un  collecteur  spécial.  Les  bouches  du 
Paseo  Cenarro  lui-même  seront  multipliées  :  ces  bouches 
ont  l'avantage  de  supprimer  les  mauvaises  odeurs.  Il  res- 
tera à  perfectionner,  à  dédoubler  et  à  agrandir  les  multiples 
égouts  desservant  les  rues. 


LA  VIE   RELIGIEUSE") 


Historique.  Ce  n'est  guère  que  depuis  la  rentrée. des  musulmans  à 

Tanger,  que  Ton  peut  retrouver  l'existence  religieuse  de  la 
ville  et  de  sa  zone  et  les  influences  des  Confréries  et  des 
Zaouias  qui  se  sont  exercées  sur  les  populations. 

Cependant,  on  peut  rapidement  retracer  les  lignes  princi- 
pales des  événements  qui  constituent  la  vie  religieuse  de 
Tanger  depuis  que  l'islam  a  pénétré  au  Maroc,  c'est-à-dire 
depuis  l'année  62  de  l'hégire  (J.-C.  681-82). 

Les  auteurs  ne  sont  pas  d'accord  sur  l'islamisation  de 
Tanger,  ni  sur  la  manière  dont  cette  islamisation  a  été  faite. 
Il  semble  bien,  cependant,  que  ce  n'est  pas  Oqba  Ibn  Nafi\ 
mais  Mousa  ben  Noceir,  qui,  le  premier,  a  imposé  l'islam 
aux  habitants  de  Tanger  ;  il  leur  donna  pour  gouverneur 
Tarik  Ibn  Ziyad  et  laissa  dans  la  ville  avec  lui  quelques 
arabes  lettrés  pour  apprendre  aux  Berbères  la  langue  arabe, 
le  qoran  et  pour  leur  enseigner  les  devoirs  de  la  religion 
musulmane. 

Les  quatre  rites  orthodoxes  n'existaient  pas  encore  et 
les  musulmans  suivaient  les  règles  des  Compagnons  du  Pro- 
phète et  de  leurs  successeurs  immédiats.  Plus  tard,  à  Tanger 

(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  I,  pp.  100  et  1 19  :  «  Confréries  et  Zaouias 
de  Tanger  » —  «  Marabouts  de  Tanger  »,  par  G.  Salmon. 


LA   VIE   RELIGIEUSE  3l3 

comme  en  Andalousie,  ils  se  conformèrent  au  rite  de  Coufa, 
au  rite  ouzaTte  et,  plus  tard,  au  rite  hanifite  ;  enfin,  sous 
les  derniers  Idrisites,  au  quatrième  siècle,  le  rite  Malikite 
apparut  à  Tanger  et  ne  tarda  pas  à  être  le  seul  pratiqué 
dans  tout  le  Maroc. 

Mais,  au  deuxième  siècle,  l'hérésie  du  kharidjisme,  avec 
les  doctrines  des  Rafidites,  des  Çoutrites,  etc.,  pénétra  à 
Tanger  et  dans  sa  région;  il  est  même  très  probable  que 
l'influence  du  schisme  des  Berghouata  s'y  est  fait  sentir. 
Lors  de  l'insurrection  de  Maïçara,  le  chef  desÇoufrites  Abd 
El-Ala  Ibn  Houdjaidj  El-lfriqi,  qui  était  d'origine  chré- 
tienne et  récemment  converti,  fut  proclamé  souverain  de 
Tanger;  puis  Maiçara  se  proclama  lui-même  khalife  et 
imposa  aux  populations  la  religion  kharidjite  :  il  fut  assas- 
siné peu  après. 

Il  semble  que  ce  n'est  qu'au  cinquième  siècle  (onzième 
J.-C.)  à  l'époque  de  Mouïz  ben  Badis  Eç-Cinhadji,  que  la 
religion  orthodoxe  avec  le  rite  malikite  s'imposa  définitive^ 
ment  à  Tanger. 

Les  doctrines  mystiques  du  Çoufisme,  apportées  d'Orient 
au  Maghrib  à  la  fin  du  cinquième  siècle  (onzième  J.-C.)  ont 
certainement  été  enseignées  à  Tanger;  maison  ne  retrouve 
plus  aujourd'hui  aucune  trace  de  cet  enseignement;  le  seul 
souvenir  bien  vague  qu'il  ait  laissé  se  trouve  dans  la  tribu 
de  l'Andjera  :  c'est  un  lieu  de  pèlerinage  qui  porte  le  nom 
deSidi  'Ali  ben  Hirzihim,  vulgairement  Harazim.  Ce  per- 
sonnage qui  est  enterré  à  Fès,  où  il  est  mort  au  sixième 
siècle  (douzième  J.-C.)  professait  les  doctrines  d'Abou'l- 
Hamid  El-Ghazzali  ;  il  a  été  un  des  professeurs  de  Sidi  Bou 
Médian  El-Ghaout,  dont  le  tombeau  à  EFAbbad,  près  de 
Tlemcen,  est  bien  connu. 

Le  souvenir  de  ce  personnage  conservé  dans  l'Andjera,  à 
quelques  heures  de  Tanger,  permet  de  supposer  qu'il  s'y 
sera  arrêté  pendant  un  voyage  en  Andalousie  et  que  ses 
doctrines  y  ont  été  enseignées.  Il  ne  faut  pas  oublier,  d'ail- 


3 14  TANGER    ET    SA    ZONE 

leurs,  que  le  centre  le  plus  important  de  renseignement  çou- 
fîque  dans  le  Nord  marocain...  se  trouvait,...  à  la  fin  du 
sixième  siècle...  ou  au  commencement  du  septième  (dou- 
zième et  treizième  siècles  J.-C.),...  à  peu  de  distance  de 
Tanger,  au  Djebel  'Alam,  dans  la  tribu  des  Beni-Arous.  C'est 
là,  en  effet,  qu'habitait  le  fameux  Chaikh  mystique  Moulay 
Abdessalam  ben  Mechîch  dont  l'enseignement  procédait  de 
Ghazzali  par  Bou  Médian  et  par  Ali  ben  Hirzihim  et  qui  a 
enseigné  lui-même  leurs  doctrines  à  son  disciple  Chadili. 

C'est  donc  des  environs  de  Tanger  qu'est  parti  le  chadi- 
lisme,  une  des  principales  Tariqas  de  l'islam  et  dont  pro- 
cèdent la  plupart  des  Confréries  marocaines. 

Sans  doute,  l'influence  de  Moulay  Abdessalam  ne  semble 
pas  avoir  été  de  son  vivant  ce  qu'elle  est  devenue  quelques 
siècles  plus  tard,  lorsque  les  doctrines  de  Chadili  ont  été 
exploitées,  au  quinzième  siècle,  par  Mohammed  ben  Sliman 
El-Djazouli  pour  exciter  les  populations  contre  Tinvasion 
portugaise. 

En  1415,  les  Portugais  s'emparaient  de  Ceuta  ;  en  1471, 
d'Arzila  et  de  Tanger;  d'Agadir  en  i5o8:  un  mouvement 
de  guerre  sainte  a  certainement  dû  se  produire  dans 
les  environs  de  Tanger  dès  l'occupation  de  cette  ville 
par  les  Portugais;  ce  mouvement  devait  même  avoir  com- 
mencé dès  la  prise  de  Ceuta,  mais  on  n'en  trouve  pas 
trace  avant  l'arrivée  dans  la  région  des  prédications  de 
guerre  sainte  venues  du  sud,  à  la  suite  de  l'enseignement 
Chadilite  de  Djazouli  et  de  ses  disciples  et  la  création  des 
zaouias. 

Dès  le  seizième  siècle,  on  trouve  la  trace  de  ce  mouve- 
ment de  guerre  sainte  :  d'après  la  Daouhat  en-Nachîr,  d'Ibn 
Askar,  le  père  de  l'auteur  de  cet  ouvrage,  Ali  ben  Miçbah, 
qui  habitait  Chefchaouen,  était  prisonnier  des  Portugais  de 
Tanger  dans  la  première  moitié  du  seizième  siècle;  ce  per- 
sonnage était  en  relations  avec  les  Oulad  El-Baqqal  d'El- 
Haraïaq  dans  la  tribu  des  Ghezaoua,  avec  les  Oulad  Ber- 


LA   VIE   RELIGIEUSE  3l5 

Raïsoun  de  Tazerout,  dans  la  tribu  des  Beni-Arous.  Plus 
tard  on  voit  apparaître  dans  les  combats  les  Oulad  El-Miç- 
bah,  Zenata  originaires  des  Chaouia  et  qui  avaient  à  El- 
Qçar  et  dans  le  Gharb  plusieurs  zaouias,  entre  autres  celle 
de  Da'da'a  sur  l'Oued  M'da.  Sidi  Aïsaben  El-Hasan,  le  fils 
du  fondateur  de  cette  zaouia,  a  été  tué  en  1 574  dans  un  com- 
bat près  de  l'Oued  Amharhar,  contre  les  Portugais  de  Tan- 
ger ;  un  autre  Miçbahi^  Sidi  El-Hasan,  a  son  tombeau  à 
Charf  El-'Aqab. 

Vers  la  même  époque,  Moulay  Boucheta,  dont  le  tombeau 
se  trouve  dans  la  tribu  des  Fichtala,  a  passé,  d'après  le 
Moumatti'  El-Asma,  un  certain  temps  avec  les  chrétiens  à 
Tanger  ou  à  Geuta.  Il  est  certainement  venu  à  Tanger  :  on 
y  voit  en  effet,  encore  aujourd'hui,  à  l'angle  N.-O.  de  la 
Qaçba,  à  gauche  de  la  caserne  du  tabor  de  police  n"  2,  un 
sanctuaire  qui  porte  le  nom  de  Khaloua  (retraite)  de  Moulay 
Boucheta.  Il  est  probable  que  c'est  près  de  là  que  Moulay 
Boucheta  était  logé  pendant  le  temps  qu'il  a  vécu  à  Tanger. 
Moulay  Boucheta  était  le  Chaikh  de  Sidi  Mohammed  El- 
Hadj  El-Baqqal,fils  de  Sidi  Allai  El-Hadj  d'El-Haraiaq,dans 
les  Ghezaoua,  et  qui  s'était  révolté  contre  le  sultan  Saadien 
Mohammed  Ech-Chaikh  El-Mamoun,  après  que  celui-ci 
eut  cédé  Larache  aux  Espagnols  pour  obtenir  leur  appui 
contre  son  frère  Moulay  Zidan. 

La  présence  à  Tanger,  comme  prisonnier  ou  comme  hôte 
des  Portugais,  de  ce  personnage  qui  touche  de  si  près  aux 
Oulad  El-Baqqal  qu'il  est  à  tort  considéré  comme  apparte- 
nant à  cette  famille,  permet  de  croire  que  les  Oulad  El- 
Baqqal  ont  eux-mêmes  pris  part  à  la  guerre  sainte  contre 
Tanger  et  qu'ils  ont  été  également  mêlés  aux  intrigues  des 
différents  sultans  Saadiens  avec  les  Turcs,  les  Espagnols 
et  les  Portugais  eux-mêmes. 

La  guerre  sainte  a  été  conduite  également  par  Moham- 
med El-Ayyachi,  disciple  d'Abdallah  ben  Hassounde  Salé, 
par  les  Marabouts  de  Dila  et  surtout  par  le  Raïs  Abou'l- 


3r6  TANGER    ET   SA   ZONE  . 

Abbas  Ahmed  El-Khadir  ben  Ali  Ghaïlan  (i),  des  Beni- 
Gorfet,  dont  le  père  était  moqaddem  de  guerre  sainte  d'El- 
Ayyachi,  de  même  que  Qasem  Chatt  El-Andalousi,  de  la 
tribu  de  TAndjera,  beau-père  de  Ghaïlan.  Enfin,  sous  le 
règne  des  Pllala,  après  la  mort  de  Ghaïlan,  qui  s'était  lui- 
même  allié  aux  Anglais  de  Tanger  contre  Moulay  Rechid 
et  contre  Moulay  Ismaïl,  la  guerre  sainte  a  été  menée  par  les 
Rifains  commandés  d'abord  par  Amar  ben  Haddou  et  plus 
tard  par  son  cousin  Ali  ben  Abdallah,  qui  entra  à  Tanger 
après  le  départ  des  Anglais  en  1684. 

Les  Oulad  El-Baqqal,  dont  la  zaouia  principale  à  El 
Haraïaq  au  nord-est  de  la  tribu  des  Ghezaoua  est  voisine 
des  Ghomara  du  Rif,  ont  certainement  contribué  aux 
expéditions  des  Rifains  contre  Tanger  et  plusieurs  mem- 
bres de  cette  famille  ont  dû  entrer  dans  la  ville  abandonnée 
par  les  Anglais.  C'est  la  seule  explication  du  prestige  con- 
sidérable dont  cette  famille  jouit  encore  à  Tanger  et  qui 
l'emporte  sur  celui  de  toutes  les  autres  familles  de  Chorfa 
ou  des  descendants  de  chaikhs  qui  y  habitent.  On  verra 
plus  loin  l'autorité  considérable  prise  par  le  Chaikh  des 
Derqaoua  et  par  sa  confrérie.  Malgré  cela  les  Oulad  El- 
Baqqal  sont  toujours  considérés  comme  les  maîtres  de  la 
ville  et  comme  ses  protecteurs.  Le  patron  de  la  ville,  Sidi 
Mohammed  El-Hadj,  appartient  aux  Oulad  El-Baqqal  :  on 
dit  qu'il  est  le  petit-fils  de  son  homonyme  tué  parle  sultan 
Saadien,  Mohammed  Ech-Chaikh  El-Mamoun  ;  le  peuple 
confond  même  ces  deux  personnages,  quoique  le  premier 
soit  mort  vers  1610  et  l'autre  en  1718.  La  vénération  des 
Tangérois  pour  le  patron  de  leur  ville  est  un  véritable 
culte  national. 

Il  ne  semble  pas  qu'il  y  ait  jamais  eu  à  Tanger  ni 
zaouia,  ni  confrérie  Baqqaliya;   mais  le  tombeau  de  Sidi 


(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XVIII  «  Le  Rais  El  Khadir  Ghaïlan  » 
par  A.  PÉRETiÉ.  Cf.  également  supra,  pp.  63-77. 


ZaOUÏA   des  aïs  AOL  a. 


LA   VIE    RELIGIEUSE 


3.7 


Mohammed  El-Hadj  est  le  lieu  de  pèlerinage  journalier  de 
Tanger  et  des  environs  et  le  nom  de  ce  personnage  est 
invoqué  par  les  Tangérois  dans  toutes  les  circonstances. 

Par  une  coïncidence  singulière,  une  gravure  du  Tanger 
portugais  du  seizième  ou  du  dix-septième  siècle  indique,  à' 
l'endroit  occupé  aujourd'hui  par  le  sanctuaire  de  Sidi 
Mohammed  El-Hadj,  une  qoubba  entourée  de  palmiers, 
avec  cette  inscription  :  Ethiopum  fanum  hue  fuit.  Cela 
permet  de  croire  qu'avant  l'occupation  portugaise,  un  mo- 
nument religieux  se  trouvait  déjà  à  cet  endroit  et  on  peut 
trouver  dans  cette  coïncidence  la  survivance  d'une  dévo- 
tion ancienne  ;  de  plus,  la  petite  élévation  où  est  construit 
le  tombeau  de  Sidi  Mohammed  El-Hadj  est  appelée 
Qoubbat  Es-Salâtin,  la  coupole  ou  le  dôme  des  sultans. 
Cette  dénomination  a  trait  évidemment  à  un  monument 
depuis  longtemps  détruit  et  dont  la  tradition  elle-même 
s'est  perdue. 


Aïsaoua.  —  Cette  zaouia  se  trouve  au  centre  de  la  ville 
près  de  Djama  El-Djadida  et  du  Souq  Ed-Dakhil;  elle  se 
distingue  par  un  assez  grand  palmier.  Elle  est  séparée  de 
Djama  El-Djadida  par  une  rue  et  par  une  petite  place  sur 
laquelle  se  trouvent  la  porte  de  la  mosquée  et  celle  de  la 
zaouia. 

La  confrérie  des  Aïsaoua,  fondée  à  Meknès  par  Sidi 
M'hammed  ben  Aïsa  vers  i5oo,  compte  à  Tanger  environ 
5o  foqarade  la  ville;  ils  sont  beaucoup  plus  nombreux  dans 
le  Fahç. 

Le  moqaddem,  Sidi  Ahmed,  est  un  descendant  de  Sidi 
M'hammed.  ben  Aïsa;  il  est  venu  habiter  Tanger  depuis 
l'établissement  du  protectorat,  pour  recueillir  les  Ziara 
(offrandes)  et  pour  administrer  les  habous  de  la  zaouia 
de  Tanger  pour  le  compte  de  la  zaouia  principale  de 
Meknès;  il  est  donc  en  même  temps  nadir  et  mo- 
qaddem. 


Les  Zaouias 

et  les 
Confréries. 


3l8  TANGER   ET    SA    ZONE 

Hamadcha.  —  La  Zaouia  de  Sidi  Ali  ben  Hamdouch  se 
trouve  dans  la  rue  qui  porte  son  nom,  parallèle  à  la  mu- 
raille ouest  de  la  ville  et  qui  conduit  de  la  rue  de  l'ancienne 
légation  de  France  au  quartier  des  Gzennaya.  Moqaddem  Si 
Mohammed  Tarfous,  avec  environ  cent  foqara  dans  la 
ville  et  quelques-uns  dans  le  Fahç;  il  administre  les 
habous  pour  le  compte  de  la  zaouia  principale  qui  est  au 
Djebel  Zerhoun,  près  de  Meknès. 

Naciriya.  —  Leur  Zaouia  se  trouve  près  de  la  Saqqaia 
Djadida;  c'est  une  petite  mosquée  de  Khotba,  avec  un  mi- 
naret très  bas.  Il  n'y  a  d'ailleurs  plus  de  foqara  de  cette 
confrérie  à  Tanger  et  la  petite  mosquée  dont  il  s'agit  con- 
serve le  nom  de  zaouia  naciriya  par  simple  souvenir.  De- 
puis 1878,  les  habous  assez  nombreux  de  cette  zaouia  ont 
été  incorporés  à  ceux  qui  sont  administrés  par  le  nadir 
officiel  et  leur  registre  a  été  recopié  sur  celui  des  habous  de 
la  grande  mosquée.  C'est  donc  le  nadir  nommé  par  le 
sultan  qui  est  maintenant  chargé  de  l'administration  des 
habous  des  Naciriya  et  de  l'entretien  de  la  mosquée  qui 
leur  servait  de  zaouia. 

Kitianiya.  —  La  première  zaouia  de  ce  nom  a  été  fondée 
àFès  vers  i85o  par  Sidi  Mohammed  bel-Kebir  El-K.ittani. 
Son  petit-fils,  qui  portait  le  même  nom  que  lui,  a  fondé 
la  confrérie  en  1890.  Il  a  été  mis  à  mort  à  Fès  en  1908, 
sur  l'ordre  de  Moulay  Abdelhafîd.  La  zaouia  de  Tanger 
s'est  installée  à  l'ancienne  zaouia  des  «  AhlTaqqit  »,  vis-à- 
vis  de  la  maison  de  Moulay  Ahmed  ben  Abdessalam,  chérif 
d'Ouezzan,  près  du  quartier  de  Dar  el-Baroud.  Fermée 
après  la  mort  de  Sidi  Mohammed  bel-Kebir,  elle  a  été  rou- 
verte il  y  a  quelques  années.  Une  deuxième  zaouia  a  été 
construite  dernièrement  au  quartier  suburbain  de  la 
Meçalla.  Une  centaine  de  foqara  sont  dirigés  par  Si  El 
Hadi  El-Ghazi,  conseiller  juridique  de  Dar  En-Niaba,  qui 


LA    VIE   RELIGIEUSE  3l9 

sans  être  effectivement  moqaddem,  est  le  véritable  direc- 
teur de  la  confrérie. 

Tidjaniya.  —  Cette  confrérie  n'est  pas  originaire  du 
Maroc  et  ne  procède  pas  de  l'enseignement  de  Djazouli; 
elle  a  été  fondée  en  1781  par  Ahmed  Tidjani  à  Aïn  El- 
Mahdi  au  sud  du  Djebel  Amour,  dans  le  Sud  algérien. 

Ahmed  Tidjani,  persécuté  par  les  Turcs,  s'est  réfugié  à 
Fèsen  1806;  il  y  est  mort  en  181 5  et  son  tombeau  est  un 
centre  religieux  très  important.  La  première  zaouia  de 
cette  confrérie  a  été  créée  à  Tanger  il  y  a  une  trentaine 
d'années,  par  un  indigène  de  Rabat,  Si  Zoubaïr,  dans  une 
maison  de  l'Oued  Ahardan. 

Il  y  a  quinze  ans  environ,  Moulay  Abdelaziz  autorisa 
la  confrérie  à  prendre  possession  de  l'ancienne  zaouia  de 
Sidi  Ech-Chaikh,  inutilisée  depuis  longtemps  et  qui  se 
trouve  au-dessus  de  la  Saqqaia  Djedida,  près  du  quartier 
des  Gzennaya.  Une  autre  zaouia  est  en  construction  au 
quartier  desMaadi.  Les  Tidjaniya  sont  une  centaine  et  ont 
pour  moqaddem  Si  El-Arbi  El-Arfaoui  El-Boukhari,  Kha- 
lifa  du  pacha. 

La  confrérie  Tidjaniya  au  Maroc  est  plutôt  gouverne- 
mentale; elle  se  compose  surtout  de  fonctionnaires  du 
Makhzen,  de  lettrés  et  de  négociants  riches. 

Qadiriya,  —  Leur  zaouia  se  trouve  entre  le  Qaous 
Ahardan  et  le  dherb  du  farran  Djelloul.  Sidi  El-Hadj 
Ahmed,  chérif  Qadiri,  venu  d'El-Qcar  et  qui  administrait 
la  zaouia,  est  mort  il  y  a  une  quinzaine  d'années  ne  lais- 
sant qu'une  veuve  et  des  filles.  La  dernière  survivante  de 
ces  filles,  Lalla  Moulât,  administra  à  son  tour  la  zaouia 
jusqu'àsa  mort,  survenue  il  y  a  un  an.  Le  neveu  de  Sidi 
El-Hadj  Ahmed,  qui  s'appelle  Sidi  Ahmed  Oud  Lalla 
Zohra,  s'occupe  actuellement  de  la  zaouia;  c'est  lui  qui 
touche  les  revenus  des  habous  et  les  ziara.  La  veuve  du 


320  TANGER  ET   SA    ZONE  • 

Chérif  mort  il  y  a  quinze  ans  a  continué  à  habiter  la 
maison  voisine  de  la  zaouia;  cette  femme  appartenait  à  la 
famille  des  Oulad  el-Ghassal;  elle  avait  été  mariée  en  pre- 
mières noces  au  chérif  d'Ouazzan  Sidi  El-Hadj  Abdessalam; 
elle  vient  de  mourir  récemment.  Les  Qadiriya  comptent 
plus  de  cent  foqara  dans  la  ville  et  un  grand  nombre  dans 
le  Fahç.  Les  quelques  habous  de  la  zaouia  sont  adminis- 
trés par  le  chérif  venu  de  Rabat. 

Touhama.  —  Les  Touhama  d'Ouazzan  ont  une  zaouia 
à  Tanger,  mais  pas  de  confrérie,  malgré  la  présence  de 
deux  fils  de  Sidi  El-Hadj  Abdessalam,  Moulay  Ali  et 
Moulay  Ahmed.  On  dit  que  Moulay  Tayyeb  lui-même,  le 
petit-fils  du  fondateur  de  la  confrérie  d'Ouazzan,  Moulay 
Abdallah  Chérif,  serait  venu  à  Tanger  et  que  c'est  lui  qui 
aurait  fondé  la  zaouia  qui  s'y  trouve. 

Moulay  Tayyeb  vivait  sous  le  règne  de  Moulay  Ab- 
dallah ben  Ismaïl;  il  a  même  pris  une  certaine  part  dans 
la  rébellion  du  pacha  Ahmed  ben  Ali  Er-Rifi  contre  ce 
sultan,  en  faveur  de  ses  frères,  Moulay  El-Mostadi  et 
Moulay  Zaïn  El-Abidin;  il  est  donc  possible  qu'il  soit  venu 
à  Tanger  pour  se  rencontrer  avec  le  pacha  Ahmed  et 
qu'il  ait  profité  de  ce  voyage  pour  y  créer  une  zaouia. 

Le  premier  chérif  d'Ouazzan  qui  se  soit  installé  à  Tanger 
est  le  Hadj  Abdessalam;  il  y  était  venu  à  plusieurs  re- 
prises sous  le  règne  de  Sidi  Mohammed  ben  Abderrahman, 
mais  ne  s'y  est  définitivement  établi  que  sous  le  règne  de 
Moulay  El-Hasan.  Il  est  mort  à  Tanger  en  1892  et  a  été 
enterré  dans  la  zaouia  de  Moulay  Tayyeb  qui  se  trouve  au 
quartier  des  Béni  ïder  ;  sa  mère,  Lalla  Salama,  veuve  de 
Sidi  El-Hadj  El-Arbi,  y  avait  déjà  sa  sépulture.  Cette  zaouia 
est  un  lieu  de  pèlerinage  assez  fréquenté.  Les  chorfa 
Moulay  Ali  et  Moulay  Ahmed  y  groupent  quelques  fidèles 
après  la  prière  du  vendredi  pour  y  entendra  la  lecture  des 
Dalaïl  el-Khaïrat  de  Djazouli  et,  pendant  la   nuit  du  26  au 


LA   VIE    RELIGIEUSE  321 

27  Ramadan,  Lz/a^  el-Qadr,  on  y  fait  la  récitation  du  Qoran 
tout  entier,  comme  dans  tous  les  sanctuaires  et  toutes  les 
mosquées  :  les  chorfa  y  font  servir  du  couscous  aux 
tolba.  Le  moqaddem  est  Si  Abdallah  ben  Amar;  les  habous 
sont  administrés  par  les  Chorfa.  ' 

Haddaoua.  —  La  confrérie  des  Haddaoua  a  sa  zaouia  au 
Djebel  Alam,  au  tombeau  de  Sidi  Heddi,  non  loin  de 
Moulay  Abdessalam.  On  a  raconté  sur  cette  confrérie  ces 
choses  bien  extraordinaires  et  il  faut  reconnaître  qu'elle  ne 
ressemble  en  rien  aux  autres  confréries  du  Maroc.  On  ne 
sait  pas  exactement  qui  était  Siddi  Heddi,  le  fondateur  de 
la  confrérie,  ni  à  quelle  époque  il  vivait;  cependant, 
malgré  les  légendes  qui  en  font  le  contemporain  de  Moulay 
Abdessalam,  il  semble  qu'il  était  contemporain  de  Moulay 
El-Arbi  Ed-Derqaoui,  qui  est  mort  au  commencement  du 
dix-neuvième  siècle.  Les  Haddaoua  ont  une  discipline  très 
sévère;  ils  ne  se  marient  pas,  accomplissent  strictement 
toutes  les  obligations  religieuses;  ils  se  réunissent  à  la 
zaouia  du  Djebel  Alam  pour  réciter  leur  dhikr,  qui  se 
compose  des  paroles  suivantes  :  Bismillah  oua  billah; 
Allah  oua  el-Hamdoulillah ;  la  ilah  illa  Allah;  Moham- 
med rasoul  Allah.  «  Par  le  nom  de  Dieu  et  par  Dieu; 
Dieu  et  louange  à  Dieu;  il  n'y  a  de  divinité  que  Dieu; 
Mohammed  est  l'envoyé  de  Dieu.  »  Dans  la  zaouia  égale- 
ment, ils  fument  de  nombreuses  pipes  de  kif.  Le  kif 
semble  d'ailleurs  jouer  [un  grand  rôle  dans  cette  confrérie 
et  l'on  conserve  précieusement  à  la  zaouia  la  pipe  de  Sidi 
Heddi. 

Il  serait  difficile  de  préciser  le  rôle  des  Haddaoua  dans 
l'organisation  religieuse  du  Maroc  :  ils  partent  de  la  zaouia 
du  Djebel  Alam  par  bandes  de  trois  ou  quatre,  couverts  de 
haillons,  ayant  pour  tout  bagage  leur  pipe,  du  kif,  à^d 
tabac  en  feuilles,  une  planchette  et  un  couteau  pour  hacher 
ce  kif  et  ce  tabac;  souvent  ils  sont  accompagnés  d'un  che- 

VILLES   ET  TRIBUS.  —   VII.  22 


322  TANGER   ET    SA    ZONE 

vreau  qui  les  suit  comme  un  chien.  Ils  ont  dans  les  dif- 
férentes régions  des  centres  de  réunion  :  dans  le  Gharb,  à 
Lalla  Mimouna;  à  El-Qcar,  à  Sidi  El-Hadj  Ahmed  Et- 
Tlemsani;  à  Tanger  sous  un  olivier  sauvage,  au  cimetière 
de  Sidi  Mohammed  El-Hadj.  Ils  vivent  toujours  entre  eux, 
sans  se  mêler  aux  autres  musulmans,  et  demandent  l'au- 
mône en  récitant  le  dhirkr  et  en  s'accompagnant  sur  un 
grand  tambour.  Leur  tournée  accomplie,  ils  rentrent  à  la 
zaouia  du  Djebel  Alam. 

Sont-ce,  comme  on  Ta  pensé,  des  informateurs  et  des 
chercheurs  de  nouvelles  ;  sont-ce  les  émissaires  d'une  or- 
ganisation secrète,  qui  échappe  encore  aux  investigations, 
ou  simplement  des  gens  dégoûtés  de  la  vie  et  des  hommes, 
heureux  dans  leur  indépendance  et  dans  leur  pauvreté?  Il 
serait  difficile  de  le  savoir  et  les  enquêtes  faites  sur  leur 
organisation  et  sur  leur  rôle  ont  seulement  permis  de  sa- 
voir qu'il  y  avait  parmi  eux  d'anciens  fonctionnaires  du 
xMakhzen  et  que  deux  fils  du  sultan  Moulay  Sliman  avaient 
été  Haddaoua. 

Ils  avaient  complètement  disparu  de  Tanger  pendant  la 
guerre.  Après  la  signature  de  la  paix,  ils  sont  revenus  et 
se  sont  inquiétés  de  savoir  quand  le  ministre  d'Allemagne 
rentrerait.  Qn  leur  faisait  fréquemment  l'aumône  à  la  lé- 
gation d'Allemagne;  c'est  peut-être  la  seule  raison  de  leur 
curiosité. 

Giienaoua.  —  Cette  confrérie  de  nègres  de  Guinée  n'a 
rien  de  musulman  que  le  fait  de  s'être  placée  sous  l'invo- 
cation de  Sidi  Blal  EL-Habbachi,  l'esclave  et  le  mouedden 
du  Prophète  ;  ils  se  placent  également  dans  l'invocation 
de  Moulay  Abdelqader  en  lui  attribuant  les  pouvoirs  de 
Salomon  sur  les  démons.  Leurs  pratiques  consistent  à  con- 
jurer .les  fâcheuses  influences,  en  s'adressant  aux  divinités 
souterraines  qui  en  disposent.  Ils  n'ont  pas  de  zaouia  à 
Tanger  et  se  réunissent  chez  leur  moqaddem  qui  habite 


LA   VIE    RELIGIEUSE  32  3 

actuellement  au  quartier  des  Dradeb.  Aux  fêtes  musul- 
manes, ils  parcourent  les  rues  en  frappant  sur  de  grands 
tambours  et  vont  donner  une  aubade  auxChorfad'Ouezzan. 
Outre  les  cérémonies  d'exorcismes  et  d'incantations  qu'ils 
vont  faire  dans  les  maisons  où  ils  sont  appelés,  ils  ont  une 
sorte  de  fête  particulière  au  printemps,  au  moment  où  les 
fèves  mûrissent  ;  on  appelle  cette  fête  Aïd  el-foul,  «  la  fête 
des  fèves  ». 

Les  Guenaoua  comptent  une  cinquantaine  d'affiliés, 

Derqaoua.  —  Il  y  a  à  Tanger  trois  zaouias  de  Der- 
qaoua  :  la  plus  ancienne  se  trouve  au  quartier  de  Dar  el- 
Baroud,  dans  une  petite  rue  qui  porte  son  nom,  vis-à-vis 
du  sanctuaire  de  Sidi  Ali  ben  Daoud,  près  de  l'hôtel  Con- 
tinental. Cette  zaouia  était  à  l'origine  une  petite  mosquée 
de  quartier  ;  il  y  a  une  quarantaine  d'années,  un  Amîn  du 
sultan,  le  Hadj  Mohammed  Ez-Zouggari,  affilié  à  la  con- 
frérie derqaouia  d'El-Harraq  de  Tétouan,  réunit  dans 
cette  mosquée  un  certain  nombre  de  foqara  dont  il  se  cons- 
titua le  moqaddem.  Sidi  Mohammed  El-Harraq,  fondateur 
à  Tétouan  de  cette  confrérie,  était  disciple  de  Sidi  El-Arbi 
Ed-Derqaoui  de  Bouberrih  dans  les  Béni  Zeroual  ;  il  fut 
lui-même  le  chaikh  de  Sidi  Ahmed  ben  'Adjiba,  qui  fonda 
dans  la  tribu  de  l'Andjera,  à  Zimmidj,  une  importante 
zaouia  derqaouia. 

11  y  a  une  dizaine  d'années,  un  chaikh  derqaoui  de  la 
zaouia  de  Tazgan  dans  les  Ghomara  vint  s'établir  à  Tan- 
ger ;  il  s'appelait  Sidi  El-Hadj  Mohammed  bel-Hadj  Eç- 
Ciddiq  ben  Ahmed  ben  Abdelmoumen.  Le  Hadj  Ahmed, 
son  grand-père,  avait  été  disciple  de  Moulay  El-Arbi  Ed- 
Derqaoui,  comme  Sidi  Mohammed  El-Harraq.  Les  deux 
zaouias  de  Tazgan  en  Ghomara  et  d'El-Harraq  à  Tétouan 
sont  donc  toutes  deux  des  filiales  de  la  grande  Zaouia  de 
Bouberrih  ;  mais  elles  ont  fini  par  constituer  des  confré- 
ries indépendantes. 


324  TANGER    ET    SA    ZONE 

La  famille  du  Hadj  Mohammed  bel-Hadj  Eç-Ciddiq  e^t 
originaire  d'Algérie  et  son  premier  ancêtre  connu,  qui  s'ap- 
pelait Abdelmoumen,  est  enterré  à  Bider,  dans  la  tribu  de 
Msirda,  du  cercle  de  Maghnia. 

A  son  arrivée  à  Tanger,  le  Hadj  Mohammed  prit  d'abord 
comme  centre  de  son  enseignement  la  petite  zaouia  d'El- 
Harraq.  Plus  tard,  les  Derqaoua  riches  ont  élevé  à  leurs 
frais  une  nouvelle  zaouia  au  bas  de  la  montée  de  la  Qaçba, 
à  l'est  de  l'Oued  Ahardan,  et  une  maison  d'habitation  pour 
le  chaikh.  Une  autre  zaouia  a  été  construite  par  les  foqara 
au  quartier  de  la  Meçalla. 

La  propagande  des  derqaoua  ne  s'exerce  pas  seulement 
sur  les  hommes.  Tandis  que  le  chaikh  leur  donne  son 
ouerd  dans  sa  zaouia,  sa  femme,  qui  appartient  à  la  fa- 
mille des  Oulad  ben  'Adjiba,  le  donne  aux  femmes  dans  sa 
maison  ;  de  plus  la  sœur  du  chaikh,  mariée  à  Sidi  Ahmed 
ben  Mehdi  ben  'Adjiba,  a  créé  dans  sa  maison  de  la  Qaçba 
une  véritable  zaouia  derqaouia  pour  femmes.  Un  grand 
nombre  de  tangéroises  ont  pris  le  chapelet  de  l'ordre 
et  se  réunissent  le  vendredi  dans  la  maison  des  Oulad 
Ben  'Adjiba  à  la  Qaçba,  pour  réciter  le  hi^b  et  le  dhikr 
du  chaikh. 

Ce  dhikr  consiste  à  répéter  plusieurs  centaines  de  fois 
la  première  moitié  de  la  profession  de  foi  musulmane  :  la 
ilah  ila  Allah,  «  il  n'y  a  de  divinité  que  Dieu  ».  La  répé- 
tition de  plus  en  plus  rapide  de  cette  formule  finit  par 
causer  aux  fidèles,  hommes  ou  femmes,  qui  la  prononcent 
une  sorte  de  frénésie  qui  se  termine  par  une  crise  nerveuse 
ressemblant  à  de  Tépilepsie.  C'est  ce  que  l'on  appelle  le 
hdly  ce  qui,  dans  la  terminologie  çoufique,  signifie  un  état 
passager  de  communion  de  l'âme  avec  Dieu,  par  opposition 
au  maqâm,  qui  désigne  le  degré  le  plus  élevé  où  puisse 
atteindre  1  ame  humaine,  qui  est  l'état  constant  de  com- 
munion, presque  même  de  confusion  avec  Dieu. 

Par  les  femmes  l'influence  de  la  confrérie  s'exerce  direc- 


LA    VIE    RELIGIEUSE 


325 


tement  sur  les  enfants  et  les  prépare  à  subir  plus  facile- 
ment l'action  des  doctrines  du  chaikh. 

11  résulte  de  cet  ensemble  que  les  principes  des  Derqaoua 
ont  pénétré  très  profondément  la  population  de  Tanger. 

On  se  trouve  donc  là  en  face  d'une  véritable  organisa- 
tion religieuse  et  politique,  qui  rappelle  un  peu,  dans  une 
forme  plus  moderne,  l'organisation  des  premières  zaouias 
de  Djazouli  et  de  ses  disciples.  C'est  une  force  dont  il  ne 
faut  pas  sans  doute  exagérer  Timportance,  mais  dont  il 
faut  tenir  compte. 

La  zaouia  derqaouia  de  Tanger  a  quelques  propriétés  ; 
c'est  même  la  seule  confrérie  en  faveur  de  laquelle  les 
fidèles  fassent  encore  des  constitutions  de  habous. 


Les  tombeaux  de  saints  personnages  actuellement  véné- 
rés à  Tanger  sont  postérieurs  à  la  rentrée  des  musulmans 
dans  cette  ville  et  il  ne  reste  plus  rien  des  sanctuaires 
antérieurs  aux  occupations  portugaise  et  anglaise,  qui 
réunies  ont  duré  plus  de  deux  cents  ans. 

On  a  vu  cependant  qu'une  gravure  de  Tanger  pendant 
l'occupation  portugaise  indique,  au  haut  de  l'emplacement 
actuel  du  grand  souq  qu'il  se  trouvait  là,  avant  l'arrivée  des 
Portugais,  un  temple  des  Éthiopiens,  c'est-à-dire  des  abo- 
rigènes. On  peut  penser  que  le  tombeau  du  patron  de  la 
ville,  Sidi  Mohammed  El-Hadj  El-Baqqal,  est  une  survi- 
vance de  cet  ancien  sanctuaire,  dont  personne  d'ailleurs 
ne  conserve  plus  le  souvenir. 


Les 

Marabouts 

de  la  ville 

(hors les  murs] 

(0. 


Sidi  Mohammed  el-Hadj  el-Baqqal.  —  C'est  le  patron 
de  Tanger  ;  son  tombeau  se  trouve,  ainsi  que  l'indique  son 
testament  écrit  de  sa  main,  dans  un  jardin  qui  lui  appar- 
tenait, sis  à  la  Qoubbat  es-Salâtin,  hors  de  la  porte  de 


(i)  L'extension  de  la  ville  en  dehors  des  murailles  oblige  à  comprendre 
dans  cette  nomenclature  des  marabouts  et  des  sanctuaires  situés  dans  les 
régions  suburbaines. 


320  TANGER   ET    SA    ZONE 

Bab  el-Fahç.  Ce  testament    est  du  20  djoumada   II-1126 
(•3  juillet  1714)  et  Sidi  xMohammed  est  mort  en  1718. 

11  appartient  à  la  famille  des  Oulad  El-Baqqal,  qui 
remonte  à  Sidi  Allai  El-Hadj  El-Baqqal  El-Medraceni  El- 
Ghezaoui,  le  fondateur  de  la  Zaouia  d'El-Haraïaq  dans  la 
tribu  des  Ghezaoua  et  qui  est  mort  en  ibj'i.  D'après  la 
tradition,  le  patron  de  Tanger  serait  Tarrière-petit-fils  de 
Sidi  Allai  et  son  grand-père  serait  un  autre  Sidi  Moham- 
med El-Hadj  avec  lequel  les  gens  du  peuple  le  confondent; 
c'est  celui  qui  vers  1610  a  été  tué  par  le  sultan  Mohammed 
Ech-Chaikh  El-Mamoun. 

Les  historiens  sont  muets  sur  le  rôle  joué  par  les  Oulad 
El-Baqqal  dans  les  luttes  contre  les  chrétiens  dans  le  Nord- 
Ouest  marocain  ;  ce  rôle  cependant  a  été  considérable  et 
c'est  à  lui  que  les  membres  de  cette  famille  doivent  le  pres- 
tige dont  ils  jouissent  dans  toute  la  région  et  particulière- 
ment à  Tanger,  où  ils  sont  considérés  comme  le  symbole 
de  l'indépendance  nationale. 

Le  sanctuaire  de  Sidi  Mohammed  el-Hadj  se  composait 
à  l'origine  d'une  simple  haouch,  qui  entourait  la  sépulture 
du  saint.  11  y  a  "une  vingtaine  d'années  seulement,  les 
fidèles  lui  ont  élevé  une  grande  qoubba  entourée  de  six 
plus  petites.  Une  mosquée  a  été  construite  ensuite,  puis  un 
minaret  et  la  mosquée  est  devenue  une  des  mosquées  de 
Khoiba  de  Tanger. 

Sidi  Mohammed  Ei-Hadj  est  connu  sous  le  nom  de  Bou 
'Araqia,  l'homme  à  l'araqia,  du  nom  d'un  bonnet  d'étoffe 
blanche  qui  se  met  sous  'le  tarbouch  de  laine  rouge  pour 
l'empêcher  de  déteindre  sur  la  tète.  Comme  les  pèlerins 
qui  s'embarquent  pour  la  Mecque  y  vont  en  \iara  avant 
leur  départ,  on  l'appelle  également  Mesaïfat  El-Hodjadj, 
«celui  qui  expédie  les  pèlerins  ».  A  côté  de  son  tombeau 
se  trouve  celui  de  son  frère,  Sidi  El-Ghazouani  ;  on  dit  que 
ce  dernier  seul  a  laissé  une  descendance. 

Le  sanctuaire  de  Sidi  Mohammed  El-Hadj   est  ouvert 


LA   VIE   RELIGIEUSE  3^7 

tous  les  jours  aux  pèlerins  ;  mais  le  vendredi  est  plus  par- 
ticulièrement réservé  aux  i{iaras. 

Le  mousem  a  lieu  les  septième  et  huitième  jours  après 
la  fête  du  Mouloud,  c'est-à-dire  les  19  et  20  du  mois  de 
Rebi  El-Aouel.  Les  familles  de  Tanger  et  des  environs 
font  circoncire  habituellement  leurs  enfants  le  jour  de 
Toctave  du  Mouloud  et  cette  cérémonie  s'accomplit  à  Sidi 
Mohammed  El-Hadj. 

Sidi  Bou  'Abid  Et-Tandji.  —  Au  nord-est  de  Sidi  xMo- 
hammed  El-Hadj  et  à  peu  de  distance  de  ce  sanctuaire, 
dont  il  est  séparé  par  la  route  des  Cefaçaf,  aujourd'hui 
de  San-Francisco,  se  trouvait,  il  y  a  quelques  années,  une 
tombe  ignorée.  Les  gens  du  Sous,  nombreux  à  Tanger, 
prétendirent  que  cette  tombe  était  celle  d'un  chérif  de  leur 
pays,  Bou  'Abid  Es-Semlali  Es-Sousi,  de  la  descendance  du 
fameux  Sidi  Ahmed  ou  Mousa  du  Tazeroualt.  Une  chapelle 
fut  élevée  sur  le  tombeau  aux  frais  des  gens  du  Sous  et,  les 
dons  augmentant,  la  chapelle  finit  par  devenir  une  mos- 
quée de  Khotba  avec  un  minaret  élancé  qui  domine  le 
Souq.  De  fait  personne  ne  sait  exactement  qui  est  Sidi 
Bou  'Abid,  ni  quelle  est  la  véritable  raison  de  la  construc- 
tion d'une  mosquée  sur  un  tombeau  qui  était  resté  si  long- 
temps ignoré. 

Le  Mrabet  Sidi  Ali  Er-Rifi.  —  Cest  un  simple  haouch 
vis-à-vis  de  Sidi  Mohammed  El-Hadj,  à  l'ouest,  contre  le 
mur  du  consulat  d'Espagne.  On  suppose  que  c'est  Tendroit 
où  se  tenait  le  pacha  Ali  ben  Abdallah,  lors  de  l'entrée  à 
Tanger  des  troupes  musulmanes  après  le  départ  des  An- 
glais. 

Sidi  El-Mokhfi  (Monseigneur  l'Inconnu).  —  C'est  un 
marabout  anonyme  au  milieu  du  grand  souq  ;  il  se  com- 
pose d'une  chambre  et  d'un  patio  découvert.  On  y  dit  les 


3^8  TANGER    ET   SA    ZONE 

cinq  prières  obligatoires  et  une  sorte  de  moqaddem  y 
réunit  des  aumônes  pour  acheter  de  l'eau  qu'il  donne  à 
boire  aux  pauvres  H  sabil  Allah,  dans  la  voie  de  Dieu. 
Autour  de  ce  marabout  se  tiennent  des  tolba  qui  écrivent 
des  amulettes. 


Sidi  Amar  Tahadjart.  —  Haouch  en  ruines  au  marché 
aux  bœufs.  On  n'a  aucun  renseignement  sur  ce  person- 
nage :  ce  doit  être  un  moudjahid  tué  dans  un  combat  contre 
hs  Anglais  ;  son  tombeau  se  trouve  au  milieu  d'un  ancien 
cimetière. 

Les  Moudjahidin.  —  On  prononce  vulgairement  Me- 
jahdin.  C'est,  comme  son  nom  l'indique,  un  cimetière  de 
combattants  de  guerre  sainte,  qui  se  trouve  plus  loin  que 
le  marché  aux  bœufs,  sur  un  plateau  qui  domine  Boubana. 
Plusieurs  qoubbas  aujourd'hui  en  ruines  se  dressaient  au 
milieu  de  ce  cimetière  et  il  est  devenu  impossible  de  savoir 
en  l'honneur  de  qui  elles  avaient  été  construites.  Une  seule 
est  encore  relativement  conservée  ;  c'est  celle  qui  est  élevée 
sur  le  tombeau  du  pacha  Ali  ben  Abdallah  El-Hamami  Et- 
Temsamani  Er-Rifi. 

Sidi  Ali  El-Meçmoudi.  —  Au  Djebel  El-Kebir.  Sans 
doute  un  moudjahid  de  la  tribu  des  Meçmouda.  Le  tom- 
beau du  saint  est  entouré  de  chambres  qui  permettent  aux 
pèlerins  d'y  passer  la  nuit.  C'est  un  lieu  de  pèlerinage  très 
fréquenté  par  les  femmes  de  Tanger  qui  y  séjournent  sou- 
vent plusieurs  jours.  Un  jardin  qui  était  attenant  au  sanc- 
tuaire a  été  en  grande  partie  englobé  par  El-Hadj  El-Mehdi 
El-Menebhi  dans  sa  propriété.  En  échange  il  a  augmenté 
les  contructions  du  marabout.  Il  n'y  a  pas  de  mousem  de 
Sidi  Meçmoudi,  mais  le  samedi  est  considéré  comme  le 
jour  le  plus  favorable  pour  y  aller  en  pèlerinage. 


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LA    VIE    RELIGIEUSE  •  "  ^!iQ,  '"—— -— -^  ^^^^ 

Sidi  Amar  El-Hadi.  —  Au-dessus  du  village  de  Djâma  "^ 
el-Moqra',  presqu'au  sommet  du  Djebel  El-Kebir.  Non  loin 
de  là  se  trouve  la  source  de  Lalla  Yannoû  Er-Rijîya,  où 
les  femmes  de  Tanger  vont  laver  leur  linge. 

Sidi  FA-Mokhtar  El-Baqqali.  —  Entre  le  cimetière  du 
Marchan  et  la  mer. 

Sidi  El-Moktar  appartenait  à  la  famille  des  Oulad  El-Baq- 
qal.  Il  habitait  une  maison  de  la  Qaçba  qui  appartient  au 
Makhzen  et  qui  fait  incontestablement  partie  des  cons- 
tructions du  palais.  Un  de  ses  fils,  Sidi  Ahmed,  l'habite 
encore  aujourd'hui. 

Sidi  El-Mokhtar  a  laissé  une  réputation  de  sainteté  et 
son  tombeau  qui  se  trouve  dans  un  jardin  qui  lui  appar- 
tenait et  qu'il  a  constitué  en  habous  est  un  lieu  de  pèleri- 
nage. C'est  là  qu'aux  fêtes  musulmanes] les  Aïsaoua,  chassés 
petit  à  petit  par  la  pénétration  européenne,  vont  se  réunir 
pour  faire  leurs  exercices  au  bruit  des  iebbals  et  des  ghaï- 
ias.  Sidi  Mokhtar  est  mort  en  1888. 

Sidi  Saïd.  —  Au  cimetière  du  Marshan.  Son  tombeau 
est  recouvert  de  tuiles.  Sidi  Saïd  el-Filali,  chérif  de  la 
famille  impériale,  a  assassiné  au  petit  Souq  de  Tanger, 
en  i855,un  commerçant  français,  Paul  Rey,  neveu  et  beau- 
frère  de  Daniel  Colaço,  alors  consul  général,  plus  tard 
ministre  du  Portugal  au  Maroc.  Ben  Abbou  était  alors 
pacha  de  Tanger.  Sidi  Saïd  a  été  exécuté  à  Tanger  sur 
l'ordre  du  Sultan  Moulay  Abderrahman.  C'est  le  premier 
musulman  mis  à  mort  au  Maroc  pour  avoir  tué  un  chré- 
tien. On  allume  encore  aujourd'hui  de  nombreuses  bougies 
au  tombeau  de  Sidi  Saïd,  considéré  comme  étant  mort 
martyr  [Chahid). 

A  ces  marabouts  il  faut  ajouter  des  endroits  consacrés 
par  les  croyances  superstitieuses  et  qui  sont  de  la  part  des 
femmes  l'objet  de  pèlerinages  et  d'une  sorte  de  dévotion 


33o  TANGER   ET   SA   ZONE 

particulière.  On  peut  y  retrouver  des  survivances  païennes 
à  peine  déguisées  sous  des  vocables  musulmans  (i). 

C'est  ainsi  que  l'on  trouve  Lalla  Chajîa  dans  un  jardin 
de  la  route  des  Çfaçaf  qui  conduit  au  marché  aux  bœufs. 
Lalla  Chafia,  dont  le  nom  peut  être  traduit  par  «  la  dame 
guérisseuse  »,  est  considérée  comme  une  fille  de  Moulay 
Yaqoub  ben  Mançour,  personnage  légendaire  dont  on 
retrouve  souvent  le  nom  auprès  des  sources  sulfureuses. 

Les  femmes  de  Tanger  font  de  fréquents  pèlerinages  à 
Lalla  Chafîa  ;  c'est  pour  elles  un  but  de  promenade. 

Au  bas  du  plateau  du  Marchan,  au  bord  de  la  mer,  on 
trouve  Lalla  Djemila  et  Sidi  Mimoun.  La  première  est  une 
roche  abordable  à  marée  basse;  le  deuxième  est  un  canon 
qui  se  trouvait  au  Bordj  Bou  'Amaïr,  non  loin  de  cette 
roche.  11  y  a  un  canon  Sidi  Mimoun  dans  presque  tous  les 
ports  marocains  et  on  lui  prête  les  exploits. les  plus  extra- 
ordinaires contre  les  navires  chrétiens. 

Plus  à  Test,  au  bas  de  la  Qaçba,  au  bord  de  la  mer,  on 
voit  Sidi  Bou  Qnadel  et  Sidi  Hammou  ;  de  l'autre  côté  de 
la  ville,  un  rocher  qui  avance  dans  la  mer,  vis-à-vis  de  la 
rue  de  la  Plage,  porte  le  nom  de  Moulay  Abdelqader  :  les 
femmes  le  blanchissaient  à  la  chaux  et  allaient  lui  demander 
des  enfants  ;  le  pacha  a  depuis  q.uelques  années  interdit 
ce  pèlerinage,  qui  donnait  en  spectacle  aux  européens  les 
baignades  des  femmes  musulmanes  autour  du  rocher. 

Enfin,  à  la  montagne  (Djebel  El-Kebir),  au-dessus  de  Sidi 
El-xMeçmoudi,  se  trouve  une  sorte  de  chambre  à  moitié 
ruinée  connue  sous  le  nom  de  Dar  El-Hamra  «  la  Maison 
Rouge  ».  C'est  le  temple  d'un  véritable  culte  des  démons 
{djenoun).  G.  Salmon  dans  son  étude  sur  les  «  Supersti- 
tions dans  la  Région  de  Tanger  (2)  »  a  donné  sur  ce  culte 
des  détails  très  intéressants. 


(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.   I,  p.  262  ;  «  Les  superstitions  dans  la 
Région  d€  Tanger  »,  par  G.  Salmon. 
(2)  Ibid.,  pp.  269  et  seq. 


LA   VIE    RELIGIEUSE 


33 1 


Sidi  El'Hadj  Abdessalam.  —  Le  Chérif  d'Ouezzan,  Sidi 
El-Hadj  Abdessalam  bel  Hadj  El-Arbi,  qui  était  le  grand 
maître  de  la  Maison  d'Ouazzan  depuis  la  fin  du  règne  de 
Moulay  Abderrahman,  pendant  tout  le  règne  de  Sidi  Moham- 
riied,  est  mort  à  Tanger  en  1892,  sous  le  règne  de  Moulay 
El-Hasan,en  revenant  d'un  voyage  au  Touat.  Il  a  été  enterré 
dans  la  zaouia  de  Moulay  Tayyeb,  au  quartier  des  Béni  Ider. 
Il  avait  reçu  la  protection  officielle  de  la  France  en  i883  et 
il  était  Grand  Officier  de  la  Légion  d'Honneur.  Son  influence 
à  Tanger  et  dans  la  tribu  de  l'Andjer'a  était  considérable. 
D'après  la  croyance  populaire^  le  corps  de  Sidi  El-Hadj 
Abdessalam  ne  serait  pas  resté  à  Tanger  ;  il  aurait  été  mira- 
culeusement transporté  àOuazzan,  où  il  serait  enterré  dans 
la  tombe  de  son  grand-père,  Sidi  Ali  ben  Ahmed. 

Sa  mère  Lalla  Salamaest  enterrée  dans  la  même  zaouia. 


Les 

Marabouts 

de  la  ville 

(dans  les 

murs). 


Sidi  'Amar  'Alilech.  —  C'était  un  homme  pieux,  dont 
le  nom  était  'Amar  ben  'Abdelkhalaq  Er-Rifi  ;  dans  des 
documents  d'adoul  le  concernant,  on  lui  donne  la  qualifi- 
cation de  Qo^^qui  sert  à  désigner  le  rang  le  plus  élevé  dans 
la  terminologie  çouhque.  Il  est  mort  il  y  a  une  soixantaine 
d'années  et  a  été  enterré  dans  la  maison  qu'il  habitait  au 
quartier  des  Béni  Ider,  contre  les  fortifications,  derrière 
l'ancienne  tour  des  Irlandais  (Irish  Tower). Ses  héritiers  ont 
constitué  son  bien  en  habous  et  ont  fait  construire  une 
qoubba  sur  son  tombeau.  C'est  aujourd'hui  un  marabout 
un  peu  perdu  dans  un  quartier  où  il  n'habite  presque  plus 
de  musulmans. 


Sidi  'Ali  ben  Daoud.  —  Sous  la  voûte  qui  conduit  de 
l'hôtel  Continental  à  la  petite  place  de  Dar  el-Baroud.  D'après 
les  uns  il  est  Ouriaghli,  et  d'après  les  autres  Amarti  ;  il  y 
a  eu  d'ailleurs  plusieurs  saints  personnages  de  ce  nom  :  le 
plus  illustre  est  Sidi  'Ali  ben  Daoud, qui  a  son  tombeau  dans 
la  tribu  de  Mernisa.  On  dit  qu'il  était  originaire  du  Sous.  Jl 


332  TANGER    ET    SA    ZONE 

était  disciple  de  Moulay  Boucheta,  et  il  est  mort  en  i025 
fJ.-C.  1616-17).  Par  Moulay  Boucheta,  Sidi  Ali  ben  Daoud 
El-Mernisi  se  rattache  aux  Oulad  El-Baqqal. 

Il  ne  serait  pas  étonnant  que  le  sanctuaire  de  ce  nom  qui 
se  trouve  à  Tanger  ait  été  fondé  en  l'honneur  de  Sidi  Ali 
Ben  Daoud  des  Mernisa,  qui  avait  été  disciple  de  Moulay 
Boucheta  avec  Sidi  Mohammed  El-Hadj  El-Baqqal,  tué 
vers  lôiopar  le  [Sultan  Mohammed  |Ech-Ghaikh  El-Ma- 
moun.  On  peut  même  se  demander  s'il  n'y  a  pas  eu  à  cette 
époque  une  tentative  de  Moulay  Zidan  de  se  rapprocher 
des  Portugais  pour  obtenir  leur  appui  contre  les  Espagnols, 
auxquels  son  frère  Sidi  Mohammed  Ech-Chaikh  venait 
de  céder  Larache  pour  obtenir  leur  concours.  Les  Oulad 
El-Baqqal,  Moulay  Boucheta  et  peut-être  Sidi  Ali  ben 
Daoud,  son  disciple,  pouvaient  avoir  été  chargés  de  négo- 
cier avec  les  Portugais,  ce  qui  expliquerait  la  présence  de 
Moulay  Boucheta  à  Tanger  et  à  Ceuta.  Il  est  même  possible 
qu'il  ait  été  accompagné  dans  sa  mission  par  Sidi  Ali 
ben  Daoud  et  par  Sidi  Mohammed  El-Hadj  El-Baqqal 
lui-même. 

On  pourrait  trouver  là  une  explication  des  deux  sanc- 
tuaires l'un  à  la  mémoire  de  Moulay  Boucheta  à  la  Qaçba, 
l'autre  à  celle  de  Sidi  ben  Daoud,  à  un  endroit  où  se  trou- 
vait une  citadelle  portugaise,  et  cela  jetterait  une  certaine 
lumière  sur  la  vénération  extraordinaire  dont  jouit  encore 
aujourd'hui  le  patron  de  Tanger,  Sidi  Mohammed  El-Hadj, 
qui  porte  le  même  nom  que  son  grand  père,  le  disciple  de 
Moulay  Boucheta. 

Le  mousem  de  Sidi  Ali  ben  Daoud  est  célébré  le  jour  de 
l'octave  du  Mouloud. 

Sidi  Ahmed  ben  'Allai  Et-Tandji.  —  Qoubba  au  quar- 
tier des  Gzennaya,  au  pied  de  la  Qaçba.  D'après  une  tradi- 
tion qui  d'ailleurs  ne  repose  sur  rien,  ce  tombeau  serait 
celui  d'Ibn  Abdallah  Mohammed  El-Louati,  connu  sous 


LA   VIE    RELIGIEUSE  333 

le  nom  de  Ibn  Batouta  (i).  Mais  ce  voyageur  célèbre,  né  en 
effet  à  Tanger,  est  mort  en  1878,  c'est-à-dire  près  d'un 
siècle  avant  l'occupation  de  Tanger  par  les  Portugais.  Il 
semble  peu  probable  qu'il  y  soit  mort,  et  moins  probable 
encore,  s'il  y  avait  eu  son  tombeau,  que  celui-ci  ait  été  res- 
pecté pendant  plus  de  deux  cents  ans  d'occupation  euro- 
péenne. 

Sidi  Ahmed  ben  'Adjiba.  —  Affilié  à  la  confrérie  der- 
qaouia  des  Oulad  Ben  'Adjiba  :  tombeau  sans  qoubba,  au 
bas  de  l'^Aqbat  el-Ouazzaniya,  en  face  du  Qaous  Farran 
Djelloul.  Sidi  Ahmed  ben  'Adjiba,  qui  était  un  faqih,  est 
mort  il  y  a  une  soixantaine  d'années. 

Sidi  El-Hosni  ben  Tahami  El-Oua^^ani.  —  Ce  Chérif 
d'Ouazzan  est  mort  il  y  a  une  trentaine  d'années.  Il  a  été 
enterré  dans  sa  maison,  qui  est  à  l'est  de  la  porte  de  la 
Qaçba  dite  Bab  el-'Aça,  dans  le  quartier  d'Amrah.  Les  fils 
de  Sidi  El-Hadj  Abdessalam,à  qui  il  a  laissé  par  testament 
le  peu  qu'il  avait,  ont  fait  bâtir  une  qoubba  sur  son 
tombeau. 

Sidi  Mohammed  ber-Raisoun.  —  C'est  un  frère  de  Sidi 
Abdessalam  ben-Raïsoun  de  Tétouan  qui  a  été  un  person- 
nage considérable  dans  les  premières  années  du  règne  de 
Moulay  El-Hasan.  Ce  sultan  l'honorait  particulièrement  et 
se  servait  de  son  influence  auprès  des  chorfa  du  Djebel  'Alam. 
Leur  père  Sidi  Ali,  originaire  de  Tazerout  dans  les  Béni 
Arous,  avait  fondé  à  Tétouan  une  importante  zaouia.  On 
sait  que  les  Oulad  Ber-Raïsoun,  vulgairement  Ber-Raïsoul, 
sont  descendants  de  Sidi  Younes  ben  Boubeker,  frère  de 
Sidi  Mechich.  C'est  une  des  principales  familles  des  Béni 
*Arous,  qui  a  son  centre  à  Tazerout. 

(i)  Ci.  Voyages  cV Ibn  Batouta.  —  Trad.DEFRÉMERYetSANGuiNETTi.  Publi- 
cation de  la  Société  Asiatique.  4  Volumes,  E.  Leroux,  Paris,  iSgS. 


334  TANGER    ET    SA   ZONE  • 

Sidi  Mohammed  est  mort  il  y  a  une  quarantaine  d'années 
et  a  été  enterré  sur  la  pente  qui  conduit  à  la  Qaçba  entre 
Amrah  et  Oued  Ahardan.  La  qoubba  qui  recouvre  son 
tombeau  a  été  construite  vers  1886.  Ce  sanctuaire  a  servi 
de  lieu  de  réunion  aux  foqarade  la  confrérie  kittaniya  avant 
que  cette  confrérie  ne  se  soit  installée  dans  l'ancienne  zaouia 
des  Ahl  Taqqit. 

Les  Moulay  Bouçheia.  —  En  entrant  à  la  Qaçba  par  la  porte 

Marabouts  du  Marchan,  on  aperçoit  à  main  gauche  dans  l'angle  du 
de  la  Qaçba.  rempart  une  porte  au  haut  de  quelques  marches  et  un 
petit  drapeau  au-dessus  de  cette  porte.  C'est  le  sanctuaire 
de  Moulay  Boucheta  el-Khammâr.  On  a  vu  plus  haut  que 
ce  personnage,  dont  le  tombeau  se  trouve  à  Amargo,  dans 
la  tribu  des  Fichtala,avaitétéle  chaikh  de  Sidi  Mohammed 
El-Hadj  El-Baqqal  et  les  raisons  qui  peuvent  expliquer  que 
son  souvenir  soit  conservé  à  Tanger.  Moulay  Boucheta,  qui 
s'appelait efTectivementMohammed  ben  MousaEch-Chaoui, 
est  mort  en  1589. 

Sidi  Mohammed  ben  Tayyeb  El-Baqqal.  —  Dans  la 
Zanqat  El-Touîla,  avant  la  nouvelle  maison  du  pacha  en 
venant  par  Bab  Marchan,  à  main  droite.  Ce  personnage 
est  mort  il  y  a  une  centaine  d'années  ;  il  a  été  enterré  dans 
sa  maison  et  une  qoubba  a  été  élevée  sur  son  tombeau. 
Les  gens  du  quartier  font  leurs  prières  dans  ce  sanctuaire, 
que  l'on  appelle  courammentla  zaouia  des  Oulad  El-Baqqal. 

Sidi  Ahmed  Bon  Qoudja.  —  De  la  famille  des  Oulad  el- 
Baqqal.  C^était  un  homme  un  peu  fou  qui  portait  les  che- 
veux longs  eten  désordre,  d'où  son  surnom  deBouQoudja. 
Il  est  mort  il  y  a  une  trentaine  d'années.  Sidi  Ahmed  Bou 
Qoudja  a  été  enterré  dans  sa  maison  du  quartier  de  la 
Gourna,  dont  une  partie  a  été  recouverte  d'une  qoubba.  Le 
reste  de  la  maison  était  occupé  par  sa  veuve,  morte  il  y  a 


LA   VIE    RELIGIEUSE  335 

peu  de  temps  et  par  son  fils  Sidi  El-Mokhtar,  plus  fou  que 
son  père  et  que  le  Makhzen  avait  consigné  dans  sa  maison 
sous  la  surveillance  de  sa  mère, qui  était  enfermée  avec  lui. 
La  folie  de  Sidi  El-Mokhtar  s'était  manifestée  peu  de 
temps  avant  la  guerre  et  on  raconte  à  ce  sujet  une  histoire 
assez  singulière.  Il  serait  entré  un  soir  à  la  légation  d'Alle- 
magne à  l'heure  du  dîner  et  aurait  trouvé  le  ministre  à 
table;  il  lui  aurait  avec  véhémence  intimé  l'ordre  de  faire 
ses  malles  et  de  partir,  ajoutant  qu'il  n'avait  plus  rien  à 
faire  au  Maroc  ni  lui  ni  ses  compatriotes  et  que  le  temps  de 
l'Allemagne  était  passé.  Le  ministre  fît  mettre  Sidi  El- 
Mokhtar  en  prison.  De  hautes  interventions  lui  permirent 
d'être  détenu  chez  lui  avec  sa  mère.  Peu  après  la  fin  delà 
guerre  sa  mère  mourut  et  Sidi  El-Mokhtar  retrouva  la  rai- 
son. Il  est  maintenant  en  liberté  et  paraît  très  tranquille. 

Sidi  Qasem  ben  Idris.  —  Au    S.  de  l'embouchure  de  Les 

rOued    Boukhalf,   près    de   la    plage   de  l'Atlantique,    se        Marabouts 
trouve  le  tombeau  de  Sidi  Qasem,  fils  de  Moulay   Idris  le  du  Fahç. 

fondateur  de  Fès.  L'origine  illustre  de  ce  personnage  au- 
rait dû  donner  à  son  tombeau  une  importance  considé- 
rable dans  tout  le  N.-O.  marocain;  cependant  ce  sanc- 
tuaire est  assez  négligé  et  l'ignoranceprofonde  des  gens  du 
pays  fait  souvent  de  Sidi  Qasem  un  chérif  Baqqali.  On  a 
vu  d'ailleurs  que  les  Oulad  El-Baqqal  sont  les  chorfa  les 
plus  vénérés  de  la  région,  quoique  leur  origine  chérifienne 
soit  des  plus  contestables. 

L'histoire  de  Sidi  Qasem  ben  Idris  est  connue.  Voici  ce 
que  dit  à  son  sujet  Ibn  Rahmoun  (i),  qui  écrivait  en 
1693,  c'est-à-dire  moins  de  dix  ans  après  la  rentrée  des 
musulmans  à  Tanger.  «  Al-Qâsem,  fils  d'Idris  II,  obtint  de 
son  frère  Mohammed  le  gouvernement  de  Tanger  et  fut 

(i)  Choudour Ed-Dahabfi Khair  Nasab,  parTouhami  ber  Rahmoun.  Trad. 
G.  Salfnon;  — Archives  marocaines,  vol.  III,  fasc.  II,  p.  227. 


336  TANGER    ET    SA    ZONE       , 

enseveli  après  sa- mort  sur  la  plage  d'Achaqqâr,  au  bord 
de  l'Oued  Tahaddart,  à  mi-chemin  entre  le  Cap  Spartel 
et  Acila.  Sa  qoubba  et  les  tombeaux  des  moudjahidin  qui 
l'entouraient  sont  bien  Iconnus,  [malgré  leur  délabrement. 
On  y  célèbre  un  grand  moûsem  le  jour  de  l'Onçora  ».  Ibn 
Rahmoun  ne  dit  pas  dans  quelles  conditions  Sidi  Qasem 
était  venu  s'établir  sur  les  rives  de  l'Océan.  Dans  le  par- 
tage du  Maroc  entre  les  fils  d'Idris,  Qaseni  avait  reçu 
Tanger,  Ceuta  ei  les  régions  voisines  de  ces  deux  villes; 
son  frère  Aïsa  s'étant  révolté  contre  Mohammed  ben  Idris, 
celui-ci  chargea  Qasem  de  le  soumettre;  il  s'y  refusa  et 
Mohammed  chargea  un  autre  de  ses  frères,  'Omar,  de  châ- 
tier 'Aïsa  et  Qasem.  'Omar  s'empara  de  leurs  États  et  c'est 
alors  que  Qasem  alla  se  consacrer  à  Dieu  dans  un  ermi- 
tage entre  Arzila  et  le  Cap  Spartel.  Rien  ne  prouve  que  la 
petite  construction  très  modeste  réparée  il  y  a  quelques 
années  par  les  habitants  du  dchar  des  Hadjriin,  près  d'un 
marais,  recouvre  réellement  les  restes  de  Sidi  Qasem  ben 
Idris,  mort  au  troisième  siècle  de4'hégire  (neuvième  siècle 
J.-C.)  De  toute  façon  il  est  élevé  à  sa  mémoire,  ce  qui 
prouve  que  son  souvenir  s'était  conservé  dans  la  région 
après  plus  de  huit  cents  ans. 

Le  mousem  de  Sidi  Qasem  est  encore  célébré  aujourd'hui 
le  jour  de  TAncera,  c'est-à-dire  le  24  juin  de  l'année  ju- 
lienne. 

Sidi  Haseïn.  —  Une  qoubba  blanche,  entourée  d'un  bos- 
quet d'oliviers  sauvages,  se  voit  à  mi-côte  de  la  colline 
d''Aïn  Dalia  à  main  droite  en  venant  de  Tanger,  au  vil- 
lage d"Aïn  Asel.  C'est  le  tombeau  de  Sidi  Haseïn.  On 
n'a  sur  lui  aucun  renseignement.  Les  gens  du  pays  disent 
que  c'est  un  fils  de  Moulay  Idris;  cette  affirmation  ne  re- 
pose sur  aucune  preuve  et  il  est  très  probable  que  Sidi 
Haseïn  soit  encore  un  moudjahid  ;  son  nom  semble  indi- 
quer qu'il  devait  être  originaire  du  sud  marocain.    Les 


LA   VIE    RELIGIEUSE  337 

gens  de  Tanger  vont  assez  fréquemment  en  pèlerinage  à 
Sidi  Haseïn,  qui  n'est  qu'à  une  douzaine  de  kilomètres  de 
la  ville,  et  un  grand  mousem  annuel  y  est  célébré  au  mois 
d'août. 

Sidi  El'Faqih  ben  Abdallah.  —  Le  tombeau  de  ce  per- 
sonnage se  trouve  au  Dchar  de  Tefer  dans  le  Sérif  :  c'était, 
dit-on,  un  chérif  Alami.  Il  était  chaikh  er-rema,  professeur 
de  tir;  il  avait  étudié  le  Qoran  à  Dar  Zhiro,  à  l'O.  d'Aïn 
Dalia,  où  son  souvenir  a  été  conservé.  Le  mousem  du 
Faqih  ben  Abdallah  est  célébré  à  Dar  Zhiro  le  jour  de  l'oc- 
tave du  Mouloud  ;  un  autre  mousem  est  célébré  à  son  tom- 
beau à  Tefer,  huit  jours  après.  Autrefois  les  tolba  et  les 
tireurs,  venus  de  différentes  régions  de  la  montagne,  assis- 
taient aux  deux  mousems. 

Sidi  El-'Arbi  El-'Aïdi.  —  Aux  Gouaret.  On  ne  connaît 
pas  son  origine.  C'est  un  lieu  de  pèlerinage  assez  fré- 
quenté ;  on  y  célèbre  un  mousem  le  jour  de  l'octave  du 
Mouloud. 

Autres  marabouts.  —  On  trouve  encore  Sidi  El-Hasan 
El-Miçbahi  à  Charf  el-Aqab,  Sidi  Idris  à  Bahreïn;  Sidi 
Maata  Allah  à  Misnana,  Sidi  Abdallah  Er-Regragui  et 
Sidi  Abderrahman  ben  Wdjiba  à  El-Khrab,  Sidi  'Amer 
ben  Yacer  k  Aïn  Dalia,  etc. 

Aux  Béni  Makada  se  trouve  une Me^ara  deMoulay  Ab- 
dessalam  ben  Mechich.  Autrefois,  les  pèlerins  qui  se  ren- 
daient au  Djebel  Alam  se  réunissaient  à  cet  endroit  et  y 
passaient  la  première  nuit  de  leur  voyage. 

On  vient  de  voir  dans  Ténumération  des  marabouts  tous       Pèlerinages, 
les  pèlerinages  locaux  de  Tanger  et  de  sa  zone;  le  plus 
habituel   est   celui  de    Sidi  Mohammed   El-Hadj,   qui  est 
certainement  le  centre  religieux  le  plus  fréquenté. 

VILLES    ET    TRIBUS.  —  VII.  23 


338  TANGER   ET   SA   ZONE 

Les  musulmans  de  Tanger  et  de  sesenvirons  se  rendent 
également  à  des  pèlerinages  éloignés.  Autrefois  ils  allaient 
au  printemps  au  grand  mousem  de  Moulay  Bouselham 
dans  le  Gharb  (i).  Aux  fêtes  du  Mouloud,  les  Aïsaoua et  les 
Hamadcha  se  rendaient  les  premiers  à  Meknès,  les  seconds 
auZerhoun;  depuis  une  quinzaine  d'années,  l'insécurité  des 
routes  d'abord  et  les  bouleversements  politiques  ensuite 
ont  arrêté  ces  pèlerinages,  qui  sont  aujourd'hui  sortis  des 
habitudes  du  pays  et  sont  presque  oubliés.  Des  pèlerinages 
extérieurs,  sans  parler  de  celui  de  la  Mecque,  interrompu 
lui-même  depuis  près  de  six  ans,  le  seul  qui  subsiste  est 
celui  de  Moulay  Abdessalam  ben  Mechich,  au  Djebel  Alam, 
dans  la  tribu  des  Béni  Arous.  Ce  pèlerinage  a  lieu  deux 
fois  par  an,  le  jour  de  la  Neskha,  le  i5  du  mois  de  Chaa- 
ban,  et  le  jour  d'Ara/a,  celui  qui  précède  V  'Aïd  el-Kebir, 
c'est-à-direle  9  du  mois  de  Dhoul-Hidja. 

Selon  les  saisons,  ces  pèlerinages  sont  plus  ou  moins 
importants;  lorsqu'ils  correspondent  aux  saisons  sèches  le 
nombre  des  pèlerins  est  considérable.  Les  pèlerinages  à 
Moulay  Abdessalam  prennent  quelquefois  une  importance 
politique.  Il  est  impossible  d'exercer  aucune  surveillance 
effective  sur  le  lieu  même  du  pèlerinage  ou  d'être  rensei- 
gné d'une  façon  certaine  sur  ce  qui  s'y  passe.  Les  habitants 
des  différentes  tribus  insoumises  s'y  retrouvent,  se  commu- 
niquent leurs  impressions  et  y  échangent  les  nouvelles  de 
leurs  régions  respectives.  Des  accords  sont  conclus  et  des 
mesures  décidées  pour  prolonger  la  résistance  des  tribus 
et  organiser  des  attaques  contre  les  régions  soumises. 

Influences  D'après  ce  qui  précède,  on  peut  se  rendre  compte  que 

religieuses.        l'influence  religieuse  la  plus  populaire,  celle  qui  est  entrée 

complètement  dans  les  mœurs  et  qui  est  vraiment  tradi- 

(i)  Archives  mat^ocaines,  vol.  VI  :  Les  tribus  arabes  de  la  vallée  du 
Lekkous,  pp.  358  et  seq.;  —  Villes  et  Tribus  du  Maroc  ;  vol.  VI  :  Rabat  et 
sa  Région,  t.  IV,  p.  62. 


LA    VIE    RELIGIEUSE  Bîg* 

tionnelle  est  toujours  celle  des  Oulad  El-Baqqal,  qui  date 
de  la  rentrée  des  musulmans  à  Tanger. 

Le  patron  de  la  ville,  Sidi  Mohammed  ben  Abdallah 
El-Hadj  El-Baqqal,  n'était  ni  un  chaikh  ni  un  savant; 
cependant  c'est  en  lui  que  tous  les  habitants  de  Tanger 
mettent  leur  confiance,  à  la  fois  religieuse  et  pour  ainsi 
dire  nationale,  et  tous  les  membres  de  sa  famille  béné- 
ficient de  cette  situation.  Les  Oulad  El-Baqqal  consti- 
tuent, pour  les  gens  de  Tanger  et  du  Fahç,  une  aristocratie 
supérieure  à  toutes  les  autres,  parce  qu'elle  est  tangé- 
roise. 

Il  y  a  une  quarantaine  d'années,  avec  Sidi  El-Hadj 
Abdessalam,  la  confrérie  d'Ouazzan  a  paru  prendre  un 
certain  moment  de  l'influence,  plus  particulièrement  dans 
l'Andjera;  mais  cette  influence  était  due  à  la  person- 
nalité du  chérif  plus  qu'à  sa  confrérie,  qui  d'ailleurs 
n'a  jamais  été  organisée  à  Tanger  ;  cette  influence  n'a 
été  que  passagère  et  a  disparu  avec  Sidi  El-Hadj  Abdes- 
salam. 

Lorsqu'il  est  mort  en  1892,  il  a  été  enterré  à  Tanger  dans 
la  Zaouia  de  Moulay  Tayyeb.  On  pouvait  penser  que  la 
tombe  de  ce  personnage  qui  avait  pendant  sa  vie  tenu  tant 
de  place  à  Tanger,  allait  devenir  un  centre  important  de 
pèlerinage.  Aussitôt  une  réaction  s'est  produite  et  le  tom- 
beau de  Sidi  Mohammed  El-Hadj  a  été  entouré  de  bâti- 
ments nouveaux;  on  y  a  ajouté  une  mosquée  avec  un 
minaret  et  cette  mosquée  n'a  pas  tardé  à  devenir  une 
mosquée  de  Khotba,  c'est-à-dire  où  Ton  prononce  la  prière 
solennelle  du  vendredi  :  en  un  mot,  un  efl'ort  a  été  fait 
pour  empêcher  que  le  tombeau  de  Sidi  El-Hadj  Abdessalam 
El-Ouazzani  pût  remplacer  celui  de  Sidi  Mohammed  El- 
Hadj  dans  la  vénération  populaire  et  il  est  résulté  de  cet 
eff"ort  que  la  sépulture  du  chérif  d'Ouazzan  n'est  plus  vi- 
sitée que  par  de  rares  fidèles,  tandis  que,  malgré  l'impor- 
tance prise  par  les  derqaoua  depuis  quelques  années,   le 


340  TANGER    ET   SA   ZONE 

tombeau  de  Sidi  Mohammed  El-Hadj  est  toujours  le  sanc- 
tuaire le  plus  fréquenté  de  la  ville. 

La  situation  des  Derqaoua  est  d'ailleurs  tout  autre  que 
celle  des  Oulad  El-Baqqal  :  les  Derqaoua  sont  pour  ainsi 
dire  une  confrérie  de  combat  que  l'on  utilise  pour  les 
besoins  du  moment  et  dans  la  crainte  d'un  danger;  mais 
c'est  malgré  tout  un  élément  étranger  qui  ne  tire  son 
prestige  que  d'un  état  de  choses  passager.  Sans  doute, 
les  Oulad  Ben  'Adjiba  derqaoua,  qui  habitent  la  ville  de- 
puis longtemps,  y  ont  acquis  droit  de  cité,  mais  ils  n'en 
constituent  pas,  comme  les  Oulad  El-Baqqal,  la  base  tradi- 
tionnelle. 

L'influence  des  Derqaoua  est  combattue  par  celle  des 
Tidjaniya  et  des  Kittaniya,  qui  d'ailleurs  se  combattent 
également  entre  elles.  Jusqu'à  présent  l'influence  politico- 
religieuse  des  Derqaoua  l'avait  emporté  sur  les  deux 
autres.  Le  rétablissement  de  l'autorité  du  Makhzen  a 
suffi  pour  ramener  le  rôle  des  Derqaoua  à  celui  d'une 
simple  confrérie  religieuse. 

Au-dessus  de  toutes  ces  zaouias  et  de  toutes  ces  con- 
fréries plane,  à  Tanger  comme  sur  tout  le  N.-O.  marocain, 
la  grande  ombre  de  Moulay  Abdessalam  ben  Mechich,  le 
Qotb  d'Occident.  L'emplacement  de  son  tombeau  au  Djebel 
Alam,  dans  la  tribu  des  Béni  Arous,  se  voit  de  Tanger  et 
tout  le  pays  vit  dans  son  rayonnement  tutélaire.  Son  pres- 
tige est  tel  qu'il  ne  supporte  aucune  comparaison  :  c'est 
Moulay  Abdessalam  et  cela  suffît.  Quelques-uns  savent 
peut-être  qu'il  est  descendant  de  Moulay  Idris,  le  fonda- 
teur de  Fès,  au  moins  d'après  les  généalogies  consacrées 
parla  tradition;  d'autres,  plus  rares  encore,  que  c'est  le 
plus  grand  chaik.h  mystique  du  Maghreb,  le  maître  de 
l'Imam  Ech-Chadiii  ;  mais  toutes  ces  considérations  con- 
crètes n'entrent  pour  rien  dans  le  véritable  culte  dont  il 
est  l'objet;  elles  en  sont  sans  doute  les  causes  primordiales, 
mais  les  causes  sont  oubliées  depuis  longtemps,  l'effet  seul 


LA   VIE   RELIGIEUSE  34I 

subsiste  et  seul  il  importe.  C'est  toujours,  au  fond  le  même 
sentiment  de  nationalisme  berbère,  qui  existait  bien  avant 
rislam,  qui  s'est  revêtu  plus  tard  d'une  apparence  de  fana- 
tisme religieux,  qui  prendra  sans  doute  d'autres  formes 
encore  et  qui  est  après  tout  non  pas  à  propremen-t  parler 
la  haine  de  l'étranger,  mais  la  haine  de  sa  domination  et 
surtout  de  ses  indiscrétions.  xMoulay  Abdessalam  est  la 
plus  pure  incarnation  de  ce  sentiment  d'indépendance  et  de 
véritable  patriotisme. 

Les  manifestations  de  ce  sentiment  sont  naturellement 
plus  apparentes  dans  les  régions  comme  Tanger,  où  la 
pénétration  européenne  n'est  pas  accompagnée  de  l'exer- 
cice d'une  autorité  effective.  C'est  ainsi  que  l'on  peut  re- 
marquer que  depuis  une  vingtaine  d'années  on  a  construit 
à  Tanger  trois  nouvelles  mosquées  de  Khotba  :  celle  de 
Sidi  Mohammed  El-Hadj,  celle  de  Sidi  Bou'Abidet  celle  du 
Marchan.  Cependant  la  population  musulmane  n'a  pas 
augmenté  à  Tanger  de  façon  à  nécessiter  trois  mosquées 
nouvelles  et  leur  construction  est  plutôt  une  protestation 
contre  l'augmentation  de  la  population  européenne,  une 
véritable  manifestation  contre  l'invasion. 

Comme  dans  tous  les  pays  musulmans,  quatre  grandes         Les  Fêtes. 
fêtes  religieuses  sont  célébrées  tous  les  ans  à  Tanger;  ce 
sont,  par  ordre  de  dates  : 

1°  LAchour,  qui  est  célébré  le  dixième  jour  du  mois  de 
Moharrem,  le  premier  mois  de  l'année.  L'Achour,  ou 
Achoura,  est  la  survivance  d'une  fête  antéislamique  (i), 
mais  qui  a  été  admise  par  le  Prophète  lui-même.  Il  n'y  a 
d'ailleurs  pour  sa  célébration  aucune  manifestation  reli- 
gieuse. C'est  à  l'Achour  que  les  musulmans  purifient  leurs 
biens,  en  distribuant  aux  pauvres  la  ^aka,  c'est-à-dire 
environ  le  2  et  demi  p.   100  de  leur  avoir.   Les  fêtes  de 

(i)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XX,  le  Gharb,  pp.  296  à  3oo. 


342  TANGER    ET    SA   ZONE  , 

TAchour  sont  célébrées  à  Tanger  de  la  même  façon  que 
dans  le  reste  du  Maroc.  Dès  la  veille  au  soir  les  femmes 
mènent  dans  les  maisons  un  grand  vacarme  de  tambou- 
rins ;  on  achète  aux  enfants  des  jouets  et  on  mange  des 
pâtisseries,  entre  autres  une  sorte  de  gâteau  au  miel  ap" 
pelé  chebbakia.  Autrefois,  on  installait  au  souq  el-Barra 
des  espèces  de  grandes  roues  verticales  appelées  naoras  ; 
c'étaient  des  chevaux  de  bois  verticaux,  dont  les  chevaux 
étaient  remplacés  par  des  caisses  de  bois  montées  sur  des 
axes  mobiles,  pour  s'asseoir.  Tout  cet  appareil  très  gros- 
sier tournait  bruyamment  à  la  grande  joie  des  enfants 
montés  dans  les  caisses.  Depuis  une  trentaine  d'années  cet 
amusement  a  été  défendu  comme  susceptible  de  troubler 
Tordre  public. 

2»  Le  Mouloud.  —  Célébration  de  la  naissance  du  Pro- 
phète, le  12  du  mois  de  Rebi'  el-Aouel. 

Cette  fête  est  caractérisée  à  Tanger  par  le  simulacre  du 
départ  des  'Aïsaoua  pour  Meknès,  des  Hamadcha  pour 
le  Djebel  Zerhoun  et  par  le  simulacre  de  leur  retour, 
quelques  semaines  plus  tard. 

Dès  la  première  nuit  du  mois  jusqu'à  la  nuit  de  la  fête 
elle-même,  les  musulmans  pieux  se  réunissent  entre  le 
moghreb  et  l"acha  dans  les  mosquées  et  les  sanctuaires 
pour  assister  à  la  lecture  de  la  Hamziya  et  de  la  Borda  de 
Bouciri  et  à  celle  de  poésies  appelées  Mouloudiyas,  où  est 
célébrée  la  naissance  du  Prophète.  Pendant  la  première 
nuit  seulement,  les  femmes  se  réunissent  également  dans 
quelques  maisons  de  chorfa,  entre  autres  chez  les  chérifas 
d'Ouazzan. 

On  a  vu  plus  haut  que  le  mousem  de  Sidi  Mohammed 
El-Hadj  était  célébré  au  moment  des  fêtes  du  Mouloud,  le 
septième  et  le  huitième  jour  après  le  jour  anniversaire  de 
la  naissance  du  Prophète. 

Outre  les  circoncisions,  qui  se  font  le  jour  de  l'octave 


LA   VIE   RELIGIEUSE  343 

de  la  fête  et  qui  donnent  lieu  à  de  curieux  cortèges  d'en- 
fants de  cinq  à  six  ans,  habillés  comme  des  idoles  et  montés 
sur  des  chevaux  richement  caparaçonnés,  le  mousem  lui- 
même  de  Sidi  Mohammed  El-Hadj  est  plus  particulière- 
ment célébré  la  veille  de  l'octave,  c'est-à-dire  le  19  du  mois 
de  Rebi*  el-Aouel,  par  de  nombreux  sacrifices  de  taureaux 
au  tombeau  du  patron  de  la  ville. 

Chaque  quartier  sacrifie  un  taureau,  qui  est  amené  par 
les  notables.  De  plus  les  corps  de  métiers,  les  bahriya, 
hammala,  baqqala  du  Sous  offrent  chacun  un  ou  plu- 
sieurs taureaux. 

Cette  coutume  d'immoler  des  animaux  au  sanctuaire  du 
personnage  dont  on  célèbre  le  mousem  n'est  pas  particu- 
lière à  Tanger;  on  la  retrouve  dans  toutes  les  villes  du 
Maroc  et  pour  tous  les  mousems  en  général.  Ce  qui  dis- 
tingue le  mousem  de  Sidi  Mohammed  El-Hadj  et  qui  mérite 
d'être  signalé,  c'est  le  caractère  très  particulier  de  cette 
manifestation. 

Il  s'agit  en  effet  de  fêter  l'anniversaire  de  la  naissance  du 
Prophète  et,  quoique  la  célébration  de  cet  anniversaire  re- 
monte à  une  date  relativement  récente  (le  mouloud  a  été  célé- 
bré au  Maroc  pour  la  première  fois  à  Ceuta  par  les  Béni  El- 
Azafi  au  treizième  siècle),  il  n'en  est  pas  moins  une  fête  qui 
pour  tous  les  musulmans  a  une  importance  considérable  et 
qui  est  célébrée  partout  avec  une  grande  ardeur  religieuse. 

A  Tanger  cette  fête  essentiellement  musulmane  présente 
de  véritables  caractéristiques  d'une  fête  païenne.  Tout  en 
répétant  la  phrase  consacrée  : 

Moulay  Mohammed,  ô  toi  qui  es  ombragé  par  une  nuée, 
Sur  toi  s'étend  la  grâce  de  Dieu,  ô  fiancé  de  la  résurrection. 
Fais-nous  accorder  le  pardon,  ô  le  maître  des  maîtres, 
O  toi,  le  prestigieux,  qui  connais  notre  faiblesse. 


344  TANGER   ET    SA    ZONE 

Ceux  qui  amènent  au  sacrifice  des  taureaux  enrubannés 
et  fleuris  sont  pour  la  plupart  parfaitement  ivres  et  con- 
tinuent même  à  boire  pendant  la  cérémonie.  Par  groupes, 
entourant  un  bouquet  de  tieurs  porté  par  l'un  d'eux,  ils 
hurlent  l'invocation  au  Prophète  en  titubant  et  en  levant 
les  bras  qu'ils  abaissent  en  indiquant  de  l'index  tendu,, 
dans  un  geste  d'ivrogne,  le  bouquet  qu'ils  entourent  et  qui 
lui-même  monte  et  descend  alternativement.  Des  cavaliers 
grotesques,  armés  de  sabres  et  de  fusils,  la  tête  couverte  de 
foulards  de  soie,  complètent  le  cortège,  qui  donne  plutôt 
l'impression  d'une  fête  de  Bacchus  que  d'une  cérémonie 
musulmane.  Faut-il  voir  dans  ces  manifestations  la  survi- 
vance d'un  culte  païen  qui  se  célébrait  jadis  à  l'endroit  où 
se  trouve  aujourd'hui  le  tombeau  de  Sidi  Mohammed  El- 
Hadj  ?  On  a  déjà  vu  que,  d'après  une  ancienne  gravure 
portugaise,  ce  tombeau  s'élève  à  peu  près  sur  l'emplacement 
d'un  ancien  temple.  Un  rapprochement  peut  donc  être  sug- 
géré. De  plus  on  peut  rappeler  que  dans  toute  la  région  de 
Tanger  on  trouve  des  souvenirs  de  vignes  :  le  village  d'Aïn 
Dalia,  la  source  des  vignes  ;  le  Djebel  Zebib,  la  montagne 
des  raisins  secs,  qui  sert  à  désigner  toute  la  région  mon- 
tagneuse au  sud-est  de  Tanger;  le  cap  Spartel,  l'ancienne 
Ampehisia  ou  Kcottjç  ày.çto>)^  le  cap  des  vignes,  etc.  ;  enfin 
la  découverte  récente,  aux  thermes  d'Aïn  Hammam  du  Charf 
El-Aqab,  d'unestatuette  représentant  un  Bacchus  enfant  avec 
un  baudrier  de  pampres.  Malgré  son  caractère  assez  peu  is- 
lamique, le  mousem  de  Sidi  Mohammed  El-Hadj  est  incon- 
testablement la  plus  grande  fête  de  Tanger;  c'est  la  véritable, 
fête  de  la  ville  et  de  sa  région.  Les  femmes  de  toutes  les  con- 
ditions de  la  ville  et  des  villages  voisins  s'y  rendent  en  foule. 
L'enthousiasme  est  considérable;  mais,  en  analysant  cette 
joie  générale,  on  a  bien  le  sentiment  que  l'anniversaire  de 
la  naissance  du  Prophète  peut  être  plutôt  le  prétexte  que  la 
cause  véritable  de  cette  manifestation , qui  aun  caractère  beau- 
coup plus  exclusivement  tangérois  que  toute  autre  chose. 


LA   VIE    RELIGIEUSE  3^5 

Au  caractère  spécial  des  fêtes  du  Mouloud  à  Tanger,  il 
faut  ajouter  la  coutume  des  femmes  musulmanes  de  porter 
sur  les  tombes  de  leurs  parents  des  branches  de  myrte 
(rihân).  On  peut  également  retrouver  dans  cette  coutume 
un  souvenir  de  paganisme,  si  l'on  se  souvient  que  le  myrte 
était  une  des  plantes  consacrées  à  Vénus. 

3"  UAïd  Eç-Ceghir.  —  Fête  de  la  rupture  du  jeûne  de 
Ramadan,  le  i«^  du  mois  de  Chaoual.  Une  prière  publique 
est  dite  le  matin  vers,  9  heures,  à  la  Meçalla  de  la  ville.  La 
cérémonie  se  fait  avec  un  assez  grand  apparat.  Le  naïb  du 
Sultan,  le  pacha,  tous  les  fonctionnaires  du  Makhzen  et 
les  chorfa  d'Ouazzan  se  rendent  de  la  ville  à  la  Meçalla  en 
cortège  à  cheval  ou  à  mule,  escortés  de  cavaliers  et  de  ser- 
viteurs. Tous  les  hommes  de  la  ville  les  accompagnent, 
revêtus  de  leurs  plus  beaux  vêtements.  Au  moment  de  la 
prière  le  canon  tonne  et  le  retour  se  fait  également  en  grand 
cortège.  L'extension  de  la  ville  et  les  constructions  nou- 
velles font  que  la  Meçalla  qui,  il  y  a  quelques  années  en- 
core, était  de  fait  hors  ville,  sur  un  assez  grand  plateau  au- 
dessus  du  grand  Souq  extérieur,  se  trouve  aujourd'hui 
entourée  d'immeubles  et  qu'il  a  fallu  l'entourer  d'un  mur 
élevé  pour  permettre  aux  musulmans  d'y  accomplir  en 
paix  leurs  cérémonies  religieuses. 

L'^Aïd  el-Kebir.  —  La  Grande  Fête,  célébrée  le  10  du 
mois  de  Dhoul-Hidja.  C'est  la  fête  du  mouton,  celle  où, 
dans  chaque  famille  musulmane,  un  mouton  est  immolé. 
A  Tanger,  où  les  coutumes  rifaines  se  sont  maintenues,  les 
gens  du  peuple  sacrifient  souvent  un  bouc  au  lieu  d'un 
bélier.  Comme  pour  T'Aïd  Eç-Ceghir,  une  prière  publique 
est  dite  à  la  Meçalla  et  avec  le  même  cérémonial  ;  après 
cette  prière,  le  premier  mouton  est  égorgé  à  la  Meçalla, 
d'où  il  est  transporté  aussi  rapidement  que  possible  à  la 
maison  du  Qadi  ;  on  considère  comme  de  bon  augure  qu'il 


346  TANGER    ET   SA    ZONE 

y  arrive  vivant.  Le  canon  tonne  au  moment  du  sacrifice  du 
mouton  à  la  Meçalla  ;  c'est  le  signal  de  regorgement  des 
moutons  dans  les  maisons. 

Les  fêtes  musulmanes,  sauf  l'Achour,  ont  un  octave  sans 
aucune  cérémonie  religieuse.  A  Tanger  et  dans  les  villes 
du  Nord-Ouest  marocain,  cet  octave  est  effectivement  fêté 
le  huitième  jour,  c'est-à-dire  le  même  jour  que  celui  de  la 
fête,  huit  jours  après.  Dans  les  autres  villes  telles  que  Fès, 
Meknès,  Rabat,  Marrakech,  etc.,  cet  octave  est  célébré  le 
septième  jour  après  la  fête. 


LE    CULTE    CATHOLIQUE 


Origines.  On  ne  sait  rien  de  précis  sur  l'organisation  du  culte  chré- 

tien à  Tanger  pendant  Tépoque  romaine  ;  le  christianisme 
y  avait  certainement  pénétré  de  bonne  heure,  et  après 
s'être  répandu  d'abord,  semble-t-il,  dans  la  population  ber- 
bère, il  s'était  élevé,  grâce  au  prestige  que  lui  donnait  les 
persécutions,  jusque  dans  l'armée  romaine.  En  298,  Tan- 
ger ajoutait  deux  martyrs  à  la  liste  déjà  longue  du  marty- 
rologe africain  :  un  centurion,  Marcellus,  qui  avait  refusé 
de  prendre  part  aux  fêtes  païennes  et  s'était  déclaré  chré- 
tien, fut  décapité;  le  greffier  Cassianus,  qui  avait  refusé 
d'écrire  la  sentence  contre  Marcellus  et  qui  avait  proclamé 
sa  foi  chrétienne,  était  décapité  également  quelque  temps 
après. 

Les  Berbères,  qui  avaient  embrassé  le  christianisme  par 
une  sorte  de  protestation  contre  le  gouvernement  impérial, 
ne  tardèrent  pas  à  tomber  dans  le  schisme,  lorsque  la  reli- 
gion chrétienne  devint  elle-même  officielle.  Ils  adoptèrent 
successivement  le  donatisme,  l'arianisme  et  le  schisme  des 
circoncellions. 


LA    VIE   RELIGIEUSE  347 

L'abbé  Godard (i)  pense  qu'avant  le  quatrième  siècle  il 
y  avait  un  évêché  à  Tanger  ;  cependant  le  nom  de  cette 
ville  ne  se  trouve  pas  dans  la  nomenclature  des  évêques  de 
Tingitane  aux  quatrième  et  sixième  siècles,  par  l'abbé  Mor- 
celli,  dans  VAfrica  christiana. 

Mgr.  Toulotte(2)  déclare  que  Ton  ignore  si  Tingis  a  eu 
des  évêques  à  l'époque  romaine. 

La  Tingitane,  quoique  dépendant  administrativement  de 
l'Espagne  et  des  Gaules,  devait,  comme  la  Césarienne,  être 
rattachée  à  Carthage  au  point  de  vue  de  l'organisation 
religieuse.  Les  trois  Maurétanies  formaient  au  commence- 
ment une  seule  province  ecclésiastique  ;  sur  la  fin  du  qua- 
trième siècle,  la  Maurétanie  sétifîenne  et  la  césarienne 
furent  séparées  en  deux  provinces  distinctes  ;  la  Tingitane 
faisait  partie  de  la  Césarienne.  Il  est  possible  que  plus  tard 
la  Tingitane  ait  formé  à  elle  seule  une  province  séparée, 
mais  il  n'existe. pas  de  documents  permettant  d'établir  s'il 
y  avait  un  évêché  à  Tanger  même  ou  si  [l'épiscopat  ne 
comprenait  pas  Tanger  et  Ceuta,  avec  son  siège  effectif 
dans  cette  deuxième  ville. 

La  découverte  de  la  tombe  d'Aurelia  Sabina  ancilla 
Christi,  à  la  fin  de  1910,  à  l'entrée  du  plateau  du  Marchan, 
du  côté  de  la  ville,  peut  faire  supposer  que  le  cimetière 
chrétien  se  trouvait  de  ce  côté,  c'est-à-dire  au  nord-ouest. 

Le  cimetière  païen  se  trouvait  au  contraire  au  sud-est 
de  la  ville. 

D'après  les  caractères  de  l'inscription  du  tombeau  d'Au- 
relia et  d'après  la  date  consulaire,  cette  sépulture  date  de 
la  moitié  du  quatrième  siècle  (3). 

L'arrivée  de  l'islam,  au  septième  siècle,  ne  tarda  pas  à 

(i)  Description  et  Histoire  du  Maroc.  Paris,  1860. 

(2)  Géographie  de  l'Afrique  chrétienne,  par  Mgr.  Toulotte,  évêque 
titulaire  de  Tagaste,  vicaire  apostolique  du  Sahara  mauritanien.  Mon- 
treuil-sur-Mer,  1894. 

(3)  Cf.  Les  sépultures  antiques  du  plateau  du  Maschan  à  Tanger,  Archives 
marocaines,  vol.  XVIII,  p.  SyS.  Paris,  1911.  Cf.  également  infra  pp.  403-411. 


348  TANGER    ET   SA    ZONE  , 

faire  disparaître  le  christianisme  de  Tanger.  Les  églises 
qui  y  existaient  furent  détruites  ou  transformées  en  mos- 
quées et  il  faut  attendre  l'occupation  portugaise  au 
quinzième  siècle  pour  retrouver  à  Tanger  une  organisation 
chrétienne. 

En  entrant  dans  la  ville  les  Portugais  transformèrent  la 
grande  mosquée  en  église  ;  mais  les  auteurs  ne  sont  pas 
d'accord  à  propos  de  l'invocation  sous  laquelle  cette  église 
fut  placée. 

D'après  Fernando  de  Menezes(i),  l'église  fut  dédiée  au 
Saint-Esprit  et  un  prieur  de  Saint-Vincent  désigné  comme 
évéque. 

D'après  Castellanos(2),  elle  fut  placée  sous  l'invocation 
de  Saint-Antoine  de  Padoue,  et  des  Pères  Fransciscains, 
qui  accompagnaient  l'expédition,  furent  mis  en  possession 
de  la  mosquée  et  d'un  très  beau  collège  (la  medersa)  où 
enseignaient  les  musulmans  et  qui  devint  un  centre  d'en- 
seignement chrétien. 

Enfin,  Mgr.  Toulotte  (3)  dit  que  la  cathédrale  a  été 
dédiée  à  l'Immaculée  Conception. 

On  peut  expliquer  les  divergences  d'opinions  du  fait 
qu'il  y  avait  certainement  plusieurs  mosquées  à  Tanger; 
que  Tune  fut  consacrée  au  Saint-Esprit  (il  est  établi  que 
c'est  la  grande  mosquée),  une  autre  à  saint  Antoine  de 
Padoue  et  une  troisième  à  l'Immaculée  Conception.  Cette 
explication  est  d'autant  plus  vraisemblable,  qu'avant  les 
constructions  modernes,  qui  ne  remontent  pas  à  plus  de 
vingt  ans,  il  n'y  avait  à  Tanger  que  trois  mosquées  à  mi- 
naret :  la  grande  mosquée,  qui  est  sur  l'emplacement  de 
l'ancienne  cathédrale   portugaise,    c'est-à-dire    l'ancienne 


(i)   Historia    de    Tangere,    par   D.   Ferdando  de  Menezes,    p.    34.    Lis- 
bonne, 1732. 

(2)  Historia  de  Marruecos,  par  Fr.  Manuel,  P.  Castellanos,  p.  52.  Tan- 
ger, 1898. 

(3)  Loc.  cit.,  p.  247. 


LA    VIE    RELIGIEUSE  849 

grande  mosquée  ;  Djama  el-Djedida  et  la  mosquée  de  la 
Qaçba.  Or,  la  tradition  veut  qu'il  y  ait  eu  un  couvent  à  la 
Qaçba.  On  peut  donc  retrouver  dans  les  trois  mosquées 
actuelles  de  l'ancienne  ville  les  trois  églises  des  Portugais 
établies  dès  le  jour  de  leur  occupation  dans  les  trois  mos- 
quées de  la  ville. 

D'autres  églises  et  chapelles  ont  été  élevées  plus  tard  pen- 
dant l'occupation  portugaise,  mais  leurs  noms  ont  été  ou- 
bliés ainsi  que  leurs  emplacements. 

On  trouve  dans  Castellanos  (i)  l'explication  de  la  dispa- 
rition des  traces  des  églises  catholiques.  Lorsque  en  1662 
lord  Peterborough  entra  à  Tanger  «  il  fît  immédiatement 
savoir  aux  Tangérois  que,  s'ils  ne  voulaient  pas  rester  dans 
la  ville,  il  les  transporterait  à  Lisbonne.  La  presque  totalité 
de  la  population  réunit  les  objets  mobiliers  et  les  images 
sacrées,  se  réfugia  à  bord  des  navires  et,  avec  d'amers  san- 
glots, livra  ses  foyers  et  ses  églises  à  la  sacrilège  impiété  des 
protestants.  Ses  craintes  étaient  fondées.  En  effet  les  An- 
glais entrèrent  à  Tanger  aussi  brutalement  que  s'ils  l'avaient 
prise  d'assaut  ;  ils  enfermèrent  dans  l'église  cathédrale  les 
malheureux  chanoines,  les  Pères  Dominicains  et  les  autres 
prêtres  du  diocèse  de  Tanger.  Poussés  par  leur  fanatisme 
iconoclaste  et  parodiant  les  anciens  Vandales,  ils  s'achar- 
nèrent contre  l'antique  couvent  des  Franciscains  et  les  trois 
églises  mineures  qui  se  trouvaient  dans  la  ville,  détruisant 
les  images  que  les  Portugais  n'avaient  pu  enlever  et,  s'ap- 
propriant  les  vases  sacrés,  ils  convertirent  en  écuries  les 
demeures  du  Seigneur,  monuments  de  la  foi  lusita- 
nienne ». 

Ce  qui  pouvait  rester  des  édifices  du  culte  a  naturelle- 
ment été  détruit  ou  transformé  depuis  l'occupation  musul- 
mane; il  n'est  donc  pas  étonnant  que  l'on  ne  retrouve  plus 
trace  aujourd'hui  des  anciennes  églises  portugaises. 

(i)  Historia  de  Marruecos^  op.  cit.,  p.  54. 


350  TANGER    ET   SA   ZONE 

Les  Sans  vouloir  faire  l'historique  de  l'ordre  de  Saint-Fran- 

Pranciscains.  çois  au  Maroc,  il  est  nécessaire  d'en  dire  quelques  mots  à 
propos  du  rôle  joué  par  cet  ordre  à  Tanger. 

On  sait  que  l'ordre  des  Franciscains  fut  fondé  au  com- 
mencement du  treizième  siècle.  Dès  1208,  François  d'As- 
sise, son  fondateur,  pensa  à  une  mission  au  Maroc:  «  O 
Tingis  !  Tingis  !  disait-il,  o  dementa  Tingis  !  O  Marro- 
chium!  Marrochium,  illusa  civitas  !  » 

11  semble  cependant  que  ce  n'est  qu'en  147 1  que  les  pre- 
miers Franciscains  s'établirent  à  Tanger  au  moment  de 
l'occupation  portugaise  :  l'effort  de  la  mission  s'était  porté 
au  sud,  principalement  à  Marrakech  où  a  habité  dès  i233 
un  évêque  Agnello,  qui  était  également  évêque  de  Fès.  Il 
eut  pour  successeur  Lupo  (ou  Lopez)  qui  fut  remplacé 
lui-même  par  le  Fr.  Blanco,  qui  paraît  avoir  gouverné 
toute  l'Eglise  du  Maroc  jusqu'en  1289.  Vers  1267,  le 
Fr.  Lorenzo  avait  été  nommé  titulaire  de  Ceuta. 

Jusque  vers  1260,  Tévêque  du  Maroc  était  nommé  par  le 
Pape  sur  la  proposition  des  principaux  chrétiens  et  des 
missionnaires  du  pays  ;  à  partir  de  cette  époque,  le  droit  de 
présentation  fut  accordé  au  roi  d'Espagne. 

Pendant  l'occupation  portugaise,  l'évêque  qui  y  résidait 
dépendait  de  l'archevêché  de  Lisbonne.  Outre  le  prieur  de 
Saint-Vincent,  nommé  dès  les' premiers  jours  de  l'occupa- 
tion portugaise,  on  ne  connaît  que  deuxévêques  de  Tanger 
pendant  cette  période  : 

Gonzalve,  de  l'ordre  des  Mineurs,  jusqu'en  1567,  et  son 
successeur,  Francisco  de  Coresma. 

«  Vers  1750,  le  pape  Pie  V  réunit  les  Églises  de  Tingis  et 
Septa  en  un  seul  diocèse  (i).  » 

En  i568  le  roi  Sébastien,  sur  les  instances  des  Pères  de  la 
Trinité,  leur  céda  le  couvent  de  Saint-Antoine  à  Tanger  et 
les  Franciscains  retournèrent  au  Portugal. 

(i)TouLOTTE,  op.  cit.,  p.  25i.  D'après  Wadding,  19,  76. 


LA   VIE    RELIGIEUSE  35 1 

En  1629,  Juan  de  Prado  fut  nommé  par  Urbain  VIII 
préfet  apostolique  de  Fès  et  de  Maroc  ;  il  ne  put  remplir 
sa  mission  et  mourut  martyr  à  Marrakech  en  janvier  i63i 
d'après  le  R.  P.  Henry  Koehler,  le  24  mai  i636  d'après 
l'abbé  Godard. 

Le  II  mars  1 641,  c'est-à-dire  encore  pendant  l'occupation 
portugaise  de  Tanger,  le  pape  confiait  aux  Franciscains  le 
droit  de  mission  au  IVlaroc  et  en  donnait  la  direction  à  la 
préfecture  de  San  Diego  d'Andalousie  (i). 

Il  ne  semble  pas  que  les  Franciscains  soient  revenus  à 
Tanger  avant  la  rentrée  des  musulmans  dans  cette  ville. 
En  1763,  le  vice-préfet  apostolique,  le  P.  Lazaro  Gimenez 
de  Jésus  Maria,  inaugura  à  Tanger  un  hospice  franciscain, 
sous  l'invocation  de  saint  Joseph  et  plus  tard  sous  celle 
du  bienheureux  Jean  de  Prado.  Cet  hospice  se  trouvait, 
paraît-il,  entre  le  quartier  des  Béni  Ider  et  celui  connu  au- 
jourd'hui sous  le  nom  de  Mellah,  c'est-à-dire  non  loin  de 
la  zaouia  de  Moulay  Tayyeb. 

En  1790,  le  sultan  Moulay  El-Yazid  ayant  expulsé  les 
missionnaires  de  tout  le  Maroc,  les  Franciscains  quittèrent 
Tanger  le  21  décembre. 

Sous  le  règne  de  Moulay  Sliman,  les  missionnaires 
furent  admis  de  nouveau  et,  le  17  janvier  1794,  cinq  mis- 
sionnaires s'installèrent  à  Tanger  sous  les  ordres  du  vice- 
préfet  apostolique  Fr.  Pedro  Gallardo,  qui  avait  aussi  le 
titre  de  «  supérieur  de  Meknès  »  qui  fut  conservé  jusqu'en 
1859,  quoique  le  couvent  de  l'Immaculée  Conception  de 
cette  ville  eût  disparu  depuis  1790.  Depuis  ce  retour  en 
1794,  les  Franciscains  sont  restés  à  Tanger  jusqu'aujour- 
d'hui, sauf  les  petites  interruptions  de  séjour  causées  par 
le  bombardement  de  1844  et  la  guerre  de  Tétouan  en 
1859-60. 

Jusqu'en  1880,  la  seule  église  catholique  était  une  petite 

(i)  La  Pénétration  chrétienne  au  Maroc,  par  le  R.  P.  Henry-Koehler, 
Paris-Poitiers,  1914. 


352  TANGER    ET    SA    ZONE  • 

chapelle  qui  existe  encore  entre  la  légation  d'Espagne  et 
l'ancienne  légation  de  Portugal.  Jusqu'au  milieu  du  dix- 
neuvième  siècle,  la  France  payait  aux  Franciscains  une 
subvention  annuelle  de  loo  talleri,  soit  environ  600  francs, 
pour  le  service  divin. 

En  1880,  les  Franciscains  se  rendirent  acquéreurs  de 
l'ancienne  maison  de  Suède,  rue  des  Ciaghîn,  mitoyenne 
de  l'ancien  consulat  de  France.  Ils  y  construisirent  un 
couvent  et  une  église  sous  l'invocation  de  l'Immaculée 
Conception. 

En  i883,  près  de  la  propriété  de  l'ancien  ministre  de 
Portugal,  Daniel  Colaço,  les  Franciscains  construisirent  à 
la  montagne  une  chapelle  qui  reçut  le  nom  de  San  Juan  del 
Monte,  en  mémoire  du  nom  que  les  Portugais  avaient  donné 
à  la  montagne  pendant  leur  occupation  de  Tanger  et  qu'ils 
appelaient  «  la  Cerra  de  San  Joâo.  » 

Un  hôpital  fut  construit  en  1888  entre  Bou  Ghaba  et  les 
Çfaçaf,  dans  le  quartier  connu  sous  le  nom  de  Barriada  de 
San  Francisco.  Cet  hôpital  et  sa  chapelle  furent  placés 
sous  l'invocation  de  San  Diego,  en  mémoire  de  la  préfecture 
de  même  nom,  en  Andalousie,  dont  relevaient  les  Francis- 
cains de  Tanger. 

Dans  le  même  quartier,  en  1902,  furent  construits  un 
grand  couvent  et  une  église.  Cette  église  encore  inachevée 
a  été  placée  sous  l'invocation  du  Saint-Esprit,  en  souvenir 
de  l'ancienne  église  cathédrale  des  Portugais. 

Il  y  a  quelques  années,  une  nouvelle  église  et  un  petit 
couvent  ont  été  construits  dans  le  nouveau  quartier  euro- 
péen qui  s'élève  au-dessus  de  la  plage  dans  les  sables.  Cette 
église,  dédiée  au  sacré  Cœur  de  Jésus,  est  particulièrement 
réservée  aux  Français.  Le  P.  Franciscain  qui  y  officie  et 
donne  les  sacremiCnis  est  espagnol,  mais  parle  français. 
C'est  là  également  qu'habite  et  officie  le  franciscain  fran- 
çais chargé  des  fonctions  d'aumônier  au  collège  Regnault. 

La  communauté  religieuse  du    Maroc   est   aujourd'hui 


LA   VIE    RELIGIEUSE  353 

dirigée  par  un  Père  franciscain,  Mgr  Francisco  Cerveira, 
évêque  in  partibus  de  «  Fessea  in  Numidia  »,  vicaire 
apostolique. 

Il  relève  directement  de  la  Sacrée  Congrégation  de  la 
Propagande  à  Rome,  qui  dirige  tous  les  pays  dits  de  mis- 
sions parmi  lesquels  se  trouve  le  Maroc. 

Récemment,  avec  l'autorisation  de  la  Cour  de  Rome, 
l'évêque  de  Fessea  a  délégué  à  un  franciscain  français  ses 
pouvoirs  de  vicaire  apostolique  pour  la  zone  française. 

Le  premier  délégué  français  est  Monseigneur  Darré. 


VILLES  ET  TRIBUS.  —   VII.  24 


LE  FAHÇ 


LA   TRIBU 


Le    Fahç    constitue   la  banlieue   de  Tanger.    C'est   la  Limites. 

partie  inférieure  du  Habt  (descente),  dont  les  pentes  septen- 
trionales menaient  les  anciens  combattants  de  guerre  sainte 
vers  le  littoral  du  détroit,  où  ils  venaient  s'embarquer 
pour  l'Espagne. 

Le  Fahç  a  pour  limites  naturelles,  au  nord,  Tanger  et  le 
détroit  de  Gibraltar;  à  l'ouest,  l'océan  Atlantique;  au  sud, 
l'oued  Tahaddart  et  une  ligne  de  hauteurs  marquée  par 
la  'Aqbat  el-Hamra  (Côte  rouge)  et  le  petit  massif  de  Se- 
guedla;  au  sud-est  et  à  l'est,  le  Djebel  Zinat  et  le  Djebel 
Béni  Medjimel;  du  Djebel  Béni  Medjimel  au  détroit  la  li- 
mite est  constituée  par  une  ligne  de  crêtes. 

Certains  auteurs  font  passer  la  limite  sud-ouest  du  Fahç 
à  l'oued  Bou  Ghaddou  et  aux  collines  d"Am  Dalia.  Les 
Arabes  *Amer,  il  est  vrai,  qui  sont  établis  entre  cette  limite, 
l'oued  Tahaddart  et  la  'Aqbat  el-Hamra,  répudient  tout 
lien  de  parenté  avec  les  Rifains  du  Fahç;  mais  il  n'en  est 
pas  moins  vrai  que,  de  même  que  les  groupements  d'ori- 
gines diverses  qui  occupent  les  autres  villages  du  Fahç,  ils 
sont  compris  dans  l'ensemble  de  la  tribu  des  Fahçiya. 

La  tribu  des  Fahçiya  (occupants  du  Fahç)  touche  au 
N.-E.  aux  'Andjera,  dont  quatre  villages  lui  ont  été  ratta- 


358  TANGER   ET   SA   ZONE 

chés  politiquement;  à  TE.  et  au  S.  aux  Ouadras  (i)  et  aux 
Béni  Mçaouar,  au  S.-O.  à  la  Gharbiya  (2). 

Peuplement.  On  a  vu  plus  haut  dans  l'historique  du  territoire  (3)  le 

nom  des  peuples  qui  l'ont  occupé  dès  la  plus  haute  antiquité 
connue.  Ce  sont  d'abord  les  Maçmoûda  Ghomara,  peuple 
considéré  comme  autochtone,  avec  lesquels  semblent  s'être 
fondus  des  Aryens  venus  d'Europe  en  passant  par  l'Espagne, 
à  partir  de  1600  avant  J.-C. 

Les  Phéniciens  vinrent  ensuite  vers  1460  avant  J.-C, 
puis  les  Carthaginois;  mais,  établis  vraisemblablement 
dans  la  ville  même  de  Tanger,  ils  se  bornèrent  à  entretenir 
des  relations  purement  commerciales  avec  la  banlieue.  Ce 
furent  enfin  les  Romains,  qui,  à  partir  de  l'an  3o  avant 
J.-C,  colonisèrent  la  région,  où  ils  régnèrent  en  maîtres 
pendant  près  de  cinq  siècles. 

Phéniciens,  Carthaginois  et  Romains  ont  à  leur  tour  été 
absorbés  par  les  Maçmoûda  Ghomara  ;  aucun  texte  ne  fait 
mention  de  leur  départ. 

On  ne  peut  citer  que  pour  mémoire  les  Métagonitaï,  dont 
ridentifîcation  est  encore  impossible  (4),  ainsi  que  les  Van- 
dales et  les  Byzantins,  qui  n'ont  fait  que  passer  ;  il  faut  en 
dire  autant  des  Wisigoths  d'Espagne. 

Ces  éléments  divers,  fondus  dans  le  milieu  autochtone, 
pratiquaient  le  paganisme,  le  christianisme  ou  le  judaïsme, 


(i)  Vel  Ouadghaç.  Certaines  cartes  européennes  portent  Oued  Ras,  ce  qui 
semblerait  constituer  une  inversion  inexplicable  pour  Râs  el-Oued,  la  tête 
de  l'oued.  Cette  transcription  est  mauvaise:  le  terme  Ouadras  n'est  pas 
composé  ;  il  est  d'origine  berbère  et  on  peut  le  rapprocher  du  terme 
Idrâsen. 

(2)  Ne  pas  confondre  avec  le  Gharb,  au  N.  du  Sebou  et  des  Béni  Ahsen. 
Les  indigènes  de  la  Gharbiya  formaient  une  fraction  des  Doukkala,  dont  une 
partie  a  été  amenée  au  temps  de  l'occupation  portugaise  pour  couper  les 
communications  entre  Arzila  et  Tanger. 

(3)  Cf.  supra,  pp.  3o  et  seq. 

(4)  Cf.  supra,  pp.  3 1-32. 


LE  FAHÇ  —   LA   TRIBU  359 

quand  l'islam  apparut.  Les  deux  premiers  disparurent  assez 
vite  ;  le  dernierse  maintint,  sinon  dans  la  région,  du  moins 
dans  la  ville.  La  question  de  la  survivance  du  judaïsme 
dans  les  territoires  conquis  par  l'islam  est  encore  obscure 
et  il  convient  de  distinguer  les  Berbères  de  religion  juive  et 
les  Juifs  de  race.  Ceux-ci  étaient  installés  de  préférence  dans 
les  villes  et  les  gros  centres,  ceux-là  vivaient  dans  la  cam- 
pagne. 

Si  les  Juifs  de  race  n'ont  vraisemblablement  jamais  oc- 
cupé la  banlieue  de  Tanger,  on  ne  peut  en  dire  autant  des 
Berbères  judaïsants  ;  leur  souvenir  s'est  maintenu  de  nom 
dans  le  village  des  xMediouna,  au  S.  du  cap  Spartel. 

L'histoire  nous  apprend  que  les  Mediouna  constituaient 
anciennement  une  tribu  zénète  professant  le  judaïsme,  qui 
était  installée  dans  les  environs  de  Tlemcen  ;  après  sa  con- 
version à  l'islam,  au  début  du  huitième  siècle,  une  partie 
vint  s'établir  le  long  de  la  côte  atlantique,  au  S.  du  Bou 
Regreg  ;  lors  de  la  première  invasion  en  Espagne,  une 
fraction  vint  camper  plus  au  N.  et  c'est  là  qu'il  faut  proba- 
blement chercher  les  prédécesseurs  des  Mediouna  actuels  du 
Fahç  (i).  Le  village  de  ce  nom  ne  comprend  plus  du  reste 
que  des  indigènes  d'origine  rifaine,  venus  à  partir  du  dix- 
septième  siècle. 

A  une  époque  qu'il  est  difficile  de  préciser  et  qui  se  place 
sans  doute  à  la  fin  du  dixième  siècle  ou  dans  la  première 
moitié  du  onzième,  les  Ghomara  disparaissent  du  terri- 
toire, sous  la  pression  de  tribus  nouvelles  qui  les  refou- 
lent vers  TE.  et  le  S.-E.  et  s^installent  à  leur  place.  Au 
milieu  du  onzième  siècle,  dit  El-Bekri,  «  le  territoire  de 
Tanger  est  occupé  par  des  Sanhadja  (2)  ». 

(i)  Cf.  Villes  et  Tribus  du  Maroc,  vol.  I  {Casablatica  eî  les  Chdouia,t.  I), 
pp.  i3i  et  182;  vol.  V  (Rabat  et  sa  région^  t.  III),  p.  65. 
(2)  Description  de  l'Afrique  septentrionale,  op.  cit.,  p.  2o5. 


360  TANGER   ET   SA   ZONE 

Ces  Çenhadja  appartiennent  sans  doute  aux  groupements 
ethniques  qu'lbn  Khaldoûn  appelle  de  la  première  oude  la 
troisième  race,  sans  qu'il  soit  possible  de  préciser  (i)  ;  ils 
sont  antérieurs  aux  Almoravides,  également  Çenhadja,  qui, 
lors  de  leurs  expéditions  en  Espagne,  ont  laissé  à  leur  tour 
de  leurs  éléments  dans  la  région. 

La  présence  de  Çenhadja  dès  le  onzième  siècle  est  d'au- 
tant plus  intéressante  à  noter  que  la  majorité  de  la  popula- 
tion actuelle  du  Fahç  est  constituée  par  des  Rifains,  qui 
sont  un  mélange  de  Çenhadja  et  de  Zénata. 

Au  début  du  quinzième  siècle,  des  Çenhadja  se  trouvent 
encore  dans  le  Fahç,  où  ils  sont  représentés,  entre  autres, 
par  la  tribu  des  Imathnah,  dont  il  reste  encore  quelques 
familles,  les  OulâdEl-Methni  (2). 

Au  reste,  toutes  les  tribus  berbères  du  Maroc  sont  passées 
sur  le  territoire  de  Tanger  pour  aller  participer  aux  con- 
quêtes en  Espagne  :  Mediouna,  Çenhadja,  Maçmoûda,  Zé- 
nata Goumiya  des  Almohades  et  Zenata  des  Merinides... 
Des  mélanges  se  sont  produits  et  il  serait  arbitraire  et  con- 
traire à  la  vérité  d'établir  des  classifications  rigoureuses. 

A  côté  des  éléments  berbères,  il  faut  citer  quelques  élé- 
ments arabes  établis  dans  la  partie  Sud  de  la  zone  de 
Tanger.  Ils  sont  les  représentants  de  la  tribu  hilaliennedes 
Riâh,  amenée  au  Maroc  à  la  fin  du  douzième  siècle  par  l'al- 
mohade  Ya'qoub  El-Mançoûr  et  dont  une  partie  fut  établie 
dans  le  Habt  (3).  Lors  de  la  pénétration  portugaise  au  Ma- 
roc,  une    idâla,    venue    de    la   Gharbiya    des  Doukkala, 


(i)  Cf.  Villes  et  Tribus  du  Maroc,  vol.  Y  (Rabat  et  sa  région,  t.  III), 
pp.  188  et  189. 

{2)  Cf.  Daouhat  en-Nâchir  ;  trad.  fr.  in  Archives  marocaines,  vol.  XIX, 
p.  22  ;  —  Nechr  el-Mathdnî,  ib.,  vol.  XXI,  p.  42.  Il  y  a  encore  des  Oulâd  el- 
Methni  à  El-Qçar  El-Kebir. 

(3)  Sur  les  Riâh  cf.  Villes  et  Tribus  du  Maroc,  vol.  V  [Rabat  et  sa  ré- 
gion, t.  III),  pp.  66  et  seq. 


LE   FAHÇ  LA   TRIBU  36l 

fut  envoyée  au  S.  de  l'oued  Tahaddart,  entre  ArziLa  et 
Tanger.  Une  partie  des  Riâh  qui  occupaient  ce  dernier 
territoire  poussa  plus  au  N.  au  delà  du  même  oued  :  ce 
sont  les  ancêtres  des  'Amer  actuels  du  Fahç. 

On  a  vu  qu'à  la  fin  du  dix-septième  siècle  le  territoire  de 
Tanger  est  devenu  territoire  guich  et  a  été  concédé  aux 
Rifains  qui  avaient  conquis  la  ville  sur  les  Anglais.  La 
majeure  partie  de  la  population  actuelle  du  Fahç  descend 
donc  des  Moudjahidin  du  pacha  'Ali  ben'  Abdallah  er-Rîfi  ; 
les  Rifains  appartiennent  aux  Berbères  Çenhadja  et  Ze- 
nata. 

Depuis  1684  la  tribu  s'est  grossie  d'autres  éléments  venus 
encore  du  Rif;  des  villages  nouveaux  se  sont  formés,  tels 
ceux  des  Béni  Ouasîn,  des  Drâdeb,  de  Djâma-el-Moqra,  de 
Bou  Khachkhach,  etc. 

Les  tribus  rifaines  représentées  actuellement  dans  le 
Fahç  sont  les  Temsaman,  les  Béni  Ouriaghel,  les  Béni 
Touzîn,  les  Béni  Iteft,  les  Béni  Bou  Frah,  les  Gzen- 
naïa,  les  Boqqouïa,  les  Béni  Amart,  les  Béni  Maaden  et  les 
Guelaïa. 

Des  Djebala  sont  en  outre  établis  sur  le  territoire  ;  il  faut 
y  ajouter  quelques  descendants  des  'Abîd  qui  l'ont  occupé 
de  1766  à  1778. 

On  trouvera  plus  loin  la  provenance  des  habitants  de 
chaque  village. 

Dans  l'ensemble  les  Rifains  représentent  85  p.  lôo  de  la 
population  totale,  les  Djebala  et  autres  Berbères  9  p.  100, 
les  Arabes  6  p.  100.  Étant  donnée  la  rareté  des  éléments 
étrangers  à  l'élément  rifain,  on  peut  dire  que  la  tribu  des 
Fahçiya  présente  un  homogénéité  ethnique  presque  parfaite 
et  qu'il  est  rare  de  rencontrer  dans  les  autres  tribus  maro- 
caines. 


362 


TANGER   ET  SA   ZONE 


Population.  .  La  population  de  la  zone,  en  dehors  de  Tanger  et  de  ses 
dépendances  immédiates  du  Marchân,  des  Drâdeb,  de  la 
Meçalla  et  de  Bou  Khachkhach,  s'élève  à  1 1.795  habitants, 
répartis  en  62  villages  {dchoûr,  sing.  dchar).  L'adjonction 
des  quatre  villages  ci-dessus  porterait  à  14.795  le  chiffre  de 
la  population  musulmane  totale,  avec  une  densité  de  40  ha- 
bitants au  kilomètre  carré. 

L'habitat.  Les    Fahçiya  habitent  soit  des  maisonnettes  en  pierre 

(bioût,  sing  bîi),  couvertes  de  chaume  et  quelquefois  de 
tuiles  ou  de  feuilles  de  zinc,  soit  des  huttes  de  roseaux 
(nouâîl,  sing.  nouâla)  également  couvertes  de  chaume;  elles 
sont  séparées  les  unes  des  autres  par  une  haie  de  roseaux 
ou  de  cactus,  formant  autour  de  chaque  habitation  un  en- 
clos où  le  troupeau  passe  la  nuit. 

L'ensemble  de  plusieurs  habitations,  plus  ou  moins  es- 
pacées, constitue  le  dchar,  ou  village,  qui  est  entouré  lui- 
même  d'une  épaisse  bordure  de  cactus. 

Les  villages  sont  répartis  suivant  les  lignes  de  hauteurs, 
à  proximité  des  sources  ou  des  cours  d'eau,  et  se  dressent 
sur  les  pentes,  à  égale  distance  des  sommets  et  des  bas- 
fonds;  ils  sont  assez  rapprochés  les  uns  des  autres.  Leur 
importance  est  très  inégale  et  le  nombre  des  maisonnettes 
ou  des  huttes  qui  les  constituent  varie  de  dix  à  deux  cents. 

Il  n'y  a  aucune  kheïma  (tente)  sur  le  territoire. 


Le  type  La  population  du  Fahç  comprend  deux  types  distincts  : 

humain.  1^  type  brun  et  le  type  blond  aux  yeux  bleu-clair  ou  gris- 

bleu. 

Le  premier  se  trouve  principalement  chez  les  Arabes  qui 
occupent  le  S.  du  territoire,  le  second  chez  presque  tous 
les  Rifains  et  les  Djebala. 

Chez  les  femmes  rifaines  le  type  blond  domine;  on  re- 
marque également  de  nombreux  types  châtains. 


LE  FAHÇ  —   LA   TRIBU 


363 


La  figure  est  ovale,  souvent  allongée,  quelquefois  ronde. 
La  coupe  de  la  barbe  ne  présente  aucune  particularité.  lien 
est  de  même  des  moustaches,  soigneusement  taillées  sur 
les  bords  supérieur  et  inférieur  ;  quelquefois  les  extrémités 
en  sont  laissées  pendantes  ou  en  pointe  :  c'est  un  dernier 
reste  de  l'influence  turque,  qui  d'Algérie  a  pénétré  chez  les 
Rifains  par  les  Béni  Iznasen  et  par  Badis. 


La  langue  généralement  parlée  dans  la  zone  de  Tanger 
est  l'arabe,  mais  grossier  et  mélangé  d'expressions  em- 
pruntées aux  Djebala  et  de  termes  espagnols  déformés.  Les 
Rifains  parlent  entre  eux  les  dialectes  berbères  du  Rîf, 
mais  tous  comprennent  l'arabe,  sauf  les  nouveaux  venus 
qui  n'ont  pas  encore  eu  le  temps  de  l'apprendre. 

Les  habitants  de  Tanger  ont  un  accent  particulier  assez 
fortement  prononcé,  qui  a  été  étudié  par  M.  W  Marçais(i); 
la  plupart,  surtout  les  femmes  et  les  enfants,  ne  peuvent 
pas  prononcer  la  lettre  qaf  (  J)  qu'ils  remplacent  par  la 
consonnance  du  ham^a. 

La  deuxième  personne  du  singulier,  pour  le  pronom  per- 
sonnel et  le  prétérit  du  verbe,  affecte  toujours  la  forme  fé- 
minine, chez  les  citadins  comme  chez  les  Fahçiya;  cette 
particularité  du  langage  s'étend  à  toute  la  région  du  Habt. 


La  langue. 


Le  costume  porté  par  les  Fahçiya  n'est  pas  celui  des  Ri- 
fains, malgré  l'origine  rifaine  de  la  population,  mais  celui 
des  Djebala  ;  il  a  été  adopté  à  la  longue  par  les  Arabes  du  S. 
du  territoire. 


Le  costume. 


Les  hommes  portent  une  culotte  de  coton,  une  chemise 
de  cotonnade  blanche,  une  souquenille  de  grosse  laine 
blanche  sans  manches  [qechchâba),  une  courte  djellaba 
blanche;  enfin,  recouvrant  le  tout,  une  seconde  djellaba 


(i)  Textes  arabes  de  Tanger,  par  W.  Marçais.  Paris,  E.  Leroux,  191 1. 


364  TANGKl   ET    SA   ZONE 

descendant  jusqu'aux  genoux,  généralement  brune  et  ornée 
de  pompons  multicolores,  à  manches  ordinaires,  au  capu- 
chon double  et  repliésur  le  devant. 

Les  babouches,  en  cuir  jaune,  ne  présentent  aucune  par- 
ticularité. 

La  coiffure  des  enfants  et  des  jeunes  gens  est  la  calotte 
rouge.  Celle  des  hommes  se  compose  d'un  petit  bonnet  de 
laine  blanche  Çaraqïya),  orné  souvent  de  dessins  en  lo- 
sange {taguiya)  et  autour  duquel  est  enroulée  une  bande 
de  mousseline  ou  de  cotonnade,  ou  môme  un  fourreau  de 
fusil  en  laine  bleue.  Quelques-uns  vont  nu-tête  :  d'autres 
portent  pour  toute  coiffure  un  cordon  en  poils  de  cha- 
meau, etc. 

Les  affiliés  à  la  confrérie  des  Derqaoua  sont   vêtus  de 
blanc;  le  capuchon  de  la  djellaba  n'est  pas  relevé  sur  le 
devant,  de  même  que  pour  les    tolba  ;   un  long   chapelet' 
à   gros   grains,    passé    autour  du    cou,    retombe    sur   la 
poitrine. 

Une  sacoche  de  cuir  ornée  de  dessins  est  portée  en  ban- 
doulière sous  la  djellaba  ;  un  poignard  à  lame  légèrement 
recourbée  à  l'extrémité  complète  souvent  la  tenue. 

Les  femmes  portent  un  pantalon  bouffant,  plus  long 
que  la  culotte  des  hommes,  une  chemise  et  un  gilet  brodé 
d'or;  la  tête  est  coiffée  d'un  ou  plusieurs  foulards  de  coton 
ou  de  soie  ;  autour  du  cou  est  enroulée  une  bande  de  mous- 
seline blanche,  dont  l'extrémité  peut  être  ramenée  contre 
la  figure,  qu'elle  sert  à  cacher. 

Les  jambes  sont  quelquefois  enserrées  de  jambières  en 
peau  de  chèvre  tannée  {trâbak).  La  chaussure  est  la  babou- 
che rouge  {rihiya),  qui  n'est  généralement  chaussée  que 
pour  entrer  en  ville  ;  dans  la  campagne  les  femmes  vont 
le  plus  souvent  nu-pieds. 

Pour  venir  à  la  ville  les  Fahçiyât  revêtent  une  serviette 
{foûta)  ou  un  guedouar^  pièce  d'étoffe  de  laine  analogue 


LE   FAHÇ  —   LA   TRIBU 


365 


au  haïk  des  femmes  de  la  ville  mais  de  dimensions  beau- 
coup plus  réduites. 

Le  costume  des  Fahçiyât  tend  à  se  modifier  au  contact 
des  femmes  de  la  ville  ;  c'est  ainsi  que  le  pantalon  court 
est  remplacé  de  plus  en  plus  par  un  pantalon  de  toile  arri- 
vant jusqu'aux  chevilles  et  dont  le  bas  porte  quelquefois 
un  galon  d'or;  le  guedouar  devient  de  plus  en  plus  ample; 
les  jours  de  fête,  au-dessus  du  gilet  se  place  un  caftan 
recouvert  d'un  transparent  [dfîn),  le  tout  serré  fortement 
à  la  taille  par  une  large  ceinture  {ha^a77i)j  etc. 

Les  bijoux  ne  présentent  rien  de  particulier 


Le  seul  tatouage  porté  quelquefois  par  les  femmes  est 
la  siâla,  simple  trait  vertical  au  menton,  coupé  ou  non  de 
petits  traits  transversaux;  il  est  d'ailleurs  assez  rare  et  tend 
à  disparaître.  Les  hommes  ne  sont  jamais  tatoués. 


Tatouées. 


Les  coutumes  des  Fahçiya  revêtent  en  général  un  carac- 
tère religieux;  elles  ne  diffèrent  pas  de  celles  des  habitants 
de  Tanger  et  ont  été  étudiées  par  ailleurs  (i). 

Les  pratiques  de  sorcellerie  sont  innombrables;  elles 
sont  à  peu  près  identiques  à  celles  des  tribus  déjà  étudiées. 


Coutumes. 


(i)  Cf.  supra,  pp.  341-346. 


VIE  ÉCONOMIQUE 


Condition  La  condition  économique  du  Fahç  est  dans  son  ensemble 

économique       analogue  à  celle  des  autres  tribus  marocaines  établies  dans 
générale.  la  banlieue  d'une  ville  ;  il  n'y  a  pas  lieu  de  s'y  étendre  ici 

et  le  lecteur  n'aura  qu'à  se  reporter  aux  études  sur  les  ban- 
lieues de  Casablanca,  Rabat  et  Salé,  déjà  parues  dans 
Villes  et  Tribus  du  Maroc.  Les  coutumes  agricoles,  les 
instruments  aratoires,  les  associations  pour  la  culture  et 
pour  rélevage  du  bétail,  etc.,  sont  les  mêmes. 

Le  territoire  du  Fahç  couvre  une  superficie  approxima- 
tive de  36.5oo  hectares;  sur  ce  nombre  7.000  à  peine  sont 
cultivés  (1)  ;  5. 000  au  sud-ouest  sont  couverts  par  des  étangs 
ou  des  prairies  marécageuses  ;  le  reste  est  constitué  par  des 
terrains  impropres  à  la  culture,  des  hauteurs  quelquefois 
boisées,  de  maigres  taillis,  etc.  Les  parties  les  plus  fertiles 
sont  celles  des  Souâni,  des  Béni  Makada,  de  Bou  Khalf  et 
de  Bougdour. 

Dans  l'ensemble  la  région  est  une  des  plus  pauvres  du 
Maroc:  elle  ne  suffit  pas  à  nourrir  ses  habitants,  môme  par 


(1)  Ce  chiffre  n'est  qu'approximatif;  dans  la  partie  du  Maroc  relevant  de 
la  France  les  surfaces  cultivées  sont  connues  avec,  précision  du  fait  du 
fonctionnement  du  tertîb  ;  il  n'en  est  pas  de  même  dans  le  Fahç,  où  le 
tertîb  n'est  pas  appliqué,  bien  qu'il  soit  prévu  par  la  Conférence  d'Algésiras 


LE   FAHÇ  —   VIE   ÉCONOMIQUE  307 

les  années  de  bonne  récolte.  La  ville  de  Tanger,  où  les 
Fahçiya  doivent  venir  se  ravitailler,  a  toujours  été  appro- 
visionnée en  grains  et  en  bétail  par  le  Gharb  et  même  par 
les  tribus  de  la  rive  gauche  du  Sebou,  et  la  plus  grande 
partie  de  ses  légumes  sont  importés  d'Espagne.  Avant  le 
fractionnement  politique  actuel,  rhuile,le  charbon  de  bois, 
la  volaille  et  les  œufs  lui  venaient  des  Djebala. 

Dans  les  régions  du  Maroc  déjà  étudiées,  l'orge  et  le  blé  Cultures. 
occupent  presque  toute  la  surface  cultivée.  Il  n'en  est  pas 
de  même  dans  le  Fahç:  l'orge  et  le  blé,  bien  qu'occupant 
des  étendues  relativement  considérables,  ne  viennent  qu'a- 
près le  sorgho  (drâ)  ;  le  maïs  {tourkiya)  est  également  très 
cultivé. 

Il  faut  citer  encore  les  fèves,  les  lentilles,  les  petits  pois, 
les  pois-chiches,  le  fenu-grec,  le  henné,  le  lin,  le  chanvre 
{kanneb)  et  le  kîf,  ou  chanvre  indien. 

Le  Fahç  produit  également  des  légumes  verts,  qui  sont 
cultivés  dans  les  jardins  :  patates,  choux,  carottes,  salades, 
tomates,  aubergines,  artichauts,  radis,  courges,  pastèques 
et  melons. 

L'ensemencement  se  fait  soit  en  automne,  soit  au  prin- 
temps, d'où  la  division  très  connue  des  cultures  en  bekriya 
et  ma^ou^ia  :  le  sorgho,  le  maïs,  les  pastèques,  melons  et 
pois  chiches,  semés  au  printemps,  sont  des  cultures  mazou- 
ziya;  le  blé,  l'orge,  les  fèves,  les  lentilles,  le  lin,  etc.,  sont 
des  cultures  bekriya. 

La  vigne  est  peu  cultivée';  quelques  essais  tentés  par  des 
Européens  ont  donné  de  bons  résultats.  Il  y  avait  autrefois 
des  champs  de  vignes  à  Bou  Khachkhach  ;  ils  ont  été 
envahis  par  les  sables.  «  On  ne  peut  s'empêcher  d'être 
frappé  par  la  fréquence,  dans  le  Nord-Ouest  marocain,  des 
noms  de  lieux  rappelant  les  vignes  ou  les  raisins.  La  région 


368  TANGER   ET   SA   ZONE  • 

montagneuse  qui  se  trouve  au  sud-est  de  Tanger  porte  le 
nom  de  Djebel  Zebib,  la  montagne  des  raisins  secs  ;  à  une 
douzaine  de  kilomètres  de  Tanger,  parla  route  de  Fès,  on 
trouve  le  village  d'Aïn  Dalia,  la  source  des  vignes.  Le  cap 
Spartel  était  désigné  par  les  Grecs  sous  le  nom  de  ApTreXouçia 
ou  de  KwTTj;  axpov,  le  cap  des  vignes.  «  Ptolémée,  dit  M.  Tis- 
sot,  donne  la  forme  pluriel  Kwtei;  et  semble  désigner,  sous 
ce  nom  collectif,  non  seulement  le  massif  du  cap  Spartel, 
mais  tout  le  plateau  projeté  par  les  montagnes  du  Rif  entre 
Tingis  et  Lixus.  »  Enfin  la  ville  arabe  qui  s'est  élevée  en 
face  de  Lixus,  sur  la  rive  gauche  du  Lekkous,  porte  le  nom 
d'El-Aràïcli,  les  treilles  (i).  »  i 

Dans  les  jardins  des  environs  immédiats  de  Tanger,  qui 
sont  à  la  fois  des  vergers  et  des  potagers,  et  quelquefois  à 
l'intérieur  du  Fahç  poussent  quelques  arbres  fruitiers  : 
l'oranger,  aux  oranges  petites,  douces  et  de  peau  presque 
toujours  verte,  le  citronnier,  le  poirier,  le  pommier,  le 
figuier,  l'abricotier,  le  merisier,  le  grenadier,  le  cognas- 
sier, Tolivier  sauvage. 

Le  ricin  croît  un  peu  partout  à  l'état  sauvage.  Sur  les 
pentes  N.  du  Djebel  el-Kebir,  dans  les  environs  d'Agla,  on 
trouve  des  chênes-lièges. 

Il  semble  que  dans  la  banlieue  immédiate  de  la  ville  les 
conditions  climatériques  et  le  sol  seraient  particulièrement 
favorables  à  la  culture  des  primeurs,  qui  sont  semés  en 
septembre  et  dont  la  récolte  arrive  en  décembre  et  janvier; 
mais  cette  culture  n'est  encore  pratiquée  que  par  de  très 
rares  Espagnols  et  indigènes. 

Il  faudrait  en  dire  autant  de  la  culture  des  fleurs.  Toutes 
les  fleurs,  indigènes  et  exotiques,  s'y  développent  en  plein 
air,  sans  aucun  abri,  qu'elles  soient  originaires  des  régions 

(i)  Archives  marocaines,  vol.  XVII,  p.  23  ^  n.  I. 


LE  FAHÇ  —  VIE   ECONOMIQUE  869 

tropicales  ou  des  régions  tempérées,  et  la  culture  de  celles 
qui  reçoivent  une  utilisation  industrielle  pourrait  devenir 
une  source  de  bénéfices  importants  (origanum  compactum, 
mentha  rotundifolia,  mentha  pulegium,  lavandula  stoe- 
chas,  myrtus  communis,  rosmarinus  officinalis,  jasmi- 
nium  divers,  pelargonium  capitatum)  (i). 

Les  principaux  pâturages  du  Fahç  se  trouvent  dans  la  Elevi^e. 

vallée  de  TOued  Meghoura,  dans  les  plaines  de  Bougdour 
et  de  Bou  Khalf  et  au  Charf  el-*Aqab  ;  on  peut  citer  encore 
la  vallée  de  Boubana,  le  Djebel  el-Kebir  et  toutes  les  hau- 
teurs qui  dominent  le  territoire. 

Ces  pâturages  sont  généralement  maigres  et  suffisent  à 
peine  à  l'alimentation  d'un  troupeau  peu  nombreux  ;  il  n'y 
a  pas  dans  le  Fahç  de  prairies  artificielles. 

L'élevage  porte  sur  les  bœufs,  les  moutons,  les  chèvres, 
les  chevaux,  les  mulets  et  les  ânes.  Il  n'y  a  pas  de  cha- 
meaux sur  le  territoire.  L'élevage  des  porcs  est  pratiqué 
par  quelques  Européens,  en  majorité  espagnols,  dans  les 
environs  immédiats  de  Tanger. 

Un  recensement  du  troupeau  en  192 1  d'après  les  rensei- 
gnements indigènes  a  donné  les  chiffres  suivants,  dont  \l 
est  difficile  de  contrôler  l'exactitude  : 

Khareb  et 
Flafliya.     Beddoun.    Bahreïn.  Bougdour.  Andjera.     Totaux. 

Bœufs i.ioS  935  626  2.535  2.o3o  7.23» 

Moutons    ....  2.060  2.3oo  i.Sgo  3.276  3.o8o  i2.io5 

Chèvres i.5oo  i.38o  220  826  2.35o  6.276 

Chevaux  et  Mulets.  204  2o5  160  328  435  i.33a 

Anes 3i5  260  204  211  463  1.453 

Le  troupeau  du  Fahç  ne  présente  aucune  particularité. 
Un  essai  d'amélioration  de  la  race  chevaline  a  été  entre- 
pris en  19 18,  date  à  laquelle  le  Service  des  remontes  du 

(i)Cf.  Appendice  III  :  liste  des  fleurs  et  arbustes,  par  M.  Goppart. 

VILLES  ET  TRIBUS.  —  VII.  25 


370  TANGER   ET   SA   ZONE 

protectorat  a  envoyé  au  tabor  extra-urbain  un  baudet  de 
grande  taille  et  deux  étalons  ;  mais  les  indigènes  ne  sem- 
blent pas  encore  comprendre  l'intérêt  qu'ils  auraient  à  amé- 
liorer la  race  et  manifestent  une  certaine  répugnance  à 
amener  leurs  juments. 

L'apiculture  est  à  l'état  rudimentaire  ;  on  trouve  cepen- 
dant des  ruches  dans  presque  tout  le  Fahç  ;  elles  sont 
faites  de  roseaux  ou  d'écorce  de  chêne-liège. 

Enfin  l'élevage  de  la  volaille,  bien  que  pratiqué  sans 
aucune  méthode,  est  une  source  de revenusappréciables pour 
les  indigènes  habitant  à  proximité  de  Tanger. 

Industries.  Les  indigènes  fabriquent  du  charbon  de  bois  au  Djebel 

el-Kebir,  au  Charf  el-Aqab  et  sur  les  collines  du  Djebel 
Béni  Medjimel;  ils  l'apportent  au  soùq  de  Tanger,  où 
viennent  s'approvisionner  non  seulement  les  habitants 
de  la  ville,  mais  encore  ceux  de  presque  toute  la  zone. 

Les  carrières  de  Râs  Achaqqâr  fournissent  des  meules 
réputées  pour  leur  extrême  dureté  et  qui  sont  fabriquées 
par  les  Medioùna. 

Des  marais  salants  sont  exploités  près  de  l'Oued  el-Halq. 

Des  fours  à  chaux  sont  établis  dans  les  environs  de 
Tandja  el-Baliya,  à  Sania  et  dans  les  villages  Andjera,  où 
on  fabrique  également  des  briques. 

La  pierre  à  bâtir  provient  des  carrières  de  Sania  et  des 
'Béni  Ouasîn  ;  elle  est  assez  abondante  chez  les  Gzennaïa, 
de  même  qu'à  Boubana,  au  Djebel  el-Kebir,  sur  le  bord  du 
détroit. 

Les  terres  argileuses  de  la  vallée  de  Boubana  sont  utili- 
sées par  les  potiers  des  Drâdeb  et  du  Marchân. 

Des  nattes  en  jonc  sont  confectionnées  dans  les  villages 
de  Bedrioûn,  de  Ghouiqrech  et  des  Béni  Saïd  Bou  Amar. 

Enfin  l'industrie  de  la  pêche  en  mer  est  pratiquée  par 
les  indigènes  de  Tandja  el-Baliya  et  des  villages  Andjera. 


LE    FAHÇ 


VIE    ECONOMIQUE 


37. 


Le  seul  marché  de  la  zone  est  Tanger,  où  les  indigènes 
viennent,  le  dimanche  et  le  jeudi,  vendre  leur  bétail,  de  la 
volaille,  des  œufs,  de  la  laine,  du  charbon,  etc.,  et  acheter 
du  sucre,  du  thé,  des  bougies,  des  cotonnades,  etc.  Les 
poids  et  mesures  usités  sont  ceux  de  la  ville. 

Il  y  avait  autrefois  un  marché  à  l'intérieur  du  Fahç  :  il  se 
tenait  le  vendredi  à  Zinat,  mais  depuis  le  rattachement  de 
Zinat  à  la  zone  d'influence  espagnole,  ce  soûq  est  de  moins 
en  moins  fréquenté.  Il  faut  en  dire  autant  du  soûq  el-had 
de  laGharbiya,  du  soûq  el-arbaades  Béni  Mçaouar,  du  soûq 
et-tlâta  d'Ouadras  et  du  soûq  et-tnîn  de  Mlousa  (Andjera), 
qui  se  tiennent  dans  les  tribus  limitrophes  de  la  zone. 


Marchés. 


Le  Fahç  est  traversé  du  nord  au  sud  par  la  route  qui 
doit  joindre  Tanger  à  Rabat  à  travers  la  zone  d'influence 
espagnole. 

Le  tronçon  de  la  zone  de  Tanger,  ou  tronçon  nord  de 
cette  route,  a  été  construit  par  le  Service  des  Travaux  pu- 
blics et  achevé  en  1918;  il  part  de  Tanger,  oblique  vers  le 
sud-ouest,  passe  au  pied  du  Charf  el-Aqab,  franchit  l'oued 
M'harhar  sur  le  «  pont  international  »  et  arrive  à  la  limite 
nord  de  la  zone  d'influence  espagnole. 

Le  tronçon  sud,  compris  entre  la  limite  sud  de  cette 
même  zone  et  Rabat,  est  en  voie  d'achèvement  et  sera  livré 
à  la  circulation  au  printemps  de  192 1. 

Entre  ces  deux  tronçons  extrêmes,  c'est-à-dire  en  zone 
d'influence  espagnole,  il  ne  se  trouve  encore  qu'une  simple 
piste,  impraticable  aux  voitures  dès  les  premières  pluies. 

Dans  la  direction  de  Larache,  la  route  dépasse  Arzila. 


Routes 
et  pistes. 


La  piste  Tanger-Fès  passe  plus  au  centre  du  territoire, 
par  Bahreïn,  'Aïn  Dalia  (et  la  'Aqbat  el-Hamra)  ;  elle  est 
carrossable  pendant  la  saison  sèche. 


La  piste  de  Tétouan  fait  suite  au  boulevard  axial  de 


Zy2  TANGER    ET    SA    ZONE 

Tanger  :  elle  longe  l'oued  Mghoura,  passe  par  le  village  du 
même  nom,  sort  de  la  zone  au  nord  du  massif  de  Zinat 
et  file  sur  Tétouan  par  le  fondaq  d'Aïn  Djedida. 
Une  route  par  l'Andjera  est  en  construction. 

Les  autres  routes  ou  pistes  principales  du  Fahç  sont  les 
suivantes  : 

Route  de  la  Moniagney  qui  part  du  Soûq  el-Barra,  fran- 
chit la  rivière  des  Juifs  sur  un  pont  métallique  de  construc- 
tion récente,  monte  en  pente  raide  jusqu'à  la  crête  du 
Djebel  el-Kebir,  longe  cette  crête  et  se  prolonge  jusqu'au 
phare  du  cap  Spartel. 

Route  du  cap  Spartel.  Cette  route,  actuellement  en  cons- 
truction, part  de  la  précédente  près  du  pont  métallique,  em- 
prunte la  vallée  de  Boubana  et  va  en  pente  douce  rejoindre 
la  route  de  la  Montagne,  au  sommet  du  Djebel  el-Kebir,  à 
hauteur  de  la  propriété  Perdicaris.  Au  fond  de  la  vallée, 
une  piste  prolonge  cette  route  en  direction  de  Médiouna. 

Route  des  Moudjahidin^  par  le  marché  aux  bœufs  ;  elle 
est  prolongée  par  une  piste  menant  au  village  des  Ziâten. 

Route  des  Oliviers,  Partie  de  la  route  des  Çfâçef  (ou  de 
San  Francisco),  elle  aboutit  à  une  bonne  piste  qui  mène 
aux  Ziâien. 

Piste  Tanger- Regaïa,  par  les  Béni  Makada.  Sur  la  pre- 
mière partie  de  son  parcours  elle  emprunte  la  route  de 
Rabat;  de  cette  dernière  aux  Béni  Makada,  s'étend  une 
route  plus  étroite. 

Piste  Tanger- Andjera^  par  le  lazaret. 

Oaçbas  II  y  a  deux  qaçbas  en  ruines  sur  le  territoire  du  Fahç  : 

l'une  à  l'est  et  non  loin  de  l'oued  el-Halq,  Tautre  légère- 
ment au  nord  des  collines  d'Aïn  Dalia. 

La  première  a  été  bâtie  par  Ghaïlan  en  1664,  ^^^^  ^^ 
l'occupation  de  Tanger  par  les  Anglais  (i). 

(1)  Cf.  supra,  pp.  75-7Ô. 


a 


LE'  FAHÇ   —    VIE    ÉCONOMIQUE  3/3 

La  seconde,  dite  de  Bou  Amar,  passe  chez  les  indigènes 
pour  avoir  été  bâtie  par  les  Portugais,  ou  encore  par  le 
pacha  Abdelkerim  ben  Ali  ben  Abdallah  Er-Rifi  ;  dans  ce 
dernier  cas  la  date  de  sa  construction  se  placerait  entre  les 
années  1748  et  1748  (i).  Une  version  plus  probable,  donnée 
par  Si  El-Arbi  Es-Saïdi,  en  fait  l'œuvre  du  qaïd  Amar  ben 
Haddo,  d'où  son  nom  (2)  ;  elle  aurait  été  bâtie  sur  Tordre 
de  Moulay  Ismaïl,  lors  du  siège  de  Tanger,  qui  était  occupée 
par  les  Anglais. 

La  qaçba  servait  de  campement  et  d'abri  aux  moudja- 
hids,  dont  c'était  en  même  temps  le  centre  de  ravitaille- 
ment ;  elle  semble  en  effet  construite  plutôt  contre  Tanger 
que  pour  défendre  la  ville. 

Le  qaïd  Amar  ben  Haddo,  qui  dirigea  les  premières  opé- 
rations de  siège,  mourut  de  la  peste  en  1681,  après  la  prise 
de  Mehediya  qu'il  dirigeait  également.  Il  fut  remplacé  dans 
les  opérations  contre  Tanger  par  le  pacha  Ali  ben  Abdallah 
son  cousin,  qui  s'empara  de  la  ville  en  1684  (3). 

La  qaçba  de  Bou  Amar  se  trouve  sur  une  hauteur,  à  la 
partie  Est  des  collines  des  Gzennaïa,  près  du  dchar  des  Béni 
Saïd,  et  domine  la  partie  du  Fahç  comprise  entre  ces 
collines  et  Tanger  ;  elle  était  autrefois  armée  de  plusieurs 
canons. 

Il  n'en  reste  actuellement  que  des  ruines  :  les  murs, 
épais  d'un  mètre,  dépassent  à  peine  le  sol  ;  deux  portes, 
dont  les  restes  branlants  dominent  le  mur,  permettaient 
l'accès  de  la  qaçba  à  l'est  et  à  l'ouest.  De  nombreuses  mai- 
sons, dont  les  murs  affleurent  le  sol,  s'élevaient  à  l'inté- 
rieur. 

La  qaçba  est  de  forme  trapézoïdale  ;  elle  couvre  une  su- 


(i)  Cf.  supra,  p.  92. 

(2)  Dans  le  Rif  et  le  Djebel,  Amar  et  Bou  Amar  se  disent  indifféremment 
Tun  pour  l'autre. 

(3)  Cf.  supra,  p.  82-83. 


374  TâJiGER   ET   SA   ZONE 

perficie  de  iS.iyS  mètres  carrés.  De  la  porte  Est  à  la  porte 
Ouest  on  ne  compte  pas  moins  de  i55  mètres;  les  faces 
Nord  et  Sud  ont  une  longueur  de  160  mètres,  la  face  Ouest 
a  100  mètres  de  long,  la  face  Est  70  mètres.  Une  tour 
carrée  est  construite  à  chaque  angle  ;  la  face  Nord  comporte 
en  outre  trois  tours  semblables,  la  face  Sud  deux  ;  ces  neuf 
tours  forment  saillie  hors  du  rempart. 

Les  murs  de  l'enceinte,  aussi  bien  que  ceux  des  maisons 
à  rintérieur,  sont  en  pierres  assemblées  par  un  mortier 
assez  solide. 

La  qaçba  a  été  habitée  par  les  Béni  Saïd  à  une  époque 
relativement  récente  et  des  murs  en  pisé  ont  été  construits 
au-dessus  des  anciens  murs  de  pierre.  Elle  aurait  été  aban- 
donnée à  cause  de  sa  mauvaise  exposition. 

Ruines.  Sans  parler  des  ruines  présentant  un  intérêt  archéolo- 

gique, comme  Taqueduc  romain  de  la  rivière  des  Juifs,  les 
thermes  du  Charf  el-'Aqab,  etc.  (i),  on  peut  citer  celles 
d'un  pont  jeté  sur  l'oued  el-Halq,  près  de  Tandja  el-Baliya  : 
la  tradition  locale  l'attribue  aux  Portugais  ;  mais  il  est  pro- 
bable qu'il  est  l'œuvre  de  Ghaïlân  et  qu'il  a  été  construit 
pour  permettre  aux  troupes  de  siège,  campées  à  la  qaçba 
du  même  nom,  le  passage  vers  Tanger;  dans  ce  cas,  sa 
construction  remonterait  à  1664. 

(i)  Cf.  supra,  p.  40  ;  infra,  pp.  409  et  seq. 


Ruines  du  «  pont  de  Ghaïlan  ». 


ORGANISATION  ADMINISTRATIVE 


On  a  déjà  vu  que  la  tribu  des  Fahçia  est  en  principe  une 
tribu  guich  et  que  la  création  de  ce  guich  remonte  au  len- 
demain de  la  conquête  de  Tanger  sur  les  Anglais  en  1684. 
Déplacé  en  partie  à  Mehediya  en  1766,  il  fut  ramené  dans 
le  Fahç  et  reconstitué  en  1778. 

Le  guich  comprenait  2.400  cavaliers  et  fantassins, 
5oo  artilleurs  et  700  marins,  soit  en  tout  3. 600  hommes. 

Les  2.400  hommes  de  troupe  étaient  divisés  en  vingt  et 
une  mias  (centaines),  commandées  chacune  par  un  qaïd 
mia  ;  trois  d'entre  elles  étaient  constituées  par  les  msakh- 
riya  (ou  mokha^eniya)^  qui  étaient  chargés  spécialement 
du  service  administratif  du  pacha  et  portaient  ses  ordres  ; 
les  mokhazeniya  étaient  logés  à  la  Qaçba  dans  de  petites 
maisons  construites  à  cet  effet  par  le  Makhzen.  Chaque 
mia  comprenait  des  hommes  d'une  même  tribu  (Béni 
Sa'ïd,  Temsaman,  Béni  Touzîn,  Béni  Ouriaghel,  Amart, 
Gouaret,  etc.). 

Plusieurs  mias  constituaient  une  rahâ^  commandée  par 
un  qaïd  rahâ. 

Les  artilleurs  étaient  commandés  par  le  qaïd  et-topdjia, 
les  marins  par  le  raïs  el-bahar  ;  les  uns  et  les  autres  étaient 
logés  à  la  Qaçba. 


StC»  TANGER    ET    SA    ZONE 


L'ensemble  du  guich  était  sous  les  ordres  du  gouverneur 
de  Tanger,  pacha  du  guich. 

Les  hommes  de  service  recevaient  une  solde  mensuelle 
de  dix  ouqias,  ou  un  mithqal,  soit  environ  5  francs  au 
cours  de  l'époque. 

De  plus  tous  les  hommes  du  guich  avaient  la  jouissance 
d'une  parcelle  de  terre  dans  le  Fahç.  Les  terres  étaient  par- 
tagées dans  les  proportions  suivantes  : 

Qaïd  raha  :  superficie  de  dix  attelées  de  labour. 
Qaïd  mia  :         ~  quatre  — 

Moqaddem:        —  deux  — 

Cavalier  :  —  une  — 

Fantassin  :  —  une  demi       — 

Cette  organisation  s'est  maintenue  une  centaine  d'années  ; 
en  1884,  le  pacha  Abdeççadaq  Et-Temsamani  put  encore 
avec  le  seul  guich  réduire  les  Andjera,  qui  s'étaient  ré- 
voltés. 

La  tradition  de  l'organisation  du  guich  rifi  s'est  perdue 
depuis  cette  époque.  La  possibilité  donnée  aux  étrangers 
d'accéder  à  la  propriété  immobilière  engagea  les  gens  du 
guich  à  transformer,  à  l'aide  de  moulkiyas,  leur  droit  de 
jouissance  des  terres  en  droit  de  propriété  pour  pouvoir  les 
vendre.  Les  petites  maisons  de  la  qaçba,  mises  à  la  dispo- 
sition des  msakhriyin,  des  artilleurs  et  des  marins,  furent 
également  mises  dans  la  circulation  et  vendues:  la  base 
même  de  toute  l'organisation  disparaissait  et  les  gens  du 
guich,  n'ayant  plus  leurs  terres  ni  leurs  habitations,  récla- 
mèrent des  augmentations  de  solde  qui  n'étaient  prévues 
par  aucun  budget  ;  il  fallut  en  réduire  le  nombre  et  fermer 
les  yeux  sur  de  nombreux  abus  d'autorité  qui  pouvaient 
seuls  compenser  l'insuffisance  de  la  solde. 

De  plus,  on  donna  à  Tanger  des  gouverneurs  étrangers^ 


LE   FAHÇ   —   ORGANISATION    ADMINISTRATIVE  877 

originaires  de  Rabat,  du  Haouz  ou  de  Fès,  qui  ignoraient 
complètement  l'organisation  du  guich. 

Enfin,  malgré  l'interdiction  de  donner  la  protection  aux 
gens  du  guich,  de  nombreux  individus  de  la  tribu  des 
Fahçia  sont  parvenus  à  l'obtenir. 

L'organisation  militaire  du  guich  a  de  nos  jours  presque 
entièrement  disparu.  A  Tanger,  il  y  a  bien  encore  de  nom- 
breuses pièces  d'artillerie  démodées  dans  les  bordjs,  mais 
il  n'y  a  plus  d'artilleurs;  les  marins,  devenus  de  simples 
salariés  de  l'aconage,  ont  une  tendance  à  se  grouper  en 
corporation,  comme  les  ouvriers  de  la  ville  ;  les  msakhriya, 
changés  en  mokhazniya,  forment  toujours  l'escorte  du  pa- 
cha, mais  leur  nombre  est  relativement  réduit. 

Dans  le  Façh,  il  n'y  a  plus  pour  tout  organisme  admi- 
nistratif que  les  assemblées  des  villages  ;  chaque  village 
obéit  à  un  moqqadem  qui  relève  du  pacha  de  Tanger. 

La  tribu  se  divise  en  cinq  roubou'  :  les  Flafîiya,  Bedrioûn, 
Bahreïn,  Bougdour  et  El-Khareb  ;  au  reba"  d'El-Khareb 
sont  rattachés  les  villages  de  l'Andjera  qui  font  partie  de  la 
zone.  Il  n'y  a  pas  de  cheikh  à  la  tête  de  chaque  reba'  et  les 
seuls  organes  de  liaison  avec  le  Makhzen  sont  les  moqqa- 
dems  de  villages. 

Au  point  de  vue  des  impôts,  la  situation  du  Fahç  est  des 
plus  particulières.  Comme  tribu  guich,  la  zone  de  Tanger 
n'aurait  à  acquitter  que  l'aumône  religieuse,  la  zakat  et 
Pachour  ;  mais  sa  situation  guich  n'existe  pour  ainsi  dire 
plus,  et  d'autre  part  elle  n'est  pas  tribu  de  nâïba.  D'après 
l'acte  d'Algésiras,  elle  devrait  payer  le  tertib  et  elle  ne  le 
paye  pas,  parce  que  jamais  le  tertib  n'y  a  été  organisé  ;  il 
ne  semble  pas  d'ailleurs  que  la  perception  de  la  zakat  et  de 
Tachour  le  soit  davantage. 

Il  est  donc  impossible  de  déterminer  avec  certitude  quels 
impôts  payent  les  gens  du  Fahç,  en  dehors  de  quelques 


SyS  TANGER   ET   SA    ZONE 

droits  plus  ou  moins  arbitraires  sur  la  vente  des  terrains  et 
de  quelques  amendes  prélevées  selon  les  possibilités,  sans 
règle  définie. 

La  population  du  Fahç  possède  environ  6i8  fusils  : 
2o3. fusils  Gras,  200  fusils  Remington,  71  fusils  Martini 
Henry,  94  fusils  Mauser  et  5o  fusils  divers. 


LISTE  DES  VILLAGES  (dchoûr) 


I.  —  RouBOu*  DES  Flafliya. 
Ci 3  villages,    3.870  habitants.) 


Marchan  (i). 

Drâdeb  (i). 

Population  .  . 

.    600  hab.  musulmans» 

1. 000  hab.  musulmans. 

Origines   .  .  . 

.    Rif  (Béni  Saïd, 

Béni  Tou- 

Rif,    Djebel,  Sous,   Algé- 

zîn). 

rie,  etc. 

Moqaddems    . 

.    El-Hoseïn. 

Mohammed  El-Hassâni 
El-Andjeri. 

Notables  .  .  . 

.    Cf.  supra. 

Sidi  Mohammed  El-Baq- 
qâli  ;  Sidi  Abdessalâm 
El-Aroûsi;El-HâdjSaïd; 
Abdessalâm  El-Aoua- 
mi  ;  Abdelkerim  ben  El- 
Guizzou  ;  Boû'l-Kheïr  ; 
El-Hâdj  Mohammed 
Barga  ;  Ali  d'Amrar  ; 
El-Hâdj  M'bârek;  El- 
Khelifi;  El-Marrakchi  ; 
Abdelkerîm  El-Frihi. 

1  Bovins  .  . 

40 

Elevage   pratiqué    par  les 

3  1  Ovins.  .  . 

. 

Espagnols. 

2  1  Caprins    . 

100 

400  chèvres. 

Chevaux  et 

mulets  .  . 

Anes  .... 

Porcs.  .  .  . 


5o 
3o 


Porcs  nombreux. 


(i)  Le  Marchan,  les  Drâdeb,  la  Mçalla  et  Bou  Khachkhach  constituent 
maintenant  des  faubourgs  immédiats  de  la  ville  de  Tanger,  avec  laquelle 
ils  ont  été  étudiés  ;  les  chiffres  donnés  ici  pour  la  population  ne  s'appliquent 
qu'à  la  population  musulmane  ;  le  total  général  a  été  englobé  dans  la  popu- 
lation de  la  ville.  Les  Drâdeb,  de  formation  récente,  ne  faisaient  pas  partie 
des  Flaflia. 


38o 


TANGER    ET    SA    ZONE 


Djâma  el-Moqra  (i) 
el  Djebel  el-Kebir. 


Population  .  .  . 
Origines 


i.ooo 


Rif  (Béni  Amart,  Béni  Ou- 
riaghel)  ;  Djebel  (Oua- 
dras.  Béni  Mçaouar, 
Andjera). 


Moqaddems   .  . 

Ben  Fâtah;   El-Hâdi   Er- 

Rifi. 

Notables  .... 

El-Mokhtar   Ez-Zerouali  ; 

El-Hâdj    Mokhtar  ech- 

Chérif    el-Aroûsi.     El- 

Hâdj  Haddou;  Mouh  Ou 

Sellâm  ;  El-Hasan  ould 

El-Baqqâch;    El-Hâdj 

Mohammed  Arrih. 

1   Bovins  .  .  . 

ii5 

6  i  Ovins.  .  .  . 

2  1  Caprins    .  . 

i5o 

§  j  Chevaux  et 

fZ  1      mulets  .  . 

II 

Mesnaua. 


6o 


Anes 


100 


Rif    (Baqqioua)  ;     Djebel 
Habîb. 


Ahmed  ben  El-Hâdj. 

Abdessalâm  Aharrar;  Ab- 
dessalâm  ben  Aïsa  ;  Ah- 
med del-Maïz. 


40 

100 

i5o 

II 
i5 


Brâueç. 


Population 
Origines.  . 


Ziâten. 


Moqaddems 
Notables   .  . 


i5o  100 

Brâneç  du  Nord  de  Taza.    Rif  (Temsaman)  ;   Djebel 

(Béni  Ziyat). 

Mohammed  ben  Fâtah.       Si  El-Hachmi. 

El-Hâdj    El-Bernouçi  ;  Si   El-Hâdj"  El-Mfaddal  ;   El- 


Mohammed  El-Ghoma- 
ri  ;  Mohammed  ben 
Ahmed  El-Bernouçi  ; 
El-Hâdj  Ahmed  ben  El- 
Hâdj  Hoseïn;  M'ham- 
med  ben  Abdallah. 


Hâdj  Abdessalâm  ben 
Amar  ben  Aïsa  ;  El- 
Ayyâchi  ben  Qaddoûr. 


(i)  Ce  village  se  divise  en  Dchar  el-'Ali,  ou  de  la  partie  haute,  et  Dchar 
el-Asfal,  ou  de  la  partie  basse. 


LE    FAHÇ   —    LISTE   DES    VILLAGES  38 1 

Brânec  (suite).  Ziâten  {suite). 


3 
O 


Bovins  .  .  . 

3o 

Ovins.  .  .  . 

80 

Caprins    .  . 

100 

Chevaux  et 

Mulets  .  . 

6 

Anes  .... 

8 

3o 
100 
5o 

8 
3o 


Population  .  . 

Origines    .  .  . 

Moqaddems  . 

Notables  .  .  . 


Ahmar. 


i5o 


BouKhalf  (i). 


10 


Bovins  .  .  . 
Ovins.  .  .  . 
Caprins.  .  . 
Chevaux  et 
mulets  .  . 
Anes  .... 


Rif(Beni  Ouriaghel,  Béni 
Touzîn)  ;  Djebel  Habîb. 

El-Açri. 

Mohammed  ben  El-Ayyâ- 
chi  En-Nâçer  ;  Abder- 
rahmân  El-Açri. 


60 
200 

5o 
10 


Doukkala 
Bdaoua. 


(Gharbiya)  ; 


i5 


Mohammed  ould  Bououd. 

Ahmed  Bououd;  Abdel- 
qâder  Bououd  ;  Ahmed 
Dja'aba  et  son  frère  El- 
Hasan  ;  Sliman  er-Rifi  ; 
Ali  Ez-Zaïri. 

200 

5  00 

40 

10 


Mghàïr. 


Djebila. 


Population  .  . 
Origines.  .  .  . 


i5o 
Rif  (Gzennaïa). 


Moqaddems   .  .    Ez-Zeïdi. 


200 


Rif  (Béni  Touzîn,  Zoua- 
oua)  ;  Khiaïta,  Brarga. 

Qâsem  Ez-Zekri. 


(i)  Le  territoire  de  ce  village  est  occupé  en  grande  partie  par  le  pacha  de 
Tanger,  El-Hâdj  Abdessalâm  ben  Abdeççadaq,  qui  y  exploite  un  as^ib. 


382 


TANGER    ET    SA  ZONE 

VLghêiir  (suite). 


Djebila  (suite). 


Notables  ....  Mohammed  bel-Hachmi 
EI-Mnisar  ;  Ould  Si  Ab- 
dessalam  Cherroud;  Ab- 
dcssalam  ben  El-Briyal. 


Bovins  .  .  . 

3o 

Ovins.  .  .  . 

80 

Caprins.  .  . 

5o 

Chevaux  et 

mulets .  . 

6 

Anes  .... 

3o 

Abdallah  ben  Ez-Zekri, 
frère  du  moqaddem  ; 
Mohammed  ould  Ker- 
moun,  et  son  frère  Ab- 
derrahman  ;  Mohammed 
ould  Bou  Azza  ;  Ould 
Et-Tahami  er-Rifi  ;  El- 
Mokhtar  ben  Yaman. 

25o 

200 

40 

3o 

25 


Khandaq  Gour. 


Mediouna. 


Population 
Origines.  . 


i5o 


Moqaddems    . 
Notables  .  .  . 


eu 

eu, 

3 
O 


Rif  (Gzennaïa)  ;  Gharb. 


Abdessalâm  ben  ^El-Qâ- 
dhi. 

TahamiEl-Gharbaoui;  El- 
Fqîh  EI-Gharbaoui  ;  Ah- 
med El-Fellah  et  son 
frère  Abdessalâm. 


Bovins  .  .  . 

40 

Ovins.   .  .  . 

i5o 

Caprins.  .  . 

60 

Chevaux  et 

mulets .  . 

10 

Anes  .... 

25 

i5o 

Rif  (Béni  Touzîn,  Zoua- 
oua)  ;  Khiaïta,  Brarga; 
Djebel  Çarçar. 

Ben  El-Hachmi. 


Sidi  El-Mekki  Eç-Çarçari; 
Sellâm  El-Barraq  ;  Mo- 
hammed ould  Eç-Ça- 
daq  ;  Ould  El-Hâdj  Ab- 
dessalâm ben  Mousa. 

70 

5o 

i5o 

12 
i5 


LE  FAHÇ  —   LISTE  DES   VILLAGES 


38S 


Hadi'rim  (i). 

Population  .  . 

5o 

Origines.  .  .  . 

.   Andjera,  Ouadras,  etc 

Moqaddem  . 

,    Eç-Çadiq. 

Notable 

El-Hoseïn 

Bovins  .  . 

200 

P     Ovins.  .  . 

600 

2     Caprins.  . 

200 

g     Chevaux   e 

^         mulets . 

10 

Anes  .  .  .  . 

12 

2.  —  ROUBOU*    DE    BeDRIOUN. 

(10   villages,    1.555   habitants.) 


Ain  ed-Dalia  eç-Çeghîra. 


Aïn  el-Asel. 


Population  ...  120 

Origines Rif   (Béni    Amart)  ;    Be- 

daoua  des  environs  de 
Larache. 

Moqaddems.  .  .    M'hammed  ould  Bouïa. 

Notables  ....  Qâsem  ben  Ahmed  ben 
Hammou  ;  El-Hâdj  Ab- 
dessalam  ben  El-Fatmi; 
Ahmed  ben  Hammou 
ben  Ayyad;  Mohammed 
ould  Ahmed  ben  Ech- 
Chaikh  ;  Ahmed  ould 
El-Hâdj  Mohammed 
ben  Qaddour. 


120 

Rif    (Gzennaïa)  ; 
(Andjera). 


Djebel 


Hoseïn  ben  Abderrazzaq. 

Ould  El-Hoseïn  El-Ah- 
nouni  ;  Amer  ben  Mo- 
hammed ;  Ould  El-Hâdj 
Amar  ;  Mohammed  ben 
Abdessalam  Djebilou  ; 
Ould  El-Hâdj  Ali  Aftot. 


(i)  La  plupart  des  habitants  de  ce  village  sont  les  bergers  de  Si  El-Mehdi 
El-Menebhi,  qui  habite  Tanger. 


384 


TANGER    ET   SA    ZONE 


Aïn  ed-Dalia  eç-Çeghira 

A 

ïn  el-Asel 

(suite). 

(suite). 

/  Bovins  .  .  . 

100 

90 

3  i  Ovins.  .  .  . 

3oo 

200 

S  1  Caprins.  .  . 

80 

g  \  Chevaux  et 

^  i      mulets  .  . 

28 

ï7 

[  Anes  .... 

40 

i5 

Khandaq  ez-Zerzour. 

Bedrioun. 

Population  .  .  . 

100 

2^ 

Origines 

Rif    (Baqqioua)  ; 
(Djebala  Oulâd 
qâl,  Ouadras). 

Djebel 
el-Baq- 

Rif  (Béni 

i  Amart). 

Moqaddems.  .  . 

Mohammed  El-Ouadrasi. 

Ahmed  ed-Derrâz. 

Notables  .... 

Sidi  Mohammed 

El-Baq. 

Mohammed  ben  Idris  ;  El- 

qali  ;    Ahmed 

ben    el- 

Hâdj  Qâsem  ben  Ham- 

Fqîh   M'râbet; 

Ahmed 

mou  ; 

Qâsem   ben  El- 

ben  El-Arbi  El-Yamou- 

Fqîh; 

Abdessalam  ben 

di  ;   Ayyad  ;   El 

-Hoseïn 

Amar. 

ben  Gnmet. 

Bovins  .  .  . 

100 

70 

6     Ovins.  .  .  . 

200 

3oo 

^    Caprins.  .  . 

3oo 

3oo 

g     Chevaux  et 

H         mulets  .  . 

i5 

20 

Anes  .  .  .  . 

10 

5o 

Population  .  . 
Origines.  .  .  . 
Moqaddems.  . 

Notables  .  .  . 


Béni  A'djàlât. 
i5Ô 
Djebel  (Andjera)  ;  Gharb. 
Abdessalam  bel-Hoseïn. 

Ould  Amar  ben  Saïd  ;  Ah- 
mido  ben  Sellam  ;  Mo- 
hammed ben  Sellam  ben 
Ali;  Ali  ben  Abder- 
rahman. 


Béni  Saïd  Bou  Amar. 
100 
Rif  (Béni  Saïd). 

Abdessalam  ben  Amar 
Reqqas. 

Oulâd  Touzani;  EI-Hâdj 
Abdessalam  ed-Drisi; 
Oulâd  Si  Abdallah;  Mo- 
hammed ben  Ahmed 
Guerroudj. 


LE   FAHÇ   —    LISTE    DES    VILLAGES  385 

Béni  A'djâlât  {suite).         Béni  Saïd  Bou  Amar  {suite). 


(  Bovins  .  .  . 

70 

70 

6  l  Ovins.  .  .  , 

25o 

200 

g,l  Caprins.  .  . 

I  )  Chevaux   et 

H         mulets .  . 

20 

i5 

,  Anes  .  r  .  , 

3o 

20 

Ghouîqrech. 

Fraïhîn. 

Population  .  .  . 

100 

go 

Origines 

Dçoûl,    des   environs    de 

Rif    (Béni     Bou    Frah)  ; 

Taza. 

Gharbiya. 

Moqaddems.  .  . 

Si  Qâsem. 

Mohammed  El-Fellâh  ben 
Amar. 

Notables  .... 

Ahmed  ben  Sellâm 

;  Mo- 

Mohammed  ben  Ali  et  son 

khtar  ben  Sellâm 

;  Mo- 

frère     Qâsem  ;     Sellâm 

hammed    ould    : 

Sellâm 

ben     Djihiden;     Çadiq 

Krimou  ;   Ali  El- 

Djeba- 

ben    El-Hachmi  ;    Mo- 

ri; Mohammed  ben  Ab- 

hammed  El-Brichi. 

derredjâ. 

1   Bovins  .  . 

40 

35 

p  l  Ovins.  .  .  . 

i5o 

100 

^1  Caprins.  .  . 

i5o 

5o 

§  1  Chevaux  et 

H  1      mulets.  . 

10 

i5 

\  Anes  .... 

25 

20 

Gzeunaïa. 


Cheraqa. 


Population  .  .  .  35o  200 

Origines Rif  (Gzennaïa,  Guelaïa)  ;    Rif  (Béni  Touzîn);  Sous. 

Djebel  Habîb. 

Moqaddems.  .  .   Abdessalam  ben  El-Hâdj    ErAyyâchi  ben  Çadiq. 
Amar. 

VILLES  ET  TRIBUS.  —   VII.  20 


386 


TANGER    ET   SA    ZONE 


Gzennaïa  (suite). 


Cheraqa  {suite). 


Notables  .... 

Abdessalam  ben  El-Hâdj 

Ahmed  ben  Qaddour;  Ah- 

Mohammed ;       Qâsem 

med  ben  Hamman  ;  Ou- 

ould  El-Hâdj  Qaddoûr; 

lâd    ben     Abdessalam  ; 

Ahmed     ben      El-Hâdj 

Mohammed    ben   Men- 

Abdessalam  ;    Moham- 

nana; Mokhtar  ben  Es- 

med  ould   Amar;   Mo- 

Sa'ïdi; Sidi  Mohammed 

hammed  ben  Abdallah. 

El-Baqqali  ;      Moham- 
med ben  Es-Sousi. 

/  Bovins  .  .  . 

300 

i6o 

3  i  Ovins 

^)  Caprins.  .  . 

3oo 

3oo 

3oo 

200 

g  J  Chevaux  et 
f  1       mulets.  . 

35 

3o 

Anes  .... 

25 

25 

3.  —  RouBOu'  DE  Bahreïn. 
(i3  villages,  2.81 5   habitants.) 


Population  .  . 
Origines.  .  .  . 


Moqaddems.  . 
Notables  .  .  . 


Mçalla. 

600  (i).  Cf.  supra. 

Rif  (Temsaman,  Béni  Ou- 
riaghel);  Djebel,  Sous, 
Drâ,  etc. 

Mohammed  Ei-Ouadrâsi 
(kittânî). 

El-Hâdj  Bou  Selhâm  (der- 
qâoui);  Boubout  (der- 
derqâoui)  ; 


Bou  Khachkhach  (2). 

800.  Cf.  supra. 

Rif  (Béni  Ouriaghel,  Béni 
Ileft,  Baqqouïa)  ;  Sous, 
etc. 

Mohammed  ben  El-Hâdj 
er-Rifi. 

El-Hâdj  Abdallah  Es-Soû- 
si;  El-Hâdj  El-Hoseïn 
Es-Soûsi  ; 


(i)  Ce  chiffre  ne  comprend  que  la  population  fixe.  La  population  flottante 
peut  être  évaluée  à  plus  de  5oo  âmes. 

{2)  Village  de  formation  récente  et  qui  se  transforme  rapidement  en  quar- 
tier urbain.  Il  ne  faisait  donc  pas  partie  du  Roubou*  de  Bahreïn,  pas  plus 
d'ailleurs  que  le  quartier  de  la  Mçalla,  considéré  actuellement  comme  appar- 
tenant à  la  ville. 


LE   FAHÇ  —   LISTE   DES   VILLAGES  3Sj 

Mçalla  {suite).  Bou  Khachkhach  (suite). 


Notables  . 
(Suite). 


El-Moqaddem  Chaïb(der-   Ould  El-Hâdj  Nâçer  Es- 


o 


Bovins  .  .  . 
Ovins.  .  .  . 

Caprins.  .  . 

Chevaux  et 

mulets  .  . 

Anes  .... 


qâoui)  ;  Si  Mohammed 
El-Mrâbet  (derqâoui); 
EI-Hâdj  Mesoûd;  El- 
Hâdj  Amar  (derqâoui)  ; 
E!-Hâdj  Allai  (der- 
qâoui). 

20 


25 
25 


Soûsi  ;  EI-Abbâs  Hasan 
Es-Soûsi;  El-Mrâbet 
Ech-Chaïb  ;  Hammâdi 
El-Mrâbet. 


20 

3o 

100 


Mersterkhouch. 


Azib  Ben  Dibân. 


Population 
Origines.  . 


Moqaddcms. 
Notables  .  . 


lOO 

Ri  f  (Béni  A  m  art). 

Mohammed  bel-Hâdj  A- 
mar  Ech-Chougari. 

Abdessalâm  Ech-Chouga- 
ri ;  Mohammed  ben  Ab- 
dessalâm Ech-Chouga- 
ri ;  Ahmed  ben  El-Hâdj 
Abdessalâm  Ed-Dîb  ; 
Mohammed  ben  Qâsem; 
Mohammed  ben  Ahmed 
Er-Rifi. 


Bovins  .  .  . 

40 

Ovins.  .  .  . 

100 

Caprins.  .  . 

Chevaux  et 

mulets  .  . 

4 

Anes  .... 

10 

100 

Rif  (Béni  Ouriaghel)  ;  Dje- 
bel (Andjera). 

Ahmed  Ech-Chatt. 

Abdessalâm  ben  Abder- 
rahman;  Sellam  ben  El- 
Mehdi;  Mohammed  ben 
Ali  ;  Abdessalâm  Ech- 
Chatt  ;  Abdessalâm  Ah- 
med ben  Sellam. 


3o 

100 


3S8 


TANGER    ET   SA    ZONE 

Souâni. 


BeniMakada. 


Population 
Origines.  . 


Moqaddems. 
Notables  .   . 


25o 
Rif  (Béni  Amart). 

EI-Hâdj  El-Mokhtar. 


i5o 

Rif   (Béni    Ider);    Djebel 
(Andjera). 

Abdessalam  El-Achiri. 


Ali  Rechouq  ;  Mohammed   Abderrahîm  ;   El-Arbi  Er- 


Bou  Guern  ;  Abdallah 
ould  Eî-Hâdj  Ali;  Ali 
ben  El-Hâdj  Moham- 
med et  son  frère  Si  Mo- 
hammed Kouimen;Qad- 
dour  Ou  Ghânem  ;  Mo- 
hammed El-Gharbi;  A 
mar  ben  Bellach. 


Bovins  .  .  ^ 

i5o 

(ont 

leurs  troupeaux 

au 

i  Charf  el-Aqab). 

Ovins.  .  .  . 

lOO 

Caprins.  .  . 

i5o 

Chevaux  et 

mulets .  . 

i5 

Anes  .... 

6 

Reqif;  Ould  Si  Ham- 
mân;  Ahmido  del-Ho- 
seïn  Er-Reqif;  Moham- 
med El-Achiri;  El-A- 
qal. 


5o 

i5o 
5o 

9 

10 


Harrarrîn. 


Béni  Said  de  Bahreïn. 


Population  .  . 

Origines.  .  .  . 

Moqaddems  . 

Notables  .  .  . 


200 

Rif  (Béni  Ouriaghel). 

Abdessalam  Bou  Ghâba. 

Sellam  ould  El-K'hal;  Mo- 
hammed ould  Qaddour; 
Abdallah  Aharrar;  Mo- 
hammed ould  El-Hach- 
mi  El-ldri  ;  Abder- 
rahman  ould  ed-Der- 
qâoui  ;  Tayyeb  ould 
Bouroura. 


125 

Rif  (Béni  Saïd). 

Abdessalam  Ayyoûb. 

Tahami  ben  Mes'oud  ; 
Hammani  ben  Mes'oud; 
El-Fqîh  El-Hammouch; 
El-Hoseïn. 


LE    FAHÇ    —    LISTE    DES    VILLAGES 


389 


Harrarrtn  {suite\. 

Bovins  .  .  . 

40 

Ovins.  .  .  . 

200 

Caprins    .  . 

Chevaux   et 

mulets  .  . 

20 

Anes  .... 

4 

BeniSaîd  de  Bahr  eïii(suite). 

80 
i5o 


5 
14 


Population  . 
Origines.  .  . 
Moqaddems. 

Notables  .  . 


Bovins  .  .  . 
Ovins.  .  .  . 
Caprins.  .  . 
Chevaux  et 
mulets  .  , 
Anes  .... 


Mers  Achennad  (i). 

70 
Rif  (Baqqioua). 
Mohammed  Bou  Ghâba. 

Mohammed  Abaqiou;  El- 
Fqîh  Ben  Chaïb  ;  Ab- 
derrahman   ben  Ali  er- 

■  Rifi  ;  Mohammed  ould 
Ali  er-Rifi. 

3o 
i5o 


Achennad. 

3o 

Rif  (Béni  Amar). 

Mohammed  ould  Ali  ben 
Amar. 

Sellâm  ben  Ahmed  bel- 
Hâdj  ;  Bou  Ghâba  ;  Mo- 
hammed Ez-Zerhoûni  ; 
Abdessalam  ben  Si 
Idrîs. 

i5 
5o 


Population  .  . 
Origines.  .  .  . 
Moqaddems.  . 
Notables  .  .  . 


Béni  Touzin. 


120 


Béni  Ouriaghel. 


70 


Rif  (Béni  Touzîn).  Rif  (Béni  Ouriaghel). 

El-Arbibel-FqîhKhalladi.    Mohammed  El-Tadjer. 

Mohammed  ould  Ben  Zah-   Mokhtar    ben     Bouchta  ; 
ra;  Ahmed  ben  Tahâmi;       Çadiq  d'Ouaddi  ;  Mouh 
Mohammed     ould      el-       er-Rifi. 
Fqîh  ben  Ahmed  ;  Mo- 
hammed ben  Hammou. 


(i)  Près  de  Mers  Achennad   se  trouve  un  *azib,  qui  représente  l'ancien 
village  de  Ya^kilen  ;  cet  ^azib  appartient  à  Si  El-Mehdi  El-Menebhi. 


39  o 


TANGER    ET    SA    ZONE 


ctf 
V 

a., 

a 

o 


Bovins  . 
Ovins.  . 
Caprins. 
Chevaux 
mulets 
Anes  .  . 


et 


Béni  Touzin  [suite). 
40 

80 
i3 

4 


Béni  Ouriaghel  [suite). 
60 


Population  .  . 
Origines.  .  .  . 
Moqaddems.  . 
Notables  .  .  . 


Bovins  .  .  . 
Ovins.  .  .  . 
Caprins.  .  . 
Chevaux  et 
mulets .  . 
Anes  .... 


Azib  El-HAdj  Qaddoûr  (i). 

300 

Rif(Mtalsa).' 

El-Mokhtar  Agrigar. 

EI-Hâdj  Ahmed  El-Griri  ; 

Ouid  Ei-Maati  bon  A- 
mar  ;  Si  Idris  El-Griri  ; 
Ould  ben  El-Mekki  EI- 
Hâdj  Oulleben  ;  Mou- 
çtafa  Aqalaï. 

100 
260 

i5 
10 


4.  —    ROUBOU'  DE  BOUGDOUR. 

(i3    villages,    2.355    habitants.) 

Dâr  Z'hiro.  Cherâqa. 

Population  .  .  .  25o  200 

Origines Rif  (Béni  Touzîn)  ;    Dje-    Rif  (Béni  Touzîn);   Soûs. 

bel  (Béni  Ysef). 

Moqaddems.  .  .    Ahmed  Es-Saïdi.  El-Ayyachi  ben  Çadiq. 


(1)  Du  nom  d'un  qaïd  mis  à  mort  il  y  a  une  trentaine  d'années. 


LE   FAHÇ  —   LISTE   DES  VILLAGES 


39' 


Dâr  Z'hiro  {suite). 


Cherâqa  (suite). 


Notables  ....  Mokhlar  Es-Saïdi  ;  Ah- 
med bel-Arbi  ;  Moham- 
med bel-Hâdj  El-Arbi 
Fartoul  ;  Ahmed  Cher- 
qaoui;  Mfaddal  bel-Ar- 
bi ;  Ali  bel-Arbi;  Abdes- 
salâm  bel-Hâdj  ;  Mo- 
hammed ben  Ismaïl  ; 
Hamman  ben  Ismaïl  ; 
Ahmed  bel-Hasan;  Ali 
Er-Rih. 


Ahmed  ben  Qaddour;  Ah- 
med ben  Hamman;  Ou- 
lâd  ben  Abdessalam  ; 
Mohammed  ben  Men- 
nana  ;  Mokhtar  ben  Es- 
Saïdi  ;  Sidi  Mohammed 
El-Baqqali;  Mohammed 
ben  Es-Soûsi. 


Bovins  .  .  . 

170 

160 

p 

n) 

Ovins.  .  .  . 

200 

3oo 

s. 

Caprins.  .  . 

i5o 

200 

o 

1  Chevaux  et 

h 

mulets  .  . 

25 

3o 

Anes  .... 

3o 

25 

Daïdaat 

(Azibdes  Chorfad'Ouazzan). 

Aïn  ez-Zitoûn. 

Population  .  .  . 

no 

60 

Origines 

Gharbiya  (Doukkala). 

Azghar  (Riâh  Amer). 

Moqaddems    .  . 

Ahmed 

bel-Arbi 

El-Far- 

Mohammed  ben  El-  Tâleb. 

qah. 

Notables  .... 

Abdessalam     ben     Ham- 

Abdessalam    El-Mçaouri  ; 

mou  ; 

Qâscm 

ould 

El- 

Abdessalam  ben  Aïcha  ; 

Hâdj; 

Ahmed 

ben 

El- 

Ahmed  ben  El-Tâleb. 

Hadeg 

• 

/  Bovins  .  .  . 

i5o 

160 

6  l  Ovins.  .  .  . 

200 

3oo 

2^1  Caprins.  .  . 

100 

25 

g  )  Chevaux   et 

{ÎU  1      Mulets  .  . 

20 

40 

Anes  .... 

25 

II 

392 


TANGEH   ET   SA   ZONE 


Ain  el-Hammàm. 

Haouara. 

Population  .  .  . 

3o 

55 

Origines 

Azghar 

(Riâh  Amer). 

Gharbiya  (Briïch). 

Moqaddems    .  . 

Ahmed 

ben  Ahmido. 

Mohammed  El-K.hodar. 

Notables   ..... 

Aucun  notable. 

Ahmed  ed-Driya;   Abdal- 

lah   El-Azeïri;   Ali   Ez- 

Zaari  ;   Mohammed  El- 

Miknasi  ;  Tâhar  ben  El- 

Asrouf. 

Bovins  .  .  . 

20 

25o 

g     Ovins.  .  .  . 

5o 

200 

a,!  Caprins.  .  . 

i5o 

o     Chevaux   et 

h        mulets .  . 

4 

20 

Anes  .... 

3 

8 

Population  .  .  . 
Origines Gharb. 


Chriaa. 


90 


Ghâouia. 


40 


Moqaddems 
Notables  .  . 


Si 


Bovins  .  .  . 
Ovins.  .  .  . 
Caprins.  .  . 
Chevaux  et 
mulets  .  . 
Anes  .... 


Abdelqâder  En-Negri 

Bouchta  ben  Sellâm 
Mohammed  ben  El-Qâ 
dhi  ;  Ahmed  Halhoul. 

5o 
200 


8 
10 


Andjera,  Riahde  l'Azghar. 

Mohammed  Es-Souisi. 

Ali  ben  Ahmed  ben  El- 
Arbi  ;  Mohammed  El- 
Andjeri. 

35 
200 


Population  . 
Origines.  .  . 


Slàouiïn 

(  Azib  des  Chorfa  d'Ouazzân). 

3oo 
Azghar  (Riâh  Amer). 


Gouâret  £1-Mchâala. 

3oo 

Rif  (Caret)  ;  Gharb  (Che- 
raga);  ÇafF  El-Hamam 
(Amer). 


LE   FAHÇ 


LISTE   DES   VILLAGES 


■i 


Slâouiïn  {suite]  _     .     ^  «i  «»  i.*  i    .     ■    ^ 

(AzibdesChorfad'Ouaz«,n).    «"'"'"'  El-MchâaU, («rfe). 


Moqaddems    .  .    Ben  Ali. 

Notables  ....  Hammou  Bou  Azza  ;  El- 
Hâdj  Abdessalam  Chen- 
touf;  Mohammed  El- 
Mrâbet  ;  Abdessalam 
ben  Abdelqâder  El-Bri- 
gui  ;  Allai  Hammouda. 


Bovins  .  .  . 

35o 

Ovins.  .  .  . 

5oo 

Caprins.  .  . 

Chevaux  et 

mulets  .  . 

40 

Anes  .... 

i5 

Ahmed  ben  Amar. 

Tayyeb  ben  Sellam  Bou 
Azza  ;  El-Hasan  ben 
Bou  Azza  ;  Ahmed  ben 
El-Hâdj  El-Arbi;  Ah- 
med ben  Amar;  Abdes- 
salam Bennoûr;  Oulâd 
Sellam  Saïd. 

400 
3oo 


45 
20 


Gouâret  El-M'harza . 


Aïn  ed-Dalia  El-Kebira. 


Population  ...  3oo 

Origines.  ....  Rif  i^Garet)  ;  Azghar  (Riâh 
Amer)  ;  Çaff  El-Hamam 
(Amer). 

Moqaddems    .  .    Si  Omar. 

Notables  ....  Ahmed  ben  Zahra;  Mo- 
hammed ould  Abdelqâ- 
der ben  Aïsa  ;  Abdelqâ- 
der Bouzian  ;  El-Hâdj 
Ahmed;  Ahmed  Abdes- 
salam ben  Qaddoûr  ;  Bou 
Selham  ;  El-Harizi. 


95 
Azghar  (Riâh  Amer). 


El-Bjiji. 

Mohammed  ben-Fqîh  ben 
Amar;  Mohammed  bel- 
Mesouda  ;  Mohammed 
El-Bjiji  ;  Ahmed  ben 
El-Arbi. 


Bovins  .  .  . 

3oo 

Ovins.  .  .  . 

175 

Caprins.  .  . 

Chevaux  et 

mulets  .  . 

3o 

Anes  .... 

25 

100 
i5o 


10 

20 


394 


Population  . 
Origines.  .  . 


Moqaddems    . 
Notables  .  .  . 


TANGER    ET    SA    ZONE 

Aîn  Belloût.  Bougdour. 

1 25  6oo 

Rif  (Béni  Oulchekt);  Dje-    Rif  (Béni  Oulchekt)  ;  Dje- 
bel (Ouadras).  bel  Habîb  ;  Gharb  (So- 

fyan). 

Mohammed  ben  Ali. 


Abdessalam  Es-Stitou. 

Abdelqâder  Es-Stitou  ; 
M'hammed  Es-Stitou  ; 
Ahmed  ben  Meriem  ; 
Ahmed  El-K.hammâl  ; 
Mokhtar  El-Khammâl  ; 
El  Fqîh   El-Haouzi. 


Aïsa  er-Rifi  et  son  fils  ; 
Ahmed  ben  Hamman  ; 
Abdessalam  Zrinou  ;  A- 
mar  ben  Mes'oûd  ;  Ah- 
med ben  Yazîd;  Mo- 
hammed ben  Sellam 
ben  Ali;  Ahmed  Berra- 
da  ;  Ahmed  ed-Drirez  ; 
Mohammed  bel-Hâdj 
El-Hachmi  Cherroud  ; 
Abdessalam  Asoufi;  El- 
Mokhtar  Es-Sofyani  et 
ses  frères  Abderrahman 


med  Es-Sofyani  et  son 

frère   Amar;    El-Hasan 

Es-Sofyani  ;      Abdessa- 

lam Zekri  ;  Mohammed 

Es-Skiri  ;  Mokhtar  ben 

Skiri;    El-Hâdj   Ahmed 

Es-Souifi  ;  Abdessalam 

bel-Hâdj  Ahmed  Khar- 

chaf  ;  Abdessalam  Ham- 

douch. 

Bovins  .  .  . 

i5o 

5oo 

p 

Ovins.  .  . 

200 

6oo 

'  Caprins.  .  . 

100 

3oo 

O 

1  Chevaux   et 

mulets  .  . 

20 

6o 

Anes  .... 

i5 

25 

LE   FAHÇ  —   LISTE   DES   VILLAGES 


395 


5.  -—  RouBOu*  d'El-Khareb  et  villages  de  l'Andjera. 

A.  —  RouBOu*  d'El-Khareb. 
(i3  villages,  3.290  habitants.) 


Population 
Origines.  . 


Charf. 


120 


Tanja  El-Baliya. 
35o 


Moqaddems 
Notables   .  . 


Rif(Temsaman);  Tunisie.    Rif     (Temsaman,      Baq- 

qioua,  Gzennaïa)  ;  Dje- 
bel (Béni  Hassan,  Dje- 
bel Habîb). 


Ahmed  Bargach. 

Si  Mohammed  Bargach  ; 
Ahmed  El-Oudiï;  Ab- 
dessalam  Derdeb  ;  Si 
Mohammed  ben  Ahmi- 
do;  Ahmido  d'Amar; 
Mohammed  El-Boug- 
douri. 


[ 

Bovins  .  .  . 

40 

§ 

Ovins.  .  .  . 

60 

3^ 

Caprins    .  . 

P 

Chevaux  et 

H 

mulets  .  . 

25 

Anes  .... 

10 

Si  Tahami  Ech-Chatt. 

EI-Hâdj  Ahmed  Ech- 
Chatt;  Si  Tahami  Ze- 
guef  ;  Si  Ahmed  ben  El- 
Hâdi  ;  Ahmido  Aqaa- 
boun  ;  Si  Mohammed 
Melloul;  El-Hâdj  Ab- 
dessalam  ben  El-Arbi. 

i5o 
3oo 
200 

i5 
5o(i) 


Population 
Origines.  . 


Moqaddems 
Notables  .  . 


Mghoura  El-Kebira. 

35o 

Rif  (Baqqioua)  ;  Djebel 
(Andjera,  Béni  Gorfet). 

Si  Hammân. 

Si  Abdessalam  Chabou  ; 
Ahmed  bei-Hâdj  et  son 
frère  Ahmed  ; 


Meghoura  eç-Çeghira. 

100 
Rif  (Baqqioua,  Béni  Ider). 

Mohamnied  El-Gharafi. 

Chérif  Idrîs  El-Baqqali; 
Chérif  Abdelkerîm  El- 
Baqqali  ; 


(i)  Les  ânes  de  Tandja  El-Baliya  sont  employés  à  transporter  des  briques 
fabriquées  par  les  gens  du  village. 


396 


TANGKR    ET    SA    ZONE 


Mghoura  £1-Kebira  (suite).      Mghoura  eç-Çeghira(5ut7e) 


Notables   .  . 
(Suite). 


Bovins  .  .  . 
Ovins.  .  .  . 
Caprins  .  . 
Chevaux  et 
mulets  .  . 
Anes 


Mohammed  Amimou; 
Ahmed  ben  Mesoud 
Abdessalam  El-Messari 
Abdessalam  ben  Râbah; 
Mohammed  Ez-Zekkari 
et  son  frère  Abdessalam; 
Abdessalam  El-Hamam; 
Ali  El-Gorfti. 

200 
100 


20 
20 


Abderrahman  ben  Mes- 
aoud  ;  El-Miknâsi  ; 
Ahmed  ben  Sellâm  d'el- 
M'hadjer. 


5o 
5o 


i5 
3 


Population 
Origines.  . 


Azib  Abaqiou. 

Rif  (Baqqioua,  Gzennaïa); 
Djebel  (Andjera). 


Sânia. 


160 


Rif  (Temsaman,  Béni 
Touzîn)  ;  Djebel  (And- 
jera). 


Moqaddems    .  . 

Mohammed  ben  Hâzem. 

Si  El-Ayyâchi. 

Notables  .... 

Abdessalam       Bouloufa; 

Ali  Zeral  ;  Ali  ben  El-Ha- 

Ahmed     ben 

Hâzem  ; 

san  ;   El-Hâdj  Tahami  ; 

Abdessalam  El-Baladi. 

El-AyyâchiEch-Chouat; 

El-Hachmi    ben    Allai; 

Mouçtafa  Dandou. 

Bovins  .  .  . 

80 

80 

6  j  Ovins.  .  .  . 

i5o 

100 

1^1  Caprins.  .  . 

3oo 

g  j  Chevaux  et 

[Z  1      mulets  .  . 

20 

10 

1   Anes  .... 

T2 

25 

Âharrârech 

• 

Ghedjirât. 

Population  .  .  . 

200 

160 

Origines 

Rif    (Baqqioua)  ; 

Djebel 

Rif     (Gzennaïa);     Djebel 

(Andjera). 

(Andjera). 

LE    FAHÇ   —   LISTE    DES   VILLAGES 


397 


Moqaddems    . 
Notables   .  .  . 


Aharrârech  suite, 

EI-Arbi  bel-Hâdj  Ali  Che- 
baa. 


Ghedjirât  {suite). 
Abdessalam  Azgoud. 


El-Ayyâchi  ben  Ali  ;    Mo-   Qaddourben  Abdelkerîm; 


hammed     EI- 

-Haouari  ; 

Abdelkerîm  Gheziïl;Mo- 

El-Yazid  ben 

Ali; 

Mo- 

hammec 

1      El-Haddân  ; 

han^imed   ould  El- 

Hâdj 

Ahmed 

ben  Abdallah; 

Abdessalam  ; 

Ahmed 

Mohammed  ben  Abdal- 

ben   El-Hâdj 

Abdessa- 

lah. 

lam  Er-Rahouniïa 

Bovins  .  .  . 

80 

40 

Ovins.  ... 

i5o 

5o 

Caprins.  .  . 

3oo 

200 

Chevaux   et 

mulets  .  . 

40 

8 

Anes  .... 

10 

20 

Khareb. 


Béni  Ouasîn  (i). 


Population  .  .  .  400 

Origines Hamian,  Ouadras,  Andje- 

ra  et  Béni  Gorfet. 

Moqaddems    .  .    Abdessalam  Zoudjal. 

Notables  ....  Abdessalam  ben  Ahmed 
Zoudjal  ;  Ahmed  Ech- 
Cherrari;  El-Hâdj  Ah- 
med ould  SiM'hammed; 
M'hammed  Bou  Saïd. 


i35 

Béni  Ouasîn  de  l'Angad 
(sujets  français). 

Qaddour  ben  Mbârek. 

Abdessalam  ben  Sâlem; 
Ibrahim  ben  Amar  et 
son  frère  Ahmed  ;  El- 
Hâdj  Abdessalam  ben 
El-Hâdj  Qaddour;  El- 
Hâdj  iMançoûr  et  son 
frère  Ahmed  ;  El-Arbi 
ben  Mançoûr;  Qaddour 
ben  Ahmed  ben  Tayyeb; 
Ahmed  ben  Hammou  ; 
Abdessalam  Ech-Cher~ 
gui. 


(i)  Ce  village,  de  formation  récente, 
née  i85o. 


remonterait  aux  environs  de  l'an- 


398 


Bovins  .  .  . 
Ovins  .  .  . 
Caprins.  .  . 
Chevaux  et 
mulets  .  . 
Anes  .... 


TANGER   ET 

SA 

ZONE 

• 

Khareb  {suite). 

Boni  Ouasin  (suite). 

250 

i5o 

200 

200 

400 

100 

3o 

i5 

12 

20 

Aouâma. 

Deïmoûs. 

Population  . 
Origines.  .  . 


Moqaddems    . 


700 

Rif  (Temsaman,  Béni  A- 
mart);  Djebel  (Andjera). 

Abdessalam  Ou  El-Hâni. 


225 

Rif  (Béni  Aman);  Djebel 
(Andjera). 

Mohammed  ben  Abd  El- 
Ghouat. 


ibles   .... 

El-Hâdj  Mohammed  ben 

Qaddoûr  ben  Sellam  ;  El- 

Amar;  Mohammed  Chi- 

Hàdj    Mohammed    ben 

oua;    Ahmed    ben  Ab- 

Ahmed    ben     Sellam  ; 

dallah;  El-Ayyâchi  El- 

M'hammed  ben  Sellam; 

Idri;  El-Hâdj  Abdessa- 

El-Hâdj    Abderrahman 

lam    ben     M'hammed; 

Abczzaad  ;  Mohammed 

Hoseïn    ben    Qaddoûr  ; 

ould    El-Hâdj    Moham- 

Qâïd    Si    Ahmed    Bou 

med  ;  Mohammed  ben 

Djebel  ;     Abderrahman 

Amar  et  son  frère  Ah- 

El-Idri. 

med. 

Bovins  .  .  . 

200 

200 

Ovins.  .  .  . 

5oo 

5oo 

Caprins.  .  . 

Chevaux   et 

mulets  .  . 

5o 

3o 

Anes  .... 

60 

5o 

Menbar. 


Population  . 
Origines.  .  . 


Moqaddem 


3oo 

Rif  (Baqqioua,  Gzennaïa)  ; 
Djebel  (Andjera). 

Si  Abdelqâder  ben  Azîz. 


LE    FAHÇ 


LISTE    DES    VILLAGES 


399 


Meubar  (suite). 

Notables  ....  Ofilâli  ben  Djilâli  ;  Qâsem 
bel-Hâdj  Bou  Azza;  Ah- 
med bcl-Hâdj  Çâdiq  ; 
Abdessalam  Zoudjal  ; 
Ahmed  er-Rabati;  Ah- 
med ben  El-Ayyâchi  ; 
Mohammed  EI-Ftouh  ; 
Ahmed  ben  Bou  Azza  ; 
El-Hoseïn  ben  Saïd. 


Bovins  .  .  . 

200 

Ovins.  .  .  . 

3oo 

Caprins.  .  . 

Chevaux  et 

mulets .  . 

60 

Anes  .... 

5o 

B.  —  Villages  de  l'Andjera, 
(4  villages,  910  habitants.) 
El-Menâr. 


Nouinouch. 


Population  .  .  .  400  160 

Origines Djebala  de  l'Andjera.  Andjera;  RiâhdeTAzghar. 

Moqaddems.  .  .    Mohammed     ben     Haïa;  Abdessalam  El-Djebari. 
Mohammed  El-Gouzi. 

Notables  ....    Qaddour    ed-Dekar;   Mo-  Ahmed    El-Djiyar  ;    Mo- 


hammed  ed-Dekar: 

;Ei- 

hammed  El-Djiyar;Abd- 

Fqîh  Es-Saïdi; 

Ali 

ben 

essalam 

El-Djiyar;  Abd- 

Yousef  ; 

;        Abdessalam 

essalam 

ben  Aïsa;  Abd- 

Sakkouh. 

essalam 

Et-Touidjar  ; 

Mohammed       Azzouz  ; 

Ahmed  Bou  Neqoub. 

Bovins  ... 

i5o 

40 

6 

Ovins.  .  .  . 

100 

70 

Cl. 

Caprins.  .  . 

3oo 

i5o 

§^ 

Chevaux  et 

h 

mulets  .  . 
Anes  .... 

60 
5o 

20 
i5 

400  TANGER    ET    SA    ZONE 

FeddânChâboû.  Ain  ez-Zitoûna, 

Population  .  .  .  260  100 

Origines Andjera  ;      Béni     Hassan    Andjera. 

(Djebala). 
Moqaddems.  .  .    El-Hasan.  Mohammed  Ech-Chaïri. 

Notables El-Fqîh  Zerrad  ;  Si   Allai    Ahmed  ben  Kadjou;  Abd- 

Nouinou  ;   Ahmed   ben       essalam  ben  El-Mehdhi  ; 
Abdelmalek.  Mohammed  ben  Idrîs. 

60 

100 

^]  Caprins.  .  .  200  i5o 

D  ■ 
O    , 

9 
16 


Bovins  .  .  . 

60 

Ovins.  .  .  . 

i5o 

Caprins.  .  . 

200 

Chevaux  et 

mulets,  . 

8 

Anes  .... 

3o 

APPENDICES 


VILLES    ET  TRIBUS.  —   VII.  27 


APPENDICE   I 

Résumé  des  recherches  archéologiques  faites  a  Tanger 
PAR  LA  Mission  Scientifique  du  Maroc  (i) 


Les  quelques  recherches  archéologiques  pratiquées  dans  les  environs 
de  Tanger  par  la  Mission  scientifique  du  Maroc  ont  fait  l'objet  de  cinq 
études  différentes  : 

i®  La  Nécropole  romaine  de  Bou  Khachkhach  ; 

2^  Le  Tombeau  de  Moghoura  eç-Ceghira  ; 

30  Les  Sépultures  du  Marchan; 

40  Les  Thermes  d'Ain  Hammam,  à  Charf  el-Aqab  ; 

5°  La  Caverne  des  Idoles. 


Les  tombes.  —  Bou  Khachkhach  se  trouve  au  sud  de  Tanger,  entre 
la  plage  et  la  route  de  Fès.  L'ancienne  nécropole  était  recouverte  en- 
tièrement par  des  dunes  de  sable  qui  atteignaient,  à  certains  endroits, 
plus  de  5  mètres  de  hauteur. 

Une  trentaine  de  tombes  ont  été  retrouvées  dans  un  état  de  conser- 
vation suffisant  pour  pouvoir  être  étudiées. 

Ces  tombes  présentaient  plusieurs  types  :  les  unes  se  composaient 
d'un  fût  demi-cyhndrique  couché,  d'environ  2  mètres  de  long  sur 
o  m.  70  de  large  et  o  m.  3o  d'épaisseur,  reposant  sur  un  soubas- 
sement rectangulaire  un  peu  plus  large,  le  tout  adossé  à  un  cube 
de  maçonnerie  ;  ce  petit  monument  était  entouré  d'une  muraille 
de  o  m.  5o  à  o  m.  60  de  hauteur  avec  une  ouverture  faisant  face  au 
tombeau  ;    quelquefois,    cette    enceinte   entourait    plusieurs   tombes. 


La  Nécropole 
romaine  de 

Bou 
Khachkhach. 


(i)  Cf.  Revue  du  monde  musulman,  vol.  VI,  pp.  410  a  482  ;  vol.  VII,  pp.  433 
à  436;  vol.  X,  pp.  297  à  3 10.  Archives  marocaines^  vol.  XVIII,  pp. 373  à  400. 


404  TANGER    ET    SA    ZONE  , 

D'autres  sépultures  se  composaient,  soit  d'un  fût  couché  sans  le  cube, 
soit  du  cube  sans  ce  fût;  quelques-unes  enfin,  sans  monument,  étaient 
formées,  soit  d'une  jarre  de  terre  cuite  dans  laquelle  étaient  enfermées 
^es  cendres,  soit  de  6  larges  tuiles  plates  dont  4  enfoncées  vertica- 
lement dans  le  sol,  une  au  fond  et  une  sur  le  dessus,  servant  de  cou- 
vercle. Celte  sépulture  en  tuiles,  contenant  les  cendres,  se  retrouve 
également  dans  les  tombeaux  ayant  un  monument  au-dessus  du  sol. 
Tous  les  tombeaux  contenaient  des  cendres,  et  les  traces  de  feu  que 
présentait  ie  sol  autour  de  certaines  sépultures  permettent  de  croire 
que  la  crémation  était  souvent  faite  sur  place. 

Les  fresques.  ~  La  particularité  la  plus  intéressante  de  ces  monu- 
ments funéraires  consiste  dans  la  décoration  picturale  dont  quelques- 
uns  étaient  encore  ornés. 

La  première  tombe  dégagée  du  sable  laissait  voir  des  guirlandes  de 
feuilles  d'olivier  disposées  en  festons  et  nouées  de  rubans  rouges  ;  sur 
une  autre  on  voyait  une  véritable  fresque,  représentant  un  homme 
vêtu  d'un  manteau  bleu,  tenant  de  fa  main  droite  une  cravache  et 
ayant  au  bras  gauche  un  bouclier  ;  à  sa  droite  et  à  sa  gauche,  deux 
chevaux  de  profil.  Une  tombe  porte  sur  une  de  ses  faces  un  oiseau  vert 
et  rouge,  tenant  un  brin  d'herbe  dans  le  bec  et  entouré  d'un  cadre 
de  feuillages  à  baies  rouges  ;  sur  une  autre  on  voit  une  double  guir- 
lande en  volutes,  accompagnée  de  rosaces  rouges  en  forme  de  croix. 

La  maçonnerie  de  ces  tombeaux,  décalcifiée  par  l'eau  filtrant  à  tra- 
vers le  sable,  rendait  leur  déplacement  difficile  ;  il  a  été  possible  cepen- 
dant de  transporter  à  la  Mission  scientifique  les  fresques  dont  il  vient 
d'être  parlé,  ainsi  que  le  cube  entier  d'une  tombe  sur  lequel  on  peut 
encore  voir  des  peintures,  représentant  sur  trois  faces  des  oiseaux, 
dont  un  paon,  et  sur  la  quatrième  une  sorte  de  léopard  passant,  d'un 
dessin  très  stylisé. 

Une  des  tombes,  en  partie  détruite  et  qui  n'a  pu  être  conservée,  por- 
tait sur  les  deux  faces  encore  existantes  de  son  cube  des  peintures  très 
curieuses.  Sur  une  des  faces  on  voyait,  entre  deux  colonnes,  un  éven- 
tail ou  un  écran,  des  sandales  et  quelques  feuillages  (1)  ;  sur  l'autre 
face  un  dessin  géométrique  formant  des  triangles  par  croisement  de 
lignes  diagonales,  le  tout  colorié  en  rouge,  bleu,  noir  et  jaune;  ce  pan- 
neau était  accosté  à  droite  et  à  gauche  par  des  ornementations  bleues  et 
jaunes,  relevées  de  blanc.  D'autres  tombes  avaient  encore  des  vestiges 
de  peintures  où  l'on  pouvait  voir  des  fleurs,  des  guirlandes  de  verdure 
et  des  plantes  aquatiques. 

(1)  Cf.  photographie  ci-conire. 


APPENDICE    I  405 

Les  inscriptions.  —  Outre  les  quelques  fresques  dont  il  vient  d'être 
parlé,  les  fouilles  de  Bou  Khachkhach  ont  permis  de  retrouver 
quelques  inscriptions  tombales  ;  un  certain  nombre  d'entre  elles  ont 
déjà  été  publiées  et  ont  été,  avec  les  autres  documents  relatifs  aux 
fouilles,  l'objet  d'une  communication  à  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-Lettres,  le  8  novembre  1908,  par  M.  M.  Besnier,  professeur  à 
l'Université  de  Caen.  Voici  ces  inscriptions  : 

|0  Sur  une  stèle  faisant  partie  d'un  tombeau  : 


COSC  0  N  I 

V  S  C  A  L  V  s 

H   -  s   .   H  s  T 
S      T       T       L 

Cosconius  Cal{v)us h[ic)  s{itus)  e{st).  S(it)  t[ibi)  t{erra  l[eyis). 


N  I  V  S  .  D  E  X 

S  E  s  Q  V  A  E  . 
ARIVS  .     ALA. 
MI    .    NATIONE. 

VTENVS.    AN.    L. 

E.     S.    T.  T.  L. 

SIVS.     MARTI  A 
F.  C. 


M.  Besnier  propose,  à  titre  purement  hypothétique^  la  lecture  sui- 
vante : 

{Anto)nius  Dex{ter),  sesquae  {plic)arius  alà{e)  (Pri)mi  natione ... 
utenusy  an{nis)  L,  {hic  situs)  e(st),  s(ti)  t{ibi)  t[erra)  l{evis),  {Volu)sius 
Martia{lis /(aciendum)  c{uravit). 


406  TANGER   ET    SA    ZONE 

3»  D    .    M  . 

L.ANTON 
.  P  V  E  R  . 
DVPLICARIF 
V  I  X   .    N  .   V  I  I  I 
M  E  N  .    V  I    I    II 
D  I  E  B   .    X  X   I    I  I 
S      .      T     '.       T     .     L 

D(is)  M(anibus).  L[ucius)  Anton{ius)  puer .  Duplicari(i)  f(ilius)y 
vix{it)  an(ms)  VIII,  men{sibus)  VIIII,  dieb{us)  XXIII.  S{it)  t{ibi) 
t{erra)  l{evis). 

Sur  plusieurs  grandes  tuiles  on  a  relevé  l'estampille  suivante  : 

EX   FIGVL   CAES  N 

Ex  figul{inis]  Caes(aris)  n{ostri),  «  sorti  des  ateliers  de  poterie  de 
noire  César  ». 

Deux  inscriptions  entières  et  deux  fragments  d'inscription,  qui  sont 
comme  les  précédents  conservés  à  la  Section  Sociologique,  n'ont  janiais 
été  publiés  ;  on  en  trouvera  ci-contre  les  photographies. 

Le  mobilier.  —  La  plupart  des  tombes  retrouvées  à  Bou  Khach- 
khach  avaient  été  violées  et  vidées  de  leur  contenu  ;  cependant 
quelques  objets  ont  pu  être  retrouvés,  malheureusement  en  assez  mau- 
vais état.  Au  milieu  de  nombreux  débris,  les  seuls  objets  intéressants 
consistent  en  une  urne  cinéraire,  un  lacrymatoire  en  verre  irisé  et 
quelques  lampes  en  terre  cuite;  sur  l'une  d'elles  on  voit  un  palmier 
et  un  cheval  ;  sur  une  autre  deux  chiens  et  deux  lièvres.  Quelques 
pièces  de  monnaie  de  bronze  complètement  effacées,  sauf  Tune  d'elles 
qui  est  de  Caesar.  Nerva.  Les  objets  les  plus  curieux  consistaient  en 
des  fragments  de  collier  et  une  petite  figurine  en  pâte  de  verre. 

Au  nord  des  ruines  d'un  monument  qui  semble  avoir  été  assez  im- 
portant se  troruvaient,  à  moitié  enfouies  dans  le  sol,  une  certaine 
quantité  de  grandes  amphores  de  terre,  de  i  mètre  de  haut,  et  de 


APPENDICE   I 


407 


o  m.  40  de  diamètre  à  la  partie  la  plus  large  ;  ces  amphores,  à  deux 
anses,  sont  terminées  par  une  pointe  dans  leur  partie  inférieure. 


Dans  la  plaine  marécageuse  qui  s'étend  au  sud-est  de  Tanger  entre 
l'oued  Moghoura  et  l'oued  Tandja  el-Baiiya,  on  a  découvert,  en  1909, 
un  tombeau  qui  rappelle  les  tombeaux  puniques  de  Carthage  décou- 
verts par  le  R.  P.  Delattre  dans  la  nécropole  de  Saint-Louis  (i). 

Ce  tombeau,  placé  dans  une  sorte  de  tumulus,  se  compose  de  deux 
pièces  de  dimensions  inégales  reliées  par  une  ouverture.  La  porte 
d'entrée  était  fermée  par  une  dalle  de  i  m.  10  de  hauteur  sur  o  m.  46 
vde  largeur. 

La  première  pièce,  sorte  de  vestibule  de  forme  trapézoïdale,  mesure 
I  m.  35  de  longueur,  i  mètre  de  large  du  côté  de  l'entrée,  o  m.  88  du 
côté  intérieur  et  i  m.  60  de  hauteur.  Le  plafond  est  formé  de  deux 
dalles  ;  les  parois  sont  faites  de  pierres  de  grandes  dimensions  gros- 
sièrement taillées  ;  de  chaque  côté,  "une  large  niche  est  pratiquée  dans 
la  muraille  et,  en  face  de  la  porte  d'entrée,  se  trouve  une  autre  porte, 
cintrée  dans  le  haut,  qui  donne  accès  dans  la  chambre  sépulcrale. 

Cette  deuxième  pièce  mesure  2  m.  10  de  profondeur  et  i  m.  ']^  de 
largeur.  Deux  niches  sont  pratiquées  à  droite  et  à  gauche,  et  une  dans 
le  mur  du  fond.  Le  plafond  n'est  pas  horizontal  comme  celui  de  la 
première  pièce,  mais  en  forme  de  toit  ;  il  est  formé  d'une  grande  dalle 
plate,  qui  tient  toute  la  longueur  de  la  pièce  et  sur  laquelle  s'appuient 
dix  autres  dalles,  cinq  de  chaque  côté,  légèrement  en  pente,  de  telle 
sorte  que  le  milieu  de  cette  pièce  est  plus  élevé  que  les  côtés. 

Le  sol  des  deux  pièces  est  en  terre  battue. 

Ce  monument,'lors  de  sa  découverte,  avait  déjà  été  visité  par  les  indi- 
gènes du  village  de  Moghoura  eç-Ceghira  ;  il  a  été  impossible  de  savoir 
s'il  s'y  trouvait  des  ossements  et  quelle  était  l'importance  de  son  mobi- 
lier funéraire  ;  on  n'a  pu  en  retrouver  que  trois  vases  de  terre  qui  ont 
été  conservés.  Leur  photographie  et  le  plan  du  monument  funéraire  de 
Moghoura  ont  été  publiées  dans  la  Revue  du  Monde  musulman,  vol.X, 
pp.  3 10  et  suivantes. 


Le  tombeau  de 
Moghoura 
Eç-CeghIra. 


On  a  depuis  longtemps  signalé  des  tombes  considérées  comme  phé- 
niciennes, dans  les  affleurements  rocheux  du  plateau  du  Marchan,  au 
sommet  de  la  falaise.  Ces  tombes  se  composent  d'une  auge  creusée  dans 
le  roc  ;  toutes  celles  que  l'on  avait  trouvées  étaient  ouvertes  et  vides. 

En  19 10,  des  travaux  faits  dans  un  jardin  particulier  à  l'extrémité 


Les  sépultures 
du  Marchan. 


(i)  Cl.  Revue   archéologique,  t.  XVil,  1891  :  les  Tombeaux  puniques  de 
Carthage  ;  ia  Nécropole  de  Saint-Louis,  par  le  R.  P.  A.  L.  Delattre. 


408  TANGER   ET   SA    ZONE  , 

Kst  du  plateau,  près  de  Sidi  Bou  Qnadel,  ont  mis  à  découvert  une 
véritable  nécropole,  formée  de  quatorze  tombes,  dont  une  seule  était 
encore  fermée.  Les  treize  autres  avaient  la  forme  habituelle  d'une  auge 
allongée  creusée  dans  le  roc  et  mesurant  environ  i  m.  80  de  long 
sur  o  m.  5o  de  largeur,  avec  une  profondeur  variant  entre  o  m.  40 
et  o  m.  70. 

La  tombe  fermée  était  presque  carrée  :  ses  quatre  faces  mesuraient 
respectivement  i  m.  40,  i  m.  55,  i  m.  47,  i  m.  61.  La  fermeture  se 
composait  d'abord  de  plus  d'un  mètre  cube  de  maçonnerie,  puis  d'une 
dalle  de.  32  centimètres  d'épaisseur,  posée  sur  un  seuil  de  19  centi- 
mètres taillé  dans  le  roc.  L'intérieur  de  la  sépulture  mesurait  1  m.  08 
de  côté;  il  s'y  trouvait  un  cercueil  de  plomb  de  o  m.  80  de  longueur 
sur  o  m.  24  dé  large  et  o  m.  20  de  haut,  portant  comme  seule  orne- 
mentation, sur  le  milieu  du  couvercle,  une  ligne  brisée  formant  des 
demi-losanges.  C'était  un  cercueil  d'enfant  ;  il  contenait  encore  quelques 
ossements  d'un  enfant  très  jeune  et  le  mobilier,  en  mauvais  état,  se 
composait  d'un  vase  en  verre  malheureusement  brisé,  des  restes  d'une 
petite  statuette  de  terre  cuite,  qui  a  été  décrite  en  détail  dans  le 
vol.  XVIII  des  Archives  marocaines,  p.  878. 

Les  éléments  d'information  dont  on  dispose  ne  permettent  pas  de 
fixer  une  date  à  ces  sépultures,  généralement  considérées  comme  phé- 
niciennes. 

Au  mois  de  décembre  de  la  même  année,  des  travaux  entrepris  à  la 
mon^tée  5ud-est  du  plateau  du   Marchan  (Paseo  Cenarro)   mettaient 
jour  une  tombe  chrétienne  de  l'époque  romaine,  avec  l'inscription  sui- 
vante : 

AURELIA.    SABINA.ANCILLA 

CRESTI.    VIXSIT.    PL. MI. 

ANN  I  S  .  XXIII.  ME.  V.    D  I  .  XIII. 

O  R  .  VIIII.  FE.    INPACE    REQVET 

AMANTIO.    ET.    ALBINO.     CON 

SOLIBUS 

Aurélia  Sabtna,  ancilla  Cresti  (pour  Christi),  vixsit  (pour  vixit) 
pi  (us)  mi  {nus)  annis  XXIII,  me  (nsibus)  F,  Di  (ebus)  XIII,  (h)  or 
(is)  VIIII,  fe  [liciter)  in  pace  requet  (pour  requiescit),  Amantio  et 
Albiîio  consolibus  (pour  consulibus). 

En  marge,  à  l'extrémité  de  la  deuxième  ligne,  on  remarque  le  mono- 


Tombeau  de  Mghoir/ 


APPENDICE    I  409 

gramme  constantinien,  les  lettres  grecques  X  et  P,  initiales  du  mot 
Christus,  entrecroisées  et  inscrites  dans, un  cercle. 

«  Aurélia  Sabina,  servante  du  Christ,  a  vécu  vingt-trois  ans,  cinq 
mois,  treize  jours,  neuf  heures:  elle  repose  heureusement  en  paix; 
sous  le  consulat  d'Amantius  et  d'Albinus.  » 

D'après  la  date  consulaire,  cette  tombe  remonte  à  l'année  345  après 
Jésus-Christ.    On    ne   connaissait  auparavant  que   deux   inscriptions 
chrétiennes  du  Maroc  antique  ;  elles  provenaient  également  de  Tanger- 
La  colline  boisée  de  Charf  el-'Aqab  (la  colline  des  aigles),  située  à        Les  thermes 
une  vingtaine  de  kilomètres  au  S.-O.  de  Tanger,-  près  de  l'Océan,  est      d'Aïn Hammam 
entourée  de  sources. 

L'une  d'elles  porte  le  nom  de  Aïn  Hammam,  la  source  du  bain  ;  elle 
se  trouve  au  sud  de  la  colline.  En  contre-bas  de  cette  source  se  trou- 
vaient des  thermes  romains,  qu'elle  alimentait  et  dont  les  ruines  étaient 
encore  visibles  il  y  a  quelques  années  ;  elles  se  composaient  de  deux 
corps  de  bâtiments  distincts  :  le  principal  était  formé  de  deux  pans 
parallèles,  avec  chacun,  sur  sa  face  intérieure,  trois  niches  d'environ 

2  mètres  de  haut.  Au  Sud  et  à  une  vingtaine  de  mètres  de  ce  premier 
corps  de  bâtiment,  se  trouvaient  les  ruines  d'une  petite  pièce  de 
4  mètres  carrés  qui  devait  être  le  caldarium  ;  c'est  en  effet  le  seul  en- 
droit des  thermes  où  se  voyaient  des  briques  noircies  par  le  feu. 

Les  deux  pans  de  mur  encore  debout  devaient  délimiter  la  salle  prin- 
cipale des  thermes,  qui  était  voûtée  et  avait  environ  7  m.  80  de  long 
sur  6  m.  de  large  et  4  à  5  mètres  de  hauteur.  Les  murs  étaient  formés 
de  gros  moellons   réunis   par  un   ciment  très  dur.   A  la  hauteur  de 

3  mètres  environ  se  trouvait,  dans  le  mur,  une  double  rangée  de 
briques  indiquant  la  naissance  de  la  voûte. 

La  piscine  occupait  presque  toute  la  surface  de  cette  salle  ;  elle  me- 
surait 6  m.  5o  avec  une  profondeur  d'environ  i  m.  20.  Un  saillant  de 
o  m.  5o  à  o  m.  60  permettait  de  circuler  autour  de  la  piscine,  où  on 
descendait  par  un  escalier  de  trois  marches.  Trois  autres  piscines  de 
dimensions  moindres  communiquaient  avec  la  piscine  prmcipale  par 
des  tuyaux  de  plomb;  des  tuyaux  semblables  servaient  à  l'écoulement 
des  eaux  pour  vider  les  piscines. 

Quelques  objets  ont  été  retrouvés  à  Aïn  Hammam  et  dans  ses  envi- 
rons, qui  établissent  d'une  façon  positive  l'origine  romaine  des  thermes 
et  permettent  de  supposer  qu'ils  existaient  encore  à  la  fin  du  quatrième 
siècle  de  J.-C.  D'abord  quelques  monnaies  d'argent  et  de  bronze  : 

1°  Une  pièce  d'argent  de  Julia  Domna,  femme  de  Septime  Sévère 
(i93-3ii); 


410  TANGER   ET   SA    ZONE 

2''  Monnaie  de  bronze  d'Hadrien  (iij-iSS); 

3°  —  —       de  Constantin  (Soô-SSy) 

40         —.  —       de  Gratien  (307-383)  ; 

5"  Monnaie  d'argent  de  Faustine  la  Jeune  (161-181) 

6°        —  —       d'Alexandre  Sévère  ^(2 22-235)  ; 

7*  Monnaie  de  bronze  de  Tetricus  le  père  ^268-273). 

On  a  trouvé  également  un  petit  buste  de  marbre  blanc,  d'une  fac- 
ture assez  fruste  et  en  assez  mauvais  état,  mesurant  o  m.  26  de  haut  ; 
il  semble  que  c'est  à  tort  que  l'article  du  volume  XVIII  des  Archives 
marocaines,  page  '386,  désigne  ce  buste  comme  représentant  une 
image  de  femme,  et  il  paraît  plus  vraisemblable  de  croire  qu'il  s'agit 
d'un  Bacchus  enfant. 

Parmi  des  débris  de  poteries,  de  vases  en  verre,  de  revêtements  de 
marbre,  etc.,  la  partie  supérieure  d'un  mascaron  de  bronze  mérite  seule 
d'être  citée.  Ce  mascaron  devait  se  trouver  à  l'orifice  d'un  des  conduits 
amenant  l'eau  à  la  piscine. 

Les  dimensions  réduites  des  termes  d'Aïn  Hammam  permettent  de 
supposer  qu'ils  devaient  dépendre  d'une  petite  agglomération  et  très 
probablement  d'une  villa  romaine,  comme  il  y  en  avait  un  certain 
nombre  dans  les  environs  de  Tanger. 

La  Caverne  La  caverne  dite  «  des  Idoles  >  est  une  grotte  qui  se  trouve  dans  la 

des  Idoles.  falaise,  au  sud  du  cap  Spartel  (i). 

On  y  parvient  soit  par  le  cap  Spartel  lui-même,  soit  par  la  piste  des 
Ziaten  ;  en  prenant  cette  dernière  piste,  on  rencontre,  près  du 
village  de  Ziaten,  une  colline  appelée  «  Qoudiatel-Mâl»,  où  se  trouvent 
plusieurs  tombes  néolithiques  qui  ont  été   fouillées   pair   Btichet   en 

1904. 

On  arrive  ensuite  à  un  plateau  bordant  la  falaise  rocheuse  d'Achaqqar 
qui  domine  la  mer.  L'ouverture  de  la  CàTerne  dès  Idoles  est  d'un 
accès  difficile;. elle  donne  au-dessus  de  la  mer  dans  les  rochers  à  pic 
qui  terminent  la  falaise.  Buchet  y  avait  trouvé  les  «  idoles  »  qui  ont 
donné  leur  nom  à  la  grotte;  ces  objets  en  terre  cuite,  de  7  à  8  centi- 
mètres de  hauteur,  et  dont  il  ne  subsiste  que  les  photographies, 
peuvent  être  considérés  comme  des  ex-voto  phalliques  offerts  à  quelque 
divinité  de  la  génération.  Le  reste  du  matériel  archéologique  de  cette 
grotte  se  composait  de  fragments  de  poterie,  de  coquillages  et  d'outils 
de  silex  et  d'os. 

(i)  Ne  pas  la  confondre  avec  la  grotte  dite  «  d'Hercule  »,  oîi  se  trouvent 
des  meulières. 


Figurine  phénicienne. 


APPENDICE    I  411 

A  l'entrée  de  la  plage  qui  s'étend  au  sud  de  la  Caverne  des  Idoles, 
on  rencontre  à  fleur  de  terre,  sous  des  taillis  de  lentisques,  une  grande 
quantité  de  débris  de  poterie.  Une  canalisation  souterraine,  signalée 
par  Tissot  comme  un  aqueduc  d'après  des  renseignements  indigènes, 
amenait  à  cet  endroit  l'eau  des  sources  voisines  de  Mediouna.  On  peut 
y  retrouver,  recouverts  par  les  taillis,  des  restes  de  constructions  an- 
ciennes, entre  autres  une  pièce  souterraine  voûtée,  large  de  4  mètres  et 
profonde  de  5  mètres,  qui  semble  être  une  ancienne  citerne. 

On  peut  se  demander  s'il  s'agit  d'une  ville  romaine,  comme  le  pensait 
Tissot,  ou  peut-être  plutôt  d'une  ville  liby-phénicienne  (i). 

A  ce  résumé  il  faut  ajouter  la  découverte  en  1912,  près  de  Sidi  Amar 
Tahadjart,  au  S.-O.  de  la  ville,  d'un  fragment  de  statuette  en  terre 
cuite,  de  o  m.  10  de  hauteur,  dont  ci-contre  la  photographie. 

Cette  statuette  présente  certains  caractères  d'art  égyptien  ;  mais 
d'autre  part,  il  ne  faut  pas  oublier  que  les  Phéniciens  n'avaient  pas 
d'art  particulier  et  qu'ils  se  sont  surtout  inspirés  des  Égyptiens  et  plus 
tard  des  Grecs  ;  il  est  donc  à  peu  près  certain  que  le  fragment  de  sta- 
tuette de  Sidi  Amar  est  d'origine  phénicienne. 

(î)  Cf.  Archives  marocaines,  vol.  XVIII,  pp.  891-400. 


APPENDICE  II 

Catalogue  des  Monnaies 

RÉUNIES    PAR    LA    MiSSION   SCIENTIFIQUE   DU    MarOC 
DE    1907    à    I914    (l). 


MONNAIES  AFRICAINES 


d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


TINGIS,  Colonie  phénicienne. 

i  GB     D)  Tête  de  Baai,  barbe  pointue  à  g. 

R)  Deux  épis,  légende  punique.         Tanger,  la  plage. 

2  MB     D)  Tête  de  Baal,  barbue,  à  droite. 

R)  Le  même.  Tanger. 

3  PB      D)  Tête   de    Baal,    barbe    pointue 

à  droite. 
R)  Trois  épis,  légende  punique.        Tanger. 

4  PB     D)  Tête  de  Baal,  imberbe,  à  droite. 

R)  Deux  épis,   légende  punique.        Tanger. 

5  PB     D)  Le  même. 

R)        —  Tanger. 

6  PB     D)  Le  même. 

R)  Celui  du  n«  3.  Tanger. 

7  PB  Même  pièce  que  le  n"  3.  Tanger. 

(i)  Ce  catalogue  a  été  dressé  par  M.  Henri  Rabanit,  correspondant  de 
l'Agence  Havas  à  Tanger  jusqu'en  1914. 


APPENDICE   II  41  3 

N" 
d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 

MAURÉTANIE  TINGITANE 

1  PB^     D)  Tête  de  Baal  de  profil  à  droite. 

R;  Étoile,  légende  punique.  Lixus. 

2  MB     D)  Tête  nuejeune  à  droite...  CAESAR. 

R)  Grappe  de  raisin.  Lixus. 

3  PB     D)  Tête  barbue  de  profil  à  droite. 

R)  Étoile  à  4  pointes  et  4  points, 

légende  punique.  Tanger,  la  plage. 

4  GB     D)  Tète  de  Cabire  à  gauche  coiffée 

d'une  tiare  perlée  avec  cordon 
et  gland  à  trois  fils. 
R)  Deux  grappes  de  raisin,  inscrip- 
tions phéniennnes.  Lixus.  Tanger,  la  plage. 

MASINISSA  I,  Roi  de  Nuinidie  Orientale  (Massylie), 
202-148  av.  J.-C. 

I  PB      D)  Tête  laurée  avec  une  barbe  en 

pointe  ;  sceptre  sur  l'épaule. 
R)  Légende  punique  Masiîiissa  roi 

sous  un  cheval  au  galop.  Tanger. 

JUBA  I,  Roi  de  Numidie  Orientale  (Massylie), 
60-46  avant  J.-C. 

1  -        AR      D)  ivBA  REX.  Buste  de  Juba,  barbu, 

diadème,  les  cheveux  calamis- 
trés, le  sceptre  sur  l'épaule. 
R)  Lég.  punique  Juba  roi.  Temple.  Tanger. 

JUBA  II,  Roi  de  Maurétanie  (25  avant  J.-C.  —  23  après  J.-C.) 

i  AR     D)  REX  iVBA,  devant  sa  tête  laurée  à 

droite. 
R)  Sceptre  et  corne  d'abondance  en  Colonia  Aelia  Ba- 
sautoir.  nasa. 

2  AR     D)  Le  même. 

R)        —        un  croissant  dans  le 

champ.  — 


A-H 


TANGER    ET   SA    ZONE 


d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


AR     D)  Le  même.  Colonia  Aelia  Ba- 

R)  Éléphant  passant  à  droite.  nasa. 

AR     D)  ivBA  (à  g.),  REX  (à  dr.),  sa  tête 
la.urée  à  droite. 
R)  R.  XXXI  la  victoire  allant  à  droite.  Lixus. 

AR     D)  Le  même. 

R)  Lvcvs-AUGvsTi  '.  Autcl  cnguiflan-  Colonia  Aelia  Ba- 
de entre  deux  arbres.  nasa. 

AR     D)  REX  ivBA,  devant  sa  tête  à  droite 
coiffée  de  la  dépouille  du  lion. 
R)  R.  xxxxi  en  exergue,  capricorne, 
globe,  gouvernail  et  corne  d'a- 
bondance. — 

AR     D)  Droit  du  n^  i .  * 

R)  R.  xxxxvi.  Corne  d'abondance  et 

trident  en  sautoir.  — 

JUBA  II  et  CLÉOPATRE,  sa  femme. 

AR     D)  REX  ivBA^  devant  sa  tête  laurée  à 
droite. 
R)  KAEOiîATPA   BA.CLA.ICCA,   crocodilc  Colonia  Aelia  Ba- 
allant  à  gauche.  nasa. 

AR     D)  Le  même. 

R)  BACiAiccA    KAEOTîATPA,     Symbole 

d'Isis  et  sistre.  Tanger,  la  plage. 

AR     D)  Le  même. 

R)  Même      légende,     croissant    et  Colonia  Aelia  Ba- 
étorle.  nasa. 

AR     D)  Le  même. 

R)  Même  légende  que  le  n®  i,  sym- 
bole d'Isis.  — 

AR     D)  REX  ivBA,  tête  laurée  de  Juba  à 
droite. 

R)  BA-CI-A        KAE07CATPA  ,        SymbolC 

d'Isis  et  sistre.  — 


APPENDICB   II  41 5 

d'ordre.     Métal.  Description,  Provenance. 


JUBA  II  et  Ptolémée,  son  fils. 

AR      D)  REX  ivBA,  devant  sa  tête  laurée  à 
droite. 

R)  REX    PTOLEMAEVS    REGIS    IVBAE  F., 

buste    diadéTié    et    drapé  de  Colonia  Aelia  Ba- 
Ptolémée  à  gauche.  nasa. 

ZEUGITANE  (Monnaies  frappées  à  Carthage). 

MB     D)  Tête  de  Perséphone  à  droite  cou- 
ronnée d'épis. 
R)  Cheval  à  droite.  Tanger. 

MB     D)  Tête  de  Perséphone. 

R)  Tête  de  cheval  à  droite.  — 

CELTIBÉRIENNES 

MB     D)  Tête  barbue  à  gauche. 

R)  Deux  poissons,  légende  punique 

Gadès  {Cadix).  Tanger,  la  plage. 

MB     D)  Tête  de  Jupiter,  à  dr.  carteia. 
R)  Proue  à  droite  aed.  cnaai.  l.arg, 
en  trois  lignes.  Carteia. 

PB     D)  Tête  barbue  à  droite. 

R)  Taureau  à  droite,  au-dessus  crois- 
sant.   Obuleo  (Porcuma).  Grenade. 

GB      D)  Tête  nue,  imberbe  à  droite. 

R)  Griffon  à  tête  de  femme,  à  droite 

devant  :  étoile.  Castulo.  Grenade. 

MB     D)  Tête  nue,  barbue  à  droite,  de- 
vant vase? 
R)  Le  même,  au-dessous.  Castulo.    Grenade. 


4l6  TANGER    ET    SA   ZONE 


2°  MONNAIES  ROMAINES 

d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


CONSULAIRES 

AR  D)  Tête  barbue  à  gauche  ;  derrière 
RO.MA  et... 
R)  Bige  allant  à  droite;  un  bras  tend 
du  ciel  une  couronne  au  con- 
ducteur :  en  légende  au-des- 
sous :  L.  MKMMi.GAL(Memmia).  Tanger. 

AR     D)  Tôte  barbue  à  droite  ;  devant  el, 
dessous  pivs. 
R)  Éléphant  allant  à  dr.  ;  lég.  Tanger. 

AR      D)  Tête  casquée  à  droite. 

R)  Les  Dioscures  chargeant  à  dr.      Tanger. 

AR     D)  Tête  casquée  (ailée)  de  Rome?  à 
droite  ;  derrière  x. 
R)  Deux   personnages  face  à  face; 
entre  eux...    légende   timinv- 

CICI.   RO-MA.     AYGVR...    (MinUC- 

cia).  Grenade. 

MARC  ANTOINE  (30  avant  J.-C). 

AR     D)  AN m.  viR.  R.  p.  c.   Galère 

prétorienne. 

R)  LEG. XVII.   c Aigle   entre 

2  enseignes  ?  Tanger,  la  plage. 

CLAUDE  I«^  (41-54). 

GB        D)  TI  CLAVDIVS  CAESAR  AVG  PM.  TR.  P. 

sa  tête  nue  à  gauche. 
R) s.c.  femme  allant  à  dr.  Bou  Khachkhach. 

GB        D)  TI  CLAVDIVS  CAESAR  AVG  PM.  TR.  P. 

sa  têie  nue  à  gauche. 


APPENDICE    II  4'17 

N- 
d'ordre.    Mét'al.  Description.  î^i'ôvenance. 


R) Pallas  debout  à  droite 

làilçantun  javeibt  de  là  main 
droite  et  tenant  un  bouclier. 
Dans  le  champ  :  s.c.  Tanger,  la  plage. 

GB   D)  Tl  CLAVD  CAESAR  AVG  PM  TR...  Sa 

tête  nue  à  gauche. 
R) s.c.  Personnage  ?  de- 
bout à  droite.  Tanger,  la  plage. 

GB        D)  TI  CLAVD.      CAESAR     AVG.    PM    TR    P 

iMP...  satête  nue  à  gauche. 

R) TAS  AVGvsTA  -  S.C  femme  Tanger,    le   Mar- 

aliant  à  droite.  chan. 

GB     D)  Celle  du  n*'  i  sa  tête  nlie  à  g. 

R)  Celui  du  n^  2.  s.c.  Grenade. 

NÉRVA  (96-98). 

GB        D)  IMP  NERVA  CAES  AVG  PM  TR.P.COS. 

II.  sa  tête  laurée  à  droite. 

R) AS    PVBLicA.    Femme  (?)  Tanger,   nouveau 

debout  à  gauche,  s.c.  boulevard. 

TRAJAN  (9M17). 

MB       D)  IMP    CAES    NERVA   TRAIAN  AVG   GER 

DAC,  sa  tête  laurée  à  droite. 

R) CI s.c.Femme(?)  Tanger,   nouveau 

debout,  à  ses  pieds boulevard. 

AR       D)  IMPTRAIANOAVÔ.GÉR. DAC.PM.tr  P. 

Son  buste  laurè  à  droite,  le  pa- 
ludamentum  sur  l'épaule  g. 

R)  COS.V.  pp.  s.  p.  Q.R.OPTIMO.  PRINC. 

Victoire  debout    à   g.    tenant 

une  couronne  et  une  palme.       Tanger. 

HADRIEN  (117-138). 

GB  D)  HADRiANVS  AVGVSTVS.  Sou  buste 
laurè- à  droite  avec  le  paluda- 
mentum. 

VILLES   ET  TRIBUS,   —  VII.  28 


41 8      •  TANGER   ET  SA   ZONE 

d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


R)  cos s.c  ;  femme  debout  de 

face,  regardant  à  droite  la  main 
droite  ouverte,  la  gauche  te- 
nant une  victoire  ?  Charf  el  Aqab. 

GB     D) sa  tête  laurée  à  dr. 

R) Charf  el  Aqab. 

iMB       D)  IMP    CAESAR    TRAIANVS    HADRIA.NVS 

AVG.  PM.TR.p.cos.iii.  son  bustc 

radié  à  dr.  l'épaule  g.  drapée. 

R)  SALVS  PVBLiCA,  la  santé  debout  à 

gauche  tenant  une  patère  et  un  Tanger,    don    de 
sceptre.  Dans  le  champ  :  s.c.        M.  Goffart. 

MB     D)  Celui  du  n»  i. 

R)  Galère  allant  à  g.  lég.. . .  ex  :  s.c.  Grenade. 

ANTONIN  LE  PIEUX  (138-161). 

GB     D)  ANTONiNvs  AVG   pivs    pp   Sa  tête 
radiée  à  droite. 
R)  TR.  POT.  cos  II.   Femme  (?)  de- Tanger,    don    de 
bout  à  droite  s.c.  M.  Gofl'art. 

MB     D)  ANTONINVS  AVG  PIVS  PP    sa    tête 
laurée  à  droite. 

R) s.c.  femme  debout  à 

droite,  le  bras  droit  levé.  Tanger,  la  plage. 

FAUSTINE  MÈRE,  femme  d'Antonin. 

GB      D)  FAVSTINA    AVGvsTA.    Son    buste, 
cheveux  ondes  à  droite. 
R)  ivNONi  REGiNAE  -  s.c  Junon  dc- 
bout  de  face  tenant  une  pa- 
tère. Tanger,  la  plage. 

MARC-AURÊLE  (161-180)  (Monnaies  de  Marc-Aurèle  César). 

GB        D)  AVRELIVS   CAESAR  AVG.P    II.F.COS... 

son  buste,  jeune  barbe  nais- 
sante à  droite,  le  paludamen- 
tum  sur  l'épaule  gauche. 


APPENDICE    II 


419 


d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


R)  PiKTAS.AVG.  Vases  et  instruments 

de  sacrifice  s. c.  Tanger,  la  plage. 

2  GB      D)  AVRELivs  CAESAR,  sa  têtc  à  droite, 

barbe  jeune. 
R)  TR.  POT.  COS. II  La  Fortune  ?  de- 
bout à  gauche  tenant  un  sa- 
blier et  un  gouvernail  s.c.  Grenade. 

MARC-AURÈLE  (161-180)  (Monnaies  de  Marc-Aurèle,  Empereur). 

I  MB       D)  M.  ANTONINVSAVG  GERM  SARM   TRP 

XXX.  Son  buste  nu,  radié  à  dr. 
R)  iMP  VIII  cos  III.  se.  La  Paix  ?  de- 
bout à  gauche.  Grenade. 

FAUSTINE  JEUNE,  femme  de  Marc-Aurèle. 

1  MB       D)  FAUVSTINA    AVG     ANTONINI     PII    FIL 

son  buste  en  cheveux  à  droite. 
R)  vENVs.  s.c.  Vénus  debout  regar- 
dant à  droite.  Tanger,  la   plage. 

2  AR     D)  FAVSTiNA  AVGvsTA.   Son  buste  à 

droite  les  cheveux  tenus  par  un 
bandeau,  et  chignon. 
R)  ivNONi  REGiNAE.  Junon  debout  à 
gauche  tenant  un  sceptre  et 
une  patère,  à  ses  pieds  un 
paon.  Aïn  Tarfaniya. 

CRISPINE,  femme  de  Commode. 

1  MB     D)  cRispiNA   AVG son    buste  à 

droite,  cheveux  ondes. 
R)  FORTVNA  AVG.  s.c.  La  Fortune  de- 
bout à  gauche  tenant  une  fleur 
et  un  gouvernail.  Tanger,  la  plage. 

SEPTIME  SÉVÈRE  (193-211). 

I  AR        D)  L.  SEPT.    SEV.   AVG.    IMP    XI.   PART. 

MAX.  Sa  tête  laurée  à  droite. 


^2(y  TANGER   ET    SA    ZONE 

d'ordre.    Métal.  Descripticwi.  Provenance. 


R)  œs  II   pp.  La  Victoire  passant  à 

gauche  tenant  une  victoire.       Tanger,  la  plage. 

AR     D)'  SEVERVS  Pivs  AVG.  Sa  tête  laurée 
à  droite. 
R)  PM.TR.p.xvii.cos.iii  p.p.  L'Abon- 
dance (?)  debout  à  gauche.        Tanger,  la  plage. 

JULIÂ  DOMNA,  femme  de  Sei^time  Sévère. 

AR     D)  i-VLiA.  AVGvsTA,  son  busteà  droite, 
cheveux  ondes. 
R)  MATER  DEVM,  Cybèlc  assise  à  gau- 
che tenant  un  sceptre  ;  à  ses 
pieds  un  lion.  Charf  el-Aqab. 

GETA^  frère  de  Caracalla  (211-212). 

AR     D)  p.SEPT.GETA.cAES.PONT,  bustc  de 
Géta  tête  nue  dtapé,  à  droite. 
R)  FELICITAS  PVBLicA.  La  FéHcité  de- 
bout   à    gauche    tenant    une 
corne  d'abondance,  et...  Tanger,  la  plage. 

ÉLAGABALE    (218>-222). 

AR     D)  iMP.  ANTONiNvs  AVG.    Son    buste 
lauré  à  droite  et  drapé. 
R)  p.M.TR.p.cos   II   p.p.    Femme  (?) 

debout  à  gauche.  Tanger. 

AR     D)  Même  légende,  son  buste  lauré 
à  droite. 
R)  p.M.TR.p.ii.cos.ii.p.p.La  Paix  pas- 
sant à  gauche  tenant  un  scep-  Tanger,    don    de 
tre  et  un  rameau.  M.  Goffart. 

AR     D)  Le  même. 

R)  PROviD^  DEORV.M.  La  Ptovidence 
debout  à  gauche  tenant  un 
globe  et  une  corne  d'abon- 
dance. Marrakech. 


APPENDICE    II  421 

N- 
d'ordre.     Métal.  Description,  Provenance. 


AR     D)  iMP  ANTONiNVS  Pivs  AVG.  sa  têtc 
iaurée  à  droite. 
R)  iNviCTVs  SACERDOS  AVG.  Élagabalc 

debout  auprès  d'un  autel  à  g.  Tanger. 

AR        D)  IMP.  CAES.  M.  AVR.  ANTONINVS.  AVG, 

son  buste  radié  et  drapé  à  dr. 
R)  MARS  VICTOR.  Mars  allant  à  droite  Tanger,    don    de 
tenant  une  haste  transversale.      M.  Goffart. 

JULIÂ  MÀESA,  grând'mère  d'Élagabale. 

AR     D)  iVLiA  MAESA  AVG.  Sou  buste  à  dr. 
R)  piETAS   AVG.    La  Piété  debout  à 

gauche  auprès  d'un  autel  allu-  Tanger,    don    de 
mé,  levant  les  mains.  M.  Goffart. 

ALEXANDRE  SÉVÈRE  (222-234). 

AR       D)  IMP     ALEXANDER     PIVS     AVG.      SOU 

buste  lauré  et  drapé  à  droite, 
R)  lovi.  PROPUGNATORi.  Jupiter  allant  Tanger,    don    de 
à  g.  et  regardant  à  dr.  M.  Goffart. 

AR        D)  IMP.C.M.AVR.SEV.ALEXAND.AVG.SOn 

buste  lauré  et  drapé  à  droite. 
R)  p^.TR.p.cos.pp.  L'Empereur  de- 
bout à  gauche  en  habit  mili- 
taire tenant  un  sceptre  et  une 
hâste,  pointe  en  bas.  Aïn  Tarfaniya. 

AR      .D)  IMP  ALEXANDER  PIVS  AVG  SOn  buStC 

lauré  à  droite. 
R)  MARS  VICTOR.  Mars  casqué  tenant 

une  lance  et  une  victoire.  Tanger,  la  plage. 

MB       D)  IMP.  SEV.  ALEXANDER  AVG,    Sa  têtC 

Iaurée  à  droite. 
R)  pROFECTio  AVGvsTi,  Alexandre  à 

cheval  allant  à  gauche.  Tanger. 


422  TANGER   ET   SA    ZONE 

d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


MAXIMINI"  (235-238). 

AR        D)  IMP  MAXIMINVS  PIVS  AVG,  SOH  bUStC 

iauré  et  drapé  à  droite. 
R)  pRoviDENTiA  AVG,   la  Providencc 
debout  à  gauche  tenant  une 
baguette  et  une  corne  d'abon-  Tanger,    don    de 
dance,  à  ses  pieds  un  globe.  M.  Goffart. 

GORDIEN  III  le  Pieux  (238-243). 

AR        D)  IMP  GORDIANVS.  PIVS.FEL.AVG.  Son 

buste  radié  et  drapé  à  droite. 
R)  p.M.TR.p.iiii.cos  II. p. p.  Rome  as-  Tanger,    Don    de 
sise  à  g.  tenant  un  rameau.  M.  Goffart. 

AR     D)  Le  même. 

R)  MARTEM      PROPVGNATOREM.       MarS 

armé  passant  à  droite.  — 

GB      D)  Le  même  ;  son    buste   iauré  et 
drapé  à  droite. 
R)  VICTORIA  AETER.  La  Victoire  de- 
bout à  gauche  appuyée  sur  un 
bouclier.  Grenade. 

PHILIPPE  Père  (244-249). 

GB      D)  iMP.M.iVL.PHiLiPPvs AVG,  son  buste 
Iauré  et  drapé  à  droite. 

R) L'Abondance(?), 

debout  tenant  un  gouvernail 

et  une  patère.  Tanger,  la  plage. 

OTACILIE,  femme  de  Philippe  père. 

AR        D)  MARCIA    OTACIL    SEVERA    AVG.    Son 

buste  diadème  à  droite  sur  le 
croissant. 
R)  pvDiciTiA  AVG,  la  Pudeur  assise  à  Tanger,    don    de 
gauche.  M.  Goffart. 


APPENDICE   II  423 

N- 
d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


PHILIPPE  Fils. 

AR        D)  M.IVL.PHILIPPVS    CAES.    SOTï  bUSlC 

radié  à  droite. 
R)  PBiNCiPi  ivvENT.   Philippe  allant 

à  droite  tenant  un  globe    et  Tanger,    don    de 
une  haste  transversale.  M.  Goffart. 

GB     D)  Même  légende,  son  buste  drapé, 
tète  nue  à  droite. 
R)  Le  même.  Grenade. 

HERENNIUS  ETRUSCUS,  fils  de  Trajan  Dèce. 

AR        D)  QHER.ETR.MES.DECIVS,NOB.C,  buste 

radié  et  drapé  à  droite. 
R)  piETAS.  AVGVSTORVM.  Bâton  d'au- 
gure,  couteau  de  sacrificateur, 
patére,   vase  à  sacrifice,  sim-  Tanger,    don    de 
pule  et  aspersoir.  M.  Goffart. 

TRÉBONIEN  GALLE  (251-254). 

GB        D)  IMP      CAES.C.VIBIVS       TREBONIANVS 

GALLvs  AVG.  Sou  buste  lauré 
à  droite. 
R)  ivNONi    MARTiALi.    Juuon    asslsc 

sous  un  temple  rond  s.c.  Grenade. 

VALiRIEN  Père  (253-260). 

AR        D)  IMP.C.P.LIC.VALERtANVS.AVG.    SOH 

buste  radié  à  droite. 
R)  VICTORIA   AVGG.    Mars   debout  à 

droite  en  armes.  Lixus  (Larache). 

GB        D)  IMP.CAESAR.C     VALERIANVS...     Son 

buste  lauré  et  drapé  à  droite. 
R)  L'Empereur  et  Gallien  (?)   assis 
face  à  face  se  serrant  la  main 
au-dessus  d'un  autel.  Au-des- 
sus un  modius  {?).  Tanger. 


424  TANGER    ET  SA    ZONE 

d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


GALLIEN  (253-268). 

BP      D)  GALMENVS  AVG.  Son  busic  radié 
à  droite. 
R)  DiANAE   coNS  AVG.  Ccff  à  dfoite 

ex  :  étoile.  Tanger,  la  plage. 

BP      D)  Le  même. 

R)  LiBERO.p.coNS.  Panthère  allant  à 

gauche.  Grenade. 

SÂLONINE,  femme  de  Gallien. 

AR     D)  SALONiNA  AVG.  Son  bust^  diadè- 
me à  droite  si^r  le  croissant. 
R)  VBNvs  FBLtx,  Vénus  assise  à  gau- 
che tenant  une  patère  et  un  Tanger,    don    de 
sceptre,  à  ses  pieds  un  paon.         M.  Goffart. 

Billon   D)  Le  même. 

R)  ivNO  REGiNA.  Juuou  dcbout  à 
droite  tenant  une  patère  et  un 
sceptre.  Tanger,  la  plage. 

VALÉRIEN  Jeune,  frère 4e  GalUen. 

AR     D)  iMP.c.vALERiANvs.cAES.  Son 'buste 
radié  et  drapé  à  droite. 
R)  piETAS    AVGG.    Bâton    d'augure, 

couteau  et  vase  de  sacrifice,  Tanger,    don    de 
patère,  simpule,  aspersoir.  M.  Goffart. 

TÉTRICUS  Père  (268-273). 

PB      D)  iMP  TETRicvs . . .  Son  buste  radié 
à  droite. 

R)  lovi Jupiter?   debout  à 

gauche  tenant  un  sceptre  et 

un  globe.  Aïn  Hammam, 

PB      D) çvs  p.  AVG.,  sa  tête  raçliée 

à  droite. 
R)  Fruste  fabrication  bar- 

bare. Tanger. 


APPENDICE  II  425 

d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


TÉTRICUS  Fils,  fils  de  Tétricus  père. 

PB      D)  c.ptv.ESv  TETRicvs  cAEs.Son  buste 
radié  à  droite  avec  le  paluda- 
mentum. 
R)  SPES    AVGG.     L'Espérance     mar- 
chant à  gauche.  Tanger. 

CLAUDE  II,  le   Gothique  (268-270). 

PB      D)  iMP.  GLAVDivs  AVG.,  sa  tête  radiée 
à  droite. 
R)  PM.TR.p   II.  COS.   pp.,   debout  de 

face  regardant  à  gauche.  Aïn  el  Hammam. 

PB      D)  iMP. GLAVDIVS  AVG.,  sa  tête  radiée 
à  droite. 
R)  AETERNiTAS.  L'Éternité  debout  à 

droite.  Tanger. 

PB      D)  IMP.  GLAVDIVS  AVG.,  sa  tête  radiée 
à  draite. 
R)  Li.GONS.  AVG.,  griffon  ailé  à  dr.     Tanger. 

PB      D)  La  même  légende,  buste  radié  à 
droite. 

R)  ,  debout  à  gauche,  dans  le 

champ  N.  Tanger,  la  plage. 

PB      D)  Le  même. 

R)        —        Personnage  debout.      Tanger. 

CLÂUDS  II  (Monnaies  de  consécration). 

PB      D)  Divo  CLAVDio  sa  tête  radiée  à  dr. 

R)  GONSECRATio,  autel.  Tanger. 

PB      D)  Diyo  CLAVDIO,  id. 

R)  ...  Fruste.  Tanger. 

PB      D)  DIVO  CLAVDIO,  son  buste  radié  à 
droite. 
R)  coNSEGRATio.    Aigle    éployé    de 
face  regardant  à  droite  (bar- 
bare). Tanger,  la  plage. 


426  TANGER    ET   SA    ZONE 


d'ordre. 

Métal,                         Description. 

IVovenance. 

4 

PB      D)  Le  même.  Sa  léte  radiée  à  dr. 

R)  Le  même. 

Tanger. 

AURÉLIEN  (270-275). 

1  Billon  D)  iMP.c.AVRELiANvs  AVG.,  son  buste 
radié  et  drapé  à  droite. 
R)  RESTiTVT  ORBis.  L'Empcreur  de- 
bout à  gauche,  tenant  un  scep- 
tre, reçoit  d'une  divinité  une 
couronne,  q;  ex  :  xxi.  Tanger. 

PROBUS  (276-282). 

I  PB        D)  IMP.C.M.AVR.PROBVS.P.F.AVG.,    SOn 

buste  radié  à  gauche  avec  le 
manteau    impérial  tenant  un 
sceptre  surmonté  d'un  aigle. 
R)  PAX  AVGvsTi.   La  Paix   debout  à 

gauche;  à  l'exergue  xxiv.  Lixus  (Larache). 

DIOCLÉTIBN  (284-305). 

1  PB      D)  JMP   DiocLETiANvs. . .    son   bustc 

lauré  à  droite. 
R)  lovi   coNSERVATORi.    L'Empereur 
debout  tenant  une  victoire  à 
gauche  ;  à  ses  pieds  un  aigle.  Aïn  El  Hammam. 

2  PB        D)  IMP.C.C.VAL.DIOCLETIANVSP.F.AVG. 

Son  buste  radié  et  drapé  à  dr. 
R) truste.  Tanger,  la  plage. 

3  PB        D)  IMP.C.DIOCLETIANVS  P.F.  AVG.  SoU 

buste  drapé  et  radié  à  droite. 
R)  VOTXXCK.  dans  une  couronne.       Grenade. 

CONSTANCE  CHLORE  (292-306). 

I  PB        D)  PL.  VAL   CONSTANTIVS     NOB     CAES. 

Son  buste  lauré  à  droite  avec 
le  paludamenium. 


APPENDICE   II  427 

d'ordre.     Métal.  Description.  Provenance. 


R)  C.  Chlore  debout  à  gau- 

che, reçoit  une  victoire  de 
Jupiter  (?)  en  armes;  entre 
eux  un  autel  ?  Tanger. 

THÉODORÂ,  2<'  femme  de  Constance  Chlore. 

PB        D)  FL.MAX      THEODORAE      AVG.       Son 

buste  iauré  à  droite. 
R)  piETAs  ROMANA.  La  Piété  debout 

à  gauche,  exergue:  r*e  (Rome).  Tanger. 

PB  Même  pièce  exergue...     Tanger. 

GALÈRE  MÂXIMIEN  (292-311). 

PB        D)  MAXIMIANVS   NOB.CAES.   SOH    buStC 

radié  et  drapé  à  droite. 
R)  voT  XX  dans  une  couronne  de 

lauriers.  Tanger,  la  plage. 

SÉVÈRE  II  (305-307). 

MB     D)  iMP.c.SEVERvs p. F.. .son buste  Iau- 
ré et  drapé  à  droite. 

R)  VIRTVS.AVGG.ET.CAESS.NN.      L'Em- 

pereur  à  cheval  au  galop  à 
droite  terrassant  deux  enne- 
mis à  genoux,  ex:  R.T(Rome).  Tanger. 

LICINIUS  Père  (307-323) 

PB        D)  IMP.C.VAL.LICIN.LICINIVS     PF     AVG. 

Son  buste  casqué  et  cuirassé 
à  gauche. 
R)  lovi  coNSERVATORi.  Jupiter  de- 
bout regardant  à  droite  tenant 
un  sceptre  et  une  victoire,  à 
ses  pieds  devant  un  aigle,  der- 
rière un  captif,  dans  le  champ  : 
t;  à  l'exergue  :  smna  (Syr- 
mium).  Tanger. 


428  TANGER   ET   SA  ZONE 

d'ordre.   Métal.  Description.  Provenance. 


PB  D)  Liamvs  pf  avg.  Son  buste  cas- 
qué et  cuirassé  à  droite. 
R)  VICTORIA Deux  Vic- 
toires debout  tenant  un  bou- 
clier sur  lequel  est  écrit  :  vot 
XX  exergue...  Tanger. 

PB      D)  iMP  LiciNivs  p. F. AVG.   Son   buste 
lauré  et  drapé  à  droite. 
R) personnage    de- 
bout. Tanger. 

PB  D)  iMp  LICINIVS  AVG.  Son  busle  cas- 
qué et  drapé  à  gauche  avec  le 
sceptre. 

R)  JOVI    CONSERVATOAI   AVGG.    JupitCr 

nu    debout   à  gauche    tenant 

une  Victoire    et   un  sceptre  : 

devant  lui  à  ses  pieds  un., . 

Dans  le  champ  :  t;  exergue  : 

SMN  (Syrmium).  Tanger. 

CONSTANTIN  I -^  le  Grand  (306-337). 

PB        D)  IMP.  CONSTANTINVS  MAX  AVG,  buSte 

casqué  ceint  de  iauriers  et  cui- 
rassé à  droite. 

R)  VICTORIAE      LAETAE     PRINC      PERP. 

Deux  Victoires  soutenant  un 
bouclier  au-dessus  d'un  au- 
tel. Sur  le  boucJier  :  vot. pp. 
Sur  l'autel  :  c,  exergue  :  t.        Tanger. 

PB     D)  CONSTANTINVS    AVG.    Sou    buste 
lauré  et  drapé  à  gauche. 
R)  PRoviDENTiAE  AVG.  Porte  de  camp, 
au-dessus  étoile  ;  ex  :  sis,  frap- 
pée à  Syzique.  Charf  el  Aqab. 

PB        D)  IMP  CONSTANTINVS  AVG.  Son  bUStC 

lauré  et  cuirassé  à  droite. 


APPENDICE  ir  429 

d'ordre.    Métal.  Descriptioa.  Protvenatrce. 


R)soLi  iNYicTo  coMiTi.  Le  Soleil 
debout  regardant  à  gauche. 
Dans  le  champ  :  m.s;  exergue  : 
p.L.c  ^Lyon).  Tanger. 

4  PB        D)  TMP  CONSTANTINVS    P. F.  AVG.    Son 

buste  diadème  et  drapé  à  dr. 
R)  Le    même,    le    soleil    tient    un 
•   giobe  :  dans  le  champ  à  gau- 
che :  T,  à  droite  r  ;  exergue  : 
ARE  (Arles).  

5  PB      D)  Le  même. 

R)        —         Dans    le    champ    c  ; 

exergue  :  g.  — 

6  PB     D)  CONSTANTINVS  MAX  AVG.  Son  buste 

diadème  et  drapé  à  droite. 
R)  GLORIA  EXERCiTVS.   Dcux  soldats 
debout,  entre    eux   deux    en- 
seignes. — 

y  PB         D)  IMP    CONSTANTINVS   MAX    AVG.  SOH 

buste  diadème  et   cuirassé  à 
droite. 
R)  Le  même,   une  seule  enseigne  : 

exergue:  coNs(Constantinopre).        — 

8  PB        D)  LMP.    CONSTANTINVS    P. F.    AVG.    Sa 

tête  diadémèe  à  droite. 
R)  Le  même,  exergue Tanger,  la  plage. 

9  PB      D)  Même  légende,  son  buste  lauré 

à  droite. 
R)  Celui  du  n°  3  ;   dans  le  champ  j 

F  ;  exergue  :  — 

10  PB      D)  Le  même,  buste  lauré  et  drapé  à 

droite. 
R)  Le    même,    dans    le    champ    : 

es  exergue  :  tars  (Arles).  Tanger. 

11  PB      D)  Même  légende,  son  buste  casqué 

et  cuirassé  à  droite. 


43o  TANGER    ET   SA   ZONE 


N- 
d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


R)  Celui    du   n"   3;    exergue   :    ae 

(Alexandrie).  Grenade. 

12  PB      D)  Légende  du  n"  2,  son  buste  dra- 

pé et  diadème  à  droite. 
R)  Celui  du  n°  2,   dans  le  champ  : 
tf;   ex   :    pconst   (Constanti- 
nople).  Grenade. 

i3  PB     D)  Légende  du  n°8,  son  buste  lauré 

et  drapé  à  droite. 
R)  Celui  du  n°  3,  dans  le  champ  : 

f;  ex  :  rd  (Rome).  Tanger. 

CONSTANTIN  V^  (Monnaies  de  consécration). 

t  PB      D)  Dv.  coNsrANTiNvs  p. F   AVGG.   Sa 

tête  voilée  à  droite. 
R)  ivsTVEN  MEM.  L'équité  debout  à 

droite;  ex.  :  smkf  (Carthage  ?)  Tanger. 

CONSTANTIN  l"  (Monnaies  à  Teffigie  de  Constantinople  ). 

I  PB     D)  coNSTANTiNOPOLis.  Buste  de  Cons- 

tantinople à  gauche  avec  le 
casque  lauré,  le  manteau  im- 
périal, tenant  le  sceptre. 
R)  Sans  légende.  Victoire  passant  à 
gauche  sur  une  proue  tenant 
une    lance    et    un    bouclier  ; 


ex  :  A... 

1  anger. 

2 

PB 

Le  même. 

— 

3 

PB 

— 

— 

4 

PB 

-—         ex  :  p.  cons 

— 

5 

PB 

—        ex|:  R.A.  Rome 

—       la  plage, 

é 

PB 

—       ex  :  TRP. 

Grenade. 

APPENDICE    II  43  I 

N- 
d'ordre-    Métal.  Description.  Provenance. 


CONSTANTIN  P"-  (Monnaies  à  l'effigie  de  RomeV 

PB  D)  VRBSROMA.  Buste  casqué  de  Rome 
à  gauche  avec  une  aigrette  et 
le  manteau  impérial.  ' 

R)  La  Louve  allaitant  Romulus  et 

Rémus.  Tanger,  la  plage. 

PB      D)  Le  même. 

B.)        —        ex  :  PRC.  (Rome).         Tanger. 

CRISPVS,  fils  de  Constantin  V'  (317-326;. 

PB  D)  CRISPVS  NOB.cAES.  Buste  diadème 
et  cuirassé  à  droite. 

R)  DOMINOR.  NOSTROR.  CAESS.    VOT    X 

dans  une  couronne,  au-des- 
sous croissant  ;  ex  :  t  (Tarra- 
gone).  Tanger,    don    de 

M.  Tourinel. 
PIj     D)  D.N.  CRISPVS  NOB.  CAES.  buste  cas- 
qué et  cuirassé  à  droite. 

R)  BEATA   TRANQVILLITAS.   Autel  SUr- 

monté  d'un  globe,  sur  la  face 
antérieure  :  votis  xx;  ex  :  ..ra 
(Rome  ?)  Tanger. 

PB        D)  FL.    IVL.    CRISPVS  NOB.    CAES.  SOH 

buste  casqué  ?  et  cuirassé  à  g. 
R)  CAESARVM  NOSTRORVM.  Dans  Une 

couronne  vot.v;  ex  :  .  .a,  . .       Tanger,  la  plage. 

DELMÀCE,  neveu  de  Constantin  I«'  (335-337). 

PB  D)  FL.  DELMATivs.  AVG.  Son  buste 
diadème  à  droite. 
R)  GLORIA  EXERCiTvs.  Dcux  soldats 
en  armes,  entre  eux  une  en- 
seigne ;  ex  :  smtsc  (Thessalo- 
nique).  Tanger. 


432 


TANGER   ET   SA   ZONE 


d'ordre.     Métal. 


Description. 


Provenance. 


PB 


PB 


PB 


PB 


PB 


PB 


PB 


CONSTANTIN  II,  le  jeune  (337-340). 

D)  CONSTANTINVSIVN.  N.  C.  Son  buStC 

diadème  à  droite. 

R). GLORIA  EXERCiTvs.  Deux  soldats 
debout,  entre  eux  deux  en- 
seignes ;  ex  :  con  (Constanti- 
nopie).  Tanger. 

D)  Le  même. 

R)        —  une    enseigne;   ex   : 

SMALP.  (Alexandrie).  Tanger,  Sidi  Bou 

Qnadel. 

CONSTANT  I^»-  (330-360). 

D)  FL.  ivL.  GONSTANS...,  bustc  dia- 
dème à  droite  avec  le  paluda- 
mentum. 

R)  GLORIA  EXERCiTvs.  Deux  guerdcrs 
debout,  entre  eux  deux  en- 
seignes ;  ex  :  ra.  Tanger. 

D) constans  avg.  Son  buste 

diadème  à  droite. 

R) Deux  guerriers  de- 
bout, entre  eux  une  enseigne.  Tanger. 

D)  DN.  CONSTANS  P.P.  AVG.  Son  buStC 

diadème  et  drapé  à  gauche. 
R)  FELTEMP  reparatio.  L'EmpcreuT 
allant  à  droite  entraînant  un 
captif,    à    gauche    un    arbre; 
exergue  :  trp  (Trêves  ?)  Tanger. 

D)  Même  légende.  Son  buste  dia- 
dème et  drapé  à  droite. 

R)  Même  légende.   Phénix  sur  un 

bûcher;  ex  ;  pard  (Arles).  Tanger. 

D)  Le  même. 

R)  Même  légende.  L'Empereur  al- 
lant à  gauche  sur  une  proue, 


APPENDICE   II  433 

d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 

tenant  le  labarum  et  une  vic- 
toire, derrière  une  Victoire 
rame  ;  ex  : . . .  Tanger. 

I  PB     D)  D.N.  FL.  coNSTANS  AVG.  Son  buste 

diadème  et  drapé  à  droite. 
R)  Celui  du  n^s^;  ex  :  rtos  (Rome).  T  anger,  la  plage 

CONSTANCE  II  (323-361). 

1  PB      D)  D.N.  coNSTANTivs. . .    Son    busic 

diadème  et  drapé  à  droite, 

R)  FEL.TEMP.   BEPARATIO.  Phénix  pO- 

sé  sur  un  globe  ;  ex  :  smna 
(Sirmium).  Tanger. 

2  PB        D)  D.N.      CONSTANTIVS    P. F.     AVG.,    le 

même. 
R)  Même  légende  ;   Romain  terras- 
sant   un    ennemi    tombé    de 
cheval.  Tanger. 

3  PB        D)  D.    N.    CONSTANTIVS     P. F.    AVG.,     IC 

même. 
R)  Le  même;  ex:s  MK...(Carthage  ?)  Tanger. 

4  PB     D)  Le  même. 

R)         —        ex:  swNL(Nicomédie?)  Tanger. 

5  PB      D)  Le  même. 

R)         —  ex Tanger. 

^  PB        D)  FL.  IVL.  CONSTANTIVS    NOB.C.    SoU 

buste  à  droite  tête  nue. 
R)  Le  même;  ex  :  b.s  (Rome).  Tanger. 

7  BB        D)  DN.      CONSTANTIVS      P.F,AVG.      SoU 

buste  diadème  et  drapé  à  dr. 

R)  FEL.     TEMP.    REPARATIO.     L'Empe- 

reur  debout  à  gauche,  à  ses 

pieds  un  captif.  Lixus  (Larache). 

8  PB      D)  CONSTANTIVS  PF.  AVG.  Son  buste 

diadème  et  drapé  à  droite. 

TILLES    ET   TRIBUS.   —    VII.  2g 


4^4  TANGER   ET  SA   ZONE      . 

N' 
d'ardre.    Mëtal.  Description.  Provenance. 

R)  FEL.TEMP.REPARATio.  L'Empcfeur 
debout  dans  une  barque  allant 
à  gauche,  tenant  le  labarum 
et  une  Victoire,  conduit  par 
une  Victoire  ;  ex  :  r.  . .  Tanger. 

9  PB       D)  FL.IVL.CONSTANTIVS    NOB.C.    BuSte 

lauré  à  gauche  avec  le  palu- 
damentum. 

R)  PROVIDENTIAE       CAKSS.      PortC     dC 

camp,  au-dessus  une  étoile.      Tanger. 

10  PB     D)  Même  légende,  le  même  cuirassé. 

R)  GLORIA  EXERCiTVS.  Dcux  soldats 
debout,  entre  eux  deux  en- 
seignes; ex  :  M...  Tanger,  la  plage. 

11  PB       C))  CONSTANTIVS    PF.  AVG.    Son    bUStC 

lauré  à  droite. 
R) Deux  Victoires  sou- 
tenant un  bouclier  .î*  Tanger,    le    Mar- 

chan. 

12  PB     D)  Celui  du  r.o  ;. 

R;    —    du  no  3  ;  ex  :. . .  Tanger,  la  plage. 

i3    '       PB     D)  Le  même. 

R)  Celui  du  n"  lo,  une  enseigne; 

ex  :  ES...  Tanger. 

14  PB     D)  Celui  du  no  6. 

R)    —    du  n®  10  ;  ex  :  rbt.  Tanger. 

16  PB     D)  Celui  du  no  3. 

R)  —  du  no  3  ;  ex  :  scons  (Cons- 
tantinople). 

HAfiNENCE  (350-353). 

I  PB        D)  D.N.MAGNENTIVS      P.F.     AVG.      San 

buste  tête  nue  à  droite,  drapé, 
derrière  h. 
R)  GLORIA  ROAiANORVM.  Cavalier  ro- 
main  à  droite  terrassant  un 
ennemi  ;  ex  :  . .  Tanger. 


APPENDICE   II  435 

N* 
d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance» 

2  PB     D)  Le  même,  derrière  F. 

R.  VICTORIAE.DD.NN.AVGG     ET    CAESS. 

Deux  Victoires  debout  tenant 
une  couronne  dans  laquelle 
on  lit  :  voT.v.MVLT.x  ;  ex  :  r 
(Rome).  Tanger. 

3  PB     D)  Même  légende,   son  buste   dia- 

dème et  drapé  à  dr. 
R) REiPVB.  L'Empereur  de- 
bout à  gauche  tenant  le  globe 
et   relevant  une   femme  age- 
nouillée ?  Ex  :  . .  Tanger,  la  plage^ 

CONSTANCE   GALLE   (351-354). 

I  PB        D)  D.N.FL.CL.  CONSTANTIVS  NOB.  CAES. 

Son  buste  tête  nue  à  droite  avec 
le  paludamentum. 

R)  FEL.TEMP.REPARATIO.  Romaïu  tCr- 

ras.sant  un  ennemi  ;  ex  :  parl 
(Arles).  Tanger. 

2  PB     D;  dn.constantivs.nob.c.  Son  buste 

diadème  et  drapé  à  droite. 

R)  Même  légende.  L'Empereur  de- 
bout à  gauche  tenant  une  Vic- 
toire et  le  labarum,  derrière  un 
captif  accroupi,  le  tout  sur 
une  proue  ;  ex  :  parl  (Arles)^  Tanger. 

3  PB     D)  D.N.  CONSTANTIVS Nc. . . ,  le  même. 

R)  Même  légende  et  revers  que  le 

n<>  1.  Tanger,    le    Mar- 

chan. 

4  PB     D)  CONSTANTIVS  NOB. CAES.  Son  bustc 

tête  nue,  drapé  à  droite. 
R)  Celui  du  no  I  ;  ex  :  . . .  Tanger,  la  plage. 


436  TANGER   ET  SA  ZONE    . 

d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


JULIEN  II  L'APOSTAT  (355-363). 

PB      D)   D.N.    ivLiANvs.  Son   busie  dia- 
dème à  droite. 

R) L'Empereur  debout 

à  gauche  tenant  le  globe  et  le 

sceptre  ;  ex  :  bsis  (Siscia).  Lixus  (Larache). 

PB     D)  DN.CL.ivLiANvs.  Son  buste  diadè- 
me à  droite. 
R)  FEL.TEMP.REPABATio.  Romain  ter- 
rassant un   ennemi  tombé  de 
cheval  ;  ex  :  Tanger. 

PB        D)  D.N.IVLIANVS  NOB.CAES.  Son  bUStC 

tête  nue  à  droite. 
R)  Le  même  ;  ex  :  asis  (Siscia).  Tanger,  la  plage. 

VALENS   (364-378). 

PB        D)  D.N.VALENS.P.F.AVG.      Son     bUStC 

diadème  à  gauche  avec  le  pa- 
ludamentum. 
P)  FEL.TEMP.REPARATio.  Romain  en 
armes  entraînant  un  captif 
vers  la  droite  sous  un  arbre  à 
gauche  ;  ex  :  smna  (Nicomé- 
die).  Tanger. 

PB     D)  Même  légende.   Buste   diadème 
et  drapé  à  droite. 
R)  Le  même.   L'Empereur  passant 

à  droite,  derrière  lui  un  captif.  Lixus  (Larache). 

PB     D)  Le  même,  n°  2. 

R)  GLORIA  ROMANORVM.  L' Empereur 
debout  allant  à  droite  tenant 
le  labarum  et  entraînant  un 
captif.  Dans  le  champ  :  A;  ex  :  Tanger. 


APPENDICE   II  487 

d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 


VALENTINIEN  I"  (364-375). 

MB       D)  D.N.VALENTINIANVS    P.F.AVG.    Soil 

buste  casqué  et  cuirassé  à  dr. 
R)  GLORIA  ROMANORVM.  Valentiniefi 
passant  à  gauche  sur  une 
proue,  derrière  lui  un  captif. 
Dans  le  champ  à  gauche  une 
couronne  ;  ex  :  con  (Constan- 
tinople).  Tanger,  la  plage. 

MB        D)  D.N.VALENTINIANVS    P.F.AVG.     Son 

buste  diadème  et  drapé  à  dr. 
R)  GLORIA  ROMANORVM.  L'Empercur 
debout  à  droite  tenant  le  globe 
et  le  labarum,  — 

MP     D)  Le  môme. 

R)  GLORIA  ROMANORVM.  L'Emp«reur 
allant  à  droite  tenant  le  laba- 
rum et  traînant  un  captif. 
Champ  :  rop  (Rome).  — 

6RATIEN  (367-383). 

MP  D)  D.N.GRATiANvs. P.F.AVG.  Son  buste 
diadème  et  drapé  à  droite. 
R)  REPARATio  REiPVB.  Gratien  debout 
tenant  une  Victoire  et  relevant 
une  femme  agenouillée  ;  ex  : 
p.coN.(Constantinople).  — 

MP    D)  Le  même. 


MP 
MP 


R)        —        Ex  :  CON 
nople). 

D)  Le  même. 

R)         —         Ex  : 

(Constanti- 

Charf  el  Aqab 
Aïn  Tarfania. 

D)  Le  même. 

R)        —         Ex  :  SM. 

Tanger,  la  plage 

438  TANGER  ET   SA  ZONE 

d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 

5  MP     D)  Le  même. 

R)         —         Ex  :  s.  Tanger,  la  plage. 

6  MP     D)  Le  même. 

R)         —         Ex  :  SM.TES  (Thessa- 

lonique).  — 

7  MP     D)  Le  même. 

R)        —  Ex  :    SMAE  (Alexan- 

drie). Tanger. 

6  MP     D)  Le  même. 

R)        —         Ex  :  ANTÂ  (Anlioche).  Tanger. 

9  MP     D)  Le  même. 

R)         —         Ex  :  SMFT  (Rome).       Tanger. 

VALENTINIEN  II  (375-392). 

I  MB        D)  D.N.  VALENTINIANVS    IVN.P.F.    AVG. 

Son  buste  diadème  et  drapé  à 
droite. 
R)  RÉTPARATio  REiPVB.  L'Empcrcur 
debout  à  gauche  tenant  une 
victoire  et  relevant  une  femme 
agenouiU^e;  ex  :  ksisc  (Siscia).  Tanger. 

2  MB     D)  Le  même. 

R)  REPARAT. REIPVB.  Lc  même.  Ex  :  p.  Tanger, 

'3  MB     D)  Le  même. 

R)  Celui  du  n»  I  ;  ex  : 

THÉODOSE  (379-395). 

I  MB        D)  D.N.THÉODOSIVS        P. F. AVG.        Son 

buste  dîadénié  et  drapé  à  dr. 
R)  GLORIA  ROMANORVM.  L'Empcfeur 
debout    à    droite    tenant    un 
globe  et  le  labarum  ;  ex  :  smnb 
(Nicomédie).  Tanger. 

2  MB     D)  Le  même. 

R)        —        Ex  :  A,NTi.  (Antioche).  Tanger,  la  plage. 


APPENDICE  II  , 

4H 

d'ordre. 

Méul. 

Description. 

Provenance, 

3 

MB 

D)  Le  même. 

R)        -         Ex  :  ., 

Tanger. 

4 

MB 

D)  Le  même. 

R)         —         Ex  :  . .      . 

Tanger. 

5 

MB 

D)  Le  même. 

R;  RESTiTVTOR.REiPVB.  L'EmpcrcuF 
rdevant  Tîne  femme  agenouil- 
lée ;  ex  :  ant,  (Antioche).  Tanger. 

6  MB     D)  Le  même. 

R)  REPARATio  REiPVB.  Lc  même  ;  ex  : 

SMAQ  (Aqtiilée).  Tanger,  la  plage. 

7  MB     D)  Le  même. 

R)  Celui  du  n«  i  dans  le  champ  : 
étoile  à  six  pointes  ;  ex  :  smn 
(Nicomédie).  Tanger,  la  plage. 

HONORIOS,  Empereur  d'Occident  (393-423); 

1  MB     D)  D.N.  HONOftius  p.F.AVG.  Sonbuste  . 

diadépié  et  drapé  à  droite. 
R)  GLORIA  ROMANORVM.  L'Empereur 
debout  à  gauche  regardant  à 
droite  tenant  le  labarum  et 
une  Victoire  ;  ex  :  s.m.n.a.  (Ni- 
comédie). Tanger. 

2  MB     D)  Le  même. 

R)         —         Ex:  ant   (Antioche).  Tanger,  la  plage. 

3  MB    D)  Le  même. 

R)         —         Ex  : Tanger,  la  plage, 

4  MB     D)  Le  même. 

R)        —         Ex  :  SMTS  (Thessalo- 

nique).  .  Tai^gcr. 

CONSTANCE  m  (421), 

I  PB       D)  DN.CONSTANTIVS     IVN     NOBC    Son 

buste  tête  mie  à  droite. 


4|0  TANGER  ET   SA   ZONE 

d'ordre.    Métal.  Description.  Provenance. 

R)  FEL.TEMP.REPARATio.  Guerrier  ro- 
main terrassant  un  ennemi 
tombé  de  cheval  ;  ex  :  asis 
(Siscia).  Tanger,  la  plage. 


3»  MONNAIES  BYZANTINES 

ARCADIUS,  Emperear  d'Orient,  fils  de  Théodoie  (395-408). 

PB  D)  D.N.  ARCADivs  p.F.AVG.  Son  buste 
diadème  et  drapé  à  droite. 
R)  GLORIA  ROMANORVM.  Arcadius  de- 
bout regardant  à  droite  et  te- 
nant un  globe  et  le  labarum  ; 
ex  :  AN  (Antioche).  Tanger. 

PB     D)  D.N.  ARCADIVS. . .  Son  buste  dia- 
dème à  droite. 
R)  Croix  sur  le  sol  ;  ex  : 

s.M.N.A.  (Nicomédic).  Lixus  (Larache). 

PB     D)  Le  même,  n»  i . 

R)  SALvs  REiPvpLicAE.  Victoirc  pas- 
sant à  gauche  entraînant  un 
captif,  dans  le  champ  ;  ex  : 
AQB  (Aquilée).  — 

PB     D)  Le  même. 

R)  Celui  du  no  I  ;  ex  :  antb  (An- 
tioche). Tanger. 

ANASTASE  I»%  Emperear  d'Orient  (491-518). 

GB  D)  D.N  ANASTASIVS.P.F.AVG.  Son  buste 
diadème  et  drapé  à  droite. 
R)  Un  grand  M  occupant  tout  le 
champ  ;  au-dessus  :  croix  ; 
à  droite  étoile,  dans  le  champ: 
B  ;  ex  :  con  (Constantinopie).     Tanger. 


APPENDICE    II  441 

N- 
d'ordre.    Métal.  Description,  Provenance. 

2  MB    D)  Le  même. 

R)  Un  grand  M  occupant  tout  le 
champ  ;  au-dessus  :  croix  ; 
ex  :  coN  (Constantinopie).        Tanger. 

JUSTINIEN  I«'  (527-566),  Emperear  d'Orient. 

I  MB       D)  D.NIVSTINIANVSP.F.AVG.SonbUSte 

de  face,  diadème,  tenant  une 
croix  levée  de  la  main  droite. 
Dans  le  champ  à  dr.  une  croix. 
R)  Un  grand  R  occupant  tout  le 
champ.  Dans  le  champ  :  anno 
III  N  I.  En  haut  monogramme 
du  Christ.  Tanger. 


APPENDICE  III 

Flore  locale. 

[O    PLANTES    INDIGÈNES  OU    SE    REPRODUISANT 
NATURELLEMENT  DE  FAÇON  CONSTANTE  (i) 


Plantes 
industrielles. 


Ricinus  communis. 
Origanum  compactum. 
Ulex  megalorites. 
Chamoerops  humilis. 
Arundo  donax. 
Mentha  rotundifolia. 
—      pulegium. 


Lavandula  Stœchas. 
Myrtus  communis. 
Rosmarinus  officinalis. 
Datura  stramonium. 
Agaves  divers. 
Pelargonium  capitatum, 
Acacia  Farnesiana. 


Salix  pedicellata. 

—    cinerea. 
Quercus  Mirbeckii. 
Arbres.      {       —       suber. 

—  ilex. 

—  coccifera. 
Populus  alba. 


Laurus  nobilis. 
Viburnum  tinus. 
Phœnix  dactylifera. 
—      canariensis. 
Melia  azedarack. 
Nerium  oleander. 


Arbustes. 


Rhamnus  alaternus. 
Lonicera  divers. 
Myoporum  divers. 
Sorbus  domestica. 
Erica  arborea, 
—    australis. 


Cistus  landaniferus. 

—  crispus. 

—  salvifoiius. 
Helianthenum  divers. 
Pistacia  lentiscus. 
Cenisia  triacanthos. 


(i)  D'après  M.  Goffabt. 


APPENDICE   m 


443 


Âcanthus  mollis. 
Gladiolus  bysaniinus. 

—       segetum. 
Linarie  tingitana. 
Smilax  mauritanica. 
Clematis  flammula. 
Plantes      j       —       cirrhosa. 
ornementales  A  Iris  Tingitana. 

j  Sempervivum  atlanticum. 
Cyperus  divers. 
Vitex  aynus  castus. 
Mesembrianthenum 

divers. 
Asparagus  aphyilus. 


Rétama  monosperma. 
Richardia  œtioptica. 
Chamœrops  humilis. 
Iberis  gibraitarica. 
Narcissus. 

Amarillis  belladona. 
Canna  indica. 
Davallia  canariensis. 
Osmunda  regalis. 
Asplenium  palmatum. 
Selaginelle  denticulata. 
Pelargonium  zonale. 
Ruscus  hypophyllus. 


Arbres 
Jruitiers, 


Olea  europea. 
Ficus  carica. 
Vitis  vinifera. 
Punica  granatum. 
Pyrces  divers. 
Prunus  divers. 
Amygdalus  communis 


Musa  divers. 
Eribotrya  japonica. 
Arbustus  uneda. 
Ziziphus  vulgaris. 
Caratonia  siiiqua. 
Cydonia  divers. 
Armeniaca  vulgaris. 


2°   PLANTES  EXOTIQUES 
MAIS  S'ADAPTANT  PARFAITEMENT  AU  CLIMAT  (i) 


Arbres. 


Acacias  divers. 
Gleditschia  triacanthos. 
Grevillea  robusta. 
Ficus  divers. 
Bambusa  divers. 
Machuerium  tipa. 
Platanus  divers. 
Pinus  divers. 
Dracœna  draco. 
Eucalyptus  divers. 


Cedrus  divers. 
Cypris  divers. 
Thuia  divers. 
Phytolacca  dioica. 
Schinus  molle. 

—  therebentinus. 
Araucaria  excelsa. 

—  Bidvillii. 
Casuarina  divers. 
Spondias  dulcis. 


(i)  D'après  M.  Goffart. 


TANGER   ET   SA  ZONE 


Abcria  cafFra. 

Eugenia  mitchelii. 

1 

Arbres 
fruitiers.     ^ 

:  Passiflora  edulis. 

Horenia  dulcis. 

Feijoa  selloviana. 

Diospyros  divers. 

'  Citrus  divers. 

Aragary. 

1 

Anona  cherimolia. 

Persea  gratissima. 

Grevillea  divers. 

Echiums. 

Rosa  divers. 

Erythrina  divers. 

Sollaya  lieterophiiia. 

Abutilons  divers. 

Lagerstrcmia  divers. 

Kennedya  divers. 

Hekea  divers. 

Hibiscus  rosa  chinensis. 

Arbustes.     { 

Plumeria  rubra. 

Laxsciandra  macrantha. 

Plombago  capense. 

Pavonia  hastata. 

Bignonia  capensis. 

Parkinsonia  acuelata. 

Lantana  divers. 

Poinsetiia. 

Bougainviliea  divers. 

Wigandia  divers. 

Palmiers  divers. 
^  Yuccas  divers. 

Cinnamomum     campho- 

reum. 

Cyperus  papyrus. 

Senecio  curentus. 

Phyllodendrons  divers. 

Fresia. 

i  Strelizia  augusta. 

Slatice  arborea. 

Musas  divers. 

—     imbricata. 

Plantes 

/  Cysas. 

—     brassicœflia. 

ornementales. 

Cyclamen. 

—     divers. 

Ixia. 

Lopezia  miniata. 

Sparaxis. 

Muhlenbeckia  divers. 

Colocasia  csculenta. 

APPENDICE    IV 

Texte  de  la.  Qacida 
DE  LA  Chambre  d'honneur  du  palais  du  Sultan  (i). 


(i)  Cette  qacida  est  écrite  dans  le  mètre  dit  :  Bahr  el-OuaJir  «  Mon/aala^ 
toun  —  Monfaalatoun  —  Faaloun,  » 


JVï>ji\3U(ôà\^^\9 


Traduction  de  la  Qacida  formant  la  frise  éwgraphique 
DE  LA  Chambre  d'honneur  du  Palais  du  Sultan  (i). 


Accourez  dans  la  paix  et  dans  le  bien  pour  la  satisfaction  du  Maître 
du  Salut  (2). 

Que  Dieu  soit  loué  et  glorifié;  il  est  mon  aide  et  ma  protection. 

Il  répand  partout  sa  grâce  et  sa  générosité  et  il  répartit  la  bonne  et 
la  mauvaise  fortune, 

En  distribuant  comme  il  lui  plaît  ses  bienfaits  sur  les  hommes  et  sur 
les  choses. 

Il  comble  de  ses  dons  et  accorde  des  bienfaits  par  sa  grande  géné- 
rosité. 

C'est  lui  qui  a  produit  ma  remarquable  beauté  et  qui  a  enlevé  le 
voile  de  mon  visage  radieux. 

Il  m'a  revêtu  d'un  splendide  vêtement  taillé  dans  des  broderies  de 
l'Yémen  et  de  la  Syrie. 

J'ai  laissé  tomber  sa  traîne  et  j'ai  aspergé  ses  manches  du  parfum 
d'une  gratitude  éternelle. 

Il  m'a  orné  de  perles  dont  les  plus  précieuses  forment  ma  cein- 
ture (3). 


(i)  Cette  poésie  est  écrite  sur  des  carreaux  de  faïence  d'environ  12  cen- 
timètres carrés,  en  caractères  noirs  sur  fond  blanc.  Plusieurs  de  ces  car- 
reaux ont  été  brisés  ;  lors  de  la  restauration  hâtive  du  palais  pour  y  recevoir 
Moulay  El-Hasan  en  1889,  ils  ont  été  remplacés  au  hasard  par  des  carreaux 
provenant  sans  doute  d'une  autre  inscription  ;  quelques-uns  même  ont  de 
simples  ornements  au  lieu  de  lettres  :  il  en  résulte  que  certains  passages  de 
la  Qacida  sont  absolument  incompréhensibles.  Ces  interruptions  dans  le 
texte  rendent  de  plus  le  sens  général  assez  obscur. 

(2)  C'est  le  palais  qui  parle. 

(3)  Allusion  à  ia  Qacida  elle-même,  qui  entoure  la  chambre  comme  une 
ceinture. 


448  TANGER   ET   SA   ZONE 

Ce  sont  les  perles  magnifiques  de  la  poésie  et  je  resplendis  de  la 
beauté  de  leur  forme  et  de  leur  harmonie. 

A  la  plume  craintive  comme  au  sabre  tranchant  il  appartient  de 
faire  revivre  aux  yeux  de  tous  les  vestiges  du  passé. 

Ma  gloire  est  haute  dans  la  constellation  de  la  gloire  et  ma  grandeur 
est  élevée  dans  le  firmament  de  la  grandeur. 

Je  suis  la  maison  de  la  générosité  et  de  la  bienfaisance  ;  je  suis  la 
maison  de  l'accueil  et  de  l'hospitalité. 

Je  suis  pour  les  tentes  de  l'Islam  une  forteresse  solide  qui  les  groupe 
et  qui  les  protège. 

Je  me  suis  élevée  et  je  suis  arrivée  par  la  noblesse  et  par  la  gloire  à 
être  rétoile  qui  est  le  pôle  des  braves. 

Lorsqu'elle  brille  dans  les  yeux  du  lion(i)  parmi  les  étoiles,  le  rang 
de  l'Emir  bien  dirigé  s'élève... 

//  manque  ici  plusieurs  vers. 

Les  monuments  de  sa  grandeur  sont  durables  ;  son  nom  est  le  pre- 
mier parmi  les  noms  glorieux. 

Je  suis  soumise  à  ses  ordres  et  je  me  conforme  à  sa  volonté  et  à  ses 
désirs. 

Si  vous  voulez  savoir  mon  âge  et  la  date  de  ma  naissance,  sachez 
que  mon  étoile  coïncide  à  une  époque  heureuse,  bénie. 

Elle  a  atteint  le  point  culminant  du  bonheur  et  j'obtiens  tout  ce  que 
je  désire. 

Il  me  suffit  que  mon  Maître  soit  satisfait  et  tourne  vers  moi  son 
regard  ;  c'est  le  bonheur  ou  la  lumière  dans  l'obscurité. 

Par  lui,  la  fortune  apparaît  plus  heureuse  et  s'épanouit  dans  la  joie. 

...  Vous  trouverez  la  vérité  dans  les  paroles  de  Houdam  (2). 

//  manque  ici  quatre  vers. 

Il  a  mis  à  mon  service  des  esclaves  debout,  pour  répandre  la  louange; 
ce  sont  des  colonnes  de  marbre  (3). 

Dès  l'entrée  on  est  réjoui  par  leur  forme  élancée  et  par  leur  belle 
ordonnance. 


(1)  Taraf  :  ce  sont  deux  étoiles  de  la  constellation  du  Lion,  dites:  «  Les 
yeux  du  lion  ».  Les  Mansions  lunaires  des  Arabes  de  Mohammed  El-Maq- 
QARi.  Trad.  Motylinski,  p.  23.  Alger,  1899. 

(2)  Ce  deuxième  hémistiche  est  de  Ouasim  ben  Tariq.  Houdam  était  fille 
d'El-Abiq  ben  Aslam  ben  Idekar  ben  Anza.  Tad;  El-Arous,  vol.  VIII, 
p.  228. 

(3)  Allusion  aux  colonnes  de  la  cour  intérieure  du  palais. 


APPENDICE   IV  449 

Que  l'on  ne  parle  plus  de  Khaouarnaq,  de  Sadir(i),  ni  d'autres  du 
même  genre. 

Sa  beauté  est  telle  que  l'imagination  est  incapable  de  se  la  figurer, 
même  en  songe. 

Combien  l'Islam  possède-t-il  de  monuments  qui  glorifient  Dieu  pour 
l'éternité. 

L'effort  du  temps  et  les  circonstances  heureuses  n'ont  pas  obtenu 
une  œuvre  plus  complète. 

Les  jours  ne  cessent  de  se  réjouir  de  ses  belles  proportions  et  de  sa 
jeune  beauté. 

Puisse  durer  son  existence,  c'est  la  félicité,  la  vie  heureuse  et  la 
bonne  voie. 

Que  l'Emir  soit  conservé  dans  cette  maison  par  la  grâce  du  Dieu  de 
la  Mecque  et  des  Territoires  Sacrés. 

Qu'il  soit  toujours  entouré  par  le  Miséricordieux,  des  bienfaits  de  la 
bénédiction  et  du  Salut. 


(i)  Khaouarnaq  et  Sadir,  deux  célèbres  palais  dont  les  merveilles  ont  été 
célébrées  souvent  par  les  poètes  arabes.  Tous  les  deux  ont  été  construits 
par  Noman  le  Grand,  fils  d'Imroul-Qais  El-Lakhmi,  dit  le  borgne.  Khaouarnaq 
se  trouvait  dans  l'Hira.  Noman  l'avait  fait  construire  par  un  architecte  étran- 
ger, nommé  Sinimmar  :  il  fit  ensuite  précipiter  l'architecte  du  haut  des 
murailles. 

Sadir,  d'après  le  Mouhit  el-Mouhit,  a  été  construit  également  par  Noman, 
dans  l'Iraq.  D'après  Yaqout,  t.  III,  p.  53,  Noman  l'aurait  enlevé  à  un  roi  de 
l'Adjam. 


VILLES   ET  TRIBUS.  —  VII. 


APPENDICE   V 

Le  tombeau  de  la  fille  du  pacha  Ahmed  ben  Ali 


On  vient  de  découvrir  tout  récemment  à  Ceuta  une  pierre  tombale 
qui  rappelle  le  long  séjour  du  pacha  Ahmed  ben  AU  au  siège  dé  cette 
.Vi)Ie.  '  .\    ,'       '  .    ,   /,  .',■■•'  \  "    /  '■■     ■     .    /  '['■  ''  '  ' 

'. ,'  La  photographie  publiée,  ci-contre  provient  de  robligeariçede'MvC^s- 
tells,  chef  de  service;  à  l'administration  du  chemin  de -fer 4e. Tanger, 
à  Fès,  qui  l'a  rapportée  de  Ceuta.  "     • 

Cette  tombe  e.st  ^en  marbre  blanc  et  mesure  i  m.  55  de  long  sur 
1 8- centimètres  et  demi  de  large  ;  elle  est  de  forme  prismatique  avec  une 
inscription  qui  commence  sur  une  des  faces  et  se  termine  sur  l'autre  : 
«  les  prismes  allongés,  en  nnarbre,  dit  M.  Alfred  Bel  dans  sa  savante 
étude  des  Inscriptions  arabes  de  Fës,  servaient  jadis  à  orner  les  tombes 
des  grands  et  des  princes,  aussi  bîeri  au  Maroc  sous  les  Mèrinides,  qu'à 
Tlemcen  sous  les  Abdelwàdites:  Aujourd'hui  l'usage  s'en  est. perdu 
au5si  bien  à  Tlemcen  qu'à  Fès.  Mais  des  prismes  de  marbre  de  ce 
genre  subsistent  encore  au  Maroc  sur  des  tombes...  (i)».  On  peut 
citer  entre  autres  les  .tombeaux  du  Mérinide  Aboû'l-Hasan  Ali  et  de  sa 
femme  à  Chella(2)  et  ceu^c  des  Saadîens  à  Marrakech. 
.Là  forme  même  du  tombeau  trouvé  à  Ceuta  implique  donc  que  c'est 
celui  d'une  personne  d'un  rang  élevé. 

,  D'après  l'inscription  dont  on  trouvera  plus  loin  le  texte  et  la  traduc- 
tion, il  s'agit  d'une  fille  du  pacha  Ahmed  ben  Ali. 


,'  (i),  Inscriptions  arabes  de  Fès,  pa.r  M.  Alfued  Bel.  Extrait  du  /oMrna/ 
d«ïà//^ùe,,  1917-1919..  Paris,  Imprimerie  Nationale,  MDCCCCXIX,  p.  14.   ' 

(2)  Cf.    Villes  et  Tribus  du  Maroc,  vol.  III  ;  Rabat  et  sa  région,  t.    I, 
pp.  44-48. 


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APPENDICE   V  45  I 

Texte. 
Traduction. 


J'ai  recours  en  Dieu  contre  Satan  le  lapidable.  Au  nom  de  Dieu 
Clément  et  Miséricordieux.  Que  Dieu  répande  ses  bénédictions  sur 
Mohammed  et  sur  sa  famille  et  qu'il  leur  accorde  le  Salut.  O  hommes. 
Les  promesses  de  Dieu  sont  véritables  ;  que  la  vie  de  ce  monde  ne  vous 
éblouisse  pas. 

Que  la  vanité  ne  vous  aveugle  pas  sur  Dieu(i).  Haoua,  fille  d'Ah- 
med ben  Ali,  est  morte  le  27  djoumada  II-iio(2);  que  Dieu  lui  fasse 
miséricorde  et  fasse  miséricorde  à  qui  l'implorera  pour  elle. 

D'après  VIstiqça,  c'est  en  1102  (J.-C.  1691)  que  le  pacha  Ali  ben 
Abdallah  commença  le  siège  de  Ceuta.  De  son  vivant,  son  fils  Ahmed 
ben  Ali  fit  construire  près  de  la  ville  une  mosquée  et  une  maison  où  il 
s'installa;  il  continua  le  siège  de  Ceuta  jusqu'à  la  mort  de  Moulay 
Ismaïl  en  1727. 

(i)  Qoran,  sourate  35,  les  Anges  ou  le  Créateur,  verset  5  ;  trad.  Kasi- 
mirski,  p.  352. 

(2)  On  remarquera  que  la  date  de  l'inscription  dit  :  A^U    î  Jt>g-     cent  dix. 


Il  faut  évidemment  sous-entendre  v— JI3,  et  mille,  et  lire  11 10.  La  forme  de 

la  pierre  tombale  et  les  caractères  de  l'inscription  suffisent  à  prouver  qu'il 
ne  peut  pas  s'agir  d'une  tombe  datant  de  l'an  iio  de  l'Hégire  (J.-C.  728). 


APPENDICE   VI 


BIBLIOGRAPHIE 


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APPENDICE   VI  453 

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TABLE   DES  MATIERES 


Pages. 

Avant-propos 1 

Le  Pays i 

Situation 3 

Limites 3 

La  côte 4 

L'intérieur  ;  le  relief 6 

Hydrographie 7 

Structure 9 

Le  sol 14 

Le  sous-sol i5 

Le  climat i5 

Végétation i8 

Faune  (faune  terrestre  ;  faune  marine) 19 

Historique 23 

De  la  Préhistoire  a  l'Islam 25 

Archéologie  préhistorique 25 

Légendes 27 

Les  premiers  habitants 3o 

Les  Phéniciens 32 

Les  Carthaginois 34 

Les  rois   indigènes  ;   Bokkar,  Bokkus  I",  Bogud  I^',  Bogud  II, 

Bokkus  III 35 

L'occupation  romaine:  Tanger,  cité  romaine  ;  les  voies  romaines, 

les  vestiges  de  l'époque  romaine 37 

Les  Vandales 44 

Les  Byzantins 45 

Les  Wisigoths 45 

Apparition  de  l'Islam 46 


456  TANGER    ET    SA   ZONE 

Pages. 

•  L'Occupation  musulmane  (707-1470) 48 

L'islamisation 48 

Réaction  berbère  ;  Meïsara 49 

Sous  les  Idrisites 5i 

Les  Hammoudites •     .  52 

Les  Almoravides  (i  077-1 148) 54 

Les  Almohades  (i  148-1273) 54 

Sous  les  Mérinides  :  Ibn  El-'Amîr  El-Hamdâni  ;  prise  de  Tanger 

par  les  Mérinides;  révolutions  au  Maroc 64 

Apparition  des  Portugais  :  désastre  des  Portugais  à  Tanger 
(1437)  ;  nouvelles  tentatives  d'occupation  (1458  et  1464)  ;  occu- 
pation de  la  ville  (1471) 67 

L'Occupation  portugaise  (1471-1661) 60 

De  1471  à  i58i 60 

Réunion  du  Portugal  à  l'Espagne  (i58i) •    •    .  60 

Révolution  à  Tanger:  retour  de  la  ville  aux  Portugais  (1643)     .  61 

Ghaïlân  :  ses  débuts  ;  luttes  contre  les  Portugais 63 

Fin  de  l'occupation  portugaise 67 

La  ville  sous  les  Portugais 68 

L'Occupation  anglaise  (1662-1684) 70 

Débuts  de  l'occupation 70 

Ghaïlân;  siège  de  Tanger;  trêve  avec  Ghaïlân  (1663-1664)  ;  rup- 
ture de  la  trêve  ;  revers  anglais  ;  intrigues  espagnoles  ;  alliance 
de  Ghaïlân  avec  les  Anglais  (1666)  ;  défaite  de  Ghaïlân  par 
Moulay  Er-Rechîd  :  sa  fuite  et  sa  mort  ;  déclin  de  l'influence 

anglaise 71 

Tanger  sous  les  Anglais  :  population  de  la  ville  ;  travaux  de 
fortifications  ;  le  môle  ;  impopularité  croissante  en  Angleterre 

de  l'occupation  de  Tanger 78 

Siège  de  Tanger  par  Moulay  Ismaïl  (1678-1684) 82 

Évacuation  de  la  ville  (1684) 83 

Sous  les  Alaouites  (1684-192 i) 85 

1°  Le  territoire  militaire  de   Tanger  et  ses  chefs  (1684-1778).  85 

Ali  ben  Abdallah  Er-Rifi  (1684-1713) 85 

Ahmed  ben  Ali  (1713-1743)  :  ses  débuts,  perte  de  Tétouan  ;  ré- 
volte contre  Moulay  Abdallah;  puissance  d'Ahmed  ben  Ali: 
il  fait  proclamer  les  rivaux  de  Moulay  Abdallah  ;  guerre  avec 
Moulay  Abdallah  :  défaite  et  mort  d'Ahmed  ben  Ali  ;  confis- 
cation de  ses  biens 87 

Abdelkerim  ben  Ali  ben  Abdallah  (i 743-1748) 92 

Abdeççadaq  ben  Ahmed  ben  Ali  (1748- 1766) 93 

Substitution  des  Abid  aux  Rifains  :  Ech-Chaikh 94 

Fin  des  Abid  (1778) 94 

Reconstitution  du  guich  rifain.     . 94 

2"  De  1778  à  ig2i 96 

Mohammed  ben  Abdelmalek 97 

Ech-Chaikh  El-Bokhari 97 


TABLE    DES   MATIERES  457 

Pages. 

Mohammed  ben  AH  El-Hahi 97 

Mohammed  ben  Abdelmalek  (2«  fois) 98 

Abdelmalek  Mellouk. 98 

Moulay  Moslama  ;  Tahar  Fennich  Es-Slaoui 98 

Ahmed  ben  Abdelmalek 99 

Moulay  Tayyeb  ben  Mohammed  ;  révolte  de  Zeïtân 99 

Abdallah  ben  Abdelmalek 99 

Abderrahman  Ach'ach  Et-Tetaouni 100 

M'hammed  ben  Abdessalam  Es-Slaoui  El-Bokhari  {i8o8-i8i3).    .  100 

Abdessalara  ben  Abdeççadaq  {i8i3-i8i6) 100 

El-Arbi  Es-Sa'ïdi  (18 17-1822) loi 

Ahmed  ben  Abdeççadaq  (1823) 102 

Ou  Mimoun  El-Guérouani 102 

El-Mehdi  Es-Sa'ïdi 102 

El-Hadj  Mohammed  ben  'Abbou io3 

El-Arbi  Es-Sa*ïdi  (2*  fois) io3 

Guerre  franco-marocaine:  bombardement  de  Tanger  {1844)  .     .  io3 

El-Hadj  Mohammed  ben  'Abbou  (2"  fois) 104 

Homman  Es-Sa'ïdi io5 

El-*Abbâs  Amkiched io5 

Ben  Kerroum io5 

EMAbbâs  Amkiched  (2'  fois)  et  son  frère  M'hammed    ....  io5 

Ali  El-Mesfioui io5 

Djilali  ben  Hammou io5 

Abdeççadaq  ben  Ahmed io5 

El-Hadj  Mohammed  ben  Abdeççadaq 106 

Abderrahmam  ben  Mohammed  ben  Abdessalam  ben  Abdeççadaq  107 

Tahar  Et-Tazi 107 

Ciddiq  Bargach 107 

El  Hadj  Abdessalam  ben  Abdeççadaq 107 

Raïsouli 107 

Derniers  Gouverneurs m 

3*  Tanger,  capitale  diplomatique  du  Maroc 112 

Événements  principaux,  traités,  etc 112 

Les  consuls 116 

Le  tribut 119 


TANGER 

La  ville 125 

10  Description  générale 125 

Vue  d'ensemble i25 

Situation i3o 

Les  remparts i32 

Les  portes 134 

Les  bordjs i36 

Les  rues    .    .    .    .    , 141 


458  TANGER   ET    SA   ZONE 

<  • 

Pages. 

Places  et  Souqs 143 

Mosquées 146 

Synagogues 148 

Églises 149 

Temples 149 

La  Medersa i5o 

Écoles  coraniques i5o 

Fours  publics i5i 

Hammams 158 

Seqâïas  et  puits i54 

Cimetières i55 

2°  La  Qaçba i56 

Description  de  la  Qaçba f56 

Donjon  du  pacha  Ali  ben  Abdallah i58 

Le  palais  du  Sultan  :  historique  ;  le  palais  ;  la  mosquée  ;  le  Me- 
chouar  et  le  Bit  el-Mâl  ;  les  prisons  ;  la  maison  des  Oulâd  El- 

Baqqàl  ;  Dar  el-Ma*az  et  les  Guenaoua  ;  le  Riadh 160 

3*  Les  quartiers 181 

Quartiers  intérieurs 181 

Quartiers  extérieurs 186 

Le  peuplement 194 

Les  musulmans 194 

Principales  familles  musulmanes 196 

Oulad  Abdeççadaq. 196 

Oulad  Abdelkhàlaq 196 

Oulad  Ben  Abbou 196 

Oulad  Abaroudi 197 

Oulad  Amkichet 197 

Oulad  Bou  Çouf 197 

Oulad  Ahardan 197 

Oulad  Temsamani 198 

Oulad  Bernât 198 

Oulad  Balga 198 

Oulad  El-Moudouar 198 

Oulad  Es-Sa'ïdi 198 

Oulad  Adjouaou  et  Oulad  Amedjaou 198 

Oulad  Ou  Haroun 199 

Oulad  El-Ghassal 199 

Oulad  Bou  Hosein 199 

Oulad  Bou  Selham    .     .    v 199 

Oulad  El-'Amarthi 199 

Oulad  Zaïdi 199 

Oulad  Bouzian 199 

Oulad  Aharrar 199 

Oulad  Ben  Sellam 200 

Oulad  El-Fellous 200 

Oulad  El-Ftouh 200 

Oulad  xMefarradj 200 


TABLE    DES   MATIERES  459 

Pages. 

Oulad  El-Bouerdi 200 

•  Oulad  El-Hadjoui 200 

Oulad  Laghmich 200 

Oulad  Ben  Idris 201 

Oulad  Ou  Sidhoum • 201 

Oulad  El-Khammal 201 

Oulad  Bou  Guemza 201 

Oulad  Zaoudi 201 

Oulad  Ben  Yahya 202 

Oulad  Cheba'a 202 

Oulad  Akhdîm 202 

Oulad  Touzini 202 

Oulad  El-Meçaouri 2o3 

Oulad  Ed-Doukkali 2o3 

Oulad  El-Baqqâl 2o3 

Oulad  Ben  Adjiba 2o3 

Chorfa  d'Ouazzan 204 

Autres  familles 204 

Étrangers 204 

Les  Juifs 207 

Famille  Toledano 209 

—  Nahon 209 

—  Cohen 209 

—  Bendelac 209 

—  Laredo 209 

—  Benasouli 209 

—  Abensour 210 

—  Pariente , 210 

—  Benchimol 210 

—  Azancot 210 

—  Sicsou 210 

—  Serfaty 210 

—  Benjio 210 

—  Corriat 210 

—  Ben  Harrouch 210 

—  Pimienta 210 

—  Casés 211 

—  Labbos    .     .     • 211 

—  Autres  familles 21  r 

Vie  administrative 212 

Le  Régime  politique 212 

Le  Makhzen  (Nàïb  du  sultan,  pacha,  qadhi  et  adoul,  nadir,  amîn 
du  Bit  el-Mâl,  mohtasib,   amîn  el-moustafad,  oumana  de  la 

douane) 2i3 

Le  Corps  diplomatique 219 

La  collaboration  administrative  des  Puissances  (Conseil  sanitaire, 

Commission  d'hygiène  et  de  voirie,  Phare  du  cap  Spartel).    .  220 


460  TANGER   ET   SA   ZONE 

• 

Pages. 

La  Convention  de  Madrid  et  l'Acte  d'AIgésiras  ;  les  Règlements.  223 
/  Comité  spécial  des  Travaux  Publics  ; 
l  Commission  du  budget  de  la  Caisse  spéciale  ; 
Comités        j  Commission  générale  des  Adjudications   et  des 
et             <       Marchés  ; 
Commissions,  j  Commission  de  la  taxe  urbaine  ; 

f    Commission  des  valeurs  douanières; 

\  Comité  permanent  des  douanes 226 

Travaux  publics 229 

La  Banque  d'État 229 

La  Dette  marocaine 280 

Emprunt  1904 23o 

Emprunt  1910 23o 

Organisation  militaire 233 

Le  guich 233 

Les  troupes  chériliennes 233 

Les  troupes  de  police 234 

Les  impôts  et  les  taxes 236 

Postes  et  Télégraphes 236 

Les   postes   (poste  française,   poste  anglaise,    poste  espagnole, 

poste  chérifienne) 236 

Télégraphes  (télégraphe  anglais,  télégraphe  espagnol,  télégraphe 

français,  télégraphe  chéritien,  télégraphie  sans  fil) 240 

Institutions  SCIENTIFIQUES,  MÉDICALES  ET  d'enseignement 242 

Institut  Pasteur 242 

Section  sociologique  des  Affaires  indigènes 248 

Station  scientifique  du  collège  Regnault 244 

Hôpitaux  et  dispensaires  {hôpital  français  ;  dispensaire.  Hôpital 
et  dispensaires  anglais.  Hôpital  espagnol  ;  laboratoire  espagnol 

d'analyses.  Le  maristân.  Le  lazaret) 245 

L'enseignement    français    (Institution   Robinet,    École  Perrier, 
Collège    Regnault,    Collège   Saint-Aulaire,    Groupe    scolaire, 

Écoles  franco-arabes.  Écoles  professionnelles 249 

Écoles  de  l'Alliance  Israélite 253 

L'enseignement  espagnol  (Écoles  Alphonse  XIII,  École  religieuse 

de  filles,  Collège  laïque  de  garçons  et  de  filles) 253 

École  italienne 254 

RÉGIME  ÉCONOMIQUE 255 

I*  Vie  économique  indigène 255 

2"  Mouvement  économique 264 

Historique 260 

Importations  et  exportations 262 

Mouvement  de  la  navigation 274 

Le  môle 270 


TABLE   DES   MATIERES  46 1 

Pages. 

Le  wharf. 274 

L'aconage  (matériel  ;  taxes  ;  personnel;  bahriya  ;  hammàla)     .  275 

Santé    ... 275 

Douane 278 

Ateliers  de  la  Dette 279 

Compagnies  de  navigation 279 

Maisons  et  compagnies  de  commerce 280 

Sociétés  immobilières. 280 

Sociétés  industrielles  ;  industries  diverses 280 

Sardinerie i 281 

Sociétés  d'entrciprises 281 

Lumière  électrique 282 

Téléphones 282 

Banques 282 

Salles  de  spectacles 283 

Chambres  de  Commerce 283 

Presse 284 

Main-d'œuvre 285 

Monnaies 285 

Le  Régime  immobilier 288 

Situation  immobilière 288 

Le  territoire  guich 291 

Les  biens  du  Makhzen 293 

Les  habous 297 

Concessions  et  Travaux 3oo 

1"  L'adduction  d'eau  potable 3oo 

2"  Chemin  de  fer  Tanger-Fès 804 

3"  Voirie  (travaux  exécutés  par  l'administration  des  Travaux 
Public)  :    Routes  ;    ponts  ;    constructions    et    installations 

diverses;  abattoir;  égouts 3o6 

La  vie  religieuse 3i2 

Historique 3 12 

Les  zâouïas  et  les  confréries  (Aïsaoua,  Hamadcha,  Naçiriya, 
Kittaniya,    Tidjaniya,   Qadiriya,  Touhama,   Haddaoua,    Gue- 

naoua,  Derqaoua) 3i7 

Les  marabouts  de  la  ville  (hors  les  murs)  :  Sidi  Mohammed  El- 
Hâdj  El-Baqqâl  ;  Sidi  Bou  Abid  Et-Tandji  ;  le  Mrabet  Sidi  Ali 
Er-Rifi  ;  Sidi  El-Mokhfi  ;  Sidi  Amar  Tahadjart  ;  les  Moudjahi- 
din ;  Sidi  Ali  El-Maçmoûdi  ;  Sidi  ^Amar  El-Hadi  ;  Sidi  El- 
Mokhtar  El-Baqqali  ;  Sidi  Sa*ïd  ;  Lalla  Chafia  ;  Lalla  Djemila  ; 
Sidi   Mimoun  ;    Sidi  Bou    Qnadel;   Sidi   Hammou  ;   Dar  el- 

Hamra 325 

Les  marabouts  de  la  ville  (dans  les  murs)  :  Sidi  Ei-Hadj  Abdes- 
selam;  Sidi  Amar  Alilech  ;  Sidi  Ali  Ben  Daoud  ;  Sidi  Ahmed 
Ben  Allai  Et-Tandji  ;  Sidi  Ahmed  Ben  Adjiba  ;  Sidi  EI-Hosni 

ben  Tahami  El-Ouazzani;  Sidi  Mohammed  Ber-Raïsoun     .    .  33 1 


462  TANGER   ET   SA   ZONE 

Pages. 
Les  marabouts  de  la  qaçba  :  Moulay  Boucheta  ;  Sidi  Mohammed 

ben  Tayyeb  EI-Baqqal  ;  Sidi  Ahmed  Bou  Qoudja 884 

Les  marabouts  du  Fahç  :  Sidi  Qâsem  ben   Idris  ;  Sidi   Haseïn  ; 

Sidi  El-Faqih  Ben   Abdallah  ;  Sidi   El-Arbi   El-*Aïdi  ;  autres 

marabouts 335 

Pèlerinages 337 

Influences  religieuses 338 

Les   fêles:    l'Achour,    le  Mouloud,   l'Aïd    cç-Çeghir,    l'Aïd    el- 

Kebir 841 

Le  Culte  catholique 346 

Origines 346 

Les  Franciscains 35o 

LE    FAHÇ 

La  tribu 357 

Limites 357 

Peuplement 358 

Population 362 

L'habitat 362 

Le  type  humain 362 

La  langue 363 

Le  costume 363 

Tatouages 365 

Coutumes 3b5 

Vie  économique 366 

Condition  économique  générale 366 

Cultures 867 

Élevage 369 

Industries 370 

Marchés 371 

Routes  et  pistes 371 

Qaçbas , 372 

Ruines 374 

Organisation  administrative 375 

Liste  des  villages     .    .    • .  37g 

APPENDICES 

Appendice  I  :  Résumé  des  recherches  archéologiques  faites  à  Tanger 

par  la  Mission  scientifique  du  Maroc 408 

La  Nécropole  romaine  de  Bou  Khachkhach  (les  tombes, 

les  fresques,  les  inscriptions) 408 

Le  tombeau  de  Meghoura  Eç-Çghira 407 


TABLE   DES   MATIERES  403 

Pages. 

Les  sépultures  du  Marchan 407 

Les  Thermes  d'Aïn  Hammam 409 

La  caverne  des  Idoles 410 

Appendice  II  :  Catalogue  des  monnaies  réunies  par  la  Mission  scienti- 
fique du  Maroc  de  igoy  à  IQ14 412 

I*  Monnaies  africaines 412 

2°  Monnaies  romaines 416 

3°  Monnaies  byzantines 440 

—  III  :  Flore  locale 442 

r  Plantes  indigènes  ou  se  reproduisant  naturellement 

de  façon  constante 442 

2"    Plantes  exotiques   mais   s'adaptant   parfaitement  au 

climat 443 

—  IV  :  Texte  et  traduction  de  la  Qacida  formant  la  frise  épi- 

graphique   de   la  chambre  d'honneur    du    palais    du 

Sultan 445 

—  V:  Le  tombeau  de  la  fille  du  pacha  Ahmed  ben  *Alî.     .    .  45a 

—  VI  :  Bibliographie 452 

Tarle  des  matières 455 


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